histoire des idées politiques, Notes de . Université de Marne la Vallée
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sandreeva117 December 2013

histoire des idées politiques, Notes de . Université de Marne la Vallée

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les idées politiques durant XXème siècle
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Introduction

Le XX° siècle fut marqué par un certain nombre de gouvernements monstrueux. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont apparus uniquement au XX°. On en retrouve des traces très loin dans le passé, chez les Romains qui ont rasé Carthage, des peuples aux animaux, en passant par la végétation, chez les Grecs et au-delà. Au XX° siècle, ce fut peut être pire encore. On trouve en effet, une terreur institutionnelle légitimée par des théories et instaurée par la technique. La mort industrielle de la Seconde Guerre Mondiale en Allemagne ou les goulags soviets, sont assez éloignés des massacres antiques.

Au XX° siècle, on rencontre des excès indignes et ce d’autant plus que nous avions le sentiment que nous étions dans des démocraties, que nous jugions très civilisées, et pourtant, des preuves nous montrent que nous ne sommes pas si civilisés que nous le pensions. Le XX° siècle fait des abominations sans noms, remettant en cause notre civilité. Des auteurs quand Switerblack (???) estimant qu’on n’a pas besoin de lire Goethe pour en arriver là. Cette époque est un séisme dans les esprits de nos civilisations.Cela se produit dans des sociétés qui se pensaient vaccinées contre cela. Les crimes sont massifs, organisés par les gouvernants au nom de leur peuple. Le plus terrible étant que l’oppression d’état ne vise pas tant la conquête que de réaliser un système de pensée théorique. Une théorie que l’on juge bonne mène alors à des massacres terribles que son meurtrier juge bien ou nécessaire pour sa vision du bien. Ces jugements moraux posent alors de vrais soucis comme au tribunal de Nuremberg. Les théories et les systèmes de pensée cherchent une société parfaite et en cela sont terribles. Ces idées prométhéennes (régénération du monde), ce messianisme laïcisé (sans lien direct avec la religion) mène le monde à sa perte en dépit de leur attachement à une perfection qui leur est personnelle.

Pour commettre tous ces crimes, il faut commencer par se débarrasser du statut humain chez ceux qu’on veut éliminer (les Juifs en Allemagne). On se retrouve dans une abstraction qui laisse tout à découvert. Epoque inhumaine puisque l’on sort les individus de leur statut humain. Ily a eu méprise entre les espoirs des gens pour une société parfaite, suivie d’une déception des peuples face à l’oppression parfaite. La politique au lieu de tout libérer, à en fait, tout soumis. Cet espoir a duré très longtemps et perdure en certains endroits. Le soviétisme fut le plus grand espoir du XX° siècle, espoir de justice et d’égalité juste. Or il n’en fut rien au final, on se demande encore les acquis positifs du soviétisme. C’est une performance dans l’échec que représente le XX° siècle et ses régimes totalitaires. Ces régimes ont révélé une méconnaissance totale de l’humanité, des gens avec des opinions personnelles, des liens avec les autres, des propriétés privés, des questions qui nous angoissent, … Les régimes totalitaires se sont appliqués à détruire tout cela. Nulle époque ne fut si loin de la réalité humaine. Si l’on fixe la vérité comme telle, et qu’une majorité d’individus le croit, on a une transformation de la vérité. La vérité n’est alors plus le lien entre une personne et la réalité parfaite mais davantage entre le discours du pouvoir et ce qui est promis pour demain.

Cette époque ne se limite pas aux deux totalitarismes connus. Le XX° siècle a engendré d’autres formes inquiétantes de la pensée. Moins terrifiantes mais tout aussi déplaisantes, on trouve les fascismes corporatifs (Mussolini + Salazar + Ortiz + Hitler) qui ont touché tout les régimes d’Europe.

Le marxisme – léninisme

Comment ce système de pensée qui se voue à libérer l’humanité et à supprimer l’État, est-il parvenu à engendrer l’État le plus monstrueux que l’on ait vu depuis longtemps ? Par monstrueux, on sous-entend surtout les comparaisons avec les mêmes systèmes antérieurs qui n’avaient pas la technologie. Comment un gouvernement et un peuple ont-ils pu laisser commettre une extermination aussi systématique ? Comment des valeurs éthiques voire spiritualistes ont-elles été dévoyées jusqu’à produire des dictatures violentes, fières d’elles-mêmes, parfois antisémites (Roumanie) ?

Pourquoi est-ce que la Révolution égalitaire n’a pas eu lieu, alors qu’elle fut portée pendant des années et soutenue par beaucoup de peuples ? Comment se fait-il que cette pensée pluraliste s’est imposée face à des adversaires plus forts qu’elle (les totalitarismes) ?

Au XX° siècle, il y a une tentative de réaliser par la Terreur des utopies assez anciennes (Thomas More). Les idéologies modernes traduisent toutes, un choc lié à l’acceptation de la modernité, un regret de l’ancienne société communautaire qui n’avait ni individualisme, ni libéralisme économique, … La technique est aussi responsable avec des textes de philosophes soulignant son rôle. Ce genre de mal être se retrouve à de nombreuses époques mais en revanche, on n’est jamais arrivé à des systèmes si monstrueux.

L’existence de ces totalitarismes fut rendu possible par deux conditions. D’une part, la philosophie moderne a rendu possibles les idéologies modernes. Ces philosophies sont enracinées dans une forme de subjectivisme qui rend tout possible. De plus, les grandes certitudes morales, souvent issues du christianisme, s’effondrent toutes, ce qui amène à revoir ces certitudes brisées (les Juifs sont-ils vraiment des hommes ?). D’autre part, il faut un certain niveau de technique pour accompagner ces idéologies.

Pour Arendt, qui revient sur les termes grecs, on trouve deux modes de « faire » : praxis et poéisis. La poéisis, c’est créé une œuvre qui est alors votre, c’est l’invention. La praxis, c’est aussi un mode d’invention, mais il s’agit d’accompagner quelque chose qui au départ possède son propre fond. Les totalitaires font alors de la politique comme si c’était de la poéisis au lieu de praxis.Du coup, en créant de toutes pièces une société, on fabrique de manière quasi systématique de la Terreur.

La théorie politico-économique du marxisme – léninisme vient de la crise sociale du XIX° siècle. Cette crise vient avec le libéralisme économique, la fin des corporations (loi Le Chapelier) qui est apparue comme une perte de sécurité pour les populations. Hors au XIX° siècle, les ouvriers européens vivent dans des conditions de vie très difficiles et très précaires (pas d’assurances sociales, pas de repos nets, pas de vacances, …). Le marxisme-léninisme naît alors de cette crise et de son orateur, Karl Marx. Ce philosophe moderne est très marqué par le subjectivisme, l’époque de Friedrich Nietzsche. Les pays d’Occident sont restés marxistes très longtemps (France, Espagne, Belgique, …) jusqu’à la chute de l’URSS qui a révélé les défauts de la société. La Révolution russe de 1917 a eu une influence extraordinaire sur les autres pays d’Europe. Cette Révolution a engendré de nombreux autres régimes apparentés de par le monde. On a eu les régimes assimilés et d’autres régimes serfs. Dans la seconde moitié des années 1970, on avait chaque année un nouveau pays qui tombait dans les mains des marxistes. Seule la région australienne fut épargnée. Quand l’URSS ne parvient pas à prendre le pays, elle pose un parti qui récupère l’intelligentsia locale. En France, le Parti Communiste Français (PCF) recevait des fonds de l’URSS pour son financement, avait des liens très forts, ….

La Révolution de Lénine avait provoqué un espoir très fort dans la population. A la fin du siècle, en regardant le bilan des pays de ce genre, on constate que les chiffres de la Terreur ne sont pas divulgués, les catastrophes écologiques masquées, les peuples hébétés, … Globalement le bilan est désastreux et le pays vit dans un mensonge permanent. En conséquence, la déception provoquée est énorme. La solution apportée immédiatement, le tournant brutal du libéralisme n’est pas non plus la bonne solution et fut assez néfaste.

Lénine (né Vladimir Ilitch Oulianov) et Léon Trotski sont eux deux personnages brillants. Lénine est l’héritier de Marx, il s’en réclame, mais aussi, de Engels ainsi que de Tchernychevski. Marx souhaite libérer l’homme de sa condition (de son imperfection physique et mentale, mais aussi parce que nous sommes finis, nous devons mourir un jour). Cette condition de l’homme est plutôt mélancolique et l’homme est d’ailleurs de nature malheureuse. Marx veut faire une Révolution pour changer l’homme. Il veut nous libérer de notre condition. Il faut donc bouleverser les racines du système de l’homme. Quand il cherche la souffrance de l’individu, Marx arrive à la conclusion que nous sommes divisés au fond de nous-mêmes. Nous sommes en théorie libre mais nous

restons liés à notre communauté d’appartenance, ce qui nous impose de parfois nous sacrifier pour eux. Cette déchirure entre ce que nous voulons être et ce que nous sommes réellement nous fait donc souffrir. Marx effectue un déplacement pour trouver une solution à ce déchirement. Ce déplacement vient déjà de Rousseau. Pour les deux philosophes, le malheur de l’homme est apparu à un temps donné. L’homme était bon à l’état de nature et a, un jour, fixé la propriété privé, source de tout les malheurs. Pour Marx, il faut donc détruire tout ce qui a fait le malheur des hommes depuis le jour où ce malheur est apparu. La Révolution doit donc supprimer non pas seulement la religion judéo-chrétienne, l’État monarchiste, la bourgeoisie, … Il faut détruire la religion en générale, l’État en général, l’économie en général, la société en général, ... Le héros de Marx qui va faire cela, c’est Prométhée. Prométhée incarne la transformation du monde (comme Faust et Frankenstein après lui), c’est la volonté de Marx, qui veut une forme de rédemption. En recréant cette époque heureuse, on ne subira plus cette déchirure. En conséquence, le but de la Révolution est de transformer les choses en profondeur. Pour changer l’homme en profondeur, soit Rousseau avait raison et on peut revenir en arrière, soit il avait tort et dans ce cas en créant une Révolution, on va mener une Terreur. Si une religion nous obligeait à devenir des anges, il faudrait nous terroriser, mais cela ne marcherait pas plus. Les héritiers de Marx ont vu tout de suite le problème que cela posait, ça en valait la peine mais ce serait difficile.

Marx pensait que la lutte des classes avait toujours eu lieu. En remontant jusqu’à l’antiquité grec on voit 10% de citoyens et 90% d’esclaves et de métèques, forme de lutte des classes selon Marx. Et cela revient ensuite : chez les Romains ce sont les patriciens contre les plébéiens, chez les Carolingiens, les nobles et aristocrates s’opposent à la paysannerie, au XIX° siècle, la bourgeoisie lutte contre le prolétariat. Donc pour Marx, toute l’histoire s’analyse comme une lutte des classes incessantes. Le pouvoir politique est alors toujours tenu en main par la classe supérieure. En supprimant la lutte des classes, en les mettant sur un pied d’égalité, on a une harmonie entre les hommes. Pour supprimer la lutte des classes, il faut commencer par supprimer l’État qu’on supprime en annihilant les classes et la propriété privée.

A la même époque, Marx lit John Stuart Mill. Marx y découvre une société étrange présente en Orient qui est appelé despotisme (pouvoir très puissant, très centralisé qui avait tous ses sujets sous sa coupe). Ce mot venu de Montesquieu qualifie uniquement les régimes orientaux, notamment l’Egypte des pharaons. Mill reprend le mot et montre comment l’État est une forme de despotisme qui tient tous les individus, supprimant ainsi l’idée de classe. Sous l’État, on n’a pas vraiment de classes mais l’État ne disparait pas, il devient tentaculaire. Marx réalise alors que le despotisme ignore la lutte des classes avec une micro élite qui dirige tout et un peuple taillable et corvéable à merci. Marx voit sa théorie buter sur ce despotisme. Dedans, pas de classes sociales, pas de propriété privée, … Une égalité totale mais un État tentaculaire. Marx prend conscience du risque qu’il y a dans sa théorie. Marx va se passionner sur cette histoire du « monde de production asiatique » et sa pensée va continuer de se moduler pour éviter le risque de cet État tentaculaire. Il constate alors que dans les communautés très anciennes, quand il n’y a pas de propriétés privées, on débouche sur un esclavage généralisé. Marx évoque le risque de cet esclavage généralisé et n’arrive pas à trouver un moyen d’y répondre, c’est sa patate chaude. Lorsque son ami Engels écrit L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, il cherche à démontrer comment les trois notions vont ensemble et comment la suppression des deux premiers finit par faire chuter l’État. Engels va ignorer le problème de l’État despotique trouvé par Marx. Ainsi, selon Engels, si les classes tombent ainsi que la famille, alors on supprime l’État et la question de l’État tentaculaire est occultée par cet auteur.

Pour la théorie rationnelle de la Révolution, ce problème du despotisme bloque la réflexion et l’action. Il fallait donc faire comme Engels, occulter ce risque des théories de Marx. A cette époque, dans la seconde moitié du XIX° siècle, apparaissent trois personnages qui vont souligner le risque énorme de l’État sans classes : Bakounine, Hertzien et Proudhon. Plutôt de style anarchiste, Bakounine écrit clairement que la libération du prolétariat va aboutir non à l’État libéré mais à l’État despotique. C’est ce qui se constatera empiriquement [propos tranché de la prof]. Les masses populaires seraient en fait flouées dans cet État, on n’aura pas de dictature du prolétariat mais

une dictature sur le prolétariat. On aboutit selon Bakounine à une tyrannie des clercs , pseudo- religieuse, qui crée un nouveau despotisme. Proudhon qui passa du socialisme à l’anarchisme, appelait ce système communisme de Marx, le système de déchéance de l’individu et de la personnalité. Toutes ces critiques ont pour intérêt de décrire l’avenir avec une certaine exactitude. Elles démontrent que le totalitarisme peut être considéré comme une conséquence de l’État décrit par Marx.

En conséquence, le despotisme asiatique est devenu la hantise des révolutionnaires de l’époque. Ainsi, les sociaux-démocrates de l’époque (Lénine en était) en étaient obsédés. L’Empire tsariste de Nicolas II était reconnu par tous comme possédant certaines caractéristiques du despotisme asiatique. C’était un empire avec une bureaucratie très centralisée, pas de classes sociales et pas de propriété privée. Le danger pour les révolutionnaires communistes était de voir la Révolution supprimer un despotisme pour un autre. Les adversaires du bolchevik Lénine, ceux qui se prénommaient les mencheviks, l’accusaient de vouloir restaurer le despotisme asiatique en Russie. En particulier pour Plekhanov et Kerensky qui estimaient que la Révolution socialiste échouerait si on voulait supprimer les classes sociales. Du coup, le fond de la Révolution est vide de sens si on ne supprime plus les classes sociales. Quand Lénine arrive au pouvoir, la question du despotisme asiatique est toujours très présente. Lorsqu’il prend le pouvoir, il demande la nationalisation immédiate des terres tandis que Plekhanov demandait la municipalisation (forme coopérative) pour éviter la restauration du vieil ordre semi- asiatique. Lénine a donc décidé de remplacer le terme de despotisme dans les écrits de Marx par son contraire, la féodalité. Le despotisme asiatique a donc hautement gêné les dirigeants. Staline fut encore plus inspiré, il caviarda (ordonna de couvrir d’encre) les extraits de Marx qui traitaient de ce despotisme. En 1957, Wihfogel écrit Le despotisme hydraulique où sa thèse explique que le despotisme oriental apparait dans les grands deltas (Nil, Indus, Amour, …) car dans ces régions on a tantôt la sècheresse, tantôt des inondations. On meurt de soif ou d’excès d’eau. Si l’on ne prévoit pas des systèmes d’eau qui la draine et la distribue selon les périodes, on ne peut pas vivre. L’État tentaculaire apparait donc dans les régions de grands deltas. Wihfogel fut donc censuré dans les pays communistes.

Parti avec de bonnes intentions, rendre les peuples heureux, le communisme a abouti à une oppression totale. Etait-ce alors intrinsèque à l’idéologie marxiste ou juste une dérive de celle-ci ? Selon la prof, partout dans le monde, l’idéologie marxiste a donné un État totalitaire. Marx prévoyait la suppression de la classe dirigeante, cela s’est fait. En revanche, cette disparition fut remplacée par une autre, la nomenclatura. La religion devait disparaître et a survécu grâce aux babouchkas (grands-mères) pendant 70 ans de communisme. L’idée nationale devait disparaître pour l’idée internationale, et surtout sous Staline qu’on a vu l’idée nationale vaincre lors de la bataille de Stalingrad. Les soviets se sont mobilisés pour leur patrie et non pour leur système. Le XX° siècle entier raconte l’échec de cette vision de Marx. Il est sûr que sa doctrine n’a pas été détournée volontairement. On s’aperçoit avant la Révolution de Lénine qu’on réfléchit beaucoup sur cette question. On se demande ce que voulait dire Marx, ce qu’il aurait fait, … Il est alors possible de comparer les deux Révolutions : celle de 1917 en Russie et celle de 1789 en France. Dans les deux cas, les Révolutions furent préparées par des intellectuels, des auteurs, des philosophes, … La plupart du temps les Révolutions menées par des intellectuels sont des échecs.

La Russie est dans une tradition despotique depuis longtemps. Le tsar n’est pas véritablement un despote mais en a certains traits. Le tsar Nicolas II est assez influençable et tombe dans les mains de gourous, comme Raspoutine. Le paysan russe avait auparavant été un citoyen mais s’était vu retiré plusieurs de ces droits. Le pays installé dans un espace européen, avait comme de nombreux autres eut droit dans le ?? siècle à son Parlement, la Vece. Ce Parlement trop puissant et trop contraignant pour les Princes, pouvait même les destituer. La Russie sous de nombreuses influences devint despotique. Ainsi, inspirée de Byzance, autrefois un vrai despotisme, Moscou se réclamait la troisième Rome en assumant l’héritage orthodoxe. De plus, entre le milieu du XIII° siècle et la fin du XV° siècle , les Tatares avaient envahis la Russie et écrabouillés le pays en levant de fortes taxes sur toute la contrée. Pour ne pas se déplacer, les Tatares envoyèrent des collecteurs d’impôts centraliser les taxes à Moscou. On a donc au fil du temps un grand État despotique avec sa bureaucratie centralisée, sa population globalement paysanne, sa Douma faible (la Douma étant un fantôme de la Vece), … La Russie était surtout une autocratie puisque face à Prince, personne n’avait de pouvoir. La société

était donc assez passive puisque tous les pouvoirs sont en haut dans les mains du Prince. Dans cette société, il n’y a pas de contrats qui donnent de petits pouvoirs. Fin XIX° siècle, la Russie est dans un grand besoin de réformes. La tension sociale est telle que le pays menace d’exploser avec les agissements des anarcho-terroristes. Il n’y a pas de juste milieu dans ce genre de société entre les esclaves soumis et les terroristes anarchistes. Ces anarcho-terroristes sont des humanistes, prêts à imposer l’humanisme par la bombe. Dans ces milieux, se développe la pensée du populisme, courant de pensée réformateur qui veut le bien du peuple et s’appuie sur la communauté villageoise qui doit s’organiser en son sein et éviter les bureaucraties complexes, tatillonnes et « autoritaires ». Le pays est alors rural, attaché aux communautés de base et l’épreuve de la modernité est proche, à la suite de l’Angleterre, la France et d’autres pays occidentaux. La société industrielle se rapproche. Or la Russie souhaite échapper aux conséquences de cette industrialisation. Ces thèses populistes ressortent à l’époque de Lénine qui en prend pour son grade.

C’est là qu’arrive Tchenitchevsky, un nihiliste (comme Diogène en son temps ou le marquis de Sade), qui dans la prison Pierre et Paul fait plusieurs rencontres et a accès à de nombreux livres. Il écrit alors un livre intitulé Que faire ? Tchenitchevsky veut rompre avec la morale, le spiritualisme ainsi que l’idéalisme. Il se défend d’être anarchiste en se déclarant l’absence d’amour pour les hommes, puisqu’il est matérialiste. Les sentiments lui sont étrangers, n’existent pas, seuls comptent les projets politiques. Pas de compromis possibles. Ce cynisme pousse Tchnitchevsky à vouloir changer l’homme. Pour lui, cela passe par la communauté villageoise mais pas par le stade capitaliste. Il faut faire une Révolution pour renverser le tsar et libérer l’homme. Pourtant, Tchenichevsky est un scientiste, il croit dans la science et la technique, veut remplacer la religion par la science. Il veut donc créer cet homme nouveau, il s’agit d’éduquer l’homme, d’élever son intellect pour faire une société parfaite en détruisant le passé tout entier. Dans ces propos, le totalitarisme est palpable, on avance sans tenir compte de ce que l’on brise. Lénine reprendra cela tout son règne durant sans se soucier des dommages collatéraux et des préoccupations morales. Tchnichevsky veut donc la recherche d’un homme nouveau, un homme qui ne sera plus obligé par l’extérieur (parents, professeurs, …), il sera entièrement lui-même. Le débat de la fin du XIX° siècle porte sur la question d’appliquer la société marxiste sur la société russe. Marx avait dit que pour faire la Révolution, il fallait passer par le stade capitaliste, stade qui engendrait une nouvelle forme d’esclavage entre le prolétaire et le bourgeois. Pour Marx, passer par ce stade où l’esclavage était terrible, finirait par pousser les prolétaires à la Révolution. En effet, passer du stade rural où les paysans sont attachés à leurs terres, leurs villages, leurs familles, … Impossible pour des paysans de quitter leurs valeurs traditionnelles, il faudrait qu’il n’y ait plus rien à perdre puisque la Révolution brise tout. Or selon Marx, l’ouvrier n’a plus rien (plus de temps, plus de famille, plus de patrie, …). C’est ainsi que Marx en conclut que la Révolution ne sera jamais paysanne. Lénine va effectivement se confronter directement à ces paysans soutenus par les idées des populistes de l’époque. Lénine ne veut pas aller vers la communauté paysanne mais la collectivisation, c’est là qu’il va être confronté aux paysans. Comment passer de ces sociétés rurales à des sociétés où l’individu serait détaché de tout ?

Plekhanov, proche de Lénine, était installé à Genève pour éviter les soucis avec le pouvoir russe. C’est donc lui qui va fonder le matérialisme dialectique, diamat, idéologie léniniste. Il s’agit d’un système du monde où tout fonctionne selon la théorie thèse – antithèse – synthèse, la synthèse devenant une nouvelle thèse, on recommence. Plekhanov a réussi a simplifié le diamat et à le transmettre aux troupes de Lénine. Il reprend la thèse de Marx où le communisme ne peut avoir lieu qu’avec le capitalisme. Et c’est la grande question de l’époque : peut-on passer du tsarisme au communisme sans passer par le stade capitaliste ? Pour Plekhanov non. Il redoutait à l’instar de ces collègues, le despotisme oriental , il voulait donc occidentaliser le pays pour préparer ensuite la Révolution. Il fallait laisser pousser les usines, le capital, … Tout cela forgerait une conscience de classe dans le prolétariat qui serait alors capable de diriger la Révolution dans un moment spontané. Pour Lénine, la spontanéité est impossible, les masses laborieuses seraient incapables de faire la Révolution car elles n’en seraient pas capables et n’en auraient pas envie. Les 25 années avant sa Révolution, Lénine a passé son temps à soutenir que les masses ne voudraient pas et ne pourraient pas se soulever pour instaurer la dictature.

Homme d’action et de réflexion, Lénine parvint à faire sienne la Révolution, en dépit d’une théorie intellectuelle peu réalisable en pratique. Lénine compris vite les conséquences peu glorieuses qui découleraient de ces théories.Pour Marx, le droit est la médiation entre l’individu et l’État qui opprime, il faut donc supprimer le droit qui est tenu entre les mains de la bourgeoisie. En action, Lénine constate que la suppression du droit va instaurer la loi du plus fort et l’arbitraire. De même, pour Marx, les droits de l’Homme créés en Occident sont un avatar de l’oppression bourgeoise. Ce sont des droits formels, créés par la bourgeoisie, seule à s’en repaître. Ainsi la liberté d’expression ne sert à rien pour ceux qui ne peuvent bien s’exprimer, la liberté de la presse sert à ceux qui savent écrire, … Les libertés pour Marx, sont uniquement formelles, elles ne servent à rien pour la plupart des individus mais ont un effet tambour de la bourgeoisie. Lénine reprend à lui cette théorie et décide de supprimer ces libertés. Marx en dira même que la vérité est relative et quand Lénine met cette idée en application, alors c’est l’arbitraire qui prend le pas.

Le conflit entre Lénine et Plekhanov était donc de savoir si le peuple se soulèverait de lui-même. Pour Plekhanov, si le peuple ne se soulève pas de lui-même, ce n’est pas sa Révolution. Pour Lénine, le peuple n’a pas conscience d’être écrasé et il faut l’aider à le réaliser. Ce manque de conscience politique des masses laborieuses imposait au parti de faire la révolution pour les masses laborieuses. Marx de son côté était persuadé que cette Révolution prendrait place non en Russie mais en Allemagne. Le pays était marqué par le bismarckisme et des tensions internationales. Le peuple était très mal à l’aise et déchiré dans ses opinions. En ça, Marx était très lucide. Son pays capitaliste pouvait très bien être le lieu de la Révolution puisqu’il y avait le prolétariat. Pourtant, le lieu où les élites pouvaient pousser à une Révolution prolétarienne, ce n’était pas en Allemagne mais en Russie où il n’y avait pas de classe prolétarienne. Donc pour Plekhanov, il fallait laisser le temps au temps, pas pour Lénine qui voulait agir vite. Dans son ouvrage Que faire ?, Lénine fait preuve de nihilisme et décrit l’ouvrier russe dans les trade-unions, petits syndicats russes. Ces syndicalistes ne veulent pas de la Révolution, de l’Homme nouveau, de la collectivisation des terres, … Ils veulent la propriété privée la plus grande possible pour eux. Les ouvriers veulent manger à leur faim, avoir des logements plus confortables, des chefs d’ateliers moins arbitraires, des temps de pauses à l‘usine, la liberté de la grève, … Ce n’est donc pas la Révolution, ces ouvriers n’ont aucune conscience de classe, il faut leur imposer la Révolution de l’extérieur. Les ouvriers prolétaires ont un idéal petit bourgeois et non-révolutionnaire, s’ils se développent seuls, ils soutiendront leurs oppresseurs. Une minorité intellectuelle va donc décider de prendre les choses en mains pour rendre heureux le prolétariat, en dépit des aspirations concrètes du prolétariat. C’est là qu’on entre dans le despotisme. Pour Lénine, la valeur de référence est non pas le prolétariat mais l’idéologie. Le prolétariat est dans l’erreur, il ne porte pas la vérité. C’est donc au parti de détenir la vérité et de savoir ce qui est bon pour le prolétariat. Lénine se voit toute légitimité à contraindre puisqu’il pense représenter les intérêts du prolétariat. La querelle des référents s’établit en 1903 avec la déchirure entre mencheviks et bolcheviks, qui donne une courte avance à Lénine et à ses bolcheviks. C’est son charisme et ses qualités, notamment la persévérance, qui donnèrent un avantage à Lénine. Les mencheviks soutenaient les trade-unions, pensaient qu’il fallait se référer au peuple réel et à ses désirs réels. Les Mencheviks reprochaient déjà à Lénine de construire un parti centralisé prêt à s’opposer au prolétariat. Lénine était un des rares individus qui restait ferme dans ses positions. Il était stable, opportuniste et donc faisait avec ce qu’il voulait avec tous les soutiens possibles quitte à balancer ses soutiens lorsqu’ils le plombaient ensuite. On évoque alors les « idiots utiles ». Le parti ne devait être empoisonné par la morale et autres considérations politiques. Lorsque Lénine a pris le pouvoir, les querelles d’interprétation se sont maintenues. Leur unique moment d’arrêt fut une fois que Lénine parvint à dissoudre les Mencheviks, les tuer ou les emprisonner. Souvent tués de manière informelle dans les caves de la Lublianka, les Mencheviks étaient de véritables détracteurs de la politique de Lénine. Ainsi Martovavait écrit un réquisitoire très important contre le communisme. Pour lui, la vision de Lénine était utopiste et que comme toute utopie en marche, cela finirait dans le sang. L’utopie qui veut se réaliser, engendre la Terreur. En effet, l’utopie va à l’encontre de l’humain puisqu’on nous oblige à être conformes à une utopie, à être parfait. Or l’humain est imparfait. Impossible pour l’homme d’être parfait, sauf sous le contrainte d’une Terreur, et encore. Un Gouvernement n’est donc pas fait pour nous inculquer la vertu et la morale.

Cependant, Lénine l’a fait, il a voulu créer son utopie et pour y contraindre les gens, il leur a supprimé leurs libertés. Lénine s’est donc trouvé dans une situation concrète que Marx avait imaginé à Londres. Lénine a vite compris que les réalités individuelles allaient à l’encontre de son utopie, que peu de gens le suivrait entièrement. Ainsi, quand les diversités d’opinion explosent, et ce avant même la Révolution, les Mencheviks annoncent à Lénine qu’il lui faut abandonner son idéologie. S’il veut agir trop vite, il ira vers le despotisme. Lénine juge ne pas avoir le temps et pour les Mencheviks, il file droit vers le despotisme. Ce qui adviendra ensuite, confirmera aux Mencheviks que la mise en place du communisme est de fait un énième despotisme oriental.

Là-dessus, un personnage important apparaît. Trotski, homme intellectuel plutôt solitaire mais moins charismatique que Lénine, s’affirme dans ce contexte. Trotski va poser la question de la Révolution permanente : lorsque l’on met en place l’utopie marxiste, on constate que des perversions apparaissent tout de suite. Ainsi chez Mao qui a mis en place cette Révolution permanente, on a eut dans les villages l’instauration de kolkhozes qui obligent les gens à aller manger hors de chez eux dans un esprit de mise en commun. Au bout de très peu de temps, les membres du Parti Communiste, gérant le kolkhoze, s’approprient un peu plus de nourriture et de meilleure qualité. Le système se pervertit tout de suite alors même que le but est de supprimer les riches. En conséquence, on fait tourner les membres du parti très régulièrement en supprimant les membres du parti corrompus par d’autres membres du parti plus jeunes. Cette Révolution permanente cherche à éliminer les perversions du système. On peut se réfèrer à Max Weber, qui juge que l’État est l’organisation de la violence légitime pour mater une certaine classe, la bourgeoisie, classe des exploiteurs. Or pour diriger la répression, seuls les exploités pouvaient lutter contre la bourgeoisie. C’est donc l’organisation du prolétariat qui doit utiliser la pure violence pour faire tomber la bourgeoisie. C’est la dictature du prolétariat justifiée par le fait que la morale et le droit sont des constructions bourgeoises. La dictature du prolétariat est donc arbitraire et cynique, elle lutte contre la classe bourgeoise. Ensuite seulement quand, la classe dirigeante est détruite, on va recréer une morale propre au prolétariat. Dans ce pays le droit et la morale n’étaient pas universels. La dictature devait donc être celle du prolétariat sauf que cela est délicat quand le prolétariat n’est pas prêt à agir de lui-même. Pour Lénine, c’est donc au parti d’organiser la dictature du prolétariat. Mais en conséquence, cela risque de devenir une dictature sur le prolétariat. Les Mencheviks avaient compris cela, Trotski aussi. Il rédige alors Communisme et terrorisme dans lequel il explique qu’au nom du bien du prolétariat, le parti mène la dictature du prolétariat. Le parti considère le prolétariat comme un enfant, il pense savoir où est le bien du prolétariat, pas ce dernier. Naturellement, cette dictature ne pouvait résoudre le problème de la Révolution ainsi que de nombreux autres. Déjà, en Russie, on n’avait presque pas de prolétariat, on avait surtout une vaste paysannerie aux humeurs diverses et changeantes. On ne peut pas manipuler ce peuple paysan comme une classe ouvrière. Les maîtriser serait bien difficile. Pour Trotski, l’espoir reposait sur le fait que le soulèvement russe aurait un effet boule de neige dans les pays voisins. Trotski imaginait des prolétariats nombreux qui viendraient ensuite soutenir le prolétariat russe contre sa paysannerie. Cela ne pouvait totalement se produire. La Révolution communiste n’eut lieu qu’en Russie et s’y est maintenue. Dès après la Révolution, le despotisme, tant redouté par les Mencheviks, s’installe. Le parti croit représenter parfaitement le peuple. Dès qu’une critique apparaît, on pense que c’est une critique bourgeoise, même si elle vient du peuple. En conséquence, les critiques sont étouffées. Dès les premiers jours, c’est ce qu’il s’est passé. Lénine et Trotski s’étaient installés dans la Smolny, quand la Révolution eut lieu. Immédiatement, il a fallu réprimer le peuple. Pour Jelen, dans son ouvrage L’aveuglement, il semble que le peuple russe se soit alors révèlé Menchevik, donc opposé à Lénine. Les ouvriers étaient trade-unionistes comme Lénine le craignait, il a donc réprimé les agitations en prétextant un contexte de guerre. Une propagande mensongère eut lieu immédiatement pour masquer la répression. Plus que la bourgeoisie, on réprimait le peuple avant tout. Il a fallu 10 ans pour écraser les agitations et instaurer une dictature sans faille. Toutes ces révoltes ont témoigné du fossé énorme qui séparait le peuple du parti. Ainsi lors de la Révolte des marins de Kronstadt ??? Ce que veut faire Lénine n’est pas de garder le pouvoir pour une famille et une tradition comme l’ancien tsar Nicolas II, mais le conserver au nom d’une idéologie, transformer la société en communauté. Il faut transformer les gens en profondeur. Jelen note que trois jours après le coup d’État du 7 novembre 1917, la liberté de la presse est abolie. Ensuite, on règlemente le commerce des machines à écrire. Viennent ensuite le contrôle directe et total

sur les ouvriers (carnet ouvrier où tout est écrit sur le profil de l’ouvrier et qu’ils doivent tous avoir sur eux), des lois scolaires imposant les programmes, des lois économiques qui suppriment tout ce qui est privé des terres aux entreprises en passant par les petits commerces, … En l’espace de deux ans, on avait éradiqué tout cela. Ces mesures devaient aider la population mais celle-ci refusait de participer à ce système. Le Gouvernement a donc dû réprimer par la police et l’armée contre la bourgeoisie d’une part et contre le prolétariat d’autre part. Très vite, la répression policière a réprimé tout le monde. On éliminait les ennemis du peuple non pour les tuer, mais pour les rééduquer. C’est là qu’on voit les camps apparaître, avec pour but de régénérer les adversaires.Ainsi, le 7 décembre 1917, on crée une police politique, une police qui s’attaque aux ennemis du pouvoir, non à ceux qui enfreignent la loi comme la plupart des polices. Cette première police politique est prénommée la TCHEKA (Commission extraordinaire pour combattre la contre- révolution et le sabotage), elle dispose de droits arbitraires pour façonner la société nouvelle en distinguant et séparant les bons citoyens des mauvais citoyens. Le 5 décembre 1918, les premiers camps sont ouverts. On est dans un système qui imagine qu’il y a dans la société un bien et un mal, un groupe d’individus bons et des autres groupes d’individus mauvais. Les quatre premières années, la TCHEKA a exécuté 140 000 personnes et ouverts 142 camps de concentration. Au même moment, la pensée idéologique se resserrait dans les mains du parti. Dès qu’une pensée autre apparaissait, elle était annihilée : plus de syndicats, leurs dirigeants (souvent Mencheviks) sont tués, groupes idéologiques dissous, les grévistes sont devenus saboteurs, … C’est le même processus pour les religions qui tombent dans le fanatisme. On rééduque les gens car Lénine pense qu’on peut arriver à une société merveilleuse où les gens obtiendraient ce qu’ils veulent selon leur besoin. Ce n’est pas de la cruauté gratuite, la Terreur a une vertu thérapeutique qui vise à anéantir l’ancienne société, tout du moins au début. Au final, cela pousse au pouvoir les gens cyniques plus que les idéalistes. On a longtemps crut que la Terreur d’État était le fruit de Staline, or cela était contenu dans la théorie de Lénine avant même son arrivée au pouvoir.

L’organisation du travail sous le capitalisme était orientée autour du profit. Chacun gagne selon son temps de travail et selon son mérite. Dans une entreprise capitaliste, l’ouvrier sera nourrit selon son mérite. La théorie soviétique et communiste veut que l’on partage et qu’on ne soit pas rémunéré au mérite mais au besoin, comme dans une famille. Le problème c’est que les individus savent qu’ils travaillent pour le bien commun plus que pour eux. Pour Lénine, cet objectif du bien commun va les booster. Pas pour Trotski qui pense que si on le nourrit, l’homme n’agira pas beaucoup et serait paresseux par nature. En conséquence, Trotski estime qu’il faut obliger les gens à travailler en les faisant pointer et en créant des sanctions pour ceux qui ne travaillent pas. Les Mencheviks avaient déjà annoncé que le travail servile était improductif, que le travail uniquement pour éviter la sanction ne mènerait pas bien loin. Pour Trotski, le travail libre était toujours plus productif que le travail servile mais que s’il fallait le débuter, alors, il fallait prévoir des sanctions. Trotski fixe donc ces sanctions pour non-travail, pour sabotage. En cela, chez Trotski aussi on a une forme de Terreur puisque l’ouvrier est subordonné à l’État qui agit pour l’ouvrier. En revanche, pour Lénine et Trotski, la Terreur est acceptée puisqu’elle est légitimée par la grandeur des fins, parce qu’elle ne doit être que temporaire. C’est une forme de rédemption purificatrice.

Lorsque la Révolution de 1917 eut lieu, la Russie entamait un timide processus vers un libéralisme politique. Il y avait un parti politique libéral appelé le parti des Cadets qui aurait fini par s’implanter sur le long terme. Certaines élections avaient été promises par Nicolas II et avait eu lieu. La Douma ne fut pas révolutionnaire mais orientée du côté des cadets. Lénine y a envoyé des troupes et sous la menace des armes a dissout cette Douma, puis empêcha toutes réélections. Les entreprises furent toute monopolisées par le parti qui nomma de nouveaux patrons. La Révolution ne pouvait fonctionner que si toutes les entreprises étaient sous les mains du parti. Lénine pensait que la politique de Terreur devait empêcher de retomber dans une situation libérale et donc dans une société avec une bourgeoisie. Cependant, une fois une partie de la bourgeoisie éradiquée, des membres de la classe ouvrière prenait leur place et leur mentalité. La bourgeoisie renaissait d’elle-même. De plus, la terreur n’assurait pas la production. Même si les ouvriers étaient contraints de travailler, la production baissait car les ouvriers travaillaient le moins possible. Or le régime ne pouvait fonctionner sans production et Lénine qui était lucide a compris que le système faisait chuter la production. Il aurait pu ne rien faire mais finalement, Lénine décida, par

lucidité mais aussi parce que de nombreux croyaient en l’URSS, de changer son fusil d’épaule. Il voulait éviter les situations catastrophiques qui lui tombaient dessus : chute de moitié des récoltes de céréales en 8 ans de Révolution, 80% de chute de la production industrielle en 4 ans (1917 – 1921), … Le coup de massue vient des marins de Kronstadt qui eut un énorme retentissement dans la population russe. Lénine décide alors de faire un virage politique. Il veut redresser la production en allant dans un sens libéral. Pour le justifier, il parle de communisme de guerre, un changement de cap dû aux circonstances qui ne s’éternisera pas. On a donc une économie libérale dans un régime communiste qui doit enrichir le pays pour qu’ensuite celui-ci reprenne une économie communiste.Lénine restitue avec prudence le commerce privé, les terres individuelles, … La Nouvelle Economie Politique (NEP) avance vers une politique qu’elle contredit. C’est un enrichissement pour assurer une recollectivisation par la suite. Lénine reconnaît que c’est un calcul, une étape vers le communisme. Certains jugeront que c’est un opportunisme politique qui rend compte de l’idéologie. Les partis communistes implantés dans chaque pays ont longtemps été mécompris par les populations nationales. La NEP révèle du pragmatisme de ces partis, c’est Moscou qui fait volte- face avec un but à long terme (la société communiste) et est prêt à tout pour atteindre ce but, les partis suivent la logique. L’histoire de la NEP en révèle long sur la situation du communisme. On rend certaines terres à leurs propriétaires, on libère les frontières extérieures, … En trois ans, l’économie retrouve son niveau de 1913. L’économie étant dans un système mixte, elle fonctionne mieux que le système uniquement public. Mais à cette époque, la NEP n’a servi à personne, on attendait partout dans le monde extérieur que Lénine revienne au communisme. Personne ne sait si Lénine aurait supprimé la NEP, il est décédé en 1924. Staline qui prend sa succession va alors suivre la NEP.

Lénine rédigeait des notes tous les soirs et un an avant sa mort, il réalise le système qu’il instaure : un système de Terreur digne du tsar qu’il avait fait assassiner. Il écrit que son régime communiste n’est qu’un régime tsariste badigeonné d’un vernis communiste. Trotski de son coté qui voulait détruire les élites bureaucratiques qui naissaient du communisme, se positionnait contre la NEP. Dans son exil, Trotski démontra bien à quel point la NEP est une déception pour les vrais révolutionnaires. A la mort de Lénine, Staline et Trotski se retrouve en concurrence pour le pouvoir. Il n’y a pas de loi de succession comme sous le régime tsariste, du coup, tous les moyens sont permis. Ainsi, dès le décès de Lénine, il y a un jeu de pouvoir qui s’appuie sur deux puissances : l’armée et le comité central du parti.

Staline a fait des études au séminaire, d’origine modeste, il n’est pas un intellectuel et a une culture plutôt simple et grossière. Il est loin d’être imbécile mais reste grossier et brutal. Lénine dans son testament souhaitait écarter Staline du pouvoir qu’il jugeait trop brutal, ce qui était incompatible avec la fonction de Secrétaire Général du Parti Communiste. Sa politique est celle d’un marxisme-léninisme adulteavec un chef qui ne s’arrête pas en dépit de la monstruosité des actes de son idéologie.L’ère de Staline a commencé par une politique d’héritier, Staline suivait les pas de Lénine. Il a donc maintenu la NEP car cela marchait, Trotski de son côté regarde de manière désabusée ce qu’il se produisait, voyant un retour en arrière, un échec révolutionnaire. Le libéralisme économique produit alors l’inégalité sociale que le communisme combattait. La bourgeoisie rurale renaît en la personne du goulag. Ces koulaks deviennent rapidement des contrepoids du parti et les membres communistes sont effrayés. On arrive donc dans une situation où Staline souligne qu’on doit continuer le libéralisme jusqu’à une date indéterminée. Mais les débats sont encore plus élevés au sein même du parti. On a des tenants de l’avis de Trotski, à quoi servait de faire la Révolution pour en arriver là ?

Un évènement a alors eu lieu qui va cristalliser les choses. 11 ans après la révolution, au milieu de la NEP, les koulaks (paysans qui vivent correctement, des petits propriétaires agricoles) refusent de livrer leur blé aux villes et se mettent à stocker leurs récoltes. Leur idée est de stocker le blé momentanément pour faire monter la demande, donc faire monter les prix et gagner des bénéfices supplémentaires. Les villes sont rapidement affamées et ne pouvant se procurer les réserves, les urbains sont à la merci de l’économie libérale. Voyant la situation, Staline prend une colère et il décide de changer brutalement de politique avec une rapidité qui laisse ses adversaires pantois. D’un coup, il décrète la collectivisation des terres et dorénavant la Révolution socialiste ne va plus s’arrêter. Tous les moyens sont pris pour y

arriver et un engrenage économique se met en place qui ne s’arrête qu’en 1989. Or ce système révélait déjà à l’époque de Lénine des faiblesses révélant la pauvreté de cette idéologie. On savait donc où cela mènerait. A partir de cette fronde des koulaks, on a deux inconvénients soit un communisme socialisme qui met tout le monde en situation d’égale pauvreté, soit on laisse une nouvelle élite s’affirmer dans l’URSS. A partir de ce moment là, Staline choisit la première solution, il veut sauver la Révolution en brisant toutes les résistances. Il déchaine donc sa violence à l’égard des koulaks dans un premier temps, puis de ceux qu’il jugera bourgeois. Cette brutalité est légitime par la volonté de réaliser l’unité de la population, l’unité de la société. Et pour cela, il faut supprimer toutes les oppositions. Staline va donc multiplier les boucs émissaires au cours de son mandat. Ce groupe stigmatisé est rendu responsable d’empêcher l’avènement du communisme. On promet alors en dissolvant ce groupe, que le communisme fonctionnera mieux mais en réalité, d’autres groupes naissent de celui-ci. Les premiers touchés sont donc les koulaks qui avaient tous les traits d’un ennemi de classe : ils s’étaient enrichis pendant la NEP, possédaient des traits de caractère traditionnels (le désir d’autonomie, la religiosité, l’attachement à la propriété, …), … En 1929, on mène donc une traque des koulaks. Staline envoie sa police et son armée en Ukraine et écrase les koulaks qui sont soit tués, soit exportés. Dans son Livre noir du Communisme, Courtois semble être un des rares à évoquer ce sujet. La classe paysanne qui gênait Lénine depuis longtemps venait de disparaître, il n’y avait plus que des fonctionnaires dans des kolkhozes. En conséquence, sans paysans libres, la production de blé chute de nouveau. Cela tient au fait que les koulaks n’existent plus donc ne cultivent plus, les koulaks ont pratiqué une politique de la terre brulée décimant récoltes et bétails, enfin les paysans devenant fonctionnaires ils produisent moins. Cette chute des récoltes de blé vont pousser l’URSS à devoir importer des récoltes venues de l’étranger. D’autres groupes sociaux seront brisés par le pouvoir ensuite. En 1933, certaines critiques se font jour au sein du parti contre le parti. Des membres veulent un retour au fonctionnement proche de la NEP. Ils deviennent des « éléments indésirables », « dégénérés moraux », « dégénérés bourgeois », … Staline va purger le parti de ces éléments. Un quart des membres sont envoyés devant les tribunaux puis dans les goulags. En 1935, la Terreur s’étend au peuple entier lorsqu’on déclare coupable tous les espions, les traîtres du communisme. La délation prend alors un essor considérable. On accuse à tort ses voisins pour régler ses comptes. Des procès multiples s’enchaînent entre 1936 - 1938 concernant les dits « Droitiers », les « Saboteurs économiques », … Tous les anciens plus ou moins favorables à la NEP sont donc rayés de la population. S’en suit alors un procédé de spirale de disparitions, dans laquelle Koestler demande à savoir où se trouve les 17 millions d’habitants russes disparus. L’armée laissait faire puisque Staline la favorisait en permanence. Les soldats étaient les fonctionnaires les mieux payés et quand besoin se fit sentir, Staline épura aussi les membres de l’armée. 35 000 personnes dans l’armée disparaissent en quelques années. On peut estimer qu’une personne sur trois faisait de la délation.

Dans ce contexte, difficile de connaître un essor économique et le pays tend à s’effondrer. L’ambiance est donc très tendue y compris avec ses proches toujours susceptibles de vous trahir. La population est au désespoir mais Staline arrivera à retourner la situation avec un culte de la personnalité qui finit par persuader la population que c’est l’entourage de Staline qui est pourri, mais que lui reste un bon type. Pour comprendre ce mécanisme de Terreur vertigineuse, on peut reprendre cette théorie consistant à vouloir réaliser une société égalitaire rêvée. On supprime donc les velléités des peuples non-russes (en particulier quand ils résistent à la collectivisation paysanne). On déporte des peuples entiers d’un lieu vers un autre, on les envoie dans les camps, on fait des pogroms, ... L’ère stalinienne va aussi faire de même dans tous les autres secteurs. Ainsi, la doctrine communiste doit toujours détenir la vérité poussant ainsi à considérer comme fausse, mauvaise voire bourgeoise, toutes les sciences qui critiquent cette vérité. D’abord la psychanalyse qui parle d’un inconscient (donc des choses qu’on ne peut maîtriser … impossible pour des communistes). La science de la cybernétique, ou science politique, qui présente plusieurs formes de gouvernement (impossible, seul le gouvernement communiste était juste). Tous ces scientifiques avaient été déportés, supprimés ou contraints à mentir dans leurs écrits. Les chaires de ces sciences étaient d’ailleurs rayées du pays. La biologie aussi fut supprimée, en particulier la génétique. A l’époque où Staline arrive au pouvoir, on a des départements

de génétique bien développés en URSS. On comprend donc que certains de nos caractères physiques sont déterminés par notre carte génétique. Certains communistes, des généticiens du parti, dénoncèrent alors que ces codes génétiques n’étaient que des artéfacts, des choses sans importance et parasitaires. En effet, si nous sommes déterminés par notre ADN, comment le communisme peut faire de nous un homme nouveau ? A ce moment là, les Staliniens vont instaurer tout un système pour détruire la génétique. Ne pouvant radicalement supprimer cette science, ils vont supprimer les chaires de génétique, notamment celle de Vavilov et de ses élèves, pour les remplacer par Lipssenko, un agronome qui va remplacer la génétique par une pseudo-discipline. Les arguments mis en place sur le sujet sont édifiants, les chromosomes sont un concept de science bourgeoise, pas de science prolétarienne. Ce genre de raisonnement qui prône une vérité différente a existé sous d’autres époques bien entendu. Ce professeur de chaire a donc manipulé les gènes pour tenter de transformer les forêts de bouleaux en forêts de hêtres. Des millions d’hectares lui furent donné, des disettes régionales gravissimes avaient lieu dans les régions où Lipssenko travaillait. On a finalement arrêté ces expériences en déclarant une partie des scientifiques « Ennemis du peuple ». Cependant, même à coups de Terreur, de menaces, de délations, … Il est difficile de dominer totalement la région. Ce sont l’apparition des Samizdat, des écrits secrets qui circulent en sous- main. Grossman, auteur soviétique de Vie et destins, mourut avant de voir son livre paraître car l’URSS l’avait interdit. Un représentant d’une maison d’édition suisse finit par trouver le volume et celui-ci fut publié finalement. Il y a donc eu des résistances, le peuple russe n’était pas servile.

Les 70 ans de ce communisme sont ceux d’une lutte entre l’idéologie et la réalité. La collectivisation engendre la famine, le gouvernement doit donc rationner l’alimentation quand la NEP l’avait supprimé. La pénurie est immense et, en conséquence, le gouvernement concèdera par la suite des lopins de terre individuels qui seront les plus productifs. L’idéologie communiste ne s’en sortant pas, on a des mesures libérales, des petites NEP, qui se développent partout. Dans un système de ce genre, on ne paye presque rien, tout est gratuit, mais on reste pauvre. Eau, électricité, hôpitaux, … Rien n’est payant mais de nombreux inconvénients en découlent. En même temps, personne n’est réellement au chômage, pourtant, ceux qui jouaient contre l’État (par exemple, ils arrivaient en retard trop souvent) perdaient leurs logements et n’étaient plus considérés comme membres du parti. De plus, l’URSS est composée d’une élite du parti, la Nomenclatura, une fraction infime de la population qui vit dans un luxe démesuré (vacances dans le Sud, produits de consommation de luxe, …). On n’a plus de bourgeoisie mais une classe sociale nouvelle largement aisée. Cette Nomenclatura, tous des membres du parti, est jugée comme perdant foi en la doctrine communiste au plus tard dans les années 1950. Les membres du parti ont perdu fois en ce qui se rapproche d’une forme de religion, assez tardivement.

Les partis communistes locaux, ont évoqué plusieurs raisons aux évènements russes. Le premier des arguments est toujours le même, la fin en vaut les moyens. Le projet communiste est tellement merveilleux qu’il pardonne une période de Terreur. Pour cela, on reprend souvent l’exemple de la Révolution Française, qui a mené à la démocratie. Le second argument était la comparaison entre l’Ouest et l’Est. « Les Soviets oppriment, mais l’Occident pourri », et les partis communistes locaux exhibaient les situations de corruption, d’abus, … qui avaient lieu en Occident. De plus, entre les deux guerres, on a eu un accès d’antiparlementarisme très violent qui a joué en faveur du communisme. Cela est toujours assez présent aujourd’hui. D’autant plus, que lorsque le chômage arriva en Occident, l’argument du non- chômage en URSS lui donnait du crédit. Ces arguments étaient renforcés par le fait que l’URSS jetait de la poudre aux yeux à ses visiteurs. On citait aussi un argument historique, ??? Custine au XVIII° siècle, proposait l’argument d’un Russe naturellement « Ivre d’esclavage » terme qui sera repris tout au long du XX° siècle. Les Russes sont des gens apathiques, des serfs-nés. L’argument politique était particulièrement puissant sous l’entre-deux-guerres et sous la Seconde Guerre Mondiale. Face aux fascismes, extrêmement dangereux, les communistes sont la seule force solide pour leur résister. Cela joua beaucoup dans l’engagement des Français dans la Seconde Guerre Mondiale. L’excuse était aussi que les communistes contrairement aux fascistes ne sont pas cyniques, ils tuent pour un idéal.

Enfin dernier argument, celui de l’encerclement qui dura jusqu’aux années 1980. Les pays communistes sont tellement encerclés par les pays capitalistes que tous les moyens sont bons pour se défendre, y compris la Terreur. Le Terreur est donc excusable. Mais cet argument est une construction. A part Hitler, personne n’a envahi l’URSS. Quand l’armée rouge a envahi l’Afghanistan, l’armée rouge a insisté sur le fait que ses soldats allaient s’en prendre à des armées chinoises et américaines, bien évidemment c’était faux, seuls des paysans afghans et des Talibans s’y trouvaient. L’URSS n’a cessé de trouver des ennemis à combattre.

Il a fallu attendre la chute du mur en 1990 pour qu’on réalise que ce régime est un régime terroriste avec peu de bons côtés et dont toutes les conséquences n’ont pas encore été mesurées. En particulier les conséquences des essais atomiques dans les régions musulmanes ou encore l’impact écologique du communisme.

Le Nazisme Jusqu’à il y a peu, on a rarement analysé les aspects du communisme (par une idéalisation trop forte) et les aspects du nazisme (par une diabolisation trop forte). En conséquence, toujours condamné sans être réfléchi, la Nazisme a donc été longtemps non-analysé. Comme le communisme, le nazisme à été une catastrophe humaine, avec des morts décidés et planifiés, des morts volontaires. Il s’agit de nouveau d’un système totalitaire fondé sur l’élimination systématique de gens. Un système qui s’avère aussi totalitaire et fanatique. Ce système de pensée est considéré comme inacceptable pour la quasi-totalité de notre société. Mais ce national socialisme suscite de nombreuses interrogations auxquelles nous n’avons pas encore trouvé de réponse. Comment se fait-il que le national-socialisme se soit aussi bien implanté dans la population allemande pour être mené au pouvoir de manière volontaire ? C’est un fait que les Allemands ont élu Hitler. Comment fonctionne le mode de pensée instigateur du génocide ? Quelles sont les origines du mode de pensée génocidaire ? Comment se fait-il que parce qu’il a tué tant de monde, le Nazisme soit considéré comme le seul régime aussi diabolisé ?

La réputation du nazisme. Le national-socialisme est une pensée enracinée dans la peur, ce qui n’est pas le cas du Communisme, qui lui s’enracine dans l’espoir. Cette pensée de la peur cherche à pourchasser des ennemis potentiels, des ennemis imaginaires, qui veulent la mort de notre civilisation. En ce sens, on peut dire que le national-socialisme est une pensée paranoïaque. Freud, qui ausculte le président Schreber, un homme se prenant pour Napoléon et qui est paranoïaque, constate que cet homme voudrait être traité comme Napoléon, ce que ne font pas ces interlocuteurs et cela le vexe. Cet homme se sent injustement traité. Le fou part sur un raisonnement faux et le développe. C’est le cas de ce patient de Freud et du nazisme. Le nazisme se base sur l’idée qu’il y a un complot imaginaire qui se trame contre le peuple allemand. Cela se double d’une certitude du peuple allemand d’être supérieur. Le peuple allemand se croit supérieur aux autres et comme il n’est pas traité comme tel, se sent bafoué. Il y a donc ce sentiment d’une persécution. Cette pensée négative est aussi mue par le sentiment de la mort, le peuple allemand redoute la mort. En même temps, il y a un espoir d’une société parfaite qui pourrait arriver. Mais à l’inverse du communisme, on ne croit pas en une société qui mettra tout le monde sur le plan égalitaire, ici la société idéale est celle de la domination d’une race biologique, les Aryens. Les deux idéologies attendent un paradis, les deux ont des boucs émissaires, les deux vont provoquer une terreur à partir d’un mode de pensée.

Texte des NEL (Nouvelles Editions Latines, maison d’édition française) : Hitler déclarait dans Mein Kampf qu’il voulait s’étendre en Europe et dominer cette région. Il ne voulait donc pas que son livre soit traduit dans les pays voisins. Hitler prend le pouvoir en 1933, la maison d’édition publie Mein Kampf en 1934. Elle prend donc un risque à publier un texte malsain qui en plus annonce le souhait d’occuper la France et d’exterminer des groupes. Les NEL, publient ce texte pour avertir les Français. Ce geste louable n’a servi à rien, il n’y a pas vraiment eu de suite. Dans cet ouvrage, toute la doctrine nazie y était condensée et pourtant, peu de gens ont tenu compte de cet

avertissement. Les NEL avaient bien compris Hitler comme le montre le dernier chapitre de ce texte. Hitler n’est ni vénal ni opportuniste, deux traits de caractère pourtant typiques en politique. Il faut se mettre à la place des gens de cette époque-là, pour comprendre l’évolution.

Le nazisme est une pensée négative mais au surplus, une pensée du refus. Dans le léninisme, la pensée est optimiste et d’attente. Elle croit en l’homme, trop certainement, mais elle y croit. Le nazisme en revanche est une pensée du refus et de la haine. Le nazisme veut écarter un mal. Le nazisme est constitué de cette peur, de cet effroi de périr en tant que culture, d’être en pleine décadence culturelle. C’est là une notion assez profonde qui s’étale sur plusieurs années.A cette époque c’est le ressenti des Allemands, leur culture va vers son extinction. Ce refus de l’autre dans le nazisme mais non dans le léninisme explique certainement les deux analyses bien différentes dont on fait cas. Pourtant dans les deux situations, on a eu un nombre de morts effarant . Si le nazisme est d’autant plus rejeté, c’est peut être aussi car le nazisme et son extermination des peuples se firent sous nos yeux, non loin de nous. Les goulags en revanche sont loin en Sibérie et les archives n’ont pas encore été étudiées. Les archives nazies furent retrouvées puisque le nazisme fut battu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, pas pour l’URSS qui a pu cacher ses méfaits. Les Staliniens détruisent tout ce qui porte tort à la société parfaite. Les Nazis détruisent tout ce qu’ils haïssent. Les premiers font dans l’idéalisme, les seconds dans la haine. Cela ne dédouane pas le stalinisme de ces méfaits, mais en revanche, on a deux visions bien éloignées des deux courants et le léninisme garde encore une certaine séduction dans nos sociétés, pas le nazisme. Ainsi, le régime de Polpot au Cambodge se revendique dans la lignée de l’idéologie stalinienne et communiste. Pourtant le nazisme reste de loin le totalitarisme au plus haut degré.

Son trait principal est que le nazisme est la seule pensée qui se fonde sur la haine et qui se tient aux règles qu’elle s’est fixée, contrairement aux contradictions du marxisme. Là où les idéologies annoncent la survivance de tous, elles massacrent, là où elles annoncent la fin de la police, elles les multiplient, … Dans le nazisme, on décide que c’est l’extermination de la moitié des membres de la population qui sauvera la société. Les Français étaient à exterminer même s’ils n’étaient pas les premiers visés. Hitler ne veut pas nourrir d’illusions, son cynisme est paisible, il le proclame de manière décontractée et publique. Ce cynisme paisible est un des traits qu’on ne pardonnera jamais à Hitler, il annonçait fièrement l’extermination de certains peuples. Face à ce caractère, la question est de savoir pourquoi l’opinion publique a pu accepter cela. D’où vient l’aveuglement moral de cette situation ?

Mein Kampf est diffusé très largement en Allemagne avant 1933, presque gratuitement. On pense qu’avant l’élection d’Hitler, 2 millions d’exemplaires avaient été vendus, pour connaître le nombre de lecteurs, on multiplie par 5 le nombre de livres vendus. Bref, le livre fut très largement diffusé. Ce livre contient l’essentiel du projet d’extermination avec quelques précautions sémantiques (mais bien peu). On s’aperçoit qu’Hitler réunit très rapidement une majorité écrasante de vote et sans violer ses intentions. Les commentateurs pensent que personne n’a crut le projet d’Hitler car la thèse était trop effrayante. C’est l’idée d’un flambeur qu’on ne croit pas mais qui en jette, il parlait mais on n’y croyait pas. En revanche, cela dénotait une volonté politique forte, chose assez peu en cours à l’époque dans cette Allemagne de Weimar. A cela, on peut ajouter autre chose. Les projets de Mein Kampf n’étaient pas nouveaux, ce n’était pas la première fois qu’on écrivait cela. Ce livre ne faisait que faire écho a des centaines de livres qui disaient tous la même chose. Il y avait tant d’écrits qui réclamaient l’extermination de certains groupes que les Allemands en étaient fatigués, surtout que personne ne le faisait vraiment et personne ne concevait qu’on le fasse réellement. Il y avait une lassitude face à ce sujet d’extermination trop souvent prononcé, mais jamais abouti. Pourquoi a-t-on laissé passer cela ? En lisant Mein Kampf, il n’y a pas une seule idée personnelle sauf l’ultime chapitre traitant de la propagande politique (comment mieux faire passer mes idées devant les foules). Hitler fut alors novateur dans le cynisme, il expliquait que les réunions politiques ne se faisaient pas à 9h car les gens étaient trop frais et réfléchissaient d’eux-mêmes, mieux valait faire cela tard le soir quand les foules étaient fatiguées. D’autres conseils suivent cela. En revanche, les autres chapitres n’exhibent aucune idée personnelle. Hitler ne fait que répéter les affirmations très largement connues de l’Europe depuis longtemps. La différence des races reprend des textes qui existent déjà. Les différences entre les races, par exemple, reposent sur des textes de l’époque.

Ainsi les Hottentots d’Afrique étaient la race jugée la plus retardée, la plus inférieure de toutes, dans des textes remontant de Linné et de Buffon (XVIII° siècle) et s’attardant jusqu’à Plekhanov. Les groupes humains sont certes différents mais, à cette époque, on a calculé des degrés d’humanité. Même les philosophes ont participé à ces conceptions.Hitler ne fait pas de nouveautés dans la pensée, mais innove en passant à l’acte. Il récupère les grands discours et décide de les mettre en application. Pour l’eugénisme, par exemple, beaucoup de monde voulait le faire, mais c’est seulement Hitler qui le mettra en place. En laissant traîner des idées longtemps, en y faisant baigner des individus, cela finit par imprégner la société et certains, tel Hitler, finiront par vouloir réaliser ces idées.

Ce qui eut lieu sous le nazisme fut donc sans aucun doute terrible et les Européens en sont toujours marqués. Pourtant avant 1940, les peuples d’Europe étaient habitués à lire des textes réclamant l’extinction de divers groupes (raciaux, sociétaux, alcooliques, …). Seules quelques rares personnes se révoltaient contre cela, alors qu’aujourd’hui l’ensemble des individus condamneraient de tels propos. Ces idées sont donc dangereuses car mises en application, elles nous sont devenues inacceptables. Notre morale s’est révoltée contre la pratique. Donc d’un point de vue objectif, voilà bien des idées inadmissibles et donc les textes qui y poussaient, étaient des textes poussant au crime. On a manipulé des idées dangereuses dont on ne veut plus entendre parler de nos jours.

Le National-socialisme est un moyen qu’Hitler va utiliser pour réaliser une idéologie qu’il n’a pas créé de lui-même. Ce national-socialisme en tant qu’idéologie se caractérise par une espérance millénariste, une sorte de pseudo-religion qu’on nomme gnose, expression religieuse trouvée au départ dans des groupes religieux. Vers l’an 1000 des Chrétiens pensaient que l’apocalypse se réaliserait, ce qui provoqua de multiples troubles dans la société médiévale. Ce terme fut repris pour des groupes non-religieux et s’applique ainsi pour ces groupes qui pensent que leur idéologie va durer mille ans (sous-entendu l’éternité). Ainsi, Hitler, lorsqu’il faisait construire des temples, il écrivait sur les frontons « Pour le Reich de 1000 ans ». Les Allemands pensaient donc que cette religion du National-socialisme durerait donc infiniment. Le National-socialisme est donc une idéologie dans le sens où tout est pensé de manière globale (art, religion, politique, …). C’est aussi un manichéisme, on a soit du blanc, soit du noir, rien entre les deux.Ces idées germanophiles xénophobes sont systématisées mais pas inventées, de même que les idées de l’eugénisme. Les idées de Mein Kampf sont portées par toute une culture ambiante, et cet ouvrage les synthétise. La question des origines du national-socialisme est donc importante, elle vient de loin, de l’Europe comme des Amériques. Hitler hérite d’un courant pré-raciste dont les penseurs les plus éminents de l’époque sont tous des adeptes. On ne peut condamner les gens de l’époque car tous étaient dans cette conception raciste (de Jaurès à Céline). Les auteurs précédents Hitler sont anglais (Chamberlain) ou français (Vacher de la Pouge, Gobineau, …) et tous ont inspiré Hitler, il n’a pas repris les thèses plus particulières d’un d’entre eux. Le nazisme est une idée qui naît dans une atmosphère qui le suscite. Des mythes très anciens et totalement partagés en sont à l’origine.

L’idée de race est une idée récente, mais elle n’explique pas le racisme du XX° siècle. Ce racisme nait surtout de l’idée de supériorité d’un groupe sur un autre et cette conception est très ancienne et toujours présente. Aujourd’hui il n’y a qu’en Occident que l’idée de racisme est condamnée unanimement, dans d’autres régions du monde cette idée de supériorité développe d’autres nouvelles formes de racisme. Ce sentiment de supériorité est donc né partout et certains peuples dans l’histoire se sont sentis particulièrement supérieurs aux autres. Cette supériorité se trouve dans les peuples, dans les sociétés, dans les familles, … Parmi ces peuples qui sont sentis supérieurs on trouve les Russes (le panslavisme), les Mongols et les Juifs. Les Juifs se sentent supérieurs pour une raison religieuse, ils sont le peuple élu de Dieu. Ce Dieu qui erre sur le bord du monde présente à tous un papier blanc où il déclare « Je t’aime, signe ce papier blanc ». Tous les peuples refusent sauf celui des Juifs. Ce mythe se transmet dans la culture juive et fonde leur idée de supériorité religieuse. En Europe, le peuple qui se sent excellent, ce sont les Germains. Ils se sentent supérieurs à tous mais l’origine n’est pas religieuse. L’histoire des Germains à leurs débuts peut permettre d’expliquer ce qui leur fait éprouver leur supériorité. A la constitution des peuples d’Europe, on avait de nombreux peuples autochtones (Gaulois, Saxons, …). On trouvait aussi le peuple Franc

(peuple Libre) qui est arrivé de Germanie et a pris les rênes de la Gaule devenant l’élite de la Gaule qui fut d’ailleurs renommée la France. En Espagne, les Ibères, peuple de paysans rencontra les Goths venus de Germanie qui se firent nommer les Espagnols. En Angleterre, les Germains vinrent s’installer et se firent prénommés les Anglos. En Italie, ces mêmes Germains prirent les rênes de la Lombardie et soumirent les Italiotes. Les Germains sont donc dans cette conception à l’origine de nombreux peuples et se présentèrent comme l’élite de tout les peuples. Les Germains sont donc à l’origine de cette conception d’excellence ontologique (l’ordre de l’être). Cette idée est donc présente dans les ouvrages de l’époque et dans Mein Kampf, les Germains ne sont pas riches au niveau intellectuel mais se caractérisent par une richesse différente, celle de mettre au service son niveau de capacité pour le groupe. La solidarité est le plus grand des atouts. De plus, il y a depuis longtemps une fascination pour la Germanie. Les Romains connaissaient la Germanie, ceux qu’ils prénommaient les Barbares. Tacite dans son ouvrage De la Germanie, y voit un peuple d’excellence. Montesquieu parle aussi de ce peuple d’excellence dont les qualités sont liées au climat. Michelet se questionne sur la bonne réputation des Germains le siècle suivant. Renan en 1870 ne s’étonne pas de la victoire des Germains sur la France puisqu’ils sont meilleurs que les Français en tout. Ainsi l’Europe n’a pu exister que grâce à l’apport de la Germanie. Avant qu’on invente l’entité aryenne, le peuple supérieur dans les mythes de la plupart des ouvrages, c’est ce peuple germain.

Les Allemands au début du XX° siècle sont habités par un complexe de supériorité énorme. Les Allemands sont pourtant, au départ, un peuple épars et souvent en conflit entre minorités régionales.Mais par la suite ils se sont constitués en entité politique, un empire, l’Empire Romain Germanique. C’est au sein de cet empire que se développe de nombreux courants musicaux, philosophiques, … On a donc un peuple très cultivé mais incapable d’assurer son unité avant 1870. On a un Empire pas tant au niveau de la centralisation puisque les peuples allemands sont disséminés (les langues sont souvent différentes entre les régions) qu’au niveau de la fédération. On avait de nombreux peuples constitués en souverainetés et techniquement unis dans cet Empire. Techniquement, puisque dans les faits, il y a de nombreux conflits entre ces peuples. Les Allemands ont souffert de ce manque d’unité et de centralisation. Ainsi quand les Allemands se cherchent un facteur d’unité, c’est par la langue que cela passe. Les Germains se reconnaissent par la langue et développent des mythes dés le XII° siècle où Adam et Eve parlaient allemand. Au Moyen-Age, par l’ancienneté de sa langue, le peuple allemand se croit plus ancien et plus pur. L’idée de race supérieure se double de l’idée de langue supérieure. Au vu de ces critères, le caractère germanique peut alors être revendiqué par les Allemands, les Scandinaves et les Anglais. Tous sont des descendants de Germains. Mais ce phénomène d’amplification de l’idée de supériorité remonte aux XV° et XVI° siècles. De ces deux siècles, les Germains ne cesseront d’embellir cette notion. A l’idée de grandeur, le sentiment de persécution la rejoint. En effet, personne n’est plus grand que le germain et les autres lui rendent mal, du coup, l’individu se sent persécuté. De plus, le fait d’être supérieurs donne aux Allemands l’obligation de civiliser les peuples. La supériorité impose une vocation allemande, une régénérescence du monde par l’Allemagne et cela aboutit à un rejet de la religion chrétienne, religion égalitaire qui veut évangéliser partout en jugeant tout les peuples égalitaires dans l’entrée dans la chrétienté. De plus, cette religion se fonde sur le caractère sacrée de la personne humaine, tous les individus ont leur part de sacré, indépendamment des différences physiques et mentales. Cette part sacrée nous vient de Dieu. Le mythe germain ne peut se satisfaire de cela et s’inscrit donc en faux contre tout cela. D’autant plus, que le peuple germain finit par penser qu’il n’a pas été touché par le péché originel. N’ayant pas de culpabilité à avoir, n’ayant pas de défauts, les défauts concrets qu’ils possèdent viennent des peuples alentours et en particulier de la culture latine et chrétienne. Surtout qu’historiquement, on a une certaine rivalité et compétition entre les sphères d’influence latine et germanique. L’avènement d’Hitler, c’est la victoire germanique sur la culture latine. On cherche donc une nouvelle religion païenne qui s’oppose au Dieu chrétien et à l’égalité de Saint Paul (qui déclarait que devant Dieu, il n’ya avait pas de différences de statuts, de sexe, de races, …). C’est là que naît le mythe aryen.

Dans leur histoire, les Germains constatent qu’ils ont eu de nombreux déboires liés à des invasions de peuples voisins. Tous les évènements néfastes de ce peuple germain ne peuvent pas être, dans leur conception, liés à des facteurs intrinsèques à la culture germanique. Les Allemands ne

peuvent pas considérer ces déboires comme normaux et faire avec. Ils cherchent une explication et celle-ci passe par l’ennemi extérieur. Remontant à la Guerre de Trente Ans, la littérature allemande va dénoncer une succession de défaite qui ne sont pas tant des défaites que des humiliations morales. Ce sont des attaques à leur être, on a voulu les détruire dans leur âme. Avec les invasions napoléoniennes, cette conception se cristallise.

Les Allemands se sentent donc complexés et méprisés. Cela d’autant plus que finalement l’Empire fédéral, système politique de libertés et d’autonomie, est une source de faiblesse dont les ennemis profitent. En 1802, Hegel rédige une constitution allemande dans laquelle il fait le constat de ces milliers de petites souverainetés et compare avec la France où le seul lieu de souveraineté est dans la personne du roi ou du président. A coté de ces gouvernements centralisés, l’Allemagne n’a aucune chance. Le ton porté est patriotique et quelque peu revanchard.

L’humiliation allemande n’est pas née en 1918, dans leur conception cela remonte à longtemps, mais explose aux yeux de tous en 1918. Ce courant germaniste se développe de plus en plus et vers le XIX° siècle devient une certitude de la supériorité de l’être. Cela se retrouve dans les écrits de nombreux auteurs allemands, notamment des philosophes : Leibniz, Hegel, Nietzsche, Fichte, ... Tous ces philosophes sont inspirés par ce mythe de supériorité germaine. Tout l’espace politique en est secoué et cette conception s’y retrouve aussi. Ainsi dans le Discours sur la nation allemande de Fichte, discours repris par le national-socialisme et qui l’a nourri, on a un texte sur l’humiliation allemande face aux troupes napoléoniennes. Fichte voit une supériorité allemande qui commence par la supériorité de la langue. De cette supériorité linguistique, il y a des conséquences ontologiques, ainsi l’Allemand est « par nature le seul homme vraiment homme », « le modèle type de l’humanité » ou encore « le peuple par excellence ». Pour Fichte, le peuple allemand est un mètre (???) étalon, un peuple originel totalement naturel. Par exemple, l’allemand est le seul qui comprenne la philosophie ou l’amour à sa patrie. Comme modèle d’humanité, l’allemand est le seul qui puisse avoir une conception universelle. Mais Fichte ne réclame pas le droit d’oppression, il se contente de dire que les autres peuples ne peuvent qu’admirer le peuple allemand. En revanche, il pose les fondements de la conquête et de l’esclavage, qu’il l’ait voulu ou non. Fichte voit le peuple allemand comme l’inspiration pour les autres peuples, les Allemands sont des modèles pour le reste du monde, ils sont le noyau de l’univers. Il faut alors éduquer les jeunes allemands en leur formant le caractère, préférer la volonté à l’amas de connaissance, favoriser l’idéalisme et les grandes causes, entraîner à la solidarité et au sacrifice pour sa nation ou encore fonder un nouvel homme. Se débarrassant du péché originel, Fichte souligne que l’homme est devenu pêcheur, tout comme Rousseau. L’éducation allemande vise alors à transformer les humains, à faire revenir la pureté de la race allemande.Comme pour Hitler, le paradis terrestre est en fait un retour vers le passé. Des citoyens allemands bien éduqués empêcheront d’entretenir une armée, égaliseront les conditions de vies ou en tout cas empêcheront la pauvreté de dominer, … on a une idéologie totalitaire en germe. Le peuple allemand doit régénérer le monde. Le peuple roi est tellement supérieur qu’il ne peut se contenter d’un rôle médiocre, il est le leader ou rien car toute autre solution serait équivalente à une situation d’esclavage. Pour cela, les historiens estiment qu’Hitler s’il avait eu la bombe atomique aurait certainement suicidé son peuple pour assurer sa pureté. Si on ne peut pas gouverner le monde, plus rien n’a d’intérêt.

Le germanisme est donc l’exaltation d’un peuple mais pas d’une race. L’idée de race élue va se greffer sur l’idée d’un peuple élu. Le racisme passe par un différencialisme de départ. Ce différencialisme, c’est l’idée qu’il y a des différences entre les groupes, mais cela n’est pas raciste en soit. Le racisme dans sa définition limitée est en fait une conception partant du différencialisme, qui en conclu que certains peuples sont supérieurs à d’autres, et que ces peules supérieurs doivent dominer les autres. Le racisme dans sa forme plus vaste, c’est mettre en avant les différences entre les groupes. On garde ici la définition stricte. Au contraire du racisme, on trouve l’égalité en dignité. Comment le différencialisme est devenu racisme finalement ? Dés l’antiquité le différencialisme se trouve chez Aristote. La liberté politique identifie les Grecs des autres, des Barbares (Perses, Égyptiens, …). Du coup, pour Aristote les Grecs sont naturellement libres et les Barbares naturellement esclaves. En effet, ces derniers sont toujours sous des régimes despotiques, donc que c’est dans leur essence et que ce n’est pas accidentel. Lorsque les Européens prennent pied sur des

territoires très différents, ils se retrouvent en présence de sauvages. Ces sauvages sont jugés barbares et inférieurs aux Européens. On se demande parfois même s’ils ont une âme.

L’idée de race prend alors appui sur la question des origines. Avec Darwin, au XIX° siècle, on réalise qu’Adam et Ève n’ont pas véritablement existé et que le paradis n’est pas terrestre. Dorénavant, on apprend que l’homme descend de grands singes qui se sont développés peu à peu. La question est alors de savoir s’il y a une seule tribu humaine née de ces singes et qui se serait réparti sur Terre (monogénisme) où si plusieurs peuples humains sont descendus de plusieurs groupes de singes au même moment (polygénisme). Le polygénisme a donc favorisé l’émergence du racisme, nous ne sommes pas tous cousins germains. C’est quand le pilier spirituel s’effondre que les différences deviennent fondamentales et que le racisme prend son essor. Si l’égalité face à Dieu s’efface et qu’on développe la théorie de la pluralité des Adams, alors l’homme noir devient la sous-race par excellence avec des critères de laideur physique, mentale, … Ces thèses ne pouvaient naître que dans la comparaison permanente entre la civilisation européenne et les autres civilisations. Ces comparaisons sont donc favorisées par le colonialisme depuis Christophe Colomb au XVI° siècle, puis dans l’ensemble de l’Afrique et de l’Asie. Finalement, les Européens se demandent pourquoi ils sont les seuls à coloniser les autres peuples. C’est une fausse vision, puisque tous les peuples ont un jour colonisés les autres peuples. Au même moment, les sciences en plein essor favorisent les critères de comparaisons entre civilisations. Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Weber explique comment le protestantisme a favorisé l’émergence du système capitaliste. Dans l’introduction de ce livre, Weber pose une question toujours débattue aujourd’hui. Il se demande comment cela se fait que le développement technique et industriel soit apparu en Occident alors que beaucoup d’autres peuples auraient très certainement pu faire la même chose , en particulier la Chine (imprimerie, vaccin, …). Needham, spécialiste de la science chinoise, souligne les inventions chinoises et se demande comme Max Weber pourquoi les Occidentaux ont davantage progressé que les Orientaux. Pourquoi le progrès a pris son essor en premier lieu dans cette région du monde ? Cette interrogation naît au début du XX° siècle. Elle manifeste certes une prétention européenne mais repose aussi sur un constat. De ce sentiment d’exceptionnalité, les racistes en concluent que les Européens sont les meilleurs et donc développent encore le racisme. Ce point de vue orgueilleux, que Weber ne développe absolument pas, amène donc à l’idée de supériorité de la race. En Allemagne, là où la supériorité était déjà présente, la question de Max Weber trouve sa réponse dans cette notion de supériorité. C’est le peuple aryen qui développe cette conclusion.

L’aryen n’est pas une pure invention, il y a une bribe de vérité dans l’apparition de l’aryen. L’aryen a existé, mais pas comme le décrit le national-socialisme, qui se fait d’ailleurs passer pour une science précise. Imitant la science, le national-socialisme va influencer beaucoup d’individus. Les travaux scientifiques du début du XIX° siècle révèlent dans les peuples indo- européens une parenté entre toutes les langues européennes. A part trois langues européennes, le basque, le hongrois et le finois, toutes les autres langues du Vieux Continent sont apparentées. On en tire qu’il a du y avoir une langue commune de départ, la langue indo-européenne, langue mère de toutes les autres. Avec l’archéologie et le suivi d’une trace particulière et récurrente (une forme particulière de haches), on a découvert qu’un groupement d’hommes parlant l’indo-européen, serait venu d’Asie et d’Orient, en 2000 avant notre ère, pour s’installer en Europe. Là où l’on quitte la science, c’est lorsque l’on décide de faire de cette population une race supérieure venue d’Inde et qui serait jugée pure. Cette fausse anthropologie vient de travaux scientifiques sérieux. Ce mythe agglutine tous les fantasmes racistes de l’époque. Les Allemands y voient la raison de leur supériorité, y voient leurs racines, ils sont les héritiers des Indo-européens. Arguant des résultats scientifiques mais en les déformant, le national-socialisme réussit à convaincre la population de ses thèses. Il développe un fanatisme autour d’une supériorité historique et attestée par des travaux scientifiques. Mais s’il existe des races supérieures, on a forcément aussi des races inférieures. On développe donc aussi l’idée que les autres peuples ne participent pas de la race glorieuse. L’antisémistisme trouve alors un point de focalisation dans cette idée, plus encore que la lutte contre les Africains. Les Romains aussi étaient détestés des Germains pour cette raison et pour le passé historique. En effet, les Romains, non sans raison, ont en partie détruit des formes de cultures des Germains, notamment le droit romain qui a finit par supplanter le droit germain. A partir du XVI° siècle, apparaît puis se propage le Livre aux 100 chapitres. Un ouvrage

dangereux aux idées pré-racistes, qui appelle à la croisade contre les peuples diaboliques et inférieurs aux Germains. Le racisme va se trouver un adversaire fondamental dans la personne du juif. L’antisémistisme est plus vieux que le racisme. En effet, le Christ était un juif qui n’était pas reconnu en tant que tel par les siens. Les chrétiens ont alors développé l’image d’un Christ chrétien malmené par le peuple juif. La détestation du juif date donc de plusieurs millénaires. A cela, on peut ajouter le fait que tous les peuples se sont organisés autour d’un espace sauf deux peuples : les tsiganes qui s’organisent autour du mouvement (???) et le peuple juif qui s’organise autour d’un temps long. Israël ne fut créé qu’après la Seconde Guerre Mondiale justement parce qu’on pensait qu’il fallait qu’ils aient leur espace. Les Juifs trouvent leur identités avant tout dans le temps et l’attente du retour du Dieu sur la Terre. A partir de là, le peuple juif prend la nationalité de tel ou tel peuple et s’adapte au mode de vie de sa nation. Non seulement il s’adapte, mais il défend aussi sa nation et se sacrifie pour elle comme n’importe quel peuple. Les Juifs s’adaptent donc partout mais garde un forme de distance puisqu’ils sont Juifs en plus de leur nationalité. Ils gardent donc une certaine distance vis-à-vis de leur pays et cette distance passe pour une forme de supériorité. Ce d’autant plus qu’historiquement, on a de nombreux Juifs qui font partis des élites , qui furent célèbres. A cause de leur religion, les Juifs se sentent supérieurs dans la place religieuse. Ils sont le peuple élu. Les nazis se construisent alors contre le Juif, le véritable peuple supérieur et élu est l’Aryen. L’aryanisme est donc une antithèse du judaïsme, l’un est le bien absolu, l’autre le mal absolu.

Le Juif est devenu l’ennemi numéro 1 au lieu du Noir d’Afrique. En effet, le racisme se cherchait un ennemi à sa hauteur et le Noir d’Afrique était si rabaissé, si méprisé, qu’il n’était pas un bouc émissaire valable. Il fallait que l’adversaire du racisme ait une véritable capacité de nuisance et ne soit pas tenu pour rien comme l’était l’homme africain. Les Juifs depuis longtemps haïs avaient des restrictions dans leur travail, ce qui explique leur prédominance en économie (ils ne pouvaient cultiver un sol). Mais depuis quelques siècles, on lutte pour que tous les peuples aient des droits égaux, les Juifs finissent par les acquérir. Immédiatement les antisémites qui tolèrent une présence d’un peuple juif, refusent de leur accorder les mêmes droits que les peuples purs. La littérature qui va se développer alors autour de l’image du Juif, en fait un sous-homme. Cette littérature est foisonnante et de grands esprits ont participé à ces mythes des sous-hommes. Un seul exemple le montre bien. Hegel, dans un de ces cours pour les étudiants, explique que la différence entre l’Allemand et les autres peuples est une différence métaphysique. Les peuples germaniques sont les seuls à pouvoir déployer leurs esprits, à penser. L’esprit au départ est faible et puéril comme en Afrique puis finit glorieux et brillant comme en Germanie. « L’Africain vit pour ainsi dire sans conscience ». L’apparition du racisme en Occident n’est pas une lubie de quelques individus, c’est une conscience générale de la population.

L’histoire développe alors ce mythe de l’Indo-européen et des autres. Cela demande alors de reconstituer l’histoire autour de la notion et du critère de race. Lorsqu’on voyait un échec, la seule cause arguée de cet échec était une cause de race. Les Allemands gagnaient par leur supériorité raciale mais perdaient par la capacité de nuisance des autres races.

Une autre science est très importante dans le développement du racisme, une science naissante, la biologie. La science biologique existe à cette époque mais est réadaptée par les Nazis pour être mieux manipulée. Tout débute avec Darwin qui étudie à travers le monde l’évolution des espèces. C’est un homme très nuancé dans ses propos mais qui fut utilisé par les racistes. Darwin voulait démontrer que les hommes descendaient des grands primates et non d’Adam et d’Eve. Il cherchait à démontrer comment des mutations avaient fait passer le poisson à l’homme. Darwin luttait contre le finalisme. Dans le cas des girafes, on se demande dans quelles circonstances les girafes ont acquises un long coup. Pour Lamarck, un changement climatique réduisit l’herbe au sol et contraignit les girafes sur des millénaires à tendre le coup et le faire grandir pour manger des feuilles sur les arbres. Darwin nie tout en bloc et dénonce un finalisme, on adapte la biologie à la fin visée. Il explique que les girafes avaient certainement un cou court avant, mais qu’une mutation a donné à certaines un cou long. Ces cous longs ont permis à certaines girafes de mieux survivre et de se reproduire, propageant le critère physique du cou long chez leurs congénères. Les racistes reprennent cet argument toujours en vigueur de la sélection naturelle et l’applique à la société. Dans La descendance de l’Homme, Darwin écrit « Un être moral est celui qui peut se

rappeler ses actions passées et apprécier leurs motifs, qui peut approuver les unes et désapprouver les autres. Le fait que l’homme est l’être unique auquel on puisse avec certitude reconnaître cette faculté, constitue la plus grande des distinctions qu’on puisse faire entre lui et les animaux ». Darwin savait que l’homme descendait du singe mais ne voulait pas qu’on applique ses théories dans la société comme le firent ensuite les racistes. Un second élément fut repris chez Darwin. Il démontrait que l’homme n’était qu’un singe évolué réduisant l’écart entre les deux espèces. Ce rapprochement eut un effet immédiat et tragique. L’écart entre l’homme et l’orang-outang qui se réduisait chez Darwin eut, chez les racistes, un effet inverse, il a creusé un autre écart entre les différentes races humaines , comme s’il fallait conserver un fossé quelque part. Un exemple simple est le lien établi à l’époque entre l’intelligence et le volume du cerveau. A cette époque, on pensait qu’en pesant le cerveau, on pesait l’intelligence. Dans les journaux, on lisait que les différences entre les grands cerveaux de certaines races humaines (les Aryens) et les petits cerveaux d’autres races humaines, il y avait un fossé plus grand qu’entre le plus petit cerveau de certaines races humaines (sous-entendus des hommes noirs) et le plus grand cerveau de certaines races de singes. La biologie de cette époque constate qu’il n’y a donc pas de différences radicales entre l’homme et certaines espèces animales. Darwin déclarait dans ces livres que l’homme était loin de l’animal par sa capacité à mettre un sens moral dans ses actes. Mais il mettait toutes les races humaines dans le même panier, sans faire de distinctions. Pour les racistes en revanche, seuls les hommes supérieurs avaient de la dignité et les autres races humaines seraient traitées à l’égal des animaux. Le déplacement des théories biologistes furent donc détournées par les racistes.

Toutes ces sciences finissent par mettre en place des sciences biaisées et réécrites. L’Indo- européen est décrit comme un dolycocéphale (au visage et au corps allongé) blond qui a survécu chez les peuples germains et nordiques, les autres peuples alentours (Français, Italiens, …) seraient alors des brachycéphales (au visage et au corps tassé) bruns. De plus, les brachycéphale sont influencés par leur physique, ils sont lâches et peu inventifs quand les dolycocéphales sont brillantes, solidaires et courageux. C’est pourquoi en 1902, on avait des études dans les comités d’hygiène raciale allemands, qui liaient le physique avec le mental.On fait une confusion entre le biologique et l’éthique, mais on sépare de manière extrême le bien et le mal.

Avec le début du XIX° siècle et le développement des sciences, on a les spécificités du Juif qui émergent. Le Juif est un parasite, une sorte de squatteur qui veut vous détruire de l’intérieur. Le Juif conserve toujours sont sang pur mais veut détruire celui des autres races. Il est faible dans son caractère mais fort dans sa nuisance. Le juif est donc associé à un pou, une puce, ou tout autre parasite humain. C’est par le Juif que circulent les mauvaises idées et les Révolutions pour détruire les races. Les Juifs sont tous communistes chez les racistes. Drumont, en France, associe les Juifs aux Francs-maçons et ils voudraient briser les races pures supérieures. De l’antisémitisme pur et dur se développe au XIX° siècle avec même des partis antisémites dans leurs programmes. Le Juif est fort et dangereux, l’adversaire idéal pour un raciste.

Une question revient régulièrement dans les thèses racistes, celle de la décadence. Au XIX° siècle, l’idée de décadence est particulièrement vivace comme l’a montrée Julien Freund. On estime qu’il y a un déclin de certaines civilisations qui s’exprime au travers d’un manque de courage, une incapacité à se battre, un manque de fierté, … L’exemple est la décadence de Rome qui revient souvent pour être comparé à la décadence européenne de l’époque. Doublé de l’idée d’un possible progrès, il y a donc une solution pour ne pas sombrer dans la décadence. Le processus historique peut amener à l’idée qu’il y a une fin de la grandeur. Les Allemands étaient très portés sur l’idée du déclin du fait de leur nostalgie de l’époque médiévale, de la communauté médiévale. Il s’agissait des petits lieux où les gens étaient agglutinés les uns aux autres et vivaient dans une communauté réduite et solidaire. C’est une vision encore très romantique de la communauté villageoise qui ne prend pas en compte les défauts de ces communautés. Avec l’exode rural du XIX° siècle, les Allemands pensent que cet idéal communautaire chute et en conséquence, qu’il y a un effondrement moral, des élites et de la culture allemande. Ils vont alors reprendre tous les textes anciens qui parlent de décadence, Romains comme Grecs. En particulier, chez les Grecs, les auteurs constatent leur décadence avec une lucidité impressionnante. De ces textes, les auteurs du XIX° siècle et du XX° siècle, en tirent les conclusions que les civilisations sont mortelles.

Des individus prétendent alors que la décadence de la race provoque celle de la société. Gobineau dans L’essai sur l’inégalité des races humaines, explique que le déclin des sociétés humaines provient moins des mœurs corrompues que de la dégénérescence de la race : « Les nations meurent car elles sont composées d’éléments dégénérés ». Le peuple n’a plus la même valeur dés l’instant qu’il a un sang dégénéré et ce sang dégénéré vient du métissage. Le métissage est dangereux dans le sang mais aussi dans les idées. Gobineau est un adepte de l’inégalité comme beaucoup de ses contemporains. Seule une purification de la race permettra de la régénérer. De nombreux auteurs vont montrer du doigt comment la société se dégénère.

Plusieurs causes sont censées expliquer cette dégénérescence raciale. Dés le milieu du XIX° siècle, on voit apparaître un nouvel forme d’État dont l’origine est en Allemagne et se propagera aux USA : l’État providence. Cet État multiplie les aides sociales, il aide les citoyens à vivre. En même temps, une nouveauté apparaît au même moment, une médecine performante (vaccins, découvertes de maladies, …) qui repousse le vieillissement, augmente l’espérance et vie et réduit la mortalité infantile. Si l’on peut mieux soigner, on va donc maintenir en vie des gens fragiles, comme les personnes qui avaient de l’asthme. En leur assurant la vie en dépit de leur fragilité, ils vont se reproduire et donc propager leur fragilité à leurs enfants, ce qui gangrène la société idéale des racistes. Avec la multiplication des aides sociales, les vagabonds qui mourraient dans la rue sans avoir d’enfants, peuvent dorénavant avoir un logement, se nourrir et fonder une famille. Comme on pensait que la pauvreté était héréditaire … cqfd. On jugeait certains individus parasitaires (pauvres, alcooliques, …) que les soins médicaux et le welfare state vont aider à survivre et à se reproduire. L’idée est donc que l’homme a bouleversé la nature et que celle-ci va se venger. La société est dégénérée car nous avons été trop loin dans le soin aux maladies sociales. En 1877, l’ouvrage Juke Family rédigé par un sociologue qui suit une famille sur plusieurs générations, met en scène un couple simple d’esprit dont le mari est alcoolique et la femme chômeuse. L’auteur suit les enfants et montre que toute la descendance est alcoolique et chômeuse. La conclusion en est très simple, en les aidant, on a développé une foule d’enfants dégénérés qui gangrènent la société et qui sont malheureux. Notre sens moral a atteint un stade où il est suicidaire. L’extermination de ces individus est avancée comme une légitime défense contre une décadence. Le pire est que chez Darwin, le souci de ce sens moral est déjà présent. Il démontre que la religion monopolise les grands esprits qui deviennent prêtres et ne peuvent avoir d’enfants, la médecine sauvent les dégénérés, la guerre tue les généraux habiles et les fins tacticiens, … Pour Darwin, il faudrait raisonnablement une forme de sélection qu’il nuance immédiatement en soulignant que la morale s’y oppose. Darwin se résigne au déclin parce qu’il faut bien obéir à une morale même trop poussée. Binding et Hoche, deux universitaires, écrivirent dans un ouvrage de l’époque, la légitimité d’exterminer les vies qui ne valent la peine d’être vécues. Les handicapés, les mourants, les tarés, … Autant de vies ayant perdues leur dignité qui mérite qu’on les aide à mourir.

De 1870 à 1930, on voit alors monter par pallier une bonne conscience exterminatrice. L’eugénisme, nouvelle science pour l’époque, se donne pour but d’améliorer la race humaine. Toutes ces idées eugénistes se retrouvent dans les travaux britanniques de Galton Haeckel. En Angleterre, on veut juste contrôler la reproduction et sélectionner les individus. Aux USA, vers 1900, des associations font pression sur le gouvernement pour développer l’eugénisme. Ces associations font des travaux sur la santé générale de la population et montre une chute de la santé américaine. A cette époque, les statisticiens américains sont pour l’eugénisme et cela passe. Ainsi, on décide en 1896 dans quelques États d’interdire le mariage à certaines personnes et d’en forcer d’autres à se faire stériliser (en particulier les handicapés). On voit alors se répandre la défense de l’euthanasie ensuite. En 1934, Hitler promulgue des lois eugéniques et fut applaudit par une partie de la communauté scientifique internationale notamment aux USA et en Angleterre. Dés cette instant, l’application d’une idéologie raciste s’affirme encore plus ouvertement. Toute une théorie se développe selon laquelle on rend service au malade en le tuant. Cela peut se comprendre pour des handicapés très lourds qui parfois demandent la mort. Mais la différence est énorme entre agir de manière altruiste dans un cas et décider de manière automatique des mises à mort de débiles. Considérant par une partie de la communauté internationale, qu’il y a des indésirables qu’on peut tuer alors cela va aller croissant. La difficulté était alors de faire le premier pas. Toute la question était déjà dans celle de la dignité inaliénable.

L’Histoire avait préparé le national-socialisme, ceci explique que Mein Kampf n’a guère surpris les gens puisque cela avait déjà été entendu dans la société. Des idées criminelles étaient auparavant banalisées. Hitler se contente de passer à l’acte, c’est sa seule innovation.

Hitler est d’origine allemande, mais a vécu sa jeunesse à Vienne, ville de poètes et ville intellectuelle importante à cette époque. C’est aussi la ville de la décadence tourmentée par sa chute. Vienne est la « station météorologique de la fin du monde » selon le poète Karl Kraus. Le parti raciste apparaît comme une revanche sur la fin du monde. A cela s’ajoute la défaite de 1918, l’humiliation de l’Allemagne et enfin la crise de 1929. Ces évènements sont ceux sur lesquels les Allemands vont faire croître le nazisme. Les Allemands se sentent comme un peuple victime dont la chute est profonde, dont la grandeur passée est tarie et que la défaite militaire de 1918 n’est en faite qu’une défaite générale du peuple allemand (sociologique, raciale, intellectuelle, …). Pour Hitler, il faut donc commencer par s’attaquer à cette défaite générale mais surtout celle de 1918 et se relever de cette humiliation. Le désespoir est si grand face à la décadence pour Hitler, que la revanche prendra n’importe quel moyen. Il faut prendre en compte l’immensité de ce désespoir.

Cicéron déclarait qu’un individu sait qu’un jour il mourra. Au départ, on le sait de manière intellectuelle puis un peu plus concrète avec la vieillesse, on peut alors se donner la mort volontairement. En revanche, pour une société, il n’y a pas moyen de mourir, celle-ci veut survivre éternellement. C’est là, la différence fondamentale entre l’individu et la société. Une société qui se sent mourir, cela est impensable. Les Allemands se retrouvent dans cette situation, ils pensaient que leur société allait mourir. Ils cherchent donc un salut, un moyen de s’en sortir pour ne pas être phagocytés par ses voisins. A partir de là, l’idée de la disparition de leur société devient insupportable pour les Allemands, ils sont prêts à tout pour mettre fin à cette situation, à désespérément raccrocher à la vie leur société. Une des phrases courantes de l’époque était « Il faut que quelque chose arrive », la situation n’est plus tenable. Pierre Gaxotte, un historien, explique qu’un peuple qui coule s’accroche à un serpent. L’homme individuellement est prêt à mourir pour son idéal, sa famille, … Un peuple en revanche va s’accrocher à ce qu’il peut, à un « serpent », à une chimère. Hitler sera ce à quoi le peuple allemand va se raccrocher pour vivre à tout prix.

Hitler est donc un jeune homme en Autriche. Il reçoit un héritage familial qu’il dilapide rapidement. A cela, il échoue à tous ses concours et notamment son rêve, celui des Beaux-Arts de Vienne. N’ayant rien pour survivre, il fait des petits boulots en vendant des dessins, des cartes postales dans la rue. Hitler semble avoir eu un énorme complexe de supériorité qui tranche avec sa situation réelle. L’esprit et le caractère d’Hitler était un véritable décalque de l’esprit allemand : complexe de supériorité et situation réelle d’échec. L’idée de grandeur et la honte devant une série d’échec développe un sentiment d’aigreur et de haine. Heureusement pour lui, Hitler avait plusieurs talents, et en premier lieu un talent d’orateur formidable. Engagé dans l’armée en 1914 – 1918, Hitler se bat coté allemand et y prend un plaisir formidable. Mais la guerre terminée, il se sent démuni et ne sait plus quoi faire. Il n’est pas le seul de ces soldats à ne pas savoir quoi faire. Ne sachant quoi faire, il devient instructeur dans l’armée, c'est-à-dire qu’il est chargé d’enquêter au sein de l’armée. Un jour, il est chargé d’enquêter sur un parti bavarois sécessionniste. Dans l’Allemagne de Weimar qui est très fédérale, ce genre de partis qui veut quitter le pays est assez classique. Hitler s’y inscrit et rapporte ses constats à ses supérieurs. Hitler est si doué dans ce double-jeu qu’il devient chef du parti National- Socialiste dont il reprend le nom. Il devient le leader d’une pratique d’entrisme (entrer dans un groupe et le subvertir de l’intérieur). Il va alors tenter de faire un coup d’État, sans succès. Il est arrêté et envoyé dans la forteresse de Landsberg où il continue à subvertir ses compagnons de cellule et les gardiens. Lorsqu’il arrive à son procès, il fait des discours si enflammés qu’il convainc les juges. Mauvais étudiant, mauvais écrivains ou mauvais penseur, c’est un des meilleurs orateurs de son époque. Ce talent doublé de sa foi en son étoile ainsi qu’un caractère représentatif de l’État allemand, va faire de lui un acteur primordial. Il se met à lire les travaux pour convaincre et persuader les foules de Gustave Le Bon. Hitler va donc développer les thèmes déjà présents depuis des siècles en ajoutant des nouveautés avec les sciences récentes. Il va alors faire le parcours ordinaire d’un homme de la vie politique. Il commence

par réunir une dizaine de personnes puis fait des réunions de plus en plus importantes. Son échec du coup d’État lui a appris beaucoup. Il conserve un mépris des moyens utilisés pour atteindre ses buts. Tromper la foule ne lui était d’aucune importance. Il sait dés le départ que dés qu’il aura le pouvoir, il supprimera la démocratie. Comme Lénine, il défend le suffrage universel pour ensuite le nier. Après son élection, Hitler n’organisera que des plébiscites (3 seulement) ce qui n’est pas un référendum. Ce parti National-Socialiste, Hitler va lui faire gravir les échelons en faisant croître son nombre de députés assez rapidement (1928 : 12 députés ; 1930 : 107 députés ;1932 : 230 députés). Tout en vilipendant la démocratie, il passe par celle-ci pour atteindre ses buts. Voyant le nombre de députés qu’il a obtenu, le Président Hindenburg ne peut plus le repousser et le nomme chancelier.

Ce qui reste une question, c’est que ne cachant rien de ses projets, Hitler a tout de même reçu la fidélité massive du peuple allemand. Mein Kampf qui est publié durant les campagnes, se propage à une vitesse fulgurante et contient toutes les idées d’Hitler (tuer les avariés, forcer les femmes à avoir 5 enfants, …). Le dernier chapitre de Mein Kampf était si sardonique que n’importe qui aurait compris que ce livre n’était pas à répandre. Et pourtant cela fit très facilement. L’opinion est restée froide face à cet ouvrage. En effet, les lecteurs lui donnèrent le pouvoir et lui assurèrent des plébiscites qui, même si les urnes étaient bourrées, possédaient de fort taux participatifs. La mise en application de ces thèses ne choqua pas plus : meurtre des opposants politiques, assassinats des voisinages, … Il semble y avoir eu une complicité entre Hitler et le peuple, peuple pourtant très instruit. Ce pays rompu au droit politique qui avait inventé le fédéralisme, qui possédait de nombreuses universités, de multiples philosophes, écrivains et musiciens, un pays où tout se sait d’un bout à l’autre. L’explication de cet accord entre le peuple et Hitler tient à plusieurs choses. D’une part, Hitler met en application les idées dominantes d’extermination et d’antisémitisme qui sont intégrés au sentiment national, ce qui empêche de se révolter contre. De plus, ces projets sont si ahurissants que le peuple allemand n’y croyait pas. Allemands et Européens trouvaient absurdes de prôner une extermination et en même temps c’était une pensée courante. Le réel désespoir du peuple allemand a probablement joué aussi. Persuadé de la corruption de la démocratie de l’Allemagne de Weimar les Allemands ont appelés la dictature, convaincu des méfaits de la liberté ils se sont soumis à un führer, surs des intrigues des juifs et de leur dangerosité il a accepté l’ouverture des camps. Cette capacité à accepter de se mettre sous la coupe d’un dictateur est un fait qui existe depuis longtemps : Le Princeps romain en est un bon exemple.

Même pour Hitler, lorsqu’il mettait en pratique des mesures impopulaires ou bien trop choquantes, celui-ci cachait les faits où bien les encadrait de manière très stricte. Il y avait des résistants aux actes du nazisme. Lorsqu’il installe l’eugénisme, Hitler sait que cela fut condamné par Pie XI en 1911, les évêques de l’époque se sont donc élevés en chair contre cette pratique, ce qui implique toute l’Eglise elle-même. Ils écrivirent des libelles pour qu’on ne tue pas les malades mentaux ce qui poussa Hitler à déclarer qu’il arrêtait les mesures eugénistes. En réalité, il l’a mieux caché. Hitler n’a pas arrêté les évêques protestataires ce qui prouve qu’il redoutait l’opinion internationale. De plus, à l’époque, il y avait aussi des intellectuels contre le nazisme (le mouvement Bauhaus, l’ordolibéralisme, Hannah Arendt, …) qui ont préféré s’exiler.

L’extermination elle-même fut au départ dirigée non pas contre les Juifs mais contre les individus malsains. L’obsession de la pureté dans le nazisme est évidente. Hitler voulait éviter la contamination, assurer la pureté du sang. Hitler redoutait la syphilis et se lavait très régulièrement les mains. On commence donc par éliminer les malades et on instaure un système de planification des naissances pour améliorer la race. Félicité par les mouvements eugénistes américains et européens, Hitler y voit une soupape pour aller plus avant dans son projet. Au nom de la nécessité, on promet qu’on va braver les scrupules. Les individus qui entraient dans la catégorie des incurables étaient fichés et une commission décidait de leur sort : la vie ou la « délivrance ». L’opinion y fut préparée. Ensuite on a réfléchit à l’élimination des malades sociaux, qui avait des problèmes pour vivre en société. Puis on réfléchit aux alcooliques, aux malades mentaux (pas forcément handicapés), … On affiche donc des listes avec des nombres, ce qui bien entendu renforce le reproche qu’on fait à ces individus. Le pire étant que les médecins eux-mêmes se mettent à ce jeu. Au départ on tue les malades par piqûres et pour aller plus vite, on décide de les asphyxier avec des oxydes de carbone. On fait la liste des coupables qui passe d’une liste précise à une liste de ceux dont on ne veut plus. Les boucs

émissaires sont de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les peuples disparaissent. Cela va si loin qu’Hitler décide avant son suicide de mettre à mort les Allemands ayant un souci pulmonaire. Des mois après la fin de la guerre, on découvrait encore des instituts qui continuaient à tuer pour achever les bonnes actions d’Hitler. Les centres d’euthanasie étaient persuadés d’agir pour le bien de l’humanité. En 1941, on installe des camps d’extermination pour détruire les élites des pays voisins (officiers polonais, russes, races indésirables : Juifs, Tsiganes, Asiatiques). Le massacre des Juifs était un prolongement de l’euthanasie. C’est un déploiement barbare de la pureté qui ne sait plus où s’arrêter. On a parlé de délivrance puis de nettoyage et d’assainissement. On prévoyait la stérilisation du peuple russe.

En même temps, l’État se fit totalitaire, la démocratie fut supprimée rapidement avec l’incendie du Reichstag, probablement une œuvre nazie mais ceux-ci dénoncèrent des communistes. On installe ensuite la GESTAPO, on censure puis on interdit les partis d’opposition, on supprime des sciences, on en surveille d’autres et les intellectuels émigrent, … Bref on retrouve des aspects analogues aux évènements russes.

Le socialisme Quand on parle du socialisme, on commence par le différencier du communisme. Le socialisme se voit souvent accolé le terme « libéral », pour mieux être différencié du communisme. Le communisme est un socialisme réel, concrétisé. D’où le gros souci du socialisme qui serait un communisme incomplet.

Le socialisme est clairement une branche du marxisme mais qui se sépare du soviétisme russe. C’est donc une pensée paradoxale qui a des soucis sur le plan de la réalisation politique. Paradoxale car les socialistes sont des démocrates mais restent liés à l’idéal révolutionnaire. Ce socialisme libéral pose une question complexe : peut-on réunir le marxisme et la démocratie ? Les socialistes ne veulent récuser ni l’un ni l’autre. Au fur et à mesure que l’histoire passe, toutes les Révolutions inspirées du marxisme finissent dans la Terreur. Les Socialistes réfléchissent donc à une Révolution prolétarienne qui ne s’achèverait pas sur la Terreur. Le but est donc d’organiser un courant qui décrédibilise le lien entre Marxisme et Terreur, pour mieux lier le Marxisme à la démocratie.

Le socialisme est plus vieux que Marx. Cette pensée traduit deux sentiments : une nostalgie et une utopie.Cette utopie, dont la racine hésite encore entre « sans lieu » (utopos) ou « bon lieu » (eutopos), est celle une société égalitaire tout en se idéalisant les combats égalitaires historiques qu’ils furent politiques ou guerriers (Gracques et Spartacus). C’est encore le combat des pauvres contre les riches dans lequel on trouve des intellectuels qui soutiennent les humiliés. Il faut détruire la société pour en instaurer une autre plus juste. C’est une utopie car cela ne se réalise jamais véritablement, en même temps, trop de rationalité amène peu d’innovation. Les utopies sont des tentatives mort-nées qui veulent transformer le monde. Dans le cas du socialisme il faut supprimer les inégalités. La nostalgie du socialisme s’exprime au travers du regret de la communauté traditionnelle du XVIII° siècle et du XIX° siècle. L’âge industriel a individualisé les sociétés, brisé les communautés rurales. La solidarité des communautés rurales a périclité.Le socialisme remet en cause l’individualisme qu’on retrouve dans le capitalisme et dans la bourgeoisie. Les solidarités naturelles furent remplacées par des contrats. Ces solidarités naturelles sont en fait des sortes de dettes qu’on acquiert intrinsèquement dans son esprit sans le savoir (la relation avec la famille par exemple). Cette nostalgie de la communauté pousse le socialisme à devenir un étatisme. En effet, voulant reconstruire des solidarités naturelles, le socialisme va devoir assurer une sécurité à chacun. Dans le socialisme, c’est donc l’Etat qui instaure les solidarités disparues, c’est le cas typique de l’Etat providence. Et pourtant des courants socialistes sont hostiles à l’étatisme souhaitant retrouver des petits groupes organisés autour de contrats propres. C’est le socialisme autogestionnaire que Michel Rocard représente en France. La nostalgie et l’utopie ne s’excluent pas l’une et l’autre. La nostalgie des situations anciennes alimente l’utopie « Regardez, ça s’est passé comme ça avant ». Le socialisme est une révolte contre la société présente, contre la réalité sociale. Pourtant au départ, le socialisme n’est pas tant un réformisme qu’une stratégie de Révolution. Le réformiste est une Révolution lente à coups de

projets, qui ne change pas radicalement la nature des choses. La stratégie révolutionnaire est une stratégie de rupture qui doit fondamentalement changer les choses. En France, le socialisme fut révolutionnaire jusqu’en 1984. Au XX° siècle, le socialisme fut une branche du ??? qui a avorté. Au tout début du siècle, le socialisme rompt avec le marxisme et va progressivement être de moins en moins révolutionnaire et de plus en plus réformiste pour s’achever en 1984.La raison de ce changement est simple : les socialistes ont eu peur du sang en voyant les autres Révolutions sous leurs yeux (URSS, Cuba, Vietnam, Cambodge, Albanie, …). Ils préfèrent donc revenir en arrière en quittant l’idée révolutionnaire et sa Terreur, pour devenir réformiste. Ce refus de la Terreur implique donc un abandon de la pensée socialiste.

Marx s’est inspiré du socialisme mais a eu le talent de séparer le socialisme du romantisme. Cette pensée structurée a révélé le socialisme à lui-même. Tous avaient en commun ce lien d’égalitarisme et Marx leur a donné un bras armé, la rationalité qui manquait au socialisme. En revanche, cela a aussi retiré aux socialistes le souci éthique, celui de fermer les yeux face au sang.

Au début du XX° siècle, marxistes et socialistes étaient confondus, agissaient sous la même étiquette. Beaucoup de courants existaient et tous se retrouvaient sous cette même bannière grâce à un point central : la volonté d’égalité. C’est de la loin leur valeur la plus importante, celle qui guide leur réflexion. Lorsque les socialistes parlent d’égalité ils ne parlent pas que d’égalité des chances. L’égalité des chances est intrinsèque à la démocratie , nous devons avoir au départ autant de chance que notre voisin.Ensuite, toutes ses chances, nous en faisons ce qu’il nous plaît. Les inégalités qui se développent par la suite sont des inégalités normales selon les démocrates. Pour les socialistes, il faut une égalité des chances mais aussi une égalité des situations. Walras démontre la distinction des deux. Les socialistes passent donc d’un désir d’égalité à un désir de nivellement. Le socialisme agraire voudrait une solidarité générale, le socialisme prolétaire veut niveler par l’Etat, … Peu importe qu’on use de l’amour ou de la crainte, d’une manière générale on est égalitaire. Ce caractère s’est atténué au XX° siècle mais reste vivace. Les pays véritablement socialistes qui existent aujourd’hui semblent, pour la prof, être les pays scandinaves qui sont capitalistes mais socialistes. Pourquoi alors réfléchir en termes de Révolution ? Pour convaincre les gens de donner à tous les enfants les mêmes chances, c’est simple, mais pour les convaincre de poser des impôts plus lourds à ceux qui gagnent plus par leur mérite, là c’est beaucoup plus difficile. Dans toutes les sociétés on a des hiérarchies (riches et pauvres, doués et maladroits, …), cette hiérarchie s’organise naturellement. Pour égaliser les situations, il faut forcer la nature et aller contre ces hiérarchies naturelles. Pour lutter contre ces hiérarchies, il faut commencer alors par un pouvoir fort. Lorsque les Norvégiens ont quitté leur royauté extrême pour s’installer en Islande où ils voulaient une société sans hiérarchie, ils ont fini par en instaurer une. Le socialisme réclame la Révolution pour aller à l’encontre de l’inégalité naturelle. Or cette révolution réclame soit la Terreur, soit la vertu. Le souci est que la vertu semble impossible mais en même temps, le socialisme rejette la Terreur qui est impensable. Il faut faire une Révolution mais sans ces deux options. L’histoire du socialisme ne peut donc se comprendre qu’à travers l’histoire du bolchévisme.

Avant 1917, l’idéal révolutionnaire est un idéal pur, on ne sait pas ce que ça va devenir et donc on le rêve. Cependant, l’idéal en question accumule des contradictions. Si certains parlent déjà d’utopisme, remarque assez injuste puisque non réalisée, la conception ne peut être qu’utopique. C’est à l’Histoire de juger jusqu’où est allée une utopie. Qu’est ce qui fait croire qu’une prophétie de l’échec était plus probable qu’une utopie de la réussite ? Le socialisme pouvait alors tout faire. Il était illégitime de dire qu’il ne valait rien sans avoir essayé de l’appliquer. Les socialistes essayèrent de mettre ce projet en application mais s’arrêtèrent avant qu’il ne dégénère de trop. Mis en place en Russie dans un premier temps, l’inappropriation de cette idée aura de grandes conséquences sur la pensée des Socialistes (qui réunissent à l’époque Socialistes et Communistes). L’échec de la Russie fit dire aux Socialistes que la raison de cet essai infructueux était lié au fait que la Russie n’était pas prête dans sa culture à recevoir le Socialisme. La Révolution communiste dans le pays le plus arriéré d’Europe à décupler l’espérance des Socialistes. Mais la Révolution de Lénine fut la première fois qu’on supprimait la propriété privée dans un pays pour confier le tout aux citoyens, on nie la hiérarchie du mérite en retirant le fruit de leurs mérite aux bourgeois russes. Les Socialistes européens ne peuvent que se reconnaître dans

l’aperçu qu’ils ont du régime de Lénine. Durant plusieurs décennies les intellectuels Occidentaux reviennent enchantés de l’URSS, suite aux voyages qu’on leur a organisé. Pourtant peu à peu le modèle réel va tomber des mains du modèle théorique. En théorie, on a l’égalité, la suppression hiérarchique du mérite, le bonheur universel, … Mais en réalité on aura les camps, la suppression des libertés des individus, la création d’une Nomenclatura organisée selon leur adhérence au parti, … Les inconvénients du système précédents se rétablissent sous couvert d’être supprimés. Face à cela, une partie des Socialistes va quand même continuer à se référer à la théorie soviétique, justifiant sans cesse ce qu’il se passe dans les pays communistes. L’autre partie va refuser de se calquer sur le modèle soviétique, préférant plutôt un désir de revenir aux valeurs morales plutôt qu’à la théorie soviétique, l’inverse des Communistes. Les Socialistes font passer la valeur morale devant les références du parti. Il y a une certaine forme de courage à reconnaître les défaillances de la pensée. Le socialisme de Jaurès et de Bloom est un socialisme de la pensée de la distance, il juge les modèles au regard de critères moraux. Le « Socialisme réel » va devenir un antisocialisme puisqu’il qualifiera ensuite le Communisme. Le Socialisme libéral devient une théorie qui n’existe pas en réalité car dans sa pratique elle devient amorale. Tout au long du XX° siècle, cette pensée garde sa teneur morale, tout en ne prenant pas sens concrètement. Ce courant de sécession va conserver très longtemps ses idées fondatrices. Jusqu’en 1984, le Socialisme français reste marxiste, attaché à la théorie. Ce Socialisme français ne se détache du marxisme que dans son rapport au Parti Communiste Français (PCF) avec lequel il entretient des relations houleuses. Le PCF n’a pas de honte à recevoir des fonds de l’URSS pour survivre ce que les Socialistes n’ont jamais faits. Entre les deux partis sans personnage extérieur, le Socialisme et le Communisme vont se taper dessus. Hors de ce cadre intimiste, le Socialisme défendra le Communisme. Le Communisme devient l’épine douloureuse dans la chair du Socialisme.

Ainsi à l’époque de Jaurès, celui-ci reste un révolutionnaire en défendant un régime prolétarien. Il fonde son projet politique sur la lutte des classes, prône l’éveil de la conscience des prolétaires et qu’ils sont encore prisonnier de la mentalité bourgeoise. Il est donc calqué sur la pensée de Marx avec l’idée d’un prolétariat qui n’a pas conscience de sa force. A cette époque, la classe ouvrière est encore la classe rédemptrice (mot religieux réutilisé par les Socialistes). Jaurès écrit « C’est dans le prolétariat que le verbe de la France se fait chair », phrase éminemment religieuse. Assassiné en 1914, Jaurès, père du Socialisme français reprochait déjà aux écrits de Marx certains défauts. Il prouve donc que certains individus s’attachent plus à la morale qu’à la théorie pure du marxisme. Jaurès annonçait dans ses écrits que son Socialisme serait « matérialiste avec Marx et mystique avec Michelet ». Cette contradiction forte sera finalement dépassée. Selon Marx et son matérialisme, les modes de production sont les causes pures de la représentation du monde chez les individus. Jaurès entre en violent désaccord avec une partie des marxistes puisqu’il estime que les pensées et les idées peuvent évoluer plus ou moins indépendamment de ces modes de production.

C’est à Bloom que revient l’honneur de rompre avec les Marxistes durs. Il juge que « Marx prévaudra sur ses disciples dégénérés » en 1948, preuve qu’il croit encore que le Socialisme reste foncièrement attaché à Marx. En 1920, la rupture définitive entre le Socialisme et le Communisme est entamée. Cette scission tient déjà au moment de la prise du pouvoir par Lénine (cf Christian Jelen, L’aveuglement). La brèche se fait entre les soutiens de Lénine qui veulent aller jusqu’au bout pour réussir leur Révolution et ceux qui, plus sceptiques et effrayés, renoncent à ce soutien. Face à la Nomenclatura naissante dans l’URSS révolutionnaire, à l’écrasement des classes ouvrières, le divorce est consommé. En 1920, Bloom dans son discours au congrès de Tours s’en prend aux défenseurs de Lénine. Il fait ensuite le constat de la catastrophe entrevue par Bakounine avant lui en dénonçant la dictature que met en place Lénine. Bloom devient un Menchevik français et remet en cause le Léninisme français. Le Socialisme veut le même objectif que les Communistes, une forme de Révolution mais sans verser le sang et sans Terreur. Les Socialistes vont alors rester dans le rêve et l’utopie tout au long du XX° siècle. Pour les Socialistes, rejeter l’exercice de la violence n’est pas qu’une stratégie de moyens, c’est une volonté morale profonde, un refus de ce qui est immoral. Les Socialistes pensent que la société nouvelle ne sera réussit qu’avec l’accord des citoyens, si on les y contraint ce ne sera plus fructueux. Dés cette année, les relations intellectuelles entre les deux camps deviennent complexes et tendues. Les Socialistes s’affichent contre les Communistes en public et se mettent d’accord sur bien des points en coulisses. C’est un perpétuel jeu d’amour et de haine qui se joue entre ses deux camps irréconciliables mais inséparables. La volonté de pouvoir des Socialistes est

là mais jusqu’avant 1981, les Socialistes ne peuvent agir seuls et devront toujours s’arranger avec les Communistes.

Les deux courants ne peuvent se rejoindre que dans la théorie puisque dans la pratique, les différences sont trop fortes. Cela devient de plus en plus dur de maintenir un rapport entre les deux avec l’avancée du Communisme en URSS. D’abord on clame pour la nécessité, puis on blâme Lénine, ensuite on cherche des causes (histoire de Russie, soumission naturelle des Russes au despotisme, manque d’industrialisation, …). Le discours du Socialisme n’a de cesse de vouloir dissocier la théorie de la pratique. Ce ne sera que dans les années 1970 que les expériences communistes se sont multipliées dans le monde et que le bilan est désastreux pour les Socialistes, la Terreur s’est déroulée partout dans ces pays. Mais jusqu’en 1989, le Socialisme n’attaquera pas en public l’URSS jusqu’avant son effondrement. Le pays du Socialisme réel accumule des armes et le Socialisme lui cherche des excuses. Mieux vaut faire le jeu du soviétisme que celui du libéralisme avancé selon les Socialistes. Ils sont pris entre deux feux et qu’il n’y a qu’une alternative entre le Capitalisme et le marxisme. Jusqu’à la fin du siècle, les Socialistes restent persuadés que la Terreur des pays communistes vient de la pauvreté, cela est renforcé par le fait que les Révolutions eurent lieu dans des pays peu développés (exceptés la Tchéquoslovaquie et Cuba qui prouvent le contraire). Cette terreur totalitaire mit un temps long avant d’être reliée intrinsèquement à l’idéologie marxiste pour les Socialistes. Plus elle avance, plus la doctrine socialiste semble entrer dans une contradiction de ses idées.

Le Socialisme repose sur la critique marxiste du Capitalisme. Cette critique rejette la politique économique mais aussi le rejet de transformer la société. Les Socialistes prônent les libertés réelles et non les libertés formelles : égaliser l’accès à l’école pour ensuite lire et juger les journaux d’opposition. Le Socialisme va aussi se définir non pas par rapport, mais contre le Capitalisme du fait de sa forme actuelle. Le socialisme est contre le profit et la concurrence, deux maîtres mots du Capitalisme, il ne faut plus qu’il puisse y avoir des gens qui s’enrichissent de manière excessive. Ce Capitalisme pervers produit de la concurrence entre les hommes et justifie les inégalités, le socialisme ne peut accepter ces effets pervers réels. Le Capitalisme favorise les monopoles, le protectionnisme, tend à l’expansion ce qui suscite la guerre, … Le Capitalisme est antinational, il a servi la politique et la finance et justifie les conflits armés pour des raisons de finances. La structure de la société capitaliste repose sur la surproduction et la concurrence internationale qui aboutit à des guerres entre nations. Dans l’histoire, on trouve l’idée des « formes mortes », des croyances qui ne peuvent survivre. C’est le cas du Capitalisme pour les Socialistes. Selon eux, quand le Capitalisme tombera, il risque d’entraîner le monde à sa suite dans un immense déploiement de pauvreté. Le Capitalisme a été un moment de l’histoire qui a été utile mais qui a fait son temps, il devait s’effacer par une série de transformations qui contribueraient à le faire tomber. Fondé sur la propriété privée, le Capitalisme s’est agrandit jusqu’à arriver à une contradiction puisque la propriété devient collective et aux mains de quelques uns uniquement. Le Capitalisme est donc entré en décadence pour les Socialistes et quelqu’un devait lui porter le coup de grâce. En dépit de son agonie, les Socialistes redoutaient la chute du Socialisme puisque rien n’assure que la société s’en remette rapidement. Pour développer cette théorie, le Socialisme s’appuie sur les prolétaires qui n’ont rien à eux et donc sont prêts à se révolter. Mais cette thèse va être mise à mal par les Trente Glorieuses. Avec cette époque, on a eu une ouverture de toutes les classes sociales avec un Prolétariat qui devient une petite bourgeoisie et n’a plus envie de faire la Révolution. Le Prolétaire de Zola peut très bien vouloir faire la Révolution, mais le petit bourgeois qui a ses propriétés n’en aura pas envie, il a trop à perdre. Cela doit transformer radicalement les idéologies socialistes et communistes : qui peut encore vouloir faire la Révolution ? Enfin autre souci de l’époque, les moyens de production quittent les mains du patron, pour celles de ses actionnaires : contre qui doit-on lutter ? Le Prolétariat a donc disparu au profit d’un Quart-monde, un tout petit groupe, très pauvre, essentiellement des exclus qui n’ont pas les moyens de faire la Révolution. Enfin, les niveaux de vie ont en apparence l’air de se tasser durant cette époque. Les Socialistes ont donc commencé à penser que la Révolution de Marx n’aurait peut être pas lieu. Dés 1968 avec une crise profonde mais un maintien du Capitalisme, preuve qu’il est dur à abattre et qu’il se nourrirait de ses propres excréments, les Socialistes commencent à douter de cette Révolution. Jean-Claude Michea se demande si hors du Capitalisme, du Socialisme et du Communisme, il n’y a pas d’autres solutions ?

La propriété publique des moyens de production et d’échange, telle est le fondement du Socialisme. La production n’est plus organisée pour le profit de celui qui travaille mais pour le bien-être de tous. Les socialistes sur ces bases marxistes vont réclamer la propriété productive des outils pour les besoins et non les mérites. Se pose alors la question de savoir comment retirer les propriétés productives à la classe bourgeoise et surtout à qui donner cela ? Le Léninisme donnait cela à l’État, mais Jaurès avait prévu que lorsqu’une production est entièrement étatisée, des lourdeurs en naissent et cela n’arrange pas le travail. Finalement, les Socialistes estiment qu’il faut transférer les moyens de production à la communauté toute entière et pas simplement à l’État. On a alors deux groupes, certains pensent qu’il faut donner cela à des petits groupes, des sortes de coopératives, tandis que d’autres, la grande majorité, ont toujours foi en l’État. La certitude des Socialistes est que si l’on supprime les profits, il y aura plus d’argent pour payer les salariés. En 1981, le courant croyant en l’État était si nombreux qu’il a nationalisé de nombreuses entreprises. Mais c’est une demi-nationalisation qui se fait progressivement. Cela induit une concurrence entre le secteur public et le secteur privé qui dissone avec la théorie socialiste où il ne doit pas y avoir de concurrence. Pourtant la concurrence entre privé et public peut parfois être bénéfique comme dans le cas des écoles publiques bretonnes. Ces écoles ont cherché à surpasser les écoles privées lorsque celles-ci sont apparues. Selon la prof, ce sont aujourd’hui les meilleurs lieux d’enseignement public en France. L’idée est qu’en nationalisant pour redistribuer à la population, le Socialisme espérait obtenir un cercle vertueux qui enrichirait la société. Bien entendu, il y a aussi derrière, l’idée qu’en nationalisant progressivement on fait entrer dans l’esprit de la population que le bien commun est un bien ultime. Sur le long terme, le peuple travaillerait beaucoup pour le bien commun. On quitterait les traits de caractère humain développés par Trotski : égoïsme ou paresse. Ces théories socialistes sont abandonnées dés 1984 avec une marche en arrière sur les nationalisations. Aujourd’hui le courant social-démocrate de Hollande à abandonner cette idéologie socialiste. De même, Röpke clamait une libéralisation autant que possible mais des nationalisations autant que nécessaire. Il n’était ni pour, ni contre les nationalisations mais faisait selon les circonstances. Nationaliser quand il faut n’est pas nationaliser systématiquement. On a donc demandé aux individus de développer leurs efforts dans le cadre d’une ambiance nouvelle au travail, pour quitter le rapport de domination classique qu’on trouvait dans les entreprises non-nationalisées. Les Socialistes développent plus de théories que les Libéraux. Toutes ces théories sont très diverses mais visent toujours à ce que le bien commun et ses bénéfices servent à tous et non pas à un petit groupe. Il faut donc écarter toutes les formes d’oppression qui peuvent renaître et s’instituer nouvellement.On voit alors le socialisme se développer dans deux traditions : la tradition étatiste et la tradition associative d’autogestion. La première tendance c’est ce qui s’est produit en 1980, c’est la fin de l’utopie socialiste et de l’espoir que la société change en nature (sous-entendu que les Hommes cessent d’être égoïstes), ce qu’ils nommaient « changer la vie ». Les textes de François Mitterrand en parlent clairement. On trouve dans l’ouvrage de Mitterrand, ce souhait qu’il faut supprimer l’économie de marché, c'est-à-dire qu’on interdit à chacun de vendre selon son gré et que c’est par l’État que tout transit. On a eu une administration du plan , nous avons été dans la planification : la fabrication des richesses du pays correspond au plan et non pas au désir réel de la population. Ainsi, la planification ce sont les désirs de la population passés au travers de la perception de l’État. En général le plan qui donne les grandes orientations, abouti souvent à des pénuries et s’avère régulièrement un échec. La nationalisation fut donc mise en pratique dés 1980 dans les banques et dans certaines entreprises. Ces nationalisations sont des moyens et non des fins. Le but est de servir l’économie socialiste et de surveiller que cela se fasse bien, sinon ces nationalisations passent de moyens à fins. En URSS, la nationalisation fut si longue que les élites ont réussi par ces mesures à prendre la tête des administrations et à s’enrichir formant une nomenklatura. Un certain nombre de socialistes soulignent que l’État ne doit pas tout détenir, mais davantage contrôler l’économie pour que les acteurs du marché ne fassent pas n’importe quoi. On peut alors créer des groupes de travailleurs qui peuvent acquérir la propriété sociale avec la responsabilité qui s’y attache. On partait du principe que si la communauté sociale détenait le capital de l’entreprise, d’une part il n’y aurait pas de profits et ce serait redistribué aux travailleurs ; d’autre part, cela ne ferait pas de gaspillage. En réalité cela provoque d’autres conséquences : la pagaille, l’incompétence, … Pour les Socialistes autogestionnaires, il faut lutter contre un État centralisateur. Mais pour autant, l’État doit avoir un rôle de contrôle et pour le reste, la société se débrouille d’elle-même.

A la fin du siècle, on constate une convergence entre les Socialistes et les Chrétiens ordo- libéraux. Ainsi, la théorie autogestionnaire accepte plus ou moins l’économie de marché. Il est très compliqué pour les autogestionnaires de faire un pont entre l’utopie et la réalité. Comment parvenir à mettre en place une autogestion qui, par elle-même impose l’égalité, tout en assurant une hausse économique, alors que les plus doués ne gagneront pas plus que les moins doués ? En souhaitant une société égalitaire et planifiée, on annonce immédiatement qu’on a un désir collectiviste et qu’on n’est pas du tout libéral. Pour les autogestionnaires, il faut une société très libérée et encadrée uniquement par des petits groupes, une idée corporative bien que les petits groupes soient plus des syndicats que des corporations. Ce socialisme autogestionnaire se rapproche des groupes chrétiens. C’est l’idée des ateliers autonomes d’entreprise, les kaizen japonais, qui s’opposent à une entreprise où chacun accompli des tâches hachées. C’est frustrant pour la personne en question et aliénant aussi. Ces ateliers autonomes d’entreprises proposent à un petit groupe de réaliser une tâche entière, par une discussion organisée entre eux ils se répartissent les tâches pour atteindre les objectifs de la société. Il y aura une petite hiérarchie organisée , on ne peut pas totalement abolir les hiérarchies car on déshumaniserait trop le travail.

Un des thèmes récurrent du socialisme est la paix. Le socialisme vise une société parfaite mais sans la Terreur. L’attitude du socialisme vis-à-vis de la paix et de la guerre est contradictoire. Si on peut se dire ami de tous, on peut se faire des ennemis puisque c’est l’ennemi qui vous choisi. L’adversité et le conflit se sont des notions qui s’organisent à deux. Le socialisme se veut pacifiste, il prône la paix par tous les moyens et est près à y mettre n’importe quel prix. Le pacifiste cherche donc une post-histoire en se détachant d’un passé plein de guerres et de violences. Le pacifiste annonce une post-histoire sans guerre. Mais le problème, c’est que les Socialistes prennent le pouvoir par intermittence, de façon généralement démocratique. Mais lorsqu’ils prennent le pouvoir, c’est dans un monde réel. Les Socialistes ne peuvent ignorer ce monde réel pris de plein pied dans l’Histoire : ils doivent faire des concessions et mettre l’idéologie de coté pour quelques temps. Ainsi lors de la Guerre d’Espagne, Léon Blum se retrouve face à deux camps : les Communistes et les Fascistes. Les Rouges demandent donc de l’aide à Léon Blum qui ne veut pas entrer en guerre et se déclare pacifiste. Mais les Socialistes espagnols n’ont de cesse de souligner la dangerosité de Franco, poussant Léon Blum à envoyer des armes en cachette pour les Socialistes. Face à l’ennemi hitlérien, en revanche, Léon Blum minimise les faits. Toujours est-il qu’il augmentera un peu tardivement les crédits militaires. Bien évidemment, lorsqu’ils sont au pouvoir, les pacifistes doivent agir hors de leurs positions. Au fil du siècle, les Socialistes de pacifistes deviennent pacifiques. Blum fut longtemps persuadé qu’en se privant d’armes, on ne se ferait plus la guerre. Or quand on fait la guerre si on n’a pas d’armes on va les chercher où elles se trouvent. En dépit de l’utopisme des Socialistes, on ne peut pas arguer que les espoirs de paix sont toujours présents. Emmanuel Kant dans Le Projet de Paix perpétuelle , présente l’argument suivant : dans nos pays, il a fallut des siècles et des siècles pour faire en sorte que lorsque le roi de France se déplace dans son pays, il y aille dans un contexte sécurisé ; pour une paix et une sécurité relative à l’échelle mondiale, il faudra encore de nombreux siècles. Kant ne croyait pas à ce projet de paix perpétuelle car si on impose la paix perpétuelle, c’est uniquement au-travers d’un totalitarisme où les gens sont tellement encadrés qu’ils en sont presque morts. Pour Kant, on ne peut qu’être pacifique puisqu’on ne peut que tendre à la paix perpétuelle, celle-ci ne se réalisera jamais totalement alors il faut y tendre. Le séisme de la Seconde Guerre Mondiale et le péril nucléaire apparaissent comme deux soucis pour le Socialisme. Si aujourd’hui le péril nucléaire reste encore distant, dans les années 1970 – 1980, c’était un vrai problème pour pas mal de gens. Ces deux éléments de contexte ont poussé le Socialisme à passer de pacifiste à pacifique. Pierre Mendès-France n’est absolument pas pacifiste, il fait partie de ceux qui pensent qu’il faut préparer une guerre défensive tant sur le terrain que sur le plan nucléaire. Ainsi, pendant 35 ans, le pays s’est préparé à ce risque. Lorsque Michel Rocard en 1969 répond à la question « Est-ce que le désarmement général est contrôlé et est-ce votre priorité ? », il répond que c’est un objectif bien qu’il souhaite un désarmement qui ne soit pas unilatéral, auquel cas, il arrêterait de désarmer la France. Il n’abandonne pas l’espoir d’une paix perpétuelle mais comprend qu’il ne faut pas être naïf non plus.

Le Socialisme répond aussi à un appel de l’Histoire, à une idée de progrès, à un avenir radieux. Les Socialistes veulent agir dans le sens de ce progrès mais aussi dans le sens de l’Histoire. Le

sens de l’Histoire signifie que le temps est un allié, plus le temps passe, plus les idées socialistes sont acceptées par la population. Les Socialistes sont convaincus que les réformes qu’ils instaurent sont celles que les citoyens attendaient de plus en plus.Le Socialisme se donne alors une vocation scientifique, ce serait une loi de l’Histoire : les libertés individuelles qui vont croissantes se font dans un sens de l’Histoire. Pour les Socialistes, il y a une avancée dans le sens d’un désir de plus d’émancipation individuelle et ce mouvement ne doit pas être entravé. Le Socialisme va aussi estimer que ce mouvement va dans le sens d’une plus grande égalité avec la défense des droits de créance et de l’État providence. Cette idée est tellement forte que l’État providence va être repris dans les théories libérales et développé par les gouvernements libéraux.Le Socialisme se déploie au sein même du libéralisme. C’est la thèse de Schumpeter et de Polanyi, le libéralisme lui-même, pour faire face aux défauts du capitalisme, a décidé, par l’État, de réglementer et d’aller dans le sens d’une plus grande égalité. Ainsi, à chaque fois qu’une crise a lieu, les États ont tendance à davantage centraliser. On se rend compte qu’à chaque fois qu’il y a une guerre, l’État prend un peu plus de pouvoir et se centralise. Au fur et à mesure du temps, on a eu une plus grande planification et une plus grande étatisation. Ainsi la loi de l’offre et de la demande est limitée poussant l’État libéral à se socialiser. Voyant cela, les Socialistes pensent qu’il s’agit là d’une stratégie de survie du capitalisme, d’agréer aux demandes sociales pour échapper à sa décadence. Pour certains Socialistes, c’est surtout l’occasion à saisir d’une transition vers un régime totalement socialiste. La Suède est un pays détenu à 95% par des privés, mais ces privés sont très encadrés par l’État. Schumpeter en déduisait que le Socialisme sur le long terme gagnerait partout. Selon Schumpeter, le capitalisme a tendance à se détruire lui-même. Quand on veut l’égalité, on veut le contrôle par l’Etat et l’on n’est pas obligé de tomber dans le contrôle soviétique. L’idée presque religieuse de Jaurès selon laquelle le Socialisme va achever la Révolution Française en instaurant l’égalité dans la liberté. On attend encore cette Révolution qui selon les Socialistes va dans le sens de l’Histoire, où l’apogée du Socialisme finira par advenir sans être tant une fatalité qu’un destin. Le capitalisme sera dépassé mais le Socialisme non, car le Socialisme serait la fin de l’Histoire. Il semble tout de même qu’aujourd’hui la théorie de la fin de l’Histoire semble dépassée chez les Socialistes. Cet aboutissement ne peut pas se faire sans l’accord des masses. Ce qui est dangereux c’est que si le capitalisme s’effondre de lui-même, il menace la société toute entière. Il faut donc faire une Révolution pour affranchir la population de la pensée du capitalisme, et la préparer face au risque de l’effondrement de ce capitalisme pervers. Le Socialisme se présente comme la dernière chance face à une menace. Jusqu’à une période récente, le Socialisme reste marxiste dans ses finalités mais aussi dans l’idée qu’il y a une rupture dans la société actuelle et la société de demain. Cela passe par la suppression du capitalisme, c'est-à-dire la suppression d’une économie de marché où ce qui est produit ne dépende plus seulement des demandes des individus. Le Socialisme va vers une société où l’on travaille selon ses possibilités et où on abolit presque l’argent. Le projet économique va bouleverser l’ordre moral, socialistes comme marxistes souhaitent une société unie où les hommes ne sont plus divisés. Cela vise à une réhumanisation de la société. Pour les Socialistes, c’est nécessairement par la suppression des hiérarchies que cela passe. Souvent cette suppression fut une bonne chose mais où cela s’arrête-t-il finalement ? L’idéal pour les Socialistes c’est que l’inégalité des talents et des mérites n’engendrent pas des rapports de domination, que tout le monde travaille à sa manière pour la société et non pas pour des capitalistes. L’homme est certes médiocre par nature, néanmoins, en regardant l’évolution des entreprises en 10 ans, il y a eu une avancée vers le pire pour l’homme, avancée qui provoque des crises (suicides à France Telecom). Supprimer tous profits reviendrait à changer l’homme, ainsi si le Socialisme venait à se réaliser, il faudrait qu’il s’instaure dans le monde entier. Ce système ne peut exister que dans la non- concurrence ce qui dévoile une de ses failles principales, la concurrence le menaçant directement.

Le Socialisme prévoit aussi la libération de l’homme à la technique. Le Socialisme veut soustraire l’individu au joug et à l’oppression des capitalistes, mais aussi à la domination mentale et celle de la technique. Les individus sont sous la domination des médias, de la société de consommation. Il faut alors persuader l’homme qu’il vivrait mieux en consommant moins d’objets. Le capitalisme est décrit comme un immense gâchis d’homme et de nature derrière laquelle les campagnes sont en friche, les villes sont malades, les richesses des individus restent inexploitées, … Ce sont des attitudes partagées par le Socialisme avec d’autres courants comme les ordo-libéraux. Plus qu’une réforme économique ou politique, le Socialisme vise une réforme dans le mode de vie.

Ainsi dans le travail, cela fait 15 ans qu’on réfléchit à la manière d’intervenir pour l’homme dans ce domaine. Le but est de prôner une société où les individus ne sont plus mangés par leur travail, quitte à gagner un peu moins et à dépenser un peu moins aussi. C’est l’idée que les valeurs éthiques se substituent aux valeurs intérieures. Depuis longtemps, les Socialistes ont compris que le désir dépasse toujours de beaucoup le besoin.

Le point de scission entre communisme et socialisme est donc la question de la Terreur. Les Socialistes ont vu la Terreur du Communisme et ne veulent pas utiliser la violence. Le socialisme rejetant cette violence souligne que la liberté est supérieure à la Révolution. Mais rapidement, les Socialistes ont compris qu’il faudrait bien un jour utiliser la violence pour parfaire la Révolution. Jaurès auparavant l’avait annoncé, si les Socialistes ne rencontrent pas la liberté, alors il ne sert à rien de forcer le gens à s’y rendre. Pour les Socialistes, la société d’aujourd’hui est importante, pas pour les Communistes qui se fichent de la société présente pour se concentrer sur la société à venir. Le Socialisme ne crache pas sur le drapeau ni sur l’homme présent pour Aragon. Le présent n’est pas sans importance dans le Socialisme. Les Communismes ne veulent pas de réformes sociales puisque ces réformes sont des fabriques de petits bourgeois à partir d’ouvriers. Les Socialistes s’y importent peu, ils sont plus réalistes et préfèrent satisfaire le peuple que de lui promettre des jours meilleurs. L’humanisme est une finalité du Socialisme et la violence n’est qu’un moyen qui sera utilisé en dernier recours. Les Socialistes n’ont d’ailleurs souvent pas clairement compris les Communistes , qu’ils ont toujours vus comme des sortes d’étrangers. L’idée de Révolution va donc disparaître progressivement du Socialisme, la dictature du prolétariat est une dictature, un manque de liberté, les Socialisme rejette très vite cette notion. Défendant les valeurs démocratiques et républicaines, se privant de l’usage de la violence, le Socialisme attend une réaction populaire. L’idée est que la République de 1789 n’est pas achevée, le Socialisme doit encore achever cela. Les Socialistes défendent la Révolution de 1789 ce qui correspond à l’idée qu’ils ne sont pas des terroristes, cette Révolution revient à un Etat non pas mythique, mais passé où le roi n’était pas là. Lénine parlait d’une masse inorganique, une foule désorganisée qui ne sait pas ce qu’elle veut et qu’il fallait diriger. Ce n’est pas la conception des Socialistes. Pour ces derniers, il faut convaincre par un discours mais aussi par l’exemple. C’est là la difficulté principale que de montrer l’exemple. De plus, le Socialisme ne va pas convaincre la population. En effet, c’est un moment où, lors des Trente Glorieuses , la consommation donne l’impression qu’on s’enrichit et où on souhaite s’enrichir personnellement. Les Socialistes parlent à cette époque d’une austérité en pleine période de croissance économique où les gens s’affranchissent de certaines contraintes par la consommation (frigidaire, lave-linge, …). Jusqu’aux années 1980, le discours socialiste ne prend pas, d’autant que plus le prolétariat devient petit bourgeois, moins il souhaite faire la Révolution. Les Socialistes vont donc attendre patiemment. En 1981, les Socialistes savent qu’une partie de la population les hait. Lors des nationalisations, ils se modèrent pour ne pas aller trop loin. Cela s’arrête face au mouvement de 1984, souhaitant sauvegarder « L’école Libre ». Les Socialistes se refusent nettement à forcer un peuple réticent. La Révolution pacifique est la seule possible, mais celle-ci n’a jamais lieu. A partir de là, les Socialistes n’auront plus la volonté de leur idéologie, seulement quelques aspects.

La plupart des idéologies du siècle subissent un paradoxe fort, elles font le contraire de ce qu’elles prônent. Ainsi les Socialistes ont une doctrine à l’état pur et ne l’ont jamais réellement appliquée. On ne peut alors imputer au Socialisme son absence de théorie. Si l’on regarde toute les périodes depuis, on constate qu’il y a toujours un pays dont on espère qu’il réalisera le socialisme. Ce fut un temps la Yougoslavie de Tito qui détachée de l’Union Soviétique semblait faire cette image du Socialisme Libéral. Mais on réalisa vite que les prisons de Tito étaient plus pleines que ses écoles. Est ensuite arrivée la Tchéquoslovaquie qui devait réaliser le Socialisme libéral après la petite Révolution de 1968. L’entrée des chars russes dans Prague fit détourner les regards du monde entier vers de nouveaux pays cristallisant les espoirs (Cuba, pays d’Amérique du Sud, d’Afrique ou d’Asie, …). En même temps, les partis socialistes arrivaient au pouvoir durant cette époque. Ils avaient en charge de « changer la vie », un réel espoir touchait une grande partie de la population. Un des derniers espoirs après le Vietnam et le Cambodge fut la chute du mur de Berlin. Les Socialistes pensaient que les pays qui avaient quitté l’emprise de l’URSS deviendraient socialistes. Ce fut une des dernières lueurs d’espoir des socialistes surtout que ces pays s’empressèrent de supprimer les traces du Socialisme

assez rapidement. D’ailleurs cela a profondément touché ces pays avec entre autres une corruption généralisée. Le Socialisme ne semble donc qu’enviable mais pas réalisable. Le Socialisme en passant a accéléré le processus de providence de l’État et l’égalité en général. Les régimes socialistes sont systématiquement des régimes instables. Le Socialisme au pouvoir tombe souvent soit du coté du bolchévisme, soit de celui du libéralisme. La rupture de 1984 avec Mitterrand a d’ailleurs révéler cela puisqu’on ne voulait pas tomber dans le communisme et donc on revint au libéralisme. Sur son histoire longue, concilier économie totalitaire et ??? est impossible car il y a beaucoup de gens qui sont anti-égalitaristes et qu’on ne peut les contraindre à changer. L’économiste allemand Hayek disait d’ailleurs que ???. Il fut remis en cause par la situation chinoise. En nationalisant la pensée, on nationalisait l’industrie, telle était l’idée. Or la Chine a une nationalisation de la pensée forte mais une économie assez libérale. D’une manière générale, les peuples n’ont pas envie d’un système collectif. Collectiviser les profits c’est souvent devoir user de la contrainte … Et cela gêne. Les Socialistes ont donc multiplié les bémols sur leurs théories. On a là une contradiction interne au Socialisme. Schumpeter disait que seuls des demi-dieux pourraient mener la politique socialiste, la nature humaine n’y est pas prête. Le Socialisme est donc devenu ce que Durkheim avait annoncé, un cri d’indignation, un combat moral mais pas une véritable politique. Quand le Socialisme décide de ne plus combattre le capitalisme, il devient une utopie, un rêve moral qui délaisse sa société parfaite et s’intègre aux autres politiques pour pouvoir moraliser ces tendances. L’économie libérale fonctionne avec des valeurs mais pas uniquement avec celles-ci. Le libéralisme est plus pragmatique et le socialisme plus idéaliste.

Le Socialisme devient alors une sociale démocratie avec une consonance sur l’État providence qui se rattache à l’égalité dans la société et avec une idée morale derrière.

Les fascismes Dans le cours, on distingue nazisme et fascisme, comme on a différencié socialisme et communisme. Souvent on a associé les deux : fascisme et nazisme étaient des démocraties perverses, perverties et corrompues. De plus, les deux systèmes apparaissent dans des régimes libéraux corrompus. Ce sont là deux points de naissance similaires. En dehors de cela, les deux régimes sont tentaculaires, nazisme hitlérien et fascisme mussolinien se sont alliés idéologiquement durant la Seconde Guerre Mondiale. On peut nuancer cela à la manière dont Hitler reniait personnellement Mussolini. Leur proximité fait qu’on associe le nazisme comme une sous-catégorie de fascisme. Le nazisme ne peut pas s’apparenter à autre chose de par la politique d’anéantissement qui est sa raison d’être.

Parler de fascisme, c’est souvent commencer par se référer à l’Italie. On pense au fascisme italien mené par Mussolini qui souhaitait instaurer un régime totalitaire selon ses propres mots. Or il n’a jamais fait de réel totalitarisme, contrairement à Hitler ou Staline. Peut être dans un dernier temps avec les lois fascistissimes. Chez Mussolini, on avait une logique de césarisme. Les régimes italiens ne se sont jamais guéris de la nostalgie de l’image de César. Le fascisme de Mussolini véhicule le racisme et l’antisémitisme comme dans l’Europe toute entière sauf en Allemagne où cela est décuplé. Le seul pays qui ait un jour été aussi antisémite qu’Hitler est la Roumanie.

Au départ, le faisceau est un mot latin référant à un ensemble de hampes de drapeaux, symbole de puissance politique. Mussolini avait créé son mouvement en 1919 et avait pris le pouvoir en Italie grâce à lui. Le mot fascisme a ensuite commencé a désigné tous les mouvements de style dictatorial. D’où le fait que fascisme a englobé le nazisme par la suite. Ce mot a décuplé les haines, son sens fut exagéré si bien qu’après guerre, le mot devient une injure pour tout dictateur. Le fascisme nait en 1919 autour d’un groupe de mouvements et de régimes très nombreux et proches de lui. C’est pour ça que lorsqu’on parle de fascisme, on évoque souvent des nébuleuses. Le courant de pensée dominant provoque un malaise économique, un malaise démocratique (puisque les démocraties sont souvent corrompues), un malaise religieux et moral, … Face à tous les malaises nés du libéralisme, on voit apparaître partout en Europe une volonté d’obtenir une « bonne dictature ». A cette époque, on croyait encore en l’héroïsme, on voulait un homme fort face aux excès du libéralisme politique (exode rurale, destruction des liens familiaux, individualisme croissant, …). Ce courant est donc multiforme tant sur ses fondements que sur ses thèmes essentiels. Les origines de ce fascisme se retrouvent dans le bonapartisme, le boulangisme, l’anarchisme de Sorel, les idées de Barrès, le corporatisme de la Tour

du Pin, les conceptions de Charles Maurras, le futurisme, la jacobinisme, le populisme, l’élitisme, des croyances chrétiennes et d’autres païennes, … Le mélange est tout à fait détonnant. Le fascisme mussolinien a donné son nom au fascisme mais n’est pas forcément caractéristique de celui-ci. Pour mieux s’en rendre compte, on va comparer le fascisme de Mussolini et celui de Salazar. Ce sont les fascismes, plus que le fascisme. Dans les deux exemples pris, ce sont surtout des fascismes corporatifs.

Le fascisme italien se caractérise par son étatisme et son paganisme. C’est aussi l’époque des appels aux héros comme l’a souligné Thomas Carlyle dans Le Héros. Les fascismes sont des mouvements moraux. Primo de Rivera en Espagne, Salazar au Portugal, les généraux Pangalos et Nataxas en Grèce, le mouvement ordre et tradition en Suisse (qui ne prend pas le pouvoir), le gouvernement de Dollfuss en Autriche, le gouvernement Hlinka puis Tiso en Tchéquoslovaquie, en Roumanie, la légion de l’archange Saint Michel dirigé par Codreanu, en Bulgarie le régime de Boris III, en Yougoslavie le mouvement autoritaire du roi de Yougoslavie, en Pologne avec le général Pilsudski, en Belgique avec le Parti Rexiste de Léon Degrelle, en France le Parti Populaire de Jacques Doriot puis du Maréchal Pétain, … Tous se revendiquent du fascisme dans cette immense nébuleuse où l’on voit dominer une xénophobie ambiante avec un désir de dictature notamment doctrinal ainsi qu’une critique du libéralisme économique ou politique. La presque totalité du vieux continent a vu ces courants s’imposer dans l’entre-deux-guerres. Etudier cette nébuleuse est peut être plus intéressant que de prendre les fascismes au sens strict du terme. Pour tous ces courants plusieurs points reviennent : la modernité est une décadence, la dictature est proclamée pour un salut public, un État moral est réclamé depuis des valeurs chrétiennes parfois païennes et enfin un État autoritaire et doctrinal est ardemment souhaité.

Tous ces mouvements sont inspirés par le mouvement de pensées inspiré depuis La Tour du Pin à Charles Maurras. Toutes les intelligentsias conservatrices de l’Europe admirent le prestige de Maurras, seule pensée structurée autour du nationalisme et de l’ordre moral. Le symbolisme de Maurras était païen, antique et fasciné par la Grèce antique. C’est aussi tout un groupe de gens qui se connaissent : intellectuels et politiques. Entourant Mussolini, ces groupes le soutiennent tout du moins partiellement. Mais nazisme et fascisme se rejettent, d’où le fait qu’on les différencie. Maurras vilipendait le nazisme mais faisant l’éloge de Mussolini. Le régime de Vichy pour sa part est une forme de dictature mais c’est surtout un corporatisme plus qu’un fascisme. La variété de cette nébuleuse est très grande.

Le régime de Salazar est un corporatisme. Le courant corporatiste commence au XIX° siècle avec René de La Tour du Pin, qui était un précurseur du fascisme. Il est officier français de la fin du XIX° siècle et ne se préoccupe que de la manière dont il faut sauver les ouvriers des villes françaises qui mènent une vie d’extrême pauvreté. Conséquence de la Révolution Industrielle rapide, ces classes ouvrières ont grandi rapidement et donc se sont entassées dans des conditions de vie plus que difficile. Les Chrétiens, les Socialistes ainsi que La Tour du Pin se préoccupent de ces classes. Certains posent les problèmes dans les journaux, d’autres font les premières enquêtes sociologiques sur ces classes (Le Play, …). Mais La Tour du Pin était un monarchiste pur jus, il souhaitait un retour à la monarchie d’avant Louis XIV. Il nous décrit alors une société moyenâgeuse dans ses idéaux. Or on peut regretter le passé ou s’en inspirer, mais on ne peut absolument pas y revenir. La politique fondée sur la nostalgie que rédige La Tour du Pin influence un groupe d’individus et devient un courant de pensée qui rejette totalement le présent en décrivant la situation qu’on a sous les yeux comme un désastre absolu (ouvriers des fabriques, moralité disparue, philosophie déconstruite par le subjectivisme, recul des religions, hausse de l’individualisme, …). C’est une forme de constat de décadence qui est fait par ce courant. C’est ce constat de décadence qui sera le pivot des idées corporatistes et fascistes. La Tour du Pin va faire un travail militant sur le terrain pour créer des mouvements à vocation sociale. Toute sa théorie est que la Révolution française a fondé une société qui ne fonctionne pas, sans rapport avec l’humain, plus des individus sans idées, une forte critique des Lumières qui aboutie au rejet du Libéralisme et du Socialisme, deux théories abstraites. Puisque l’Humain est nié dans ces deux régimes et courants de pensée, alors il y a un malheur pour les individus. Ce constat s’enracine dans un présupposé religieux pour ces hommes.

Pour les hommes influencés par la pensée de La Tour du Pin, la société est comme un organisme, les individus sont les organes d’un corps. Dans ce genre de société, on a que des rôles, aucune fonction. Cette conception doit lutter contre l’individualisme alors que la société s’est dirigée d’elle-même vers l’individualisme et ne souhaite pas revenir dessus. On part du principe que l’homme est un animal social et politique, comme chez Aristote puis Thomas d’Aquin, puis les fédéralistes allemands. Les groupes sociaux s’organisent de façon autonome d’abord en famille puis en corporations. La société corporative est organisée de manière organique, avec des corporations qui certes vous protégeaient dans la corporation mais reposait tout son système sur des inégalités dans la corporation. La Tour du Pin voulait qu’on supprime la Loi Le Chapelier de 1791, qui avait interdit ces corporations. On a aussi une demande de retour d’un monarque comme chef. Ce type de pensée est tiré directement de Platon, un Prince doit connaître ses sujets mieux qu’eux–mêmes ne se connaissent. Les sujets sont comme des enfants qui ont besoin de protection et d’affection. D’où l’importance de la famille, d’un système reposant sur la hiérarchie, l’autorité, la solidarité et le travail. C’est le schéma classique du corporatisme : travail, famille, patrie (soit la devise du régime de Vichy).

Maurras n’a pas de connivences avec le nazisme, il en a en revanche avec le fascisme. Ce que Maurras rejette dans la modernité, c’est la théorie du contrat. Dans la société d’avant la Révolution, nous avions des devoirs qui nous précédaient. On naissait avec des devoirs. La société moderne est celle du contrat, on est responsable de ce que l’on choisit. Etre libre ce n’est pas temps faire ce qu’on veut, mais bien choisir ce pourquoi on est responsable. Cela ouvre la porte à l’individualisme. Or le courant dont descend Maurras récuse ce contrat. Maurras souligne à quel point nous sommes tous des débiteurs. Tout le courant du corporatisme de Salazar fonde sa pensée sur l’observation sociale, l’individu ne peut pas vivre comme un zombie. Il doit naître, se développer et prospérer dans un milieu où il n’aura pas à choisir ses devoirs. Toutes ces évidences prouvent à Maurras qu’on ne peut que rejeter les théories de Locke. L’homme que l’on sort de son appartenance est un homme abstrait et l’homme abstrait est vide, n’a pas de sens à sa vie, n’a pas de références, bref il n’existe pas. Etre instinctif, c’est être dans des groupes naturels, solidaires où les gens ont des liens d’amitié entre eux de manière naturelle. Ces groupes existent avant vous (famille, voisinage, …). Les groupes de contrat permettent uniquement aux plus forts et au moins timides de s’intégrer et donc de s’en sortir. Dans cette pensée, l’homme est toujours un débiteur, il doit toujours des choses aux autres et nous ne sommes rien si nous sommes seuls. D’ailleurs un individu seul serait malheureux, il n’existe qu’intégré à un monde, à une société ou à un groupe. La politique est alors une traduction des voies naturelles qui justifient qu’on soit installé dans certains groupes. Tout indique pour ces auteurs qu’on ne peut vivre qu’au travers de communautés naturelles sinon, l’individu est malheureux. Les citoyens et les politiques doivent respecter la nature. Par exemple, avant de voter pour les réformes de société, dans ce courant, on va se demander ce qui est naturel, ce qui ne l’est pas, … On a là le courant de « l’empirisme organisateur », c'est-à-dire regarder les faits et organiser le monde à partir de là. Si on rejette les faits, on rend les populations malheureuses. Selon cette exigence, on n’a jamais d’idéologie mais des faits à la base de ces théories, faits qu’il faut encore interpréter correctement. Le retour des groupes et des communautés est prôné par ce mouvement qui veut détruire la loi qui a brisé cette société des communautés, la loi Le Chapelier de 1791. Tout le long du XX° siècle, ce courant défend les corps intermédiaires.

Les personnes qui défendent ce point de vue sont à l’époque des monarchistes ou pseudo- monarchistes mais toujours antidémocrates. Or à cette époque, la démocratie est fortement rejetée par les sociétés occidentales. En effet, la démocratie se révèle corrompue, les voix des parlementaires sont achetées, … Et plus que tout, on ne savait pas ce qu’il se passerait si on détruisait la démocratie. On pensait réellement que supprimer la démocratie pour une bonne dictature serait bénéfique. On n’avait jamais tenté de détruire la démocratie, on ne savait pas ce que seraient les conséquences. Aujourd’hui par le vécu, on sait qu’une démocratie même corrompue vaut mieux qu’une dictature. Tout ce courant se développe contre les parlements, contre la démocratie, pour la dictature. Et comme chez Salazar, on prône un chef politique qui ait tous les pouvoirs, où les individus ne s’occupent que des affaires privées et de leurs groupes (villages, voisins, métiers, … ) mais pas de politique, la politique est l’affaire du chef. La politique est une science exacte, non pas l’occasion de débattre pour déterminer ce qu’il vaut mieux faire. C’est la vieille théorie romaine de la « bonne dictature ».

Les Romains ont longtemps eu des rois, dont la dynastie des Tarquins qui au départ était fiable. Mais un des Tarquins devenu roi, viola plusieurs femmes romaines. Pour le punir, on l’installa sur une barque qu’on envoya en mer. Les Romains installèrent une République dirigée par deux consuls qui s’autolimitaient, aidés d’un Sénat et d’autres organes. Cette forme de démocratie républicaine discutait tout le temps, mais entourée de peuples ennemis, lorsqu’une troupe menaçait Rome, les temps de discussions s’avéraient trop long et la ville était rasée avant la décision des organes républicains. Face à ce risque, les Romains instaurent la dictature, un système politique d’urgence où en cas de danger ultime, Sénat et consuls se réunissent et nomment un dictateur qui cumule tous les pouvoirs pour agir rapidement. Le dictateur a tous les pouvoirs mais pour 6 mois avant d’être poussé dehors par les assemblées. Ce n’est que 5 siècles plus tard, que des dictateurs commenceront à abuser de leurs pouvoirs. La dictature est donc une mesure de salut public. C’est cette conception que défendent les groupes fascistes de l’époque. Le pays est dans un tel délabrement qu’il faut des hommes forts pour le salut public.

Le corporatisme de Salazar et le fascisme de Mussolini vont s’enraciner dans cette thèse dictatoriale de Maurras. Tous deux perçoivent un danger dans le pays , chez Mussolini, il y a une humiliation nationale et le regret d’un vaste et puissant Empire. Au Portugal, on regrette l’Empire brésilien et l’Empire africain. Mussolini en appelle alors aux grands ancêtres dans ses discours pour venir aider la nation. Cette hantise de la faiblesse est typique des fascismes. Le Salazarisme est encore plus proche de Maurras que Mussolini. Salazar est un intellectuel économiste. Il est profondément endurci, vit en célibataire chez sa mère et est très attaché à la religion. Mussolini pour sa part est un pantalon italien. Si différents que soient leurs caractères, ils sont marqués par l’humiliation de leurs nations, détestent la modernité (notamment le matérialisme ambiant venu de la bourgeoisie et qui corrompt tout le reste de la société), craignent le déclin, regrettent la perte des valeurs. L’un et l’autre ont une forte nostalgie des sociétés communautaires. Cette critique de la modernité est aussi une critique du libéralisme.Tous les deux souhaitent replacer la démocratie par la dictature et le libéralisme par le corporatisme. Salazar est avec Pinochet le seul régime qui se présente comme antidémocrate et corporatiste. C’est donc une lutte contre l’intérêt individuel qui selon Mussolini et Salazar dans un contexte de libéralisme économique fait entrer la société dans une course à la richesse, une course à la compétition pour gagner plus. Idem pour la liberté politique. La liberté d’opinion fait lire n’importe quoi à n’importe qui. Comme tout est défendable, tout est vrai, le libéralisme politique c’est un relativisme. La liberté est donc toujours à prendre avec des pincettes. Il faut retrouver une société holiste où la solidarité doit primer sur la liberté.

La notion morale est aussi prégnante. Tout le monde ne peut pas faire n’importe quoi, il faut une certaine rigueur morale. Ici, on décide de remplacer tous les élus par des fonctionnaires, comme le fit Pétain en nommant les maires plutôt qu’en les laissant être élus. Pour Salazar et Mussolini, le régime parlementaire est une erreur énorme qui ne marche pas dans les pays latins. Les Latins sont avant tout des peuples communautaires. L’ordre moral est donc dominé par un sentiment de décadence spirituelle qui pousse ces courants à réinstaurer une forme d’obligation morale. Il y a une forme d’idéalisme dans ces régimes qui se voient et se projettent dans des mondes fictifs. Chez Salazar tout cela s’incarne dans la religion chrétienne, l’humilité, l’austérité, autant de notions inspirées du Christ. Chez Mussolini au contraire qui est païen, tout est dans la grandeur et donc passe par un style théâtral.

Ces dictatures qui se mettent en place s’affichent toujours comme temporaires. Les dictateurs savent que le peuple n’aime pas les dictateurs, du coup, son installation reste temporaire et pour le salut public. On sait que le malaise est éthique, donc il faut une Révolution morale et l’économie passe ensuite. C’est une révolution sans hâte et tranquille qui doit se faire, on ne veut pas violenter la population. On est prêt à sacrifier le développement économique pour assurer une transformation progressive des mœurs.

Pendant les 16 ans (1910 – 1926) du Portugal, il y a 16 révolutions avec 43 gouvernements qui alternent, les finances de l’État s’enfoncent. Un professeur en économie est appelé à la rescousse, il étudie la situation et demande les pleins pouvoirs en échange de son aide. Un an plus tard, on lui donne les pleins pouvoirs et l’année suivante, il a déjà bien redressé l’économie du pays.

L’austérité de Salazar est impressionnante, il vit dans une monotonie ennuyeuse, travaille tout le temps dans son cabinet à l’abri des regards. Il est sur ce point tout le contraire de Mussolini, l’histoire est tragique, la politique est sérieuse, rien n’est comique. On peut l’associer au lointain Cincinatus bien qu’il doive répondre à l’enfoncement économique du pays. Une fois cela fait, il va vouloir installer les corporations ce qui va compliquer sa tâche. La corporation devient l’architecture de la société portugaise, doit assurer la moralité, mais à la fin, elle devient une structure d’encadrement et d’oppression de la dictature. Là encore, au lieu d’un projet, le fascisme de Salazar devient le contraire de ce qu’il prônait.

Avec le fascisme, on a une collaboration entre les groupes sociaux, ce qui permet aussi de lutter contre la théorie de la lutte des classes. La société est organisée sous forme de corps organique où chacun à ses rôles. Ces corporations s’organisent aussi autour du travail puisque trois pôles dominent la vie des individus : la famille, le travail et l’appartenance à la patrie. La corporation est un organisme qui correspond à une branche de la production. Tous les individus appartenant à cette branche appartiennent automatiquement à la corporation. Elle s’occupe de tout : formation des jeunes, définition des horaires, résolution des conflits, … La corporation fabrique des lois où l’État n’est censé être qu’un modérateur en dernier recours. C’est à la corporation de réguler les concurrents excessifs, à remonter les salaires des ouvriers, … Elle doit réguler les effets pernicieux du libéralisme, édicte ses lois et s’autorégule sans l’intervention de l’État. Chez Mussolini c’est la même chose, il réorganise des corporations mais l’État joue un rôle plus grand que chez Salazar. Dans la corporation, la liberté individuelle est niée puisqu’il faut se plier aux règles de la corporation. Chez Mussolini, l’État intervient davantage dans les corporations. Par contre, dans les deux pays, les corporations ont un rôle politique puisqu’on estime que ???. Du coup, au Portugal, 22 grandes corporations sont dans un conseil pour définir l’orientation du pays dans certains aspects (économie, …). Ce système est hérité presque directement de l’Ancien Régime. Les corporations n’ont pas fonctionné puisqu’elles sont devenues des groupes qui n’entrent pas dans le libéralisme économique et surtout qu’elles ne se sont occupées que des salariés.Du coup, elles instaurent une non-concurrence qui est dommageable aux consommateurs. Une nouvelle technique plus efficace qui réduit le nombre de travailleurs est refusée par les corporations puisqu’elles devraient licencier leurs salariés. Le doge de Venise a passé son temps à tenter de moderniser l’État quand les corporations s’y opposaient. Alors certes les salariés se portent bien mais les consommateurs n’y trouvent pas leur compte. Il faut trouver un juste milieu. Donc sur le long terme, les corporations ne tiennent pas la route dans un contexte économique moderne.

Face à un État économique et social vieillot, les Portugais ont émigré en masse vers des États voisins plus modernes. D’un point de vue politique, ne pas supporter la démocratie passe encore, dénoncer des partis politiques irresponsables et incompétents admettons, mais de la interdire les partis politiques, c’est tomber directement dans la dictature dure. En effet, les opposants au régime ne peuvent pas rester impunis et doivent être sanctionnés. Salazar est ainsi tombé dans une dictature dure en remplissant les prisons d’opposants politiques.

La démocratie Face à tous les autres systèmes, il est difficile de rester neutre et la démocratie semble être le seul régime à peu près fiable. La notion qui domine en démocratie, c’est celle de la garantie. En démocratie, l’État est un garant. Le garant est celui qui ne porte pas la valeur mais qui la désire. Garantir, c’est s’effacer derrière quelque chose qui vaut. L’État garant protège un autre que soi, c’est à nous de désigner ce que nous désirons et c’est l’État qui va faire en sorte de réaliser nos désirs. L’État est au second plan derrière les citoyens. Le paradoxe est alors flagrant : il n’est pas au premier plan et doit se contenter de réaliser nos désirs alors qu’il est très puissant, qu’il est celui qui a le monopole de la force légitime. L’État démocratique c’est le tenant de la force mais aussi le gentleman qui agit dans le sens de son peuple. Tout cela ne peut se faire que sous un gouvernement surveillant notre peuple. Il n’est probablement possible d’instaurer la démocratie que dans un certain milieu culturel où personne n’est prêt à tricher. Il faut pour avoir une démocratie que tout le monde la désire. Sinon, cela ne risque pas de marcher. Le pouvoir de l’État démocratique définit donc ses ennemis toujours dans l’optique de garantir les droits de son peuple, d’où l’État de droit. Au départ, on a donc un État soumis à la loi. On

voit les prémices de ce régime dans la Bible, dans la Grèce, dans les villes italiennes du XI° et du XII ° siècle, … Quoiqu’il en soit, la force est première y compris dans ce régime, il fut rare que le chef lui- même se soumette aux lois. C’est ainsi que nous avons en occident depuis plusieurs siècles, des formes constitutionnelles diverses qui se développent peu à peu. Dans notre continent, le droit compte. "La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes" Wilson

On assiste au développement mondial de l’État de droit. Tous les systèmes n’ont pas l’air aussi démocratiques les uns que les autres, mais cette idée demeure. La démocratie semble se diffuser sur la planète entière et séduit beaucoup de régimes. Seules deux constitutions ne se sont pas dites démocratiques : celle de Salazar et celle de Pinochet. Cela ne veut pas dire que la démocratie n’est pas pour autant corrompue. On trouve autant de corruption dans ce régime que dans les autres. En revanche, en démocratie, les corruptions peuvent être révélées et jugées ensuite. On peut alors espérer que la corruption se fasse plus discrète. Lorsque la corruption est affichée dans un régime, elle tend à se faire moins grande car les gens corrompus ont honte. La démocratie est le moins pire des régimes comme disait Churchill. Face aux dictatures, la tendance générale est plutôt de se diriger vers une démocratie.

Avant la Seconde Guerre Mondiale, on craignait l’apparition de dictatures dures qui auraient révélé la faiblesse de la démocratie au milieu. Entre le Nazisme au centre de l’Europe et le Communisme à l’Est, la démocratie face à deux régimes aussi terribles et durs n’avait que peu de chances. D’où la réflexion de certains avant la guerre de savoir lequel des deux régimes était le pire, pour choisir l’autre. Aujourd’hui on récuserait les deux. La guerre froide qui a suivi fut marquée par la bombe atomique qui menaçait le monde suite aux évènements de Nagasaki et Hiroshima. Ce jeu d’équilibre de la Terreur n’était pas forcément non plus la meilleure solution. De nombreux auteurs parlent d’une forme de fin du monde liée à cette menace atomique (Jaspers par exemple). Ainsi Anders, bref mari d’Hannah Arendt, se fit prophète de l’apocalypse. A ce moment là, on n’est toujours pas dans des idées démocratiques mais Anders comme Jaspers, estiment que la démocratie ne survivra pas car l’État de droit est faible. Cette faiblesse tient aux tergiversations interminables, au suicide du régime qui ne prend jamais parti, sa mauvaise conscience permanente vis-à-vis de ses actions, ses disputes puériles, … En face se trouvent des totalitarismes qui représentent tout le contraire : sur de lui, fort, décidé, … Dans cette ambiance très lourde, les années 1950 – 1960 déploient des justifications de la démocratie et ce d’autant mieux qu’on redoute de la perdre. Les idéologies, en dépit des moyens mis en place, ne se réalisent pas dans leurs sociétés et n’aboutissent qu’à des tyrannies qui ne réalisent pas leurs objectifs premiers, excepté le Socialisme qui ne veut pas risquer la tyrannie. Pour l’État de droit, la démocratie est le contraire, c’est un système politique qui ne dit rien mais qui fait beaucoup. Ce système fait, mais ne dit pas. La démocratie n’a pas de maître à penser, elle en a de multiples.La démocratie n’est donc pas une idéologie puisque c’est un type d’organisation qui est hanté par ses imperfections, qui veut toujours s’améliorer. La pensée démocratique est celle de la Terre, une pensée lourde attachée à l’observation, l’expérience et l’imperfection. Pourtant cette pensée relègue la politique au second rang. En effet, dans les régimes précédents, on imagine changer la politique, l’homme et la société. On pense qu’on va tout changer dans les autres régimes mais la démocratie n’y croit pas, elle ne veut pas changer l’homme. Elle part de la certitude que la vie échappe à la politique. L’homme n’est pas tant un démiurge qu’un jardinier, il ne crée pas quelque chose depuis rien mais au contraire, aide au développement de ce qui existe déjà. L’homme politique en démocratie est ce jardinier face à un peuple qu’il doit écouter pour mieux le développer. La démocratie reste donc un système modeste.

Vaclav Havel fait parti de ces hommes qui sont passés en 1989 de la prison à la présidence. Élu presque directement au pouvoir, Vaclav Havel était un philosophe porté au pouvoir. Il fit un discours à l’Académie des Sciences Morales et Politiques de l’Institut de France. Il estimait que la démocratie fonctionnait tel un totalitarisme comme un autre, qu’il fallait se diriger vers une société parfaite par ce régime. C’est exactement comme la pièce de théâtre En attendant Godot, sauf que Havel a réalisé qu’en démocratie, on ne pouvait attendre cette société parfaite. La démocratie n’est plus dans l’attente de la perfection.La politique devient une force inquiétante à domestiquer. Le gouvernement est une forme de pouvoir qu’il faut maitriser car quiconque s’en empare

souhaitera en abuser. Proudhon disait d’ailleurs que les peuples ne devaient jamais rien faire que contrôler leur gouvernement. Il fallait lier la force par le droit, ce qui est le fruit d’un état d’esprit long et fastidieux. Montesquieu disait que le principe essentiel de la démocratie est l’engagement de chaque citoyen. Cet engagement est tacite et se trouverait dans l’origine symbolique de la démocratie dans l’idée d’un contrat social. Cette notion du XVIII° siècle souligne que pour vivre en société les individus signent un contrat où ils lui donneraient leur force et échange de quoi, le gouvernement promet de ne pas en abuser. Ce contrat est avant tout symbolique mais fait en sorte que la force dont nous sommes capables nous la déléguons à l’État. A nous donc d’obéir aux règles fixées par ce contrat. Certes toutes les sociétés vivent avec des règles, mais dans les sociétés autocratiques, lorsqu’on ne respecte pas les règles, le pouvoir n’est pas en péril puisqu’il utilise immédiatement la force. Dans l’État autocratique, le pouvoir a toujours de quoi se défendre. En revanche, dans l’État démocratique tout repose sur notre volonté de citoyen à jouer le jeu. Dans le cas où nous ne jouerons plus le jeu, le pouvoir risque de s’effondrer de lui-même. Ce pouvoir ne tient donc que sur une volonté commune. En Allemagne de Weimar, lorsque le gouvernement fut remis en cause par un grand nombre de citoyens, la république de Weimar a chuté. La démocratie ne peut rien contre les tricheurs car elle ne repose pas sur la force. La démocratie est fragile et demande une certaine forme de vertu citoyenne. Montesquieu réclamait d’ailleurs cette vertu morale. Le citoyen est quelqu’un qui réprime volontairement ses penchants à la violence et à l’arbitraire. Cela va à tel point que Burdeau exagère en parlant du citoyen comme un saint laïc. En effet, il sait qu’en agissant à l’état de nature, il sera réprimé. Du coup, il se soumet volontairement aux règles. Mais la démocratie ne se contente pas de demander aux citoyens de ne pas tricher mais aussi d’être un stimulateur positif en agissant lors des élections. En étant confiant dans le droit, la démocratie ?? et à les inconvénients des ??? de civilisation. L’État de droit demande une société cultivée, une raison développée par une éducation populaire avec un fonctionnement très complexe qui échappe aux simples rapports de domination. Montesquieu disait que pour avoir une démocratie modérée, il fallait un peuple modéré et tempérant, même si cela n’est jamais acquis et qu’il faut le protéger constamment.

La défense de la démocratie est récente, elle date du XIX° siècle, c’est un régime historique. Inventée par les Grecs, mais pas seulement. On avait trois sources d’influence en Europe : la démocratie grecque, la démocratie nordiquedix siècles plus tard et enfin au sein d’un conglomérat occidental (monastère, villes italiennes et charte de 1215 en Angleterre). La démocratie nordique est gouvernée par une assemblée qui cumule les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires, apparemment sans influence grecque ce régime s’est développé de lui-même. Toujours est-il que la démocratie grecque a fini par chuter dés les années 420 et s’effondre en 443 avec l’invasion d’un pays voisin. Le désordre et la corruption dans Athènes fut assez terrible et Philippe de Macédoine fut longtemps considéré comme l’homme qui avait révélé que la démocratie ne fonctionnait pas. Pendant ce temps, les monarchies du continent européen se constituent peu à peu en monarchies parlementaires, de plus en plus limitée et surveillée par des Parlements (les États en France, les Cortes en Espagne, les Vece en Russie, les Diétes en Pologne, …). Cet esprit démocratique montait mais n’était pas usité. Le mot démocratie tombe après la Révolution Française. Mais la démocratie qui s’instaure, révèle que les mêmes maux qu’à l’époque grecque sont toujours présents.

Excès et perversions démocratiques demeurent toujours. L’État providence par l’ampleur de ses droits créances, finit par compter plus que n’importe quelle liberté. Du coup, cela tend à dépolitiser le citoyen. La démocratie se fonde sur une croyance quant à l’homme. C’est une croyance sur la condition humaine ou sur ce qu’il peut être. Lorsqu’on donne le droit de vote à tous, cela signifie qu’on présuppose que tous les individus à partir d’un âge sont capables de prendre une décision pour le bien commun. Dans la société, on a des disparités de cultures, d’informations, de spécialisations, … Du coup, il y a des gens qui sont plus capables que d’autres d’avoir un avis sur la question du nucléaire. La question n’est pas tant d’avoir un avis sur le nucléaire que d’avoir une direction personnelle dans la vie. Il s’agit de prendre son propre destin en main. Ainsi, un individu qui prend son destin en main devra choisir de se marier à quelqu’un, d’avoir un enfant, … Là on choisit son propre destin. Un individu peut-il prendre son destin en main ? Cela dépend des cas, en Occident, on est parti du principe que oui, les individus peuvent prendre leur destin en main. On n’a jamais marié les petits

enfants, même si on a des bémols (promettre deux enfants, quelques exceptions de mariages arrangés, …). Ce qui compte au final, n’est pas tant l’intelligence des sphères, les diplômes, … Ce qui compte en priorité c’est le bon sens, la responsabilité du père ou de la mère de famille, la prudence, la bienveillance, … Autant de qualités morales que tout le monde possède à divers degrés. Comme tout le monde a ses qualités, tout le monde peut voter. Les différences intellectuelles n’entravent pas la démocratie, c’est ce qu’espèrent les démocrates.

Une autre question est celle de savoir si on trouve sur le terrain une culture démocratique. Si l’on est près à user de violences systématiquement, alors rien ne sert de penser à instaurer une démocratie. Il existe alors d’autres systèmes dans certaines régions qui sans être démocratiques permettent de rendre les gens heureux, on parle de systèmes autocratiques.

De plus, notre système est imparfait. Il est loin d’être l’unique bon système. Aujourd’hui, de multiples critiques de la démocratie sont faites. Ces critiques sont virulentes mais tout de même fondées. Ainsi, la Chine ou les pays musulmans se démarquent dans certains cas. 4 pays musulmans ont rédigés des droits de l’homme islamique. Les critiques portées contre la démocratie sont très poussées, elles sont établies de manière construite. L’orthodoxie russe démonte elle aussi la démocratie pour proposer des régimes vivables.

La démocratie n’est pas la fin de l’Histoire comme ont pu l’écrire des gens comme Fukuyama ou Hegel. La démocratie est un régime qui a fait ses preuves, qui a satisfait une partie des peuples mais qui a ses défauts et qui ne convient pas forcément à toutes les cultures. Dante a longtemps pensé que la monarchie était le seul régime possible, il n’en est rien aujourd’hui. Les actuels antidémocrates qui forment des courants y compris en France, mettent en évidence les failles et les premières traces d’effacement de la démocratie.

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