Notes de bas de pages - 3° partie, Notes de Gestion des affaires
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes de bas de pages - 3° partie, Notes de Gestion des affaires

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Notes de gestion sur de bas de pages - 3° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: selon A. Smith, selon J.-B, Say, selon M. Ricardo,
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produites représentent un travail récent ou ancien de l’homme, ou, en d’autres termes, que la

richesse n’est que du travail accumulé ; d’où par une seconde conséquence tout aussi fausse, le

travail est la seule mesure des richesses ou des valeurs produites. » Ces dernières

conséquences, c’est M. Say qui les tire, et non le docteur Smith; elles sont fondées si l’on ne

distingue pas la valeur d’avec la richesse ; mais Adam Smith, quoiqu’il ait avancé que la

richesse consiste dans l’abondance des choses nécessaires, utiles, ou agréables à la vie, aurait

admis que les machines et les agents naturels peuvent ajouter beaucoup à la richesse d’un

pays : cependant il n’aurait point accordé que ces objets pussent rien ajouter à la valeur

échangeable des choses. — Note de l’Auteur, à quoi M. Say répond :

De mes dernières notes on peut inférer ma réponse à celle-ci. L’action gratuite des agents

naturels, quand elle remplace l’action onéreuse des hommes et des capitaux, fait baisser la

valeur des produits. Comme toute valeur est relative, la valeur des produits ne peut pas baisser

sans que la valeur des revenus (ou des fonds productifs qui donnent ces revenus) n’augmente.

Les consommateurs sont d’autant plus riches, que les produits sont à meilleur marché. J’ai

prouvé ailleurs que la baisse des produits provenant d’une économie dans les frais de

production n’altérait en rien les revenus des producteurs ; un homme qui parvient à faire par

jour deux paires de bas à 3 francs gagne autant que lorsqu’il en faisait une à 6 francs—J.-B.

Say.

95. M. Ricardo,en rapprochant divers passages pris en plusieurs endroits de mes ouvrages, sans

pouvoir citer les développements que j’y donne, ni les restrictions que j’y mets, y trouve de

l’obscurité et des contradictions. Il peut être fondé; mais a-t-il éclairci cette obscurité ? a-t-il

levé ces contradictions ? Si l’on prend le motrichesses dans sa signification la plus étendue, les

richesses de l’homme sont tous les biens qui, étant à sa disposition, peuvent, de quelque

manière que ce soit, satisfaire ses besoins, ou seulement ses goûts. Dans ce sens, l’air que

nous respirons, la lumière du soleil, et même l’attachement de notre famille et de nos amis,

sont des richesses. Ce sont des richesses qu’on peut, appeler naturelles.

Dans un sens plus restreint, et lorsqu’il est question seulement des biens que possèdent un

homme riche, une nation riche, on trouve que les richesses sont des choses qui, pouvant

satisfaire les besoins et les goûts des hommes en général, n’ont pu devenir leur propriété qu’au

moyen de quelques difficultés qu’ils ont vaincues ; d’où il est résulte pour ces choses une

valeur, c’est-à-dire la qualité de ne pouvoir être acquises qu’au moyen d’un sacrifice égal à

celui qu’elles ont coûté. Si je consens à donner un boisseau de froment pour obtenir deux livres

de café ; c’est parce que j’estime que la satisfaction que je me promets de deux livres de café

vaut les difficultés qu’il m’a fallu vaincre pour créer un boisseau de froment. Si le propriétaire

des deux livres de café pense de même relativement au boisseau de froment, je dis que

la valeur échangeable du boisseau de froment est deux livres de café, et réciproquement ; et si

l’une ou l’autre de ces choses trouve à s’échanger contre une pièce de 5 francs, je dis que l’une

ou l’autre sont une portion de richesses égale à 5 francs ; qu’elles le sont par leur valeur

échangeable, et en proportion dé cette valeur échangeable, Valeur échangeable et richesse sont

donc synonymes.

Or, cette richesse ainsi entendue, et qu’on pourrait nommer sociale, en ce qu’elle ne peut

exister que parmi les hommes en société, est celle qui fait l’objet des recherches de l’Économie

politique*, parce que seule elle est susceptible de s’accroître, de se distribuer et de se détruire.

Maintenant la grande difficulté est de faire concorder les lois de la richesse sociale, ou de

l’Économie politique, avec celles de la richesse naturelle. Lorsqu’un produit se multiplie par le

meilleur emploi que nous faisons de nos terres, de nos capitaux, et de notre industrie, il y a

plus d’utilité (soit de richesse naturelle) produite, et en même temps la production de la

richesse sociale semble être moindre, puisque la valeur échangeable du produit diminue. La

richesse sociale ne suit donc pas la même marche que la richesse naturelle : de là les difficultés

où se sont perdus Lauderdale et bien d’autres, et les contradictions apparentes que M. Ricardo

me reproche.

Je m’estimerai d’autant plus heureux de le satisfaire, que les mêmes doutes sont nés dans

l’esprit d’un homme qui me tient de près par le sang et par l’amitié, et qui les a consignés dans

un écrit publié récemment** ; la même réponse servira pour tous deux, non sans quelque

avantage peut-être pour les progrès de la science.

Pour se former une idée juste des choses, je pense qu’il faut se représenter la nature entière,

les capitaux accumulés par l’homme, et les facultés industrielles de l’homme, comme le grand

fonds où se forment, et duquel naissent toutes les utilités, toutes les richesses naturelles et

sociales qui servent à satisfaire plus ou moins complètement à tous les besoins, à tous les

goûts des hommes.

Les portions de ce fonds qui n’ont pas besoin d’être sollicitées, le soleil, par exemple, qui nous

fournit une lumière et une chaleur si nécessaires au développement des être organisés, sont

des fonds productifs appartenant à chacun de nous, d’une valeur infinie, pour ce qui est de

l’utilité qu’on en tire, puisque cette utilité est infinie, inépuisable.

D’autres fonds, tels, par exemple, qu’un capital productif, n’appartiennent pas à tout le monde.

Ils ne peuvent faire leur office que parce qu’ils sont des propriétés : l’Économie politique en

assigne les motifs. Leur valeur peut être assimilée à la valeur des fonds naturels, en ce qu’elle

est proportionnée à la quantité d’utilité qui peut en naître. Ainsi un fonds capital, territorial et

industriel, duquel sont sortis cinquante boisseaux de froment, vaudrait dix fois autant

relativement à cette espèce de produit, si, dans un espace de temps pareil, par un

perfectionnement quelconque, on parvenait à en tirer cinq cents.

Il reste à connaître quels sont ceux qui profitent de cette augmentation, ceux qui sont plus

riches, non seulement en richesses naturelles, mais en richesses sociales, en valeurs

échangeables, de tout cet accroissement d’utilité produite.

Si, par des causes dont la discussion est étrangère à l’objet de notre spéculation présente, là

valeur, échangeable de chaque boisseau de blé se soutient malgré l’augmentation survenue

dans la quantité de blé produite, alors l’augmentation de richesse produite est entièrement au

profit des producteurs, c’est-à-dire des propriétaires du fonds capital, du fonds territorial, et

du fonds industriel, dont il est sorti cinq cents boisseaux au lieu de cinquante. Le revenu

provenant de ces portions de fonds a décuplé.

Si, comme il arrive plus fréquemment, la valeur échangeable de chaque boisseau de blé a baissé

en raison de la plus grande quantité qui en a été produite, Je profit obtenu est bien toujours

dans la proportion de cinq cents à cinquante ; mais ce profit est fait par la classe des

consommateurs, lesquels sont aussi riches de ce qu’ils paient de moins que les producteurs

l’auraient été de ce qu’ils auraient vendu de plus. Leur revenu n’a pas décuplé, parce qu’ils ne

l’emploient pas tout entier en froment ; mais la portion de revenu qu’ils avaient coutume

d’employer en froment a décuplé, et toutes ces portions de revenu ainsi décuplées se

monteraient, si elles étaient réunies, à une somme égale à la valeur décuplée du produit, en

supposant qu’il n’eût pas baissé de prix. Dans les deux cas, la société à donc joui d’une

augmentation de valeurs comme d’une augmentation d’utilité. J.-B. Say.

96. Il m’est impossible, à voir la persistance avec laquelle Ricardo cherche à établir l’antagonisme

prétendu des salaires et des profits, et son impassibilité devant les démentis que l’expérience

donne à son système, il m’est impossible, dis-je, de ne pas croire à une confusion dans les

idées qu’il remue. Il a beau appeler Ad. Smith à son secours pour le sauver de la réalité qui le

combat, il a beau se couvrir de mystères dans certains passages, distinguer entre les hausses

momentanées et les hausses prolongées, entasser les observations, prétendre que chaque

obole ajoutée aux salaires est une perte pour le manufacturier, nous faire chercher enfin dans

les fanges du paupérisme les perles et le luxe du riche, il ne pourra faire que, par la solidarité

qui relie les membres de la famille humaine, les souffrances ou les joies des uns ne

retentissent, tôt ou tard dans l’âme de tous. Chacune de ces grandes années de crise, qui ont

ébranlé les sociétés anglaise, américaine, française, et ont jeté sur la place publique, dans le

forum ardent et courroucé, les masses sans travail que vomissaient les manufactures ; chacune

de ces années aurait dû enseigner à l’austère économiste que les ouvriers sont la base de

l’édifice industriel, et que lorsque la base d’un édifice s’ébranle le faîte est bien près de

s’écouler, en d’autres termes, que la ruine frappe en même temps en haut et en bas. D’un autre

côté, chacune de ces années radieuses, où l’on vit les débouchés s’agrandir, les capitaux affluer

dans toutes les industries pour les vivifier, le travail rouvrir, comme une formule magique, les

portes muettes des ateliers, l’abondance secouer de toutes parts sur le monde ses merveilles et

ses richesses, chacune de ces années, dis-je, aurait dû lui prouver que si les mauvais jours

pèsent sur les chefs et sur les ouvriers, les jours de prospérité ont des récompenses pour tous,

sous forme de hauts salaires pour les uns, et de riches inventaires pour les autres. Je ne puis

croire que Ricardo se soit tenu assez loin des événements pour n’en pas suivre la marche, et

n’en pas comprendre les enseignements, et les événements eussent été pour lui un espoir, et

non une sorte d’anathème, si, à mon humble avis, du moins, l’arme du raisonnement et de

l’observation ne s’était faussée entre ses mains. Je ne vois pas d’autre moyen d’expliquer

comment, toutes les fois qu’il indique une hostilité profonde dans les rangs des travailleurs, les

faits répondent au contraire par une union qui n’a rien certainement de la tendre affection que

nous promet Fourier entre pages et pagesses, mais qui repose sur l’intérêt individuel, garanti

par l’intérêt social, — du moins autant que le permettent toutes les charges qui sous le nom

d’octrois, de douanes, d’impôts exagères, de dettes publiques grèvent le producteur et altèrent

les contrats économiques.

Au spectacle du développement merveilleux de l’industrie, des progrès inespérés de la

mécanique qui, d’un côté, abaissent chaque jour la valeur courante des marchandises, et de

l’autre, provoquent l’accroissement des salaires par l’immensité de la tâche qu’il s’agit

d’accomplir et par la demande de travailleurs : au spectacle de cette double impulsion,

ascendante pour le prix du travail, descendante pour le prix des produits, le savant auteur

desPrincipes d’Économie Politique n’a pas senti que, loin d’être pour le manufacturier une

cause de ruine, l’avilissement graduel de ses marchandises était la base la plus sûre de sa

prospérité. Dans le fait, et par une aberration étrange pour un aussi grand esprit,— aberration

devant laquelle le respect a même fait longtemps hésiter notre main,— Ricardo a confondu une

diminution dans la valeur des produits avec une diminution des profits. Il a vu que, par la

concurrence des producteurs, les inventions se succédent chaque jour dans le champ industriel,

que les forces mécaniques se retrempent au contact de la science : il a vu que le génie de

l’homme, entassant ainsi les produits, luttait de prodigalité avec la nature elle-même, et tendait

à faire des richesses sociales un fonds où les plus humbles vinssent puiser à peu de frais ; et

cet admirable travail d’égalité, ce nivellement du bien-être, il a cru qu’on ne pouvait l’accomplir

qu’en retranchant des profits du manufacturier ce que l’on accordait, par l’abaissement du prix,

au consommateur, par la hausse des salaires, aux classes laborieuses. Il n’a pas vu que c’est

précisément dans la salutaire action de ce double phénomène que reposent l’avenir de

l’industrie et sa prospérité : car c’est ce double phénomène qui appelle la masse à consommer

les produits créés, et qui, par conséquent, fait des besoins de tous un étai pour le travail de

fous. Dire que parce qu’un fabricant fait à ses ouvriers une part plus large dans la répartition de

la fortune publique il diminue d’autant son revenu et ses profits, c’est dire à la fois une chose

fausse et une chose décourageante : — décourageante, parce que, ou l’on introduirait la lutte et

la haine dans les rangs des travailleurs, ou l’on condamnerait l’ouvrier à un ilotisme barbare et

à des salaires minimes, ou l’on convierait le manufacturier à une générosité impossible ; —

fausse ; en ce que plus une marchandise diminue de valeur, plus elle appelle la consommation,

et plus elle appelle la consommation plus les bénéfices du fabricant se grossissent. Ne nions

pas, ne refusons pas, surtout, par amour pour les abstractions, ce miracle perpétuel de la

production, qui appelle les plus humbles à la vie physique comme les appelait le Christ à la vie

morale.

Quoi qu’on fasse ou dise, on n’échappera pas à la force des choses; et la forcé des choses veut

que le capitaine se dépouille pas en faveur du travail, et qu’avant d’attenter à ses profits, il

prélève sur les salaires ce que l’état du marché ne peut plus lui donner. Si donc on voit un

manufacturier hausser le prix de la main-d’œuvre, on peut être sûr que ses inventaires ont un

aspect rassurant, que ses ateliers sont en pleine activité. Lorsque l’or s’écoule en minces filets

au profit des ouvriers, on peut être convaincu qu’il coule à larges flots dans la caisse des chefs

d’industrie, et je ne sache pas un seul exemple où l’on ait vu les salaires grandir au sein d’une

industrie languissante. « Mais, dira-t-on, ne voyez-vous pas le taux de l’intérêt s’abaisser de

toutes parts, tandis que s’élève au contraire, avec la valeur des forcés humaines, celle des

subsistances. Ne voyez-vous pas que le producteur hérite des dépouilles du capitaliste, du

propriétaire, du rentier, et que, dans ce déplacement de la richesse, les caisses des uns

s’emplissent aux dépens des caisses des autres ? » Je reconnais facilement la décadence du

rentier et du propriétaire, c’est-à-dire de l’élément oisif de la société. Ils représentent des

capitaux inertes qui doivent nécessairement perdre de leur prix au milieu de la multiplication

générale des produits et des signes monétaires : et leur fortune présente même quelque chose

d’analogue à ces monnaies qui s’usent par le frai, ou bien, — que l’on me permette cette

comparaison peu économique — à des habits qui deviennent trop courts pour un corps que le

temps développe et grandit. Rien de plus juste et de plus naturel à leur égard ; mais je nie

positivement l’autre partie de la proposition, celle qui veut envelopper dans la même déchéance

toute cette classe de producteurs qui mettent en œuvre leurs capitaux, commanditent des

industries, et font servir leurs sueurs d’hier à féconder leurs sueurs du jour et du lendemain.

Pour ceux-là, au contraire, le bien-être s’accroît, et il faudrait pousser bien loin l’esprit de

système, pour mettre la position d’un membre de la vénérable confrérie des merciers ou des

drapiers du moyen-âge au-dessus de celle des manufacturiers puissants qui remuent des

millions dans le Lancashire, à Lyon, à Mulhouse, et qui nous étonnent par le faste de leur

existence.

Sans doute les capitaux se sont multipliés à l’infini et sont allés, en s’épanchant sur le monde,

fertiliser, comme de riches alluvions, les contrées les plus pauvres, les plus stériles sous le

rapport industriel. Sans doute cette multiplication de la richesse a dû en amener la

dépréciation ; sans doute, nous marchons vers une époque où les prodiges de la mécanique,

commanditée par le capital, feront de la chaussure, du vêtement, de la nourriture, des choses

presque aussi gratuites que l’air, le ciel, le soleil, l’eau, l’électricité : mais qui voudrait proscrire

ces bienfaits, et qui ne voit, d’ailleurs, que si les valeurs sociales sont devenues plus

nombreuses et ont baissé de prix, elles sont devenues, par cela même, plus facilement

accessibles ? Qu’importe à un capitaliste de voir dépérir entre ses mains des richesses, si ces

richesses se reproduisent à l’infini ; que lui importe de posséder 100,000 fr., qui lui rapportent

10 p. 0/0, ou 200,000 qui produisent un intérêt de 5,000 fr. ; que lui importe encore de

vendre, à frais égaux, dix aunes de brocard à 100 fr. ou vingt aunes à 50 fr. ? Sa situation sera

la même, tandis que la société en masse aura hérité de cette abondance qui s’infiltrera peu à

peu dans ses rangs les plus infimes. Déplorer cet avilissement des objets de consommation-,

ce serait donc déplorer la gratuité des rayons solaires, des forces naturelles, des fleuves; ce

serait méconnaître que la valeur est une chose abstraite, une véritable équation établie entré les

frais de production et la demande des différents produits, — rien de plus ; ce serait, en un mot,

sacrifier là substance à l’attribut, la réalité à l’idéal, et lâcher niaisement la proie pour courir

après l’ombre. Loin de s’apitoyer sur la dépréciation des capitaux, il faut donc, au contraire,

s’en réjouir au nom de toutes les classes de la société ; car cette dépréciation indique qu’ils se

sont multipliés, et cette multiplication indique qu’ils se distribuent à un plus grand nombre

d’individus. Qui dit valeur. excessive d’un produit, dit .monopole, consommation ; restreinte, et

par conséquent, industrie sans débouchés, sans profits, qui dit valeur infime, dit consommation

générale, et par suite, industrie florissante, s’appuyant sur ces bases solides qui sont les

besoins de tous. Si bien que l’époque là plus prospère pour la société sera celle où les ateliers;

sans cesse en activité, produiront avec une sorte de fièvre; où le travail, partout recherché,

obtiendra de forts salaires; où les produits, inondant les marchés, s’y vendront à assez bas prix

pour que les plus pauvres y puissent atteindre, et assureront ainsi aux manufacturiers la

clientèle des masses, la seule qui, en réalité, puisse commanditer sûrement une entreprise.

Voilà les conclusions auxquelles eût été conduit Ricardo s’il eût étudié de plus près les faits et

en eût fait une analyse plus nette, plus exacte. Il n’eût pas abouti à dire que les profits doivent

aller toujours en s’abaissant ; à déplorer la surabondance et l’avilissement des. capitaux : il

n’eut pas surtout prêté l’autorité de son nom, de sa forte intelligence, aux sectes sans nombre

qui se sont abattues avec fureur sur l’économie politique, pour lui arracher, sous forme de

formules dangereuses et désespérées, un acte d’abdication. Dernièrement encore, un écrivain, à

l’imagination brillante, qui excelle à parer le clinquant de ses paradoxes d’un style puissant et

coloré ; un penseur qui, plongé dans les abstractions transcendantales, ne s’aperçoit pas que

dans les sciences comme dans la nature, à force de vouloir s’élever et planer, on arrive à des

régions où le vide se forme, et où l’air manque aux poumons, comme là netteté à l’intelligence ;

M. Proudhon, — pour le nommer deux fois, — a rangé cette dépréciation graduelle et fatale des

produits et des valeurs au nombre de ce qu’il veut bien appeler lescontradictions économiques.

Il s’est extasié sur cette divergence de phénomènes, qui veut que tandis que la société

s’enrichit par la multiplication des produits, elle s’appauvrisse par la dépression de leur valeur :

et il a creusé cette anomalie, ou cette autonomie prétendue, avec un acharnement qu’il a pris

pour de la profondeur, et qui est tout simplement de la naïveté. Il n’a pas vu, d’une part, que ce

jeu des richesses sociales est la chose du monde la plus simple, la plus naturelle, et que la base

de toutes les valeurs étant, ici-bas, le travail, il est évident, il est fatal que moins les frais de

production d’une marchandise seront élevés, plus fléchira son prix courant, plus elle sera

demandée, et plus la production s’agitera pour la répandre de toutes parts. Il n’a pas vu;

ensuite, ce qui était bien plus important et plus visible encore, que la société s’enrichit, loin de

s’appauvrir, dès que la valeur des choses s’abaisse, parce que cet abaissement est lé signe de

leur abondance. Loin donc qu’il y ait anomalie dans cette grande loi de la valeur, il s’y trouve

une harmonie salutaire, pleine d’enseignement, et qu’on fie peut méconnaître qu’à force

d’arguties, de logomachie et de systèmes systématiques. Dans le fait, ce n’est pas

de valeurs que vit la société ; c’est de blé, de vêtements, de meubles, et plus ces choses sont à

bas prix, plus une société doit être réputée opulente, parce que plus elle est à même d’en

distribuer les bienfaits à tous ses membres. La tendance actuelle de notre époque, de notre

industrie, est précisément de réaliser ce beau programme, et de créer, pour ainsi dire, la

démocratie des prix et des produits, au profit du consommateur, qui paiera moins cher les

marchandises, — de l’ouvrier, dont le travail deviendra plus précieux, — du capitaliste, qui

verra grandir ses débouchés. Qu’on mette, d’ailleurs, pour plus de sécurité dans le

raisonnement, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Hollande, qui comptent par milliards des

richesses dont l’intérêt s’arrête à 6, à 5, à 4, à 3, ou même 2 % ; qu’on mette ces grandes

nations en face de ces peuples où de maigres capitaux provoquent l’usure, et donnent des

revenus douteux de 10, 20 ou 25 %; qu’on fasse cette comparaison, et, quoi-qu’en dise

Ricardo, aidé de M. Proudhon, le choix ne sera pas douteux. A. F.

97. Adam Smith cite la Hollande comme un exemple de la baisse des profits provenant de

l'accumulation des capitaux et de la surabondance de capital affecté à chaque emploi. « Le

gouvernement hollandais emprunte à 2 pour cent, et les » particuliers qui ont bon crédit à 3

pour cent. » Mais il aurait fallu considérer que la Hollande est obligée d'importer presque tout

le blé qu'elle consomme, et qu'en mettant de forts impôts sur les objets nécessaires à l'ouvrier,

elle augmente encore les salaires du travail. Ces faits expliquent assez le taux peu élevé des

profits et de l'intérêt en Hollande.

98. L'expression suivante est-elle tout-à-fait d'accord avec le principe posé par M. Say ? « Plus les

capitauv disponibles sont abondants en proportion de l'étendue » des emplois, et plus on voit

baisser l'intérêt des capitaux prêtés. » Liv. Il, chap. 8. Si des capitaux, quelque considérables

qu'il soient, peuvent toujours trouver dé l'emploi dans un pays, comment peut-on dire qu'ils

sont abondants, comparés avec l'étendue de l'emploi qu'ils peuvent trouver ? (Note de l'auteur.)

M. Ricardo tire ici une conséquence parfaitement juste du principe établi dans mon Traité

d'Économie politique, et il explique d'une manière qui me paraît très-satisfaisante la baisse des

profits-capitaux, ou intérêts, à mesure que les capitaux s'accroisssent, quoique les emplois se

multiplient avec les capitaux. Il est également certain que j'ai eu tort de dire que les capitaux

peuvent être plus ou moins abondants par rapport à l'étendue des emplois, ayant prouvé

ailleurs que les emplois se multiplient en proportion de l'abondance des capitaux» Les seuls cas

où l'observation que j'ai faite après Smith pourrait être réelle, seraient ceux où la production est

rendue si désavantageuse, soit en raison des impôts, ou par toute autre cause, qu'aucun

produit ne vaut les sacrifices qu'il faudrait faire pour l'obtenir. Il y a bien certainement des

produits qui ne se font pas, par la raison que leur prix-courant est inférieur aux frais de leur

production. Ne peut-on pas supposer ce cas pour un si grand nombre de produits, que le

nombre des emplois de capitaux et de facultés industrielles en soient considérablement

réduits ?

99. Adam Smith dit que, « quand le produit d’une branche particulière d’industrie excède ce

qu’exige la demande du pays, il faut bien qu’on envoie le surplus à l’étranger pour l’échanger

contre quelque chose qui soit en demande dans l’intérieur. Sans cette exportation une partie du

travail productif du pays viendrait à cesser,et la valeur de son produit annuel diminuèrent

nécessairement. La terre et le travail de la Grande-Bretagne produisent en général plus de blé,

de lainages et de quincailleries que n’en exige la demande du marché intérieur. Il faut donc

exporter le surplus et l’échanger contre quelque chose dont il y ait demande dans le pays. Ce

n’est que par le moyen de l’exportation que ce surplus pourra acquérir une valeur suffisante

pour compenser le travail et la dépense qu’il en coûte pour le produire. » On serait tenté de

croire, d’après ce passage, qu’Adam Smith en concluait que nous sommes dans la nécessité de

produire un excédant de blé, d’étoffes de laine et de quincailleries, et que le capital employé à

leur production ne saurait l’être d’une autre manière. On a cependant toujours le choix de

l’emploi à donner à son capital, et par conséquent il ne peut jamais y avoir pendant longtemps

un excédant d’un produit quelconque ; car, si cela était, il tomberait au-dessous de son prix

nature, et lé capital passerait à un autre emploi plus lucratif. Il n’y a pas d’écrivain qui ait

montré d’une manière plus satisfaisante et plus habile que le docteur Smith la tendance qu’ont

les capitaux de quitter des emplois dans lesquels les produits ne suffisent pas à payer tous les

frais de production et dé transport en y joignant les profits ordinaires. (Note de l’Auteur.)

100. « Toute espèce d'emprunt public, dit M. Say*, a l'inconvénient de retirer des usages

productifs des capitaux ou des portions de capitaux pour les dévouer à la consommation; et de

plus, quand ils ont lieu dans un pays dont le gouvernement inspire peu de confiance, ils ont

l'inconvénient de faire monter l'intérêt des capitaux. Qui voudrait prêter à 5 pour cent par an à

l'agriculture, aux fabriques, au commerce, lorsqu'on trouve un emprunteur toujours prêt à

payer un intérêt de 7 à 8 pour cent ? Le genre de revenu qui se nomme profit des capitaux

s'élève alors aux dépends du consommateur. La consommation se réduit par le

renchérissement des produits, et les autres services productifs sont moins demandés, moins

bien récompensés ; la société, les capitalistes exceptés, souffre de cet état de choses. » À la

question, « qui voudrait prêter à 5 pour cent par an à l'agriculture, aux fabriques, au commerce,

lorsqu'on trouve un emprunteur toujours prêt à payer un intérêt de 7 à 8 pour cent ? » je

réponds : tout homme prudent et sensé. Parce que le taux de l'intérêt est à 7 ou 8 pour cent là

où le prêteur court un risque, extraordinaire, y a-t-il une raison pour qu'il soit aussi haut dans

les endroits où les prêteurs sont à l'abri de pareils risques ? M. Say convient que le taux de

l'intérêt tient à celui des profits; mais il ne s'ensuit pas que le taux des profits dépende du taux

de l'intérêt ; l'un est la cause, l'autre l'effet, et il est impossible que des circonstances

quelconques puissent les faire changer de place. (Note de l'Auteur.)

101. Dans un autre endroit il s’exprime de la manière suivante : « Quelque extension que la

prime puisse occasionner dans les ventes à l’étranger, dans une année quelconque, cette

extension se fait toujours entièrement aux dépens du marché intérieur, attendu que chaque

boisseau de blé que la prime fait exporter, serait resté dans le marché intérieur, où il aurait

augmenté d’autant la con-sommation et fait baisser le prix de la denrée. Il faut observer que la

prime sur le blé, comme toute autre prime pour l’exportation, établit sur la nation deux impôts

différents : le premier est l’impôt auquel il faut qu’il contribue pour défrayer la prime, et le

second est l’impôt qui résulte du prix renchéri de la denrée dans le marché intérieur ; impôt

qui, pour cette espèce particulière de marchandise, se paie par toute la masse du peuple, toute

la masse devant nécessairement acheter du blé. Par conséquent, à l’égard dé cette marchandise

en particulier, le second impôt est de beaucoup le plus lourd des deux… Par conséquent, par

chaque 5 schellings pour lesquels le peuple contribue au paie-ment du premier de ces deux

impôts, il faut qu’il contribue pour 6 livres sterling et 4 schellings à l’acquittement du second…

Par conséquent, l’exportation extraordinaire de blé, occasionnée par la prime, non-seulement

resserre chaque année le marché et la consommation intérieure de tout ce dont elle étend le

marché et la consommation chez l’étranger, mais encore par les entraves à la population et à

l’industrie du pays, sa tendance, en dernier résultat, est de gêner et de comprimer l’extension

graduelle du marché intérieur, et par là de diminuer à la longue, bien loin de l’augmenter, la

consommation totale et le débit du blé. »( Note de l’Auteur.).

102. C’est aussi l’opinion de M. Say. Liv. III, chap. 8

103. Voyez le chapitre de la Rente

104. Édition anglaise.

105. M. Say pense que l’avantage des manufacturiers nationaux est plus que temporaire.

« Un gouvernement, dit-il; qui défend absolument l’introduction de certaines marchandises

étrangères, établit un monopole en faveur de ceuxqui produisent cette marchandise dans

l’intérieur; contre ceux qui la consomment ; c’est-à-dire que ceux de l’intérieur qui la

produisent, ayant le privilège exclusif de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux

naturel, et que les consommateurs de l’intérieur, ne pouvant l’acheter que d’eux, sont obligés

de la payer plus cher. » Lib. I, chap. 17.

Mais comment peuvent-ils maintenir constamment leurs produits au-dessus de leur prix

naturel, lorsque chacun de leurs concitoyens à la possibilité de se livrer au même genre

d’industrie ? Ils sont protégés contre la concurrence des étrangers, mais non contre celle des

nationaux. Le mal réel que ressent un pays par l’effet de ces monopoles, s’il est permis de leur

donner ce nom, vient, non dé ce qu’ils font hausser le prix courant de ces produits, mais bien

de ce qu’ils en font hausser le prix réel et naturel. En augmentant les frais de production, ils

sont cause qu’une portion de l’industrie du pays est employée d’une manière moins productive

(Note de l’Auteur.)

M. Ricardo me paraît avoir ici;raison contre moi. En effet, quand le gouvernement prohibe un

produit étranger, il ne saurait élever dans l’intérieur les bénéfices qu’on fait sur sa production

au-dessus du taux commun des profits; car alors les producteurs de l’intérieur, en se livrant à

ce genre de production, en ramèneraient bientôt, par leur concurrence, les profits au niveau de

tous les autres. Je dois donc, pour expliquer ma pensée, dire que je regarde le taux

naturel d’une marchandise, comme étant le prix le plus bas auquel on peut se la procurer par la

voie du commerce, ou par toute autre industrie. Si l’industrie commerciale peut la donner à

meilleur marché que les manufactures, et si le gouvernement force à la produire par les

manufactures, il force dès lors à préférer une manière plus dispendieuse. C’est un tort qu’il fait

à ceux qui la consomment, mais ce n’est pas au profit de ceux qui la produisent. C’est sous ce

point de vue que la critique de M. Ricardo est fondée ; mais la mesure que je combats n’en est

que plus mauvaise : elle augmente la difficulté naturelle qui s’oppose à la satisfaction de nos

besoins, et c’est sans profit pour personne. — J.-B. Say.

106. Il suffirait de la liberté du commerce pour protéger un pays comme la Grande Bretagne,

abondamment pourvu des différents produits de l’industrie humaine, des marchandises propres

à satisfaire les besoins de toute société, contre le retour de la disette. Les nations de la terre ne

sont pas fatalement condamnées à tirer constamment au sort celle qui, parmi toutes, devra

s’éteindre dans la famine. A prendre le globe dans son ensemble, les subsistances y abondent

toujours : et pour jouir à jamais d’un riche approvisionnement, nous n’avons qu’à renoncer à

nos prohibitions, à nos restrictions, et à cesser de lutter contre les vues bienfaisantes de la

Providence. (Article sur la législation et, le commerce des céréales Supplément a l’encyclopédie

britannique.)

107. Les passages suivants ne sont-ils pas en contradiction avec celui que je viens de citer ?

« Outre qu’en tous pays le commerce intérieur, quoique moins aperçu, parce qu’il est en toutes

sortes de mains, est le plus considérable, c’est aussi le plus avantageux. Les envois et les

retours de ce commerce sont nécessairement les produits du pays. » Traité d’Économie

politique, liv. I, chap. 9.

« Le gouvernement anglais n’a pas fait atttention que les ventes les plus profitables sont celles

qu’une nation se fait à elle-même, parce qu’elles ne peuvent avoir lieu qu’autant qu’il y a, par

cette nation, deux valeurs produites : la valeur qu’on vend et celle avec laquelle on

achète. » Ibid., liv. I, chap. 7.

Dans le xxvie chapitre de cet ouvrage, je me propose d’examiner la solidité de cette doctrine.

(Note de l’Auteur.)

108. Outre les gains qu'on peut faire par le moyen d'une utilité, et par suite d'une valeur

produite, on peut faire son profit des pertes d'un autre homme. Lorsque cet autre homme est

un compatriote,- la nation ne perd ni ne gagne par ce bénéfice porté d'une poche dans l'autre ;

lorsque eet autre homme est d'un autre pays, la nation dont le premier fait partie gagne ce que

l'autre nation perd.. Je né prétends pas justifier ce gain ; je me borne à établir le fait. — J.-B. Say

109. Or, c’est précisément ce que Smith n’admet pas, puisqu’il dit qu’il n’a vu si mauvais

pâturage d’Ecosse qui ne rapportât quelque revenu foncier à son propriétaire. — J.-B. Say.

110. Le motif qu’en donne Smith n’a rien qui répugne à ma raison. Partout où il peut croître

des denrées alimentaires, il peut naître des hommes pour les consommer. La demande, à coup

sûr, va chercher les produits de ce genre, tandis qu’elle ne va pas chercher des houilles ou des

bois de construction, lorsque la dépense qu’il faudrait faire pour les conduire au lieu de la

consommation en excéderait la valeur. Les démonstrations de Malthus, qui prouvent que la

population tend toujours à surpasser les moyens de subsistances, confirment, ce me semble, la

manière de voir de Smith. — J.-B. Say.

111. Qui songe à nier cela, puisque le fermage est le prix annuel du pouvoir productif de la

nature, toutes les fois que ce pouvoir est devenu une propriété ? S’il arrive même, dans certains

cas, que ce pouvoir ne soit pas payé, cela empêche-t-il qu’il le soit dans d’autres cas ? Cela

prouve-t-il que les produits du sol ne seraient pas moins chers si ce pouvoir productif n’était

payé dans aucun cas ? — J.-B. Say.

112. Nous avons fait voir dans une note précédente les transformations radicales subies,

depuis l’époque de Smith, par la législation des céréales en Angleterre. A. F.

113. C’est à bon droit qu’à ne considérer que les intérêts nationaux, Smith fait cas d’un gros

’revenu brut, c’est-à-dire d’une grande masse d’utilité produite. On ne devrait parler de revenu

net que lorsqu’il est question des intérêts d’un particulier par opposition à ceux d’un autre. Le

revenu net d’un particulier se compose de la valeur du produit auquel il a concouru, soit par

son industrie, soit par ses capitaux, soit par ses terres, moins ses déboursés. Mais comme tous

les déboursés qu’il a faits sont des portions de revenus qu’il a payées à d’autres, la totalité de

la valeur du produit a servi à payer des revenus. Le revenu total d’une nation se compose de

son produit brut; c’est-à-dire de la valeur brute de tous ses produits qui se distribue entre les

producteurs.

Cette valeur, après plusieurs échangés, se consommerait tout entière dans l’année qui l’a vu

naître, qu’elle n’en serait pas moins encore le revenu de la nation ; de même qu’un particulier

qui a 20,000 fr. de revenu annuel, n’a pas moins 20,000 fr. de revenu annuel, quoiqu’il le

mange tout entier chaque année. Son revenu ne se compose pas seulement de ses épargnes. —

J.-B. Say.

114. M. Say est de la même opinion qu’Adam Smith. « L’emploi le plus productif après celui-

là, dit-il, pour le pays en général, est celui des manufactures et du commerce intérieur, parce

qu’il met en activité une industrie dont les profits sont gagnés dans le pays, tandis que les

capitaux employés par le commerce extérieur font gagner l’industrie et les fonds de terre de

toutes les nations indis-tinctement.

L’emploi le moins favorable à la nation est celui des capitaux employés au commerce de

transport, de l’étranger à l’étranger. » Liv. II, chap.8, § 3. (Note de l’Auteur.)

115. Si j’osais me permettre de faire une critique générale de la doctrine de M. Ricardo et de

sa manière de traiter plusieurs questions d’économie politique, je dirais qu’il donne aux

principes qu’il croit justes une telle généralité qu’il en regarde les résultats comme infaillibles.

De ce principe, que la classe qui vit de salaires ne gagne que ce qui est rigoureusement

nécessaire pour se perpétuer et s’entretenir, il tire cette conséquence, qu’une industrie qui fait

travailler sept millions d’ouvriers n’est pas plus avantageuse qu’une industrie qui en fait

travailler cinq millions, se fondant sur ce que, dans l’un et l’autre cas, les ouvriers consommant

tout ce qu’ils gagnent, il ne reste pas plus du travail de sept millions que du travail de cinq

millions. Cela ressemble tout à fait à la doctrine des Économistes du dix-huitième siècle, qui

prétendaient que les manufactures ne servaient nullement à la richesse d’un État, parce que la

classe salariée consommant une valeur égale à celle qu’elle produisait, ne contribuait en rien, à

leur fameux produit net.

In universalibus latet dolus, a dit Bacon, avec ce bon sens exquis qui l’a fait nommer le Père de

la saine philosophie. Lorsqu’on descendra de ces généralités aux réalités qu’il faut toujours

prendre pour guides, on trouvera que sur sept millions d’ouvriers tous occupés, il y aura plus

d’épargnes faites que sur cinq millions. Ce n’est que dans la classe la plus grossière deasimptes

manouvriers que les gains se bornent à ce qui est rigoureusement nécessaire pour perpétuer

cette classe. Du moment qu’il y a un talent ajouté aux facultés du simple travailleur, il en

résulte une faculté un peu moins commune et moins offerte, circonstance qui ajoute à la valeur

du travail qui en résulte. Smith remarque qu’une intelligence remarquable, une probité

scrupuleuse dans cette classe, sont payées au delà du taux rigoureusement nécessaire pour

perpétuer la famille. Aussi voit-on un très-grand nombre de familles de simples salariés qui

font des économies, augmentent leur bien-être et leur mobilier, ce qui augmente la somme des

épargnes de la société.

Mais quand même il serait vrai que de sept millions d’ouvriers tous occupés il ne sortît pas plus

d’épargnes que de cinq millions, serait-ce une matière indifférente que de nourrir l’un ou

l’autre nombre ? Sous le rapport de la puissance nationale, la population, et une population

active et industrieuse, n’est-elle pas une puissance aussi ? Et si quelque Attila barbare, ou

même quelque Attila civilisé attaquait un pays populeux, ne serait-il pas plus facilement

repoussé que s’il ne rencontrait pour s’opposer à ses armées, que des capitalistes spéculateurs

occupés dans le fond de leur comptoir à balancer les prix-courants des principales places de

l’Europe et de l’Amérique ?

Sous le rapport du bonheur, on peut dire de même qu’il y a une plus grande masse de bonheur

dans une population de sept millions qui gagne et consomme ce qu’elle gagne, élève sa famille,

et jouit de l’exercice de ses facultés, que dans une population de cinq millions.

H semblerait que l’homme n’est au monde que pour épargner et accumuler ! Il y est

principalement pour consommer ce que la nature lui donne gratuitement et ce qu’il acquiert par

son industrie. Produire et consommer, voilà le propre de la vie humaine, voilà sa fin principale ;

c’est ce que font les nations qui ne s’élèvent ni ne déclinent. Si elles peuvent y joindre des

épargnes qui, en grossissant leurs capitaux, étendent leur industrie, c’est une circonstance

favorable sans doute, et vers laquelle elles doivent tendre autant qu’elles peuvent ; mais ce

n’est pas une condition essentielle de leur existence. — J.-B. Say.

116. « Il est heureux, dit M. Say, que la pente naturelle des choses entraîne les capitaux

préférablement, non là où ils feraient les plus gros profits, mais où leur action est le plus

profitable à la société. » Liv. II, chap. 8, § 3. M. Say ne nous a pas dit quels étaient ces emplois

qui, tout en étant les plus profitables pour les particuliers, ne le sont pas de même pour l’État.

Si des pays, ayant des capitaux bornés, mais des terres fertiles en abondance, ne se livrent pas

de bonne heure au commerce» étranger, c’est parce que ce commerce présente moins

d’avantages aux particuliers, et qu’il est par conséquent moins avantageux pour l’État. (Note de

l’Auteur).

Ce que M. Ricardo se plaint de ne pas trouver dans mon ouvrage, y est dans un passage que

lui-même a cité quatre pages plus haut. Les emplois de capitaux qui, tout en procurant un

profit au propriétaire du capital, mettent en valeur les facultés industrielles des gens du pays,

ou les facultés productives du sof, augmentent plus les revenus du pays que les emplois qui ne

procurent d’autre revenu que le simple profit du capital. Il y a même des emplois de capitaux

qui, malgré le profit qu’ils procurent au capitaliste, ne fournissent aucun revenu au pays. Les

bénéfices qu’on fait dans le jeu des effets publics, tout bénéfice qui ne saurait être un profit

pour l’un sans être une perte pour quelque autre, est profitable pour le particulier qui gagne,

sans l’être, pour le pays. —J.-B. Say.

117. « Les usages de l’or et de l’argent établissent donc en chaque lieu un certain besoin de

cette marchandise ; et lorsque le pays en possède la quantité nécessaire pour satisfaire à ce

besoin, ce qui s’introduit de plus, n’étant recherché de personne, forme des valeurs dormantes

qui sont à charge à leurs possesseurs. » — J.-B. Say, liv. I, chap, 17.

Dans une autre partie du même chapitre, M. Say dit que si, pour les communications intérieures

d’un pays, il fallait l’emploi de mille voitures, et qu’on en possédât quinze cents, tout ce qui

excéderait les mille serait inutile ; et de là il conclut que si un pays possédait plus que la

quantité nécessaire de monnaie, l’excédant resterait sans emploi. (Note de l’Auteur).

118. Cet exemple devrait suffire, ce semble, pour convaincre l’auteur que la base de toute

valeur est, non pas la quantité de travail nécessaire pour faire une marchandise, mais le besoin

qu’on en a, balancé par sa rareté. Le travail, ou en général les frais de production, sont une

difficulté à vaincre qui borne la quantité d’une marchandise qu’on peut apporter sur le marché,

et c’est en ce sens qu’ils sont un des éléments de la valeur des choses. Mais quand cette rareté

est volontaire, l’effet est le même- J.-B. Say.

119. Tout ce que je dis des monnaies d’or est également applicable à celles d’argent, et il

serait inutile de les désigner toutes les deux à tout propos. (Note de l’Auteur).

120. Cette vérité aurait pu être énoncée par dix auteurs judicieux, et néanmoins être

révoquée en doute par autant d’imbéciles, si ce qui est arrivé dans ces derniers temps aux

billets de la banque d’Angleterre n’était venu confirmer l’assertion, par un mémorable exemple.

Le gouvernement anglais ne pouvant, en 1797, rembourser à la Banque les avances que cette

compagnie lui avait faites, l’autorisa à faire une véritable banqueroute, qui dure encore, et à ne

pas payer ses billets payables à vue. Malgré ce manque de foi, et quoique la Banque n’ait point

de valeur réelle à offrir pour gage de ses billets (car les engagements du Trésor ne sont que des

promesses), nous avons vu récemment les billets de banque remonter au pair des espèces

monnayées, non, comme on affecte de le dire, à cause du crédit du gouvernement et de l’esprit

national des Anglais qui s’obstine à soutenir la valeur des billets (tout leur esprit national n’en

pourrait empêcher la dépréciation si la somme grossissait), mais tout simplement parce que les

besoins de la circulation exigent un agent de la circulation qui se monte à une certaine somme,

c’est-à-dire à une somme qui égale la valeur courante d’une certaine quantité d’or ou

d’argent ; or cette somme paraît avoir été peu excédée par les émissions de la banque

d’Angleterre et des banques de province. C’est une des belles expériences qui aient été faites

depuis le commencement de ce siècle en Économie politique, et il s’en prépare d’autres qui ne

seront pas moins important tes — J.-B, Say.

121. « Dans les marchés que le gouvernement conclut avec les particuliers, et dans ceux que

les particuliers concluent entre eux, une pièce de monnaie n’est reçue, quelque dénomination

qu’on lui donne, que pour sa valeur intrinsèque, accrue de la valeur que l’utilité de son

empreinte y ajoute. »— J.-B. Say, liv. I, chap. 21, §4.

« La monnaie d’argent est si peu un signe, que les pièces de monnaie perdent de leur valeur en

s’usant par le frottement ou par la friponnerie des rogneurs d’espèces; toutes les marchandises

augmentent nominalement de prix en pro-portion de l’altération éprouvée par elles; et si le

gouvernement fait une refonte équitable et rétablit dans chaque pièce la quantité de métal fin

qui s’y trou-vait dans l’origine, les marchandises reprennent le prix qu’elles avaient alors, sauf

les variations qui ont pu avoir lieu dans la valeur de ces marchandises, par des circonstances

qui leur sont particulières. ». — J.-B. Say, liv. I, chap. 21, § 6. (Note de l’Auteur.)

122. Toutes les lignes renfermées dans les guillemets sont extraites d’un pamphlet

intitulé : Projet d'une Circulation monétaire économique et sûre. Ce pamphlet a été publié par

moi, en 1810. (Note de l'Auteur.)

123. Le prix de 3 l.17 s., que nous avons indiqué ici, est, nécessairement, un prix arbitraire :

il y; aurait peut-être d'excellentes raisons pour le fixer un peu plus haut ou un peu plus bas. En

disant 3 1.17 s., j'ai seulement voulu éclaircir le principe. Le prix devrait être conçu de manière

à ce que le possesseur de l'or trouvât de l'avantage à le vendre à la Banque plutôt qu'à le faire

monnayer par l'administration.

La même observation s'applique à la quantité désignée de vingt onces. Il pourrait être tout aussi

convenable de la porter à dix- ou à quinze.

124. Nous ne saurions donner de ce curieux et grave épisode financier un historique plus

net et plus complet, que celui dont M. M. Culloch. a enrichi son édition d’Ad. Smith, et dont

nous puisons la traduction dans la belle édition française de M. Blanqui. On sent, que ce

morceau a été écrit sur la brèche, au spectacle des banques américaines qui s’écroulaient par

centaines, des banques provinciales qui chancelaient avant de tomber, et d’un système, de

crédit qui menaçait de couvrir de ruines le sol de l’Angleterre, déjà travaillé par la crise

industrielle, la disette et les soulèvements politiques. On pourra reconnaître, dans les lignes qui

vont suivre, combien les événements portent secours, aux saines théories, on y pourra voir les

mêmes principes, les mêmes vérités, écrites avec des catastrophes et des faillites par la main

du temps, et avec des mots et des phrases par les penseurs ; car la logique de l’esprit humain

n’est si grande que parce qu’elle pressent et devance la logiquedes faits : — « La crise la plus

importante dans l’histoire de la circulation du papier dé la Grande-Bretagne eut lieu en 1797.

En partie par suite des événements résultant de la guerre où nous étions alors engagés, des

prêts à l’empereur d’Allemagne, des traites faites sur le trésor par les agents anglais au dehors,

et, en partie^ et principalement peut-être, par suite des larges- avances accordées au

gouvernement par la banque d’Angleterre, le change devint onéreux en 1795, et, cette année,

ainsi que les années suivantes, il fut demandé à la banque des quantités énormes en espèces. Il

n’est pas douteux cependant que la dernière crise ne fût entièrement due à des causes

politiques. Des bruits d’invasion, et même de descentes qui auraient eu lieu sur fies côtes,

acquirent une certaine gravité pendant la fin de l’année 1796 et le commencement de 1797.

Cette alarme provoqua chez beaucoup de particuliers, mais surtout chez les petits fermiers et

les marchands en détail, un vif désir^de convertir là plus grande partie possible de leur fortune

en espèces. Une foule redoutable se précipita sur la plupart des banques de province ; et la

banqueroute de quelques-uns de ces établissements à Newcastle, ainsi qu’en d’autres parties

du royaume, imprima une force nouvelle à la première paniquera banque d’Angleterre fut

assaillie de tous les points du territoire par des demandes d’argent, et le fonds d’espèces et de

lingots renfermés dans ses coffres, qui s’était élevé en mars 1795 à 7,940,000 livres, se

trouvait réduit, le samedi 25 février 1797, à 1,272,000 livres, avec la perspective d’une violente

irruption pour le lundi suivant. Dans cette douloureuse circonstance, le conseil privé se réunit

et décida que les paiements en espèces seraient suspendus à la banque jusqu’à ce que le

Parlement eût pu statuer. A cet effet, un Ordre du conseil fut promulgué le dimanche 26 février

1797.

« Aussitôt que commença la-suspension, les principaux négociants, banquiers et armateurs de

Londres signèrent la résolution expresse d’accepter les billets de la banque d’Angleterre, et se

portèrent caution des efforts qu’ils tenteraient pour les faire accepter des autres. Cette

résolution prise conformément à l’état officiel des affaires de la banque qui fut rendu public, et

jointe à l’emploi de ses billets dans les paiements publics, prévint toute interruption dans leur

circulation ; et, grâce à la modération qui présida aux émissions, ils continuèrent pendant trois

ans à être parfaitement équivalents à l’or.

« La première baisse dans la valeur des billets de banque comparés à l’or commença vers la fin

de 1800. Les faibles récoltes de-cette année amenèrent une exportation considérable de

métaux précieux ; mais au lieu de diminuer leurs émissions, comme le leur ordonnaient les

vrais principes, et comme ils eussent été obligés de le faire dans le cas où on leur eût imposé

l’obligation de payer en argent, les directeurs ajoutèrent encore à la quantité de leurs billets

existants, et la conséquence immédiate fut que ceux-ci subirent une dépréciation de 8 pour

100 comparés avec l’or. Mais bientôt après ils reprirent leur valeur ; et de 1803 à 1808

inclusivement, ils n’offraient plus qu’un escompte de 2 livres 13 scb. 3 deniers pour 100. En

1809 et 1810 cependant, les directeurs parurent avoir méprisé tous les principes qui avaient

jusque là gouverné leurs émissions. La quantité moyenne debank-notes en circulation, qui

n’avait jamais dépassé 17 millions l/2, ni été au-dessous de 16 millions 1/2 dans aucune des

années de 1802 à 1808 inclusivement, s’éleva en 1.809 à 18,927,833 livres,et en 1810 à

22,541,523 livres. Les émissions des banques de province s’accrurent dans un rapport encore

plus grand, et comme il ne se manifesta pas qui développement relatif dans les affaires du

pays, l’escompte sur les bank-notes s’éleva, de 2 lïv. 13 sch. 2 deniers vers le commencement

de 1809, à 13 livres 9 schellings 6 deniers en 1810. Cette chute extraordinaire dans la valeur

du papier comparée à celle de l’or, jointe comme elle le fut à une baisse égale dans le change,

excita au plus haut point l’attention, et en février 1810, un comité de la Chambre des

communes fut désigné pour rechercher les causes du haut prix des lingots d’or, et de l’état du

change. Le comité consulta plusieurs négociants et banquiers, et sou rapport, principalement

rédigé par, M. Francis Horner, renferme une habile réfutation des chiffres et des doctrines

posés par ceux qui soutenaient que la baisse du change et le haut prix des lingots devaient être

entièrement attribués à nos dépenses au dehors et à l’état spécial de nos.relations avec les

autres puissances, et ne tenaient nullement aux quantités additionnelles de papier qui,étaient

venues grossir la circulation. Mais la Chambré des communes refusa de sanctionner le projet

par lequel le comité invitait la banque à reprendre ses paiements en espèces au bout de deux

ans. Aussi, en mai 1811, époque à laquelle les guinées emportaient couramment une prime, et

où les bank-notes éprouvaient un escompte avoué de plus de 10 pour 100 comparés aux

lingots d’or, la Chambre des communes adopta, à une grande majorité, la résolution proposée

par M. Vansittart (actuellement lord Bexley), déclarant que les engagements de la banque

d’Angleterre avaient été jusqu’alors, et étaient encore en ce moment considérés dans l’opinion

publique comme équivalents à la monnaie légale du royaume.

« Cette résolution, tellement extraordinaire qu’elle était contraire au simple bon sens, dégagea

les directeurs de la banque de toute crainte relativement à l’intervention du Parlement, et les

encouragea à accroître le nombre de leurs billets en circulation. Les émissions des banques

provinciales s’augmentèrent encore plus rapidement que celles de la banque d’Angleterre. La

facilité d’être admis à l’escompte fut telle, que des individus qui pouvaient à.peine payer le

timbre de leurs billets réussirent très-fréquemment à obtenir de vastes capitaux ; et comme ils

ne risquaient rien personnellement,’ils se livrèrent audacieusement aux spéculations les plus

hasardées. M. Wakefield, dont la position lui offrit tant d’occasions de recueillir des

renseignements exacts, informa le comité d’agriculture, en 1821, que « jusqu’à l’année 1813, il

existait des banques sur presque tous les points du territoire, qui forçaient l’entrée de leur

papier dans la circulation au prix d’énormes dépenses pour elles-mêmes, et, en beaucoup de

cas, aux prix de leur ruine. » Et parmi les diverses réponses qui furent adressées aux enquêtes

du conseil d’agriculture en 1816 par les citoyens les plus intelligents des différents districts du

pays, il en est à peine une dans laquelle l’émission exagérée des billets de banque ne soit pas

particulièrement désignée comme l’une des causes prédominantes de la hausse, sans

antécédent encore, qui avait atteint les rentes et les prix.

« Le prix du blé s’était élevé à un chiffre extraordinaire pendant les cinq années qui finirent en

1813. Mais partie en raison de la brillante récolte de cette année, partie, et principalement

peut-être par suite de l’ouverture des ports hollandaiset du renouvellement des relations avec

le continent, les prix .fléchirent considérablement vers la fin de l’année 1813 et le

commencement de 1814. Et cette baisse ayant produit un manque de confiance, et répandu

l’alarmé parmi les banques de province et leurs clients, détermina une destruction de papier de

province qui n’a pu être égalée que par celle de 1825. En 1814, 1815 et 1816, on ne vit pas

moins de 240 banques suspendre leurs paiements ; 89 accusations de banqueroute furent

lancées contre ces établissements, et cela dans le rapport d’une accusation contre 10 1/2

banques de province existant en 1813. Les faillites qui s’ouvrirent alors furent les plus

désastreuses, car elles atteignaient principalement les classes ouvrières, et dévoraient ainsi en

un moment les fruits d’une longue vie de travail et d’économie. Des milliers d’individus, qui

avaient en 1812 rêvé l’aisance, se trouvèrent dépourvus de toute véritable propriété, et

plongés, comme par enchantement, sans qu’il y eût faute de leur part, dans l’abîme de la

pauvreté.

« La destruction du papier des banques de province en 1814,1815 et 1816, en réduisant la

masse totale mise en circulation, éleva sa valeur, en 1816, à une presque égalité avec l’or. Et

cette hausse ayant matériellement facilité un retour aux paiements en espèces, on commença à

être généralement convaincu de l’opportunité qu’il y aurait à rapporter le décret sur les

paiements en argent de la banque d’Angleterre. Ceci fut effectué en 1819 par l’acte 59 de

Georges III, chap. 78, communément appelé bill de Peel, parce qu’il avait été proposé et obtenu

à la Chambre des communes par sir Robert Peel.

« On sera justement étonné que, malgré la leçons sévères des banqueroutes de 1793, 1814,

1815 et 1816, occasionnées d’une manière si funeste par le système des banques de province,

il ne fut fait aucun pas en 1819, même après la reprise des paiements en espèces pour

reconstituer ce système et le fonder sur des bases plus solides. Les nations sont des écoliers

lents et rétifs, et il semble qu’une expérience complémentaire était nécessaire pour convaincre

le parlement et le peuple d’Angleterre qu’il existait quelque chose de défectueux dans

un système qui, dans deux circonstances antérieures, avait inondé le pays de banqueroutes, et

qui décernait à tout individu, même pauvre ou sans principes, mais qui se sent porté à être

banquier, le droit d’émettre des billets qui serviront comme monnaie dans les transactions

habituelles de la société. La crise qui survint en 1825 et 1826 fut le résultat naturel de cet état

de choses, et eût pu être prévue par tout individu instruit des principes sur lesquels doivent se

baser les opérations des banques, ou de l’histoire précédente de ces banques dans le pays.

« Ces événements persuadèrent enfin le Parlement et le public de ce dont ils eussent dû être

convaincus longtemps avant, c’est-à-dire que le système des banques privées en Angleterre et

dans les Galles était au plus haut degré faible et vicieux, et qu’il était impérieusement

nécessaire de le réformer et le fortifier. Dans ce dessein, l’acte de 1708, limitant le nombre des

associés d’une banque à six, fut.rapporté avec le consentement de la banque d’Angleterre.

Permission fut accordée d’établir des joint-stock banks, banques à fonds réunis ou par actions,

composées d’un nombre illimité d’actionnaires , pour l’émission de billets payables, sur lous les

points du territoire, mais au delà d’un rayon de soixante-cinq milles seulement, autour de

Londres. On autorisa en même temps l’institution, à Londres, de joint-stock banks pour les

dépôts ou banques destinées à prendre soin de l’argent de leurs commettants. Après les

restrictions imposées aux paiements en espèces, en 1797, la Banque d’Angleterre commença à

émettre, pour la première fois, des billets d’une livre, opération dans laquelle elle fut imitée par

la plupart des banques de province. La première retira ses billets d’une livre peu après la

reprise des paiements en espèces, en 1821 ; mais les billets similaires des banques de province

continuèrent à circuler, et formèrent un des principaux canaux par lesquels elles faisaient

pénétrer leur papier dans la circulation. Eh 1826, cependant, l’émission des billets d’une livre

fut définitivement prohibée après une certaine époque spécifiée en Angleterre et dans les

Galles ; et, depuis 1829, il ne fut plus permis de créer des billets de moins de cinq livres.

« La dernière de ces mesures réparatrices, c’est-à-dire la suppression de billets d’une livre, a

indubitablement fermé une des voies les plus aisées et les plus sûres dont se servaient les

classes inférieures des banques de province pour écouler leur papier, et elle a été sous ce

rapport très-avantageuse. Mais un grand nombre d’autres routes leur demeurent ouvertes ; et

l’exemple de 1792-93, alors qu’il n’existait point de billets au-dessous de cinq livres en

circulation, démontre victorieusement que la suppression des billets d’une livre n’offre aucune

sécurité contre les sur-émissions, les paniques, contre rien enfin, sinon contre une

banqueroute universelle.

» Ce fut cependant de la seconde mesure, celle autorisant l’établissement des joint-stock

banks, qu’on attendait les plus grands avantages. Peut-être serait-ce une exagération que

d’affirmer que ces espérances ont été complètement déçues ; mais, si quelques attentes ont été

réalisées, elles sont bien peu importantes. Il aurait été, en effet, facile de prédire, à l’origine de

cette institution, comme cela eut lieu, du reste, que le seul établissement des joint-stock

banks ne fournirait aucun remède contre les maux primitivement inhérents à notre système

financier. Une banque avec sept, soixante-dix ou sept cents associés peut n’être pas appelée à

plus de crédit qu’une autre banque avec cinq ou six, et peut-être même à moins. La fortune des

associés d’une banque privée peut excéder celle des associés d’une vaste banque par actions ;

et il est probable que les opérations de la plus petite banque étant conduites par les intéressés

eux-mêmes, le seront plus prudemment et plus économiquement que celles d’une grande

banque, qui doivent nécessairement être confiées à des agents sur lesquels ne plane qu’un

contrôle inefficace. On ne peut concevoir de plus grande erreur que celle qui décide que parce

qu’une banque a un plus grand nombre d’associés, elle est plus digne de là confiance publique.

Celle-ci devant dépendre de leur richesse et de leur intelligence, mais non de leur nombre : ce

serait substituer la masse au mérite. La richesse seule ne peut suffire à mettre en rapport les

émissions de papier avec les besoins. Les joint-stock banksdemeurent aussi loin, et, si cela est

possible, plus loin même de ce critérium que les banques privées. C’est, en effet, la plus

grossière des erreurs et des illusions, que de supposer qu’il est possible de faire disparaître les

fluctuations dans la masse et la valeur de la monnaie, par cela seul qu’elle sera fournie par

différents agents. Tant qu’un individu ou une réunion d’individus, quelque tarés qu’ils puissent

être, jouiront du privilége royal d’émettre du papier sans autorisation ni obstacles, on verra ce

papier s’accroître démesurément aux époques de confiance, et disparaître aussitôt que les prix

et la confiance s’ébranleront. Si l’on désire que le pays soit à jamais dévoré par une fièvre

intermittente, et livré tantôt aux accès de sur-excitation, tantôt à un état d’atonie qui en est la

suite inévitable, il n’est pas de meilleur moyen à employer que notre système financier actuel.

Mais nous pensons que le lecteur se joindra à nous, dans la pensée qu’une fièvre de cette

nature est aussi fatale au corps politique qu’au corps physique; et que si l’on n’opère une cure

radicale, elle paralysera et détruira le malade. Mac Culloch.

125. Si cette proposition faite au gouvernement anglais de se mettre à la place de la banque

de Londres et de celle des piovinces, et de fournir, au lieu d’elles, le papier qui sert d’agent de

la circulation, était adoptée, l’Angleterre acquitterait d’un coup pour un milliard et demi de

francs de sa dette, et se libérerait d’un intérêt annuel de soixante-quinze millions de francs

environ. Mais qu’est-ce que soixante-quinze millions d’intérêt lorsqu’on est obligé d’en payer

annuellement pour environ un milliard (compris l’intérêt des bons du trésor) ?

D’ailleurs, tant que les dépenses du gouvernement ne seront contrôlées, comme à présent, que

par une chambre de la majorité de laquelle les ministres disposent, on peut s’attendre

qu’aucune économie ne tournera au profit de l’État. Soixante-quinze millions épargnés sur

l’intérêt de la dette ne sont, pour le gouvernement, qu’un moyen de dépenser soixante-quinze

millions de plus en intrigues dans les cabinets de l’Europe, en folles guerres décorées de beaux

motifs, en grâces et en moyens d’influence pour maintenir la prépondérance de l’intérêt

privilégié aux dépens du public. Il n’y a d’économie profitable pour les nations que lorsqu’une

représentation forte et indépendante tient véritablement les cordons de la bourse, et ne l’ouvre

que pour payer un petit nombre de fonctionnaires absolument indispensables pour maintenir

l’ordre public. Jusque là il ne peut y avoir que des rapines légalisées. — J.-B. Say

126. Toute cette longue explication se réduit à ceci : les échanges qui se font dans un pays

exigent différentes coupures de monnaie, c’est-à-dire des pièces de petite valeur, soil pour les

petits paiements, soit pour les appoints des gros. Tant que les petites pièces ne sont qu’en

quantité suffisante pour ce genre de circulation, le besoin qu’on en a soutient leur valeur

courante au niveau de leur valeur légale, quelque dégradées qu’elles soient par le frai. Ainsi

quand les paiements se faisaient en or en Angleterre, on trouvait facilement une guinée pour 21

shillings en argent, quoique les shillings eussent perdu plus du quart de leur valeur intrinsèque.

Leur valeur se soutenait par la même raison qui soutient celle de tout billet de confiance : parce

qu’on trouve partout à les échanger à bureau ouvert. C’est en ce sens que Smith a dit que la

valeur de la bonne monnaie soutient celle de la mauvaise.

Mais si l’on mettait dans la circulation plus de cette monnaie dégradée que les besoins du

commerce n’en exigent, alors on ne trouverait plus aussi facilement des personnes disposées à

la rembourser à bureau ouvert, c’est-à-dire à vous donner en échange une bonne pièce. Il

faudrait vendre cette monnaie dégradée avec perte ; c’est ce qui était arrivé en France lorsqu’on

avait laissé se multiplier les coupures de billon au-delà de ce qu’il en fallait aux appoints. Les

porteurs de cette monnaie de billon étaient obligés d’y perdre pour la changer en argent, et il

fallut une loi pour borner à 1/40 de la somme totale la quantité de billon qu’on pouvait donner

en paiement. Cette loi dégradait la monnaie tout entière comme aurait pu faire un alliage.— J.-

B. Say.

127. M. Say serait d’avis que l’Hôtel des Monnaies se fit payer un droit de monnayage qui

varierait selon la quantité de lingots qu’il aurait à frapper.

« Le gouvernement ne frapperait les lingots des particuliers qu’autant qu’on lui paierait les frais

et même le bénéfice de la fabrication. Ce bénéfice pourrait être porté assez haut en vertu du

privilège exclusif de fabriquer ; mais il devrait va-rier suivant les circonstances où se

trouveraient les Hôtels des Monnaies et les besoins de la circulation. » — J.-B. Say, liv. I, chap.

21. Une telle dispositio aurait un effet très-dangereux, et exposerait le pays à une variation

considérable et inutile dans la valeur intrinsèque des monnaies. (Note de l’Auteur.)

Je n’ai rien à dire au sujet du danger que M. Ricardo trouve à ma proposition, si ce n’est que je

suis assez porté à être de son avis. Mais si l’art d’organiser la société n’était pas encore dans

l’enfance, si l’on avait trouvé des moyens pour que les intérêts de ceux qui sont gouvernés ne

fussent pas toujours subordonnés aux intérêts de ceux qui gouvernent, on aurait lieu de

regretter qu’une manufacture aussi lucrative (sans rien coûter au consommateur) que pourrait

l’être celle de battre monnaie, non-seulement ne donne aucun bénéfice à l’État, mais lui soit au

contraire fort onéreuse. Au surplus, je ne veux point indiquer les moyens de rendre cette

manufacture profitable, jusqu’à ce qu’il me soit démontré que ces bénéfices tourneront au

profit de la nation, en lui procurant un allégement équivalent dans l’impôt. — J.-B. Say.

128. M. Ricardo oublie la raison que Smith en donne. La tendance qu’a la population à

s’accroître au niveau des moyens de subsistances, multiplie l’espèce humaine partout où la

production dû blé augmente, et le travail humain, qui se multiplie en même temps, fournit le

moyen de payer le blé. Il n’en est pas de même du drap. On aurait beau multiplier les habits,

cela ne ferait pas naître un homme de plus pour les porter, tandis que Te blé fait naître ses

consommateurs. De là, pour cette denrée, une demande toujours à peu près proportionnée à la

quantité offerte. Je dis à peu près, car il n’y a rien de rigoureux en Économie politique, — les

besoins, les goûts, les passions, les craintes, et les préjugés des hommes, exerçant une

influence sur toutes les appréciations, et n’étant point eux-mêmes des quantités

rigoureusement appréciables. —J.-B. Say.

129. « Si, avec la quantité d’or et d’argent qui existe, actuellement, ces métaux ne servaient

qu’à là fabrication de quelques ustensiles et de quelques ornements, ils abonderaient, et

seraient à bien meilleur marché qu’ils ne sont, c’est-à-dire qu’en les échangeant contre toute

espèce de denrées, il faudrait, dans ce troc, en donner davantage à proportion. Mais comme

une grande partie de ces métaux sert de monnaie et que cette partie ne sert pas à autre chose,

il en reste moins à employer en neubles et en bijoux ; or, cette rareté ajoute à leur valeur.» —

J.-B. Say, liv. I, chap. 21, §3. (Note de l’Auteur.)

130. Lorsque divers auteurs qui suivent les mêmes méthodes d’investigation, et qui ont fait

preuve de jugement en plusieurs occasions, diffèrent complètement d’avis sur un principe, leur

dissentiment ne peut venir que faute de s’entendre. Essayons si l’on peut, dans ce cas-ci, de

présenter la question sous un jour nouveau qui rallie toutes les opinions.

La plupart des Économistes politiques établissent que la valeur ou le prix d’une chose s’élève

du s’abaisse en raison directe de la demande qui en est faite, et en raison inverse de l’offre. M.

Ricardo affirme que l’offre et la demande n’y font rien ; que le prix baisse par la concurrence

des producteurs jusqu’au niveau des frais de production, et s’arrête là.

Mais que fait-on, dans la réalité, lorsqu’on demande à échanger une marchandise contre une

autre ; lorsque, par exemple, un homme offre en vente dix-huit livres de froment qui valent 3

francs, pour acheter avec cet argent une livre de café, qui vaut également 3 francs ? Il offre les

services productifs* (ou leur prix, c’est-à-dire les frais de production) qui ont servi à payer les

services productifs dont la livre de café est le résultat.

Les services productifs de la livre de café, ou leur prix et la livre de café, ne sont pas lès deux

membres de l’équation : ce sont une seule et même chose. Et quand M. Ricardo dit qu’un

produit vaut toujours ce que valent ses frais de production, il dit vrai; mais la question reste a

résoudre : Qu’est-ce que valent ces frais de production ? quel prix met-on aux services

capables de produire un produit appelé une livre de café ?

Je réponds qu’on y met d’autant plus de prix, et qu’on est disposé à les payer d’une quantité

d’autant plus grande de tout autre service productif, que les services propres à produire du café

sont plus rares et plus demandés, et c’est dans ce sens qu’il faut entendre la demande et

l’offre, le besoin et l’approvisionnement, le principe si connu des Anglais sous les noms

de want and supply.

La quantité de travail, de capitaux et de terrain nécessaires pour accomplir un produit,

constitue la difficulté de sa production, sa rareté. Un produit qui ne peut être le fruit que de

beaucoup de services productifs est plus rare que celui qui peut être le fruit de peu de

services ; en d’autres termes , un produit est d’autant plus abondant, que la même quantité de

services productifs en fournit davantage. De là une plus grande quantité offerte, un prix plus

bas. Lorsque, au contraire, la quantité de services nécessaires augmente, le prix s’élève. Au lieu

de demander pour une livre de café dix-huit livres de blé (ou les services productifs qui ont

servi à faire dix-huit livres de blé), on demandera peut-être vingt livres, vingt-cinq livres,

trente livres, jusqu’à ce qu’il ne se trouve plus un seul acheteur dis-posé à payer le café, et

alors il ne s’en produit pas. C’est le cas de mille produits qui ont ruiné leurs producteurs, parce

qu’ils ne valaient pas leurs frais de production.

Une plus grande puissance de produire équivaut à une plus grande quantité de services

productifs versés dans la circulation. Si quelque grand perfectionnement en agriculture me

permet d’obtenir trente-six livres de blé là où je n’en obtenais que dix-huit, c’est comme si je

doublais l’offre de mes services propres à faire du blé. Ils baisseront de moitié, et l’on pourra

obtenir alors dix-huit livres de blé pour une demi-livre de café seulement. Les services

productifs propres à faire dix-huit livres de blé vaudront autant que les services productifs

propres à faire une demi-livre de café**.

Dans le système de M. Ricardo, qui professe dans tout le cours de ce livre que la quantité de

travail nécessaire pour faire un produit est le seul élément de son prix, et qui ne tient nul

compte de ce que peut avoir coûté le concours du capital et du fonds de terre, voici comme

j’exprimerais le même principe : on met d’autant plus de prix au travail nécessaire pour faire

une chose, c’est-à-dire on est disposé à le payer d’une quantité d’autant plus grande de travail

propre à faire toute autre chose, que le premier est moins offert et plus demandé, et vice versa.

-J.-B.Say.

131. La demande de bras dépend de l’accroissement du capital circulant et non du capital

fixe. S’il était vrai d’ailleurs que la proportion entre ces deux genres de capitaux fût la même en

tout temps et dans tous les pays, il s’ensuivrait naturellement que le nombre des ouvriers serait

proportionné à la richesse du pays.Mais une telle proposition n’est pas soutenable. A mesure

que les arts viennent épurer le goût des nations, que la civilisation s’étend, le capital fixe prend,

relativement au capital circulant, des proportions de plus en plus vastes. La somme de capital

fixe consacrée à la fabrication d’une pièce de mousseline anglaise est cent fois, probablement

même mille fois, plus grande que celle qui, dans l’Inde, sert à fabriquer la même étoffe ; et,

d’un autre côté, la somme de capital circulant est cent fois ou mille fois moindre. Il est facile de

concevoir que dans de certaines circonstances la totalité des épargnes annuelles d’un peuple

industriel peut être ajoutée au capital fixe, ce qui n’aurait aucun effet sur la quantité de travail à

distribuer. Barton. Sur la situation des classes ouvrières, page 16.

Il n’est pas facile de concevoir comment un accroissement de capital peut ne pas accroître la

demande de travail : le plus qu’on peut dire, c’est que la demande va en proportion

décroissante. M. Barton, dans l’ouvrage cité plus haut, me semble avoir, d’ailleurs, assez bien

compris les effets produits par l’augmentation des capitaux engagés sur les classes

laborieuses. Son Essai renferme à cet égard des vues utiles. (Note de l'Auteur.)

132. An inquiry into the nature and progress of Rent, page. 15.

133. Voyez le chapitre des Profits, où j'ai essayé de démontrer que, quelque facilité ou

difficulté qu'on puisse rencontrer dans la production du blé, les salaires et les profits

conservent la même valeur. Quand les salaires haussent, c'est toujours aux dépens des profits,

et quand ils baissent les profits s'en augmentent. (Note de l'Auteur.)

134. De quelles augmentations de quantité M. Malthus veut-il parler ? Qui la produira ? Qui

peut avoir des motifs pour la produire avant qu’il existe au préalable une demande pour cette

quantité additionnelle ?(Note de l'Auteur.)

135. Voyez Inquiry etc. « Dans tous les pays dont la prospérité est progressive, le prix

moyen du blé n’est jamais plus haut qu’il ne faut pour maintenir le taux moyen de

l’augmentation de production. » Observations, pag. 21.

« Toutes les fois qu’on consacre de nouveaux capitaux à la culture de la terre, pour en retirer

des produits suffisants pour une population croissante, soit qu’on emploie ce capital à

défricher de nouveaux terrains, ou à bonifier des terres déjà en culture ; le point principal qu’on

a en vue, ce sont les retours que l’on attend de ce capital ; c’est pourquoi l’on ne saurait

retrancher la moindre portion des profits bruts sans affaiblir les motifs qui peuvent déterminer

les capitalistes à employer leurs fonds de cette manière. Toute diminution des prix qui n’est

pas en totalité et à l’instant même contre-balancée par une baisse proportionnée dans les

dépenses nécessaires d’une ferme, tout impôt foncier, tout impôt sur le capital du fermier, tout

impôt sur les denrées de première nécessité pour le fermier, doivent entrer en comptes ; et si,

tous ces déboursés calculés, le prix du produit ne laisse pas une rétribution suffisante pour le

capital employé, d’après le taux général des profits, et une rente au moins égale à la rente que

payait la terre dans son état antérieur, il ne peut y avoir de motifs suffisants pour qu’on

entreprenne les améliorations projetées. » Observations, pag. 22. (Note de l’Auteur.)

136. Il est inutile de le répéter sans cesse, mais il faut toujours faire attention que le même

effet, aura, lieu, non-seulement par l’emploi de différentes portions de capital, mais encore en

employant sur les terres déjà cultivées des portions différentes de capital avec des résultats

différents, le fermage étant la différence du produit obtenu moyennant un capital et un travail

pareils sur une même ou sur différentes qualités de terrains. (Note de l’Auteur.)

137. Voyez Observations, etc., page 4.

138. En montrant ce passage à M. Malthus, au moment où ces feuilles allaient être livrées à

l'impression, il observa que « dans ces deux passages, il avait, par » inadvertance, employé

l'expression prix réel au lieu de frais de production. » D'après ce que j'ai déjà dit, l'on verra, que

je pense, au contraire, que dans ces deux cas il a employé l'expression de prix réel dans son

acception vraie et exacte, et que ce n'est que dans le passage cité plus haut que cette

expression est inexacte. (Note de l'Auteur.)

139. P.40

140. Les ouvrages manufacturés ne pourraient pas même baisser dans cette proportion, car,

dans le cas supposé, il y aurait une nouvelle distribution des métaux précieux dans chaque

pays. Ceux de nos produits qui seraient à bon marché seraient exportés pour être échangés

contre du blé et de l’or, jusqu’à ce que l’accumulation de l’or le fit baisser de valeur, et fit

hausser en même temps le prix en argent des denrées. (Note de l’Auteur.)

141. Voy. Grounds of an Opinion, etc., page 36.

142. M. Malthus, dans un autre endroit de son ouvrage, suppose que les denrées varient de

25 ou de 20 pour cent, pendant que le blé varié de 33 1/ 3 pour cent. (Note de l’Auteur.)

143. Dans le chapitre xxvi, j’ai observé que les ressources réelles d’un pays et ses facultés

pour payer des impôts, dépendent de son revenu net, et non de son revenu brut.(Note de

l’Auteur.)

Voyez ma note du chapitre 26, où je crois avoir prouvé précisément le contraire.— J.-B. Say.

144. M. Mac Culloch, dans un écrit plein de mérite, a fortement soutenu qu'il était juste de

rendre les dividendes de la dette nationale conformes à la valeur réduite du blé. Il est partisan

de la liberté du commerce des grains, mais il pense qu'elle devrait être accompagnée d'une

réduction de l'intérêt payé au créancier de l'État*.(Note de l'Auteur.)

145. Or, voilà précisément la questions à résoudre relativement aux avantages relatifs que

l’on trouve à importer ou à faire croître du blé. On n’importera jamais de blé jusqu’à ce que la

quantité obtenue au dehors par l’emploi d’un certain capital, excède la quantité que ce même

capital créerait dans le pays, et excède non-seulement la portion qui appartient au fermier,

mais encore celle qui va au propriétaire à titre de rente.

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