Notes sur l’impôt - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur l’impôt - 1° partie, Notes de Management

PDF (74.1 KB)
9 pages
352Numéro de visites
Description
Notes de gestion sur l’impôt - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: définition et objection, Des impôts sur les produits naturels,
20points
Points de téléchargement necessaire pour télécharger
ce document
Télécharger le document
Aperçu3 pages / 9
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document

L’impôt est cette portion du produit de la terre et de l’industrie d’un pays, qu’on met à la

disposition du gouvernement. En définitive, cette portion est toujours payée par le capital ou le

revenu de la nation.

Nous avons déjà montré comment le capital national était fixe ou circulant selon que la nature

en est plus ou moins durable. Il est difficile d’établir strictement la limite qui distingue le capital

fixe d’avec le capital circulant, car le degré de durée d’un capital peut varier presque à l’infini.

En effet, la nourriture est consommée et reproduite dans un pays au moins une fois par an ; les

vêtements de l’ouvrier ne sont probablement consommés et reproduits que tous les deux ans ;

tandis que sa maison et ses meubles peuvent durer dix ou vingt ans.

Quand les productions annuelles d’un pays surpassent les consommations annuelles, on dit

que le capital augmente ; et quand la consommation annuelle n’est pas tout au moins rempla-

cée par la production annuelle, on dit que le capital national diminue. L’augmentation de capital

peut donc être due à un accroissement de production ou à une diminution de consommation.

Lorsque la consommation du gouvernement, augmentée par la levée de nouveaux impôts, est

suivie, soit d’une augmentation de production, soit d’une consommation moins forte de la part

de la nation, l’impôt ne frappe que le revenu, et le capital national reste intact ; mais s’il n’y a ni

augmentation de production ni diminution de consommation dans la nation, l’impôt atteint

nécessairement le capital.

À mesure que le capital d’un pays diminue, ses productions diminuent parallèlement, et, par

conséquent, si le gouvernement et la nation continuent à faire les mêmes dépenses pendant

que la reproduction annuelle décroît, les ressources du peuple et de l’État déclineront avec une

rapidité toujours croissante, et la misère, la ruine en seront les suites inévitables.

Malgré l’énorme dépense que le gouvernement anglais a faite pendant les vingt dernières

années, il paraît certain que cette déperdition de richesse a été plus que compensée par l’aug-

mentation de la production nationale. Non-seulement le capital national est resté intact, mais

encore il s’est accru de beaucoup, et le revenu annuel du peuple, même après avoir payé les

impôts, est peut-être plus considérable actuellement qu’il ne l’a jamais été à aucune époque

antérieure de notre histoire.

Pour preuve de cela, nous pourrions citer l’accroissement de la population, l’extension de

l’agriculture, l’augmentation de la marine marchande et des manufactures, la construction de

nos docks, l’ouverture de nouveaux canaux, ainsi qu’une grande quantité d’autres entreprises

dispendieuses, qui prouvent toutes l’augmentation du capital national et de la production

annuelle.

Et cependant, il faut reconnaître que sans les prélèvements de l’impôt cet accroissement de

richesse eût été bien plus rapide. Il est peu de taxes qui n’aient une tendance à diminuer la

puissance d’accumulation inhérente aux capitaux. Tout impôt doit nécessairement atteindre le

capital ou le revenu. S’il frappe le capital, il diminue proportionnellement le fonds dont l’impor-

tance règle le développement que peut recevoir l’industrie d’un pays. S’il atteint le revenu il

affaiblit l’accumulation ou force les contribuables à combler, par l’épargne, le vide que fait

l’État dans leurs ressources ; et la consommation improductive des objets de luxe, d’agrément

ou même de première nécessité diminuera dans le pays. Certaines taxes, plus que d’autres,

sont de nature à produire cet effet ; mais les maux qui résultent d’impôts exagérés, se révèlent

moins par tels ou tels désordres partiels que par l’influence qu’ils exercent sur l’ensemble de la

fortune publique.

L’impôt n’atteint pas nécessairement le capital, par cela seul qu’il est assis sur les capitaux, ni

ne porte sur le revenu parce qu’il est assis sur le revenu. Si l’on me fait payer 100 liv. sur un

revenu annuel de 1,000 liv., ce sera en effet un impôt sur le revenu si je consens à ne dépenser

que les 900 liv. qui me restent ; mais ce sera un impôt sur le capital si je continue à dépenser

1,000 liv.

Le capital, duquel je retire ce revenu de 1,000 liv., peut valoir 10,000 liv. Un impôt de 1 pour

cent sur ce capital rapporterait 100 liv. ; mais mon capital ne serait pas entamé si, après avoir

payé cet impôt, je me contentais de ne dépenser que 900 liv.

Le désir que tout homme a de maintenir son rang dans le monde, et de conserver intacte sa

fortune, fait que la plupart des impôts sont payés par le revenu, qu’ils se trouvent, d’ailleurs,

assis sur les capitaux ou sur les revenus. Par conséquent, à mesure que les impôts augmentent,

ainsi que les dépenses du gouvernement, la dépense annuelle de la nation doit diminuer, à

moins que le peuple ne puisse augmenter son capital et son revenu dans les mêmes

proportions. Il est de l’intérêt de tout gouvernement d’encourager cette disposition dans le

peuple, et de ne jamais lever des impôts qui atteignent inévitablement les capitaux ; car on

attaque ainsi le fonds destiné à l’entretien de l’industrie, et on diminue par conséquent la

production future du pays[43].

On n’a point suivi ce système en Angleterre, quand on a imposé les pièces probantes des

testaments, et qu’on a établi des impôts sur les transmissions de propriété du mort au vif. Si un

legs de 1,000 liv. est sujet à un impôt de 100 liv. le légataire regarde son legs comme n’étant

que de 900 l. et n’éprouve aucune envie d‘épargner le droit de 100 liv. sur sa dépense, et il en

résulte que le capital national est diminué. Mais s’il avait réellement reçu 1,000 liv., et qu’on lui

fit payer 100 l. d’impôts sur son revenu, sur le vin, sur les chevaux, sur les domestiques, il eût

probablement diminué, ou plutôt il n’eût point augmenté sa dépense d’une pareille somme, et

le capital national serait resté le même.

« Des impôts sur les transmissions de propriété du mort au vif (dit Adam Smith) tombent ou

immédiatement ou définitivement sur la personne à laquelle cette propriété est transmise. Les

impôts sur les ventes de terres tombent en totalité sur le vendeur. Le vendeur est presque

toujours dans la nécessité de vendre, et est dès lors obligé de prendre le prix qu’il peut avoir.

L’acheteur, au contraire, n’est presque jamais dans la nécessité d’acheter, et ne donne par

conséquent que le prix qu’il lui plaît de donner. Il calcule ce que la terre lui coûtera tant en

achat qu’en impôt : plus il sera obligé de payer comme impôt, moins il sera disposé à donner

comme prix.

« De tels impôts tombent donc presque toujours sur une personne qui est déjà dans un état de

nécessité, et ils doivent être par conséquent durs et oppressifs. Les droits de timbre et les

droits d’enregistrement des obligations et contrats pour argent prêté tombent en entier sur

l’emprunteur, et dans le fait ils sont toujours payés par lui. Les droits de la même espèce sur

les actes de procédure tombent en entier sur les plaideurs ; ils réduisent, pour les deux parties,

la valeur de l’objet en litige. Plus il nous en coûte pour acquérir une propriété, moins elle a

nécessairement pour nous de valeur nette quand elle est acquise. Tous les impôts établis sur

des mutations de toute espèce de propriété, en tant qu’ils diminuent la valeur capitale de cette

propriété, tendent à diminuer le fonds destiné à l’entretien du travail productif ; tous sont plus

ou moins des impôts dissipateurs qui augmentent le revenu du souverain : or, le souverain

entretient généralement des travailleurs improductifs aux dépens du capital du peuple, qui

n’entretient, lui, jamais que des ouvriers productifs. »

Mais ce n’est pas là la seule objection contre les impôts sur les transmissions de propriété. Ils

empêchent encore le capital national de se distribuer de la manière la plus avantageuse pour la

société. Pour la prospérité générale, on ne saurait donner trop de facilité à la transmutation et à

l’échange de toutes sortes de propriétés ; car c’est par ce moyen que toute espèce de capital

peut arriver à ceux qui l’emploieront le mieux, en augmentant les productions du pays.

« Pourquoi, dit M. Say, cet homme veut-il vendre sa terre ? C’est parce qu’il a en vue

l’établissement d’une industrie dans laquelle ses fonds lui rapporteront davantage. Pourquoi cet

autre veut-il acheter la même terre ? C’est pour placer des fonds qui lui rapportent trop peu ou

qui sont oisifs, ou bien parce qu’il la croit susceptible d’améliorations. La transmutation

augmente le revenu général, puisqu’elle augmente le revenu des deux contractants. Si les frais

sont assez considérables pour empêcher l’affaire de se terminer, ils sont un obstacle à cet

accroissement du revenu de la société. »

Ces sortes d’impôts sont d’une perception aisée, et bien des personnes paraissent croire que

cela compense jusqu’à un certain point les mauvais effets qu’ils produisent.

Chapitre 9 - Des impôts sur les produits naturels

Ayant déjà, dans une partie précédente de cet ouvrage, établi, - et, j’ose le dire, d’une manière

satisfaisante, - ce principe que le prix du blé dépend des frais de production qui ont été faits

sur un terrain, ou, plutôt, exclusivement du capital qui ne paie pas de rente, il s’ensuit que tout

ce qui peut augmenter les frais de production doit faire hausser le prix. La nécessité de

défricher de mauvaises terres, ou de consacrer, en retour de produits moindres, de nouveaux

capitaux à la terre déjà cultivée, doit inévitablement faire hausser la valeur échangeable des

produits du sol. Les machines nouvellement découvertes et dont l’emploi épargne au cultivateur

une partie des frais de production, doit nécessairement diminuer la valeur échangeable de son

blé. Tout impôt sur le cultivateur, qu’il soit établi sous forme d’impôt foncier, de dîme ou de

taxe sur les produits, augmente les frais de production, et doit par conséquent faire hausser le

prix des produits naturels[44].

Si le prix des produits agricoles ne montait pas assez pour dédommager le cultivateur de

l’impôt qu’il est tenu de payer, il quitterait probablement un genre d’industrie dans lequel ses

profits se trouveraient réduits au-dessous du niveau général. Cela ferait diminuer l’approvi-

sionnement jusqu’à ce que la demande soutenue des produits agricoles les fit hausser au point

d’en rendre la culture aussi profitable que serait, en général, l’emploi des fonds dans les autres

genres d’industrie.

Ce n’est que par la hausse des prix que le cultivateur pourra payer ses contributions, en

continuant à retirer de son capital employé les profits ordinaires. Il ne peut prendre la valeur de

ses impôts sur la rente, en forçant ainsi son propriétaire à payer l’impôt, puisqu’il ne paie pas

de rente. Il ne peut le prendre sur ses profits, car il n’y aurait aucune raison pour qu’il continuât

une industrie si peu lucrative, alors que toutes les autres branches du travail en donneraient de

plus considérables. Il est donc indubitable qu’il pourra élever le prix de ses produits bruts

d’une valeur égale à celle de l’impôt.

Ainsi donc, l’impôt sur le produit agricole n’est payé ni par le propriétaire ni par le fermier ;

c’est le consommateur qui, payant ces denrées plus cher, acquitte l’impôt.

Il faut se rappeler que la rente, ou les profits des fonds de terre, est la différence qui existe

entre les produits obtenus par des quantités égales de travail et de capital employées sur des

terrains de qualité différente ou semblable. Il faut se rappeler aussi que la rente en argent et la

rente en blé ne varient pas dans une même proportion.

Par l’effet d’un impôt sur les denrées agricoles, tel qu’une contribution foncière ou une dîme, la

rente en blé changera, tandis que celle en argent restera la même.Si, comme nous l’avons déjà

supposé, la terre en culture est de trois qualités différentes, et que par l’emploi d’un capital

pareil on obtienne

180 quarters de blé du terrain n°1,

170 quarters de blé du terrain n°2,

160 quarters de blé du terrain n°3;

le n°1 paierait, de rente, 20 quarters, qui sont la différence entre le n°3 et le n°1 ; le n°2 paierait

10 quarters, qui sont la différence entre le n°3 et le n°2 ; tandis que le n°3 ne paierait point de

rente.

Le quarter de blé étant à 4 l., la rente en argent du n° 1 serait de 80 l., et celle du n°2 de 40 l.

Supposons maintenant qu’on mette un impôt de 8 schellings par quarter de blé, le prix en

haussera alors à 4 l. 8 s. ; et si les propriétaires continuaient à toucher la même rente en blé

que par le passé, la rente du n°1 serait de 88, et celle du n°2 de 44 l. Ils n’auraient tous les deux

qu’une rente égale en blé ; car l’impôt serait plus fort sur le n°1 que sur le n°2, et sur le n°2 que

sur le n°3, parce qu’il serait perçu sur une quantité plus grande de blé. C’est la difficulté de

production sur le n°3 qui règle le prix, et il monte à 4 l. 8 s., afin que les profits du capital

employé sur le n°3 puissent se trouver de niveau avec les profits de tous les autres capitaux en

général.

Les produits et l’impôt sur les trois qualités de terre seront donc :

N° 1 rapportant 180 quarters à 4 l. 8 s. le quarter l. 792

En déduisant la valeur de 16.3 à raison de 8 s. par quarter

sur 180 quarters l. 72

Produit net en blé 163.7 Produit net en argent l. 720

N° 2 rapportant 170 quarters à 4 l. 8 s. le quarter l. 748

En déduisant la valeur de 15. par quarter sur 170 quarters l. 68

4 quarters à 4 l. 8 s., ou 8 s.

Produit net en blé 154.6 Produit net en argent l. 680

N° 3 rapportant 160 quarters à 4 l. 8 s. l. 704

En déduisant la valeur de 14.5 quarters à 4 l. 8 s., ou 8 s.

par quarter sur 160 quarters l. 64

Produit net en blé 145.5 Produit net en argent l. 640

La rente en argent du n°1 serait toujours de 80 l., qui est la différence entre 640 l. et 720 l. ; et

celle du n°2 serait toujours de 40 l., différence entre 640 1. et 680 l., précisément comme par le

passé ; mais la rente en blé serait réduite, sur le n°1, de 20 quarters à 18, 2 ; et sur le n°2, de

10 quarters à 9, 1.

Un impôt sur le blé tombe donc sur les consommateurs, et fait augmenter le prix du blé, par

rapport à celui des autres denrées, dans un degré proportionné à l’impôt. Et selon qu’il entre

plus ou moins de matières premières dans la composition des autres marchandises, la valeur de

ces dernières haussera aussi, à moins que les effets de l’impôt ne soient contre-balancés par

d’autres causes. Ces marchandises se trouveraient en effet frappées d’un impôt indirect, et leur

valeur hausserait à proportion de l’impôt.

Un impôt sur les produits agricoles et sur les objets de première nécessité pour l’ouvrier aurait

encore un autre effet, celui de faire hausser les salaires. Par une suite des causes qui règlent la

population et qui augmentent l’espèce humaine, les salaires les plus faibles ne se maintiennent

jamais beaucoup au-dessus du taux que la nature et l’habitude exigent pour l’entretien des

ouvriers. Cette classe d’hommes ne peut jamais supporter aucune portion considérable de

l’impôt ; et par conséquent, si elle était tenue de payer 8 schellings de plus par quarter de blé,

et un peu moins à proportion pour les autres denrées, elle ne pourrait pas subsister au moyen

des anciens salaires. Les salaires doivent donc nécessairement hausser ; et à mesure qu’ils

haussent, les profits devront baisser. Le gouvernement percevrait un impôt de 8 sh. par quarter

sur tout le blé consommé dans le pays, et une partie de cet impôt serait payée directement par

les consommateurs de blé ; l’autre, payée indirectement par les personnes qui emploient des

ouvriers, influerait sur les profits de la même manière que si les salaires eussent haussé par la

demande plus forte d’ouvriers comparée à l’offre, ou si cette hausse eût été causée par une

difficulté croissante d’obtenir la nourriture et les objets nécessaires à l’entretien des

travailleurs.

En tant que l’impôt frappe les consommateurs, c’est un impôt égal ; mais il est inégal en tant

qu’il affecte les profits, puisqu’il ne pèse ni sur le propriétaire foncier, qui continue à recevoir

les mêmes rentes en argent, ni sur le capitaliste, qui retire les mêmes intérêts de son capital.

Un impôt sur le produit de la terre opérera donc de la manière suivante :

1. Il fera hausser le prix des produits de la terre d’une somme égale à celle de l’impôt, et devra

par conséquent tomber sur chaque consommateur en proportion de sa consommation ;

2. Un tel impôt devra augmenter le prix de la main-d’œuvre, et faire baisser les profits.

On peut donc faire contre cet impôt les objections suivantes :

1. Cet impôt, en faisant hausser le prix de la main-d’œuvre, et en

faisant baisser les profits, est un impôt inégal, en ce qu’il atteint le revenu du fermier, du

marchand et du manufacturier, sans frapper le revenu du propriétaire foncier, celui du

capitaliste, ni celui des personnes qui ont un revenu fixe ;

1. Entre la hausse du prix du blé et la hausse des salaires, il se passera un intervalle considérable

pendant lequel l’ouvrier sera exposé à une grande gêne[45] ;

2. Tout ce qui fait hausser les salaires et baisser les profits décourage l’accumulation, et agit

d’une manière semblable à la mauvaise qualité naturelle du sol ;

3. En faisant hausser le prix des produits de la terre, l’impôt fera renchérir de même toutes les

marchandises dans la composition desquelles ils entrent, et par conséquent on ne pourra plus

soutenir la concurrence avec les produits de l’industrie étrangère sur le marché général du

monde.

Quant à la première objection, que cet impôt, en faisant hausser le prix de la main-d’œuvre et

en faisant baisser les profits, est un impôt inégal, en ce qu’il atteint le revenu du fermier, du

marchand et du manufacturier sans frapper le revenu du propriétaire foncier, celui du

capitaliste, ni celui des personnes qui ont un revenu fixe : on peut répondre que si l’impôt est

inégalement assis, c’est au gouvernement à faire disparaître cette inégalité en imposant

directement les profits des fonds de terre, les rentes sur l’État, et les intérêts des capitaux

placés. Par là on obtiendrait tous les effets d’un impôt sur le revenu, sans l’inconvénient d’avoir

recours à l’expédient odieux d’aller fouiller dans les affaires de chacun, et d’investir des

préposés de pouvoirs qui répugnent aux mœurs et aux sentiments d’un peuple libre.

Quant à la seconde objection, qu’il se passerait un intervalle considérable entre la hausse du

prix du blé et la hausse des salaires, intervalle pendant lequel les classes inférieures se

trouveraient dans un état de grande gêne : je réponds que, dans des circonstances différentes,

les salaires suivent le prix des produits agricoles avec des degrés très-différents de célérité[46].

Quelquefois la hausse du blé n’a aucun effet sur le prix des salaires, et, dans d’autres cas, la

hausse des salaires précède celle du blé ; quelquefois aussi l’effet est lent, et quelquefois, au

contraire, assez rapide.

Il me semble que ceux qui soutiennent que c’est le prix des objets de première nécessité qui

règle le prix de la main-d’œuvre, eu égard toujours à l’état particulier des progrès de la nation,

admettent trop facilement qu’une hausse ou une baisse dans le prix des objets de première

nécessité n’est suivie que lentement d’une pareille hausse ou baisse des salaires. Le haut prix

des vivres peut provenir de causes très-différentes, et peut par conséquent produire des effets

très-différents aussi. Il peut venir :

1. D’un défaut d’approvisionnement ;

2. D’une demande graduellement croissante, qui peut à la longue occasionner une augmentation

des frais de production ;

3. D’une baisse dans la valeur de la monnaie ;

4. Des impôts sur les objets de première nécessité.

Ceux qui ont cherché à connaître l’influence de la cherté des objets de première nécessité sur

les salaires, n’ont pas su distinguer suffisamment ces quatre causes les unes des autres : nous

allons les examiner successivement.

Une mauvaise récolte fera renchérir les denrées alimentaires, et leur cherté est la seule chose

qui puisse proportionner la consommation à l’approvisionnement. Si tous les acheteurs de blé

étaient riches, le prix du blé pourrait hausser indéfiniment ; mais le résultat subsisterait, et le

blé deviendrait à la fin si cher, que les personnes qui seraient moins riches se verraient dans la

nécessité d’en retrancher de leur consommation ordinaire une certaine partie ; car il n’y aurait

aucun autre moyen de faire descendre la demande au niveau de l’approvisionnement, que de

diminuer la consommation. Dans de telles circonstances, rien n’est plus absurde que de vouloir,

par des moyens violents, régler le prix en argent des salaires sur celui des subsistances, ainsi

que cela se pratique souvent par une fausse application des lois concernant les pauvres. De

pareils règlements n’améliorent en rien la condition des masses, car leur effet est de faire

hausser encore davantage le prix du blé, et l’ouvrier est enfin obligé de réduire sa

consommation au niveau de l’approvisionnement diminué. Dans le cours naturel des choses,

une disette produite par de mauvaises récoltes n’occasionnerait pas de hausse dans les

salaires, si on ne la provoquait par d’aussi pernicieux règlements. La hausse des salaires n’est

que nominale pour celui qui les reçoit ; elle augmente la concurrence entre les vendeurs de blé,

et, en dernier résultat, elle ne fait qu’élever les profits des cultivateurs et des marchands de blé.

Le salaire du travailleur ne se règle, en effet, que par la proportion qui existe entre

l’approvisionnement et la demande des choses de première nécessité, et l’offre et la demande

de bras, - la monnaie n’étant que le moyen ou la mesure qui sert à exprimes la valeur de ce

salaire. Dans le cas posé, la détresse du travailleur est inévitable, et aucun gouvernement ne

peut y remédier autrement que par l’importation d’une plus grande somme de subsistances.

Quand la cherté du blé est due à une plus forte demande, elle est toujours précédée par la

hausse des salaires ; car la demande ne peut augmenter qu’autant que le peuple possède plus

de moyens de payer ce dont il a envie. L’accumulation des capitaux produit naturellement une

concurrence plus active parmi les personnes qui emploient des ouvriers, et par conséquent fait

hausser le prix de la main-d’œuvre. Les salaires, ainsi augmentés, ne sont pas dépensés

uniquement en nourriture ; ils fournissent d’abord au travailleur les moyens d’augmenter ses

autres jouissances. Cependant ce changement heureux dans sa condition le porte à se marier,

et le met en état de le faire ; et alors le besoin de plus de nourriture pour soutenir sa famille, le

force naturellement à renoncer à la jouissance des autres objets auxquels il employait

auparavant une grande partie de ses salaires.

Le blé hausse donc parce que la demande en est plus forte, parce qu’il y a dans la nation des

individus qui ont plus de moyens pour le payer ; et les profits du cultivateur hausseront au-

dessus du niveau ordinaire des profits, tant que la quantité nécessaire de capital n’aura pas été

consacrée à augmenter la production du blé. Mais quand ce fait aura eu lieu, le blé reviendra à

son ancien prix ou restera constamment plus cher, selon la qualité des terrains qui auront servi

à produire la quantité additionnelle. Si ces terrains ont une fertilité égale à celle des terres

qu’on a cultivées les dernières, et si leur culture n’a pas exigé plus de travail, le prix reviendra à

l’ancien taux ; mais si les terrains qui ont fourni le surcroît d’approvisionnement sont moins

fertiles, le blé se maintiendra constamment plus cher qu’il n’était auparavant. Dans le premier

cas, la hausse des salaires venait de la plus grande demande de bras, et comme elle favorisait

les mariages, et fournissait à l’entretien des enfants, elle augmentait, en effet, le nombre des

travailleurs. Mais aussitôt que le nombre des bras sera en rapport avec la quantité de travail, les

salaires reviendront à leur ancien taux, si le blé descend à son ancien prix : les salaires se

maintiendront, au contraire, au-dessus de leur ancien taux, dans le cas où des récoltes plus

abondantes de blé auront été produites sur des terres d’une moins bonne qualité que celles qui

avaient été cultivées les dernières.

Les prix élevés ne sont nullement incompatibles avec un approvisionnement plus abondant ; et

les prix, même, sont élevés, non parce qu’une denrée est peu abondante, mais parce qu’elle a

exigé plus de frais de production. Il arrive en général que quand un encouragement a été donné

à la population, l’effet qui en résulte va au delà de ce que les circonstances exigent ; la

population peut augmenter, et augmente réellement en général, à un point tel, que, malgré

l’accroissement du travail à accomplir, elle se trouve plus forte par rapport aux fonds destinés à

l’entretien des travailleurs qu’elle ne l’était avant l’augmentation du capital. Dans ce cas il y

aura réaction, les salaires baisseront au-dessous de leur niveau naturel, et s’y tiendront jusqu’à

ce que la proportion ordinaire entre l’offre et la demande soit rétablie. Dans ce cas, la hausse

du prix est précédée d’une hausse des salaires, et par conséquent elle n’a aucun effet fâcheux

pour l’ouvrier.

Une dépréciation de la monnaie par suite d’une plus grande abondance des métaux précieux

tirés des mines, ou par l’abus des privilèges accordés aux banques, est une autre des causes

qui font hausser le prix des denrées alimentaires, mais qui ne changent en rien la quantité de

leur production. Cela ne change rien non plus au nombre ni à la demande des travailleurs ; car

il n’y a ni augmentation ni diminution de capital. La quantité des denrées de première nécessité

qui revient au travailleur, est en raison de la demande et de l’approvisionnement de ces denrées

comparés avec la demande et l’offre des bras, la monnaie n’étant que l’agent qui sert à: en

exprimer la quantité ; et comme l’offre et la demande n’éprouvent aucune variation, les salaires

resteront les mêmes. L’ouvrier recevra en monnaie de plus forts salaires, mais ne pourra se

procurer absolument que la même quantité de denrées.

Ceux qui ne conviennent pas de ce principe devraient nous expliquer pourquoi une plus grande

somme de monnaie n’aurait pas pour effet de hausser les salaires d’un nombre invariable

d’ouvriers comme elle le fait pour les souliers, les chapeaux et le blé, lorsque la quantité de ces

articles n’a pas augmenté. Le prix courant relatif des souliers et des chapeaux se règle d’après

la demande et l’offre des chapeaux comparées avec la demande et l’offre des souliers, et la

monnaie n’est que l’expression de leur valeur. Si les souliers doublent de prix, les chapeaux

commentaires (0)
Aucun commentaire n'a été pas fait
Écrire ton premier commentaire
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Docsity n'est pas optimisée pour le navigateur que vous utilisez. Passez à Google Chrome, Firefox, Internet Explorer ou Safari 9+! Téléchargez Google Chrome