Notes sur la monnaie et les banques - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur la monnaie et les banques - 1° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur la monnaie et les banques - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: La monnaie en circulation, Principes, les difficultés.
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On a déjà tant écrit sur la monnaie, que, dans le nombre des personnes qui s’occupent de cette

matière, il n’y a guère que les gens à préjugés qui puissent en méconnaître les vrais principes.

Je me bornerai donc à un aperçu rapide de quelques unes des lois générales qui règlent la

quantité et la valeur de la monnaie.

L’or et l’argent, ainsi que toutes les autres marchandises, n’ont de valeur qu’en proportion de la

quantité de travail nécessaire pour les produire et les faire arriver au marché. L’or est quinze

fois environ plus cher que l’argent, non pas que la demande en soit plus forte, ni que l’argent

soit quinze fois plus abondant que l’or, mais uniquement en raison de ce qu’il faut quinze fois

plus de travail pour obtenir une quantité déterminée d’or.

La quantité de monnaie qui peut être employée dans un pays dépend de sa valeur. Si l’or seul

était employé pour la circulation des marchandises, il n’en faudrait qu’un quinzième de ce qui

serait nécessaire si l’argent était consacré à cette fonction.

La monnaie en circulation ne saurait jamais être assez abondante pour regorger ; car si vous en

faites baisser la valeur, vous en augmenterez dans la même proportion la quantité ; et en

augmentant sa valeur vous en diminuerez la quantité[112]. Tant que le gouvernement fait frapper

des monnaies sans retenir les frais de monnayage, les pièces de monnaies ont une valeur égale

à celle de toute autre pièce de même métal, d’un poids et d’une finesse pareils. Mais si le

gouvernement retient un droit de monnayage ou de seigneuriage, la pièce de métal frappée

excédera en général la valeur de la pièce non frappée de tout le montant de ce droit, parce

qu’elle aura exigé plus de travail, ou, ce qui revient au même, la valeur du produit d’une plus

grande quantité de travail pour sa fabrication.

Quand l’État seul bat monnaie, il ne peut pas y avoir de limites à ce droit de monnayage ; car,

en restreignant la quantité du numéraire, on peut en élever la valeur indéfiniment.

C’est en vertu de ce principe que circule le papier monnaie. Toute sa valeur peut être regardée

comme représentant un seigneuriage. Quoique ce papier n’ait point de valeur intrinsèque,

cependant, si l’on en borne la quantité, sa valeur échangeable peut égaler la valeur d’une

monnaie métallique de la même dénomination, ou de lingots estimés en espèces[113]. C’est

encore par le même principe, c’est-à-dire en bornant la quantité de la monnaie que des pièces

d’un bas titre peuvent circuler pour la valeur qu’elles auraient eue si leur poids et leur titre

étaient ceux fixés par la loi, et non pour la valeur intrinsèque du métal pur qu’elles contiennent.

Voilà pourquoi, dans l’histoire des monnaies anglaises, nous trouvons que notre numéraire n’a

jamais été déprécié aussi fortement qu’il a été altéré. La raison en est qu’il n’a jamais été

multiplié en proportion de sa dépréciation[114]. Le point capital dans l’émission du papier-

monnaie, c’est d’être parfaitement éclairé sur les effets qui résultent du principe de la

restriction dans les quantités mises en circulation. On voudra à peine croire dans cinquante ans

que les directeurs de la banque et les ministres ont soutenu à la fois devant le Parlement, et

devant les Comités nommés par les Parlements, que des émissions de billets de la banque

d’Angleterre, - en les supposant, mène, affranchies de la faculté qu’ont les porteurs de

réclamer des espèces ou des lingots, - que ces émissions dis-je, n’avaient pas et ne pouvaient

pas avoir d’action sur le prix des marchandises ou des lingots, ni sur l’état des changes.

Après l’établissement des banques, l’État n’a plus à lui seul le pouvoir de battre monnaie ou

d’en faire l’émission. On peut tout aussi bien augmenter la monnaie en circulation, au moyen

du papier de banque, que par des espèces ; en sorte que si un État altérait ses monnaies et en

limitait la quantité, il ne pourrait en maintenir la valeur ; car les banques auraient la même

faculté que le gouvernement d’augmenter la quantité de l’agent de la circulation.

D’après ces principes, il est aisé de voir que pour donner une valeur au papier-monnaie, il n’y a

pas besoin qu’il soit payable à vue en espèces monnayées ; il suffit pour cela que la quantité de

ce papier soit réglée d’après la valeur du métal qui est reconnu comme mesure commune[115]. Si

l’or, d’un poids et d’un titre déterminé, était cette mesure, on pourrait augmenter la quantité

du papier à chaque baisse dans la valeur de l’or, ou, ce qui revient au même quant à l’effet ; à

chaque hausse dans le prix des marchandises.

« La banque d’Angleterre, dit le docteur Smith, pour avoir émis une trop grande quantité de

papier, dont l’excédant lui revenait continuellement à l’échange, a été obligée, pendant.

plusieurs années de suite, de faire battre de la monnaie d’or jusqu’à concurrence de 500,000

livres st. et de 1,000,000 dans une seule année, ou, par évaluation moyenne, jusqu’à environ

850,000 liv. st. Pour fournir cette immense fabrication, la banque, a cause de l’état usé et

dégradé où la monnaie d’or était depuis quelques années, se vit souvent obligée d’acheter

jusqu’au prix de 4 liv. st. l’once l’or en lingots, qu’elle émettait bientôt après sur le prix de 3

liv. st. 17 sh. 10 ½ deniers l’once, ce qui lui faisait une perte de 2 ½ à 3 pour cent sur la

fabrication d’une somme aussi énorme. Ainsi, quoique la banque n’eût point de droit de

seigneuriage à payer, et quoique, à proprement parler, la dépense de fabrication fût aux frais

du gouvernement, cette libéralité du gouvernement ne couvrit pas toute la dépense supportée

par la banque. »

D’après le principe énoncé plus haut, il me semble très-évident qu’en retirant de la circulation

le papier qui rentrait ainsi à la banque, la valeur de toute la monnaie, y compris celle des

anciennes espèces monnayées et usées et celle des nouvelles, aurait monté, et, dans ce cas,

toutes les demandes sur la banque auraient cessé d’être.

M. Buchanan n’est pourtant pas de cette opinion ; car il dit que la grande dépense que la

banque a eu à supporter à cette époque fut occasionnée, non comme le docteur Smith paraît le

supposer, par une émission excessive de papier, mais par l’état dégradé de la monnaie

métallique, et par le haut prix du lingot qui en était la conséquence. On doit faire attention que

la banque, n’ayant d’autre moyen de se procurer des guinées[116] que d’envoyer des lingots à la

monnaie pour être frappés, était toujours dans la nécessité d’émettre des guinées neuves en

paiement des billets qui lui revenaient, et quand les espèces manquaient en général de poids,

et que le prix des lingots était haut à proportion, on trouvait un intérêt à tirer les guinées de

poids de la banque en lui donnant son papier en échange, et ensuite à fondre ces guinées, et à

en vendre l’or en lingots, avec profits, pour du papier de la banque, avec lequel on se procurait

de nouvelles guinées, qu’on fondait et qu’on vendait de même. La banque doit toujours être

exposée à se voir ainsi épuisée de son or toutes les fois que les espèces monnayées

manqueront de poids, puisque, dans ce cas, il y a toujours un profit aisé et certain à changer

constamment le papier de banque contre de l’or. Il est cependant bon d’observer que, quelle

qu’ait été, à cette époque, la gêne et la dépense supportées par la banque par suite de l’écoule-

ment de ses espèces, on ne crut pas nécessaire de la dispenser de l’obligation de donner des

espèces en paiement de ses billets. »

Il est clair que M. Buchanan pense que toute la monnaie en circulation doit descendre au niveau

de la valeur des pièces dégradées ; mais certes, en diminuant la quantité de la monnaie en

circulation, tout le surplus peut être élevé à la valeur des meilleures pièces.

Le docteur Smith paraît avoir oublié le principe qu’il a posé lui-même, dans le raisonnement

qu’il fait au sujet de la monnaie des colonies. Au lieu d’attribuer sa dépréciation à sa trop

grande abondance, il demande si, en admettant que les valeurs coloniales soient parfaitement

solides, 100 1. st., payables dans quinze ans, pourraient valoir autant que 100 1. st. payables à

vue. Je réponds que oui, si le papier n’est pas trop abondant.

L’expérience prouve cependant que toutes les fois qu’un gouvernement ou une banque a eu la

faculté illimitée d’émettre du papier-monnaie, ils en ont toujours abusé. Il s’ensuit que, dans

tous les pays, il est nécessaire de restreindre l’émission du papier-monnaie, et de l’assujettir à

une surveillance ; et aucun moyen ne paraît mieux calculé pour prévenir l’abus de cette

émission, qu’une disposition qui impose à toutes les banques qui émettent du papier, de payer

leurs billets, soit en monnaie d’or, soit en lingots.

« Garantir le public[117] contre toutes les variations qui ne seraient pas déterminées par celles de

l’étalon lui-même, effectuer les mouvements monétaires au moyen de l’agent le moins

coûteux, serait atteindre le degré de perfection le plus élevé auquel on puisse amener la

circulation d’un pays. Or, on obtiendrait tous ces avantages si l’on obligeait la banque à

délivrer, au lieu de guinées, et en échange de ses billets, des lingots d’or et d’argent, évalués

au titre, et au prix de la monnaie : de cette manière, toutes les fois que le papier descendrait

au-dessous de la valeur des lingots, on en réduirait immédiatement la quantité. Pour empêcher

que le papier ne s’élevât au-dessus des lingots la banque serait en même temps astreinte à

échanger son papier contre l’or, au titre et au prix de 3 l. 17 s. l’once. Afin de ne pas

surcharger les opérations de la banque, les quantités d’or demandées en échange de papier, au

taux de 3 liv. 17 s. 10 ½ et celles offertes à raison de 3 l. 17 s. devraient être de vingt onces au

moins. En d’autres termes, la banque serait obligée, à partir de vingt livres, d’acheter toutes les

quantités d’or qui lui seraient offertes au prix de 3 1. 17 s.[118] l’once et de vendre celles qui lui

seraient demandées au prix de 3 liv. 17 s. 10 ½ ; et le soin qu’auraient les administrateurs, de

régler la masse de leur papier la garantirait contre tous les inconvénients qui pourraient résulter

de ces dispositions.

La loi devrait laisser en même temps importer et exporter sans entraves tous les lingots. Ces

opérations sur les lingots seraient d’ailleurs très-rares si la banque s’attachait à rapporter ses

avances et ses émissions au criterium que j’ai déjà si souvent indiqué ; criterium qui consiste

dans le prix des lingots au litre, indépendamment de la quantité générale de papier en

circulation.

On aurait déjà réalisé une grande partie de mon projet, si l’on obligeait la banque à changer

contre ses propres billets des lingots évalués au titre et au prix de la monnaie. Ou pourrait

même, sans dangers pour la sûreté de ses résultats, l’affranchir de la nécessité d’acheter toutes

les quantités de lingots qui lui seraient offertes aux prix déterminés, surtout si les ateliers de la

monnaie restaient ouverts au public.

En effet, cette disposition tend seulement à empêcher que la monnaie ne s’écarte de la valeur

des lingots d’une différence plus grande que celle qui sépare si légèrement à la banque les prix

d’achat de ceux de vente ; différence qui serait un degré approximatif vers cette uniformité tant

désirée.

Si la banque bornait capricieusement le montant de ses billets ; ils hausseraient de valeur, et

l’or semblerait descendre au-dessous des limites auxquelles j’ai propose de fixer les achats de

la banque. - Dans ce cas on le porterait à la monnaie, et les coins qu’il aurait servi à frapper,

s’ajoutant à la circulation, auraient pour effet d’en abaisser immédiatement la valeur et de la

ranimer au taux de l’étalon. - Mais ces moyens n’offrent ni la sécurité, ni l’économie, ni la

promptitude de ceux que j’ai proposés, et auxquels la banque ne saurait opposer d’objection

sérieuse ; car il est évidemment dans son intérêt d’alimenter la circulation avec son papier

plutôt que d’obliger les autres à l’alimenter avec du numéraire.

Sous l’empire d’un tel système, avec une circulation ainsi dirigée, la banque serait affranchie de

tous les embarras, de toutes les crises. Les seules éventualités qui pourraient l’atteindre, sont

ces événements extraordinaires, qui jettent la panique sur tout un pays, et font que chacun

recherche les métaux précieux, comme le moyen le plus commode pour réaliser ou cacher sa

propriété. - Il n’est pas de système qui puisse garantir les banques contre de telles

éventualités. Leur nature même les y condamne, car, à aucune époque, il ne peut y avoir dans

une banque ou dans un pays assez d’espèces ou de lingots pour satisfaire aux justes récla-

mations des capitalistes qui s’y pressent. - Si chacun voulait réaliser le même jour la balance de

son compte chez son banquier, il arriverait souvent que la masse de billets de banque

actuellement en circulation ne suffirait pas pour répondre à toutes les demandes. C’est une

panique de ce genre qui a déterminé la crise de 1797, et non, comme on l’a supposé, les fortes

avances que la banque avait faites au gouvernement. Ni la banque, ni le gouvernement n’étaient

alors coupables. - L’invasion soudaine des bureaux de la banque, prit naissance dans les

craintes chimériques qui émurent les esprits timides : elle eût aussi bien éclaté dans le cas où la

banque n’eût fait aucune avance au gouvernement et où sa réserve eût été double du montant

actuel. - Il est même probable que, si elle avait continué à payer à bureaux ouverts et en

espèces, elle aurait tué la panique avant d’arriver à l’épuisement de sa réserve[119].

Si l’on réfléchit à l’opinion des directeurs de la banque sur les règles qui gouvernent les

émissions de papier, on verra qu’ils n’ont usé de leur privilège qu’avec discrétion.

Il est même évident, qu’animés par des principes arbitraires, ils n’y ont obéi qu’avec une

extrême prudence. - Les termes actuels de notre législation leur conservent le pouvoir

d’accroître ou de réduire, sans contrôle et dans les proportions qu’ils jugeront convevenables,

l’ensemble de la circulation. Un tel pouvoir ne devrait appartenir à aucune association, pas

même à l’État ; car il ne peut y avoir aucune garantie d’uniformité dans un système où la

volonté seule des créateurs de la monnaie peut en décréter l’augmentation ou la diminution. La

banque peut réduire aujourd’hui la circulation aux limites les glus extrêmes ; c’est un fait que

ne nieront même pas ceux qui pensent avec les directeurs, qu’ils n’ont pas le pouvoir de

multiplier l’infini les signes monétaires. Je suis pleinement convaincu qu’il répugne aux intérêts

et à la volonté de la banque, d’exercer ce privilège au détriment du public, mais à l’aspect des

maux qui peuvent résulter d’une réduction ou d’une augmentation soudaine des agents

monétaires, je ne puis que déplorer la facilité avec laquelle l’État a armé la banque d’une

prérogative aussi formidable.

Les difficultés auxquelles étaient restées soumises les banques provinciales avant la suspension

des paiements en numéraire ont dû prendre, à certaines époques, un caractère sérieux. - Aux

moindres symptômes d’une crise réelle ou imaginaire, elles étaient astreintes à se pourvoir de

guinées et à s’armer contre les exigences des porteurs. - Elles faisaient alors un appel à la

banque. Elles y échangeaient leurs propres billets contre des guinées, qu’un agent de confiance

transportait ensuite à leurs frais et risques. Après avoir accompli les fonctions auxquelles elles

étaient destinées, les guinées revenaient à Londres, et il est fort probable qu’elles retournaient

dans les caisses de la banque toutes les fois que ces déplacements successifs n’avaient pas eu

assez d’action pour en diminuer le poids et les réduire au-dessous du type légal.

Si l’on adoptait le plan que j’ai proposé de payer les billets de banque en lingots, il faudrait

étendre ce privilège aux banques provinciales ou donner aux bank-notes le caractère de

monnaie légale. - Dans ce dernier cas, on se trouverait n’avoir introduit aucun changement

dans la législation qui régit ces établissements ; car ils seraient alors sollicités, comme

aujourd’hui, à rembourser leur papier en billets de la banque d’Angleterre.

« Ce système, en nous permettant. de ne pas exposer les guinées au frottement et à la

diminution de poids qui résultent de déplacements multipliés, en nous affranchissant aussi de

tous les frais de transports, nous procurerait déjà une économie considérable ; mais l’avantage

qui résulterait, pour la marche des petits paiements, serait bien plus sensible encore. En effet la

circulation de Londres et des provinces s’effectuerait alors au moyen d’un agent à bon marché,

le papier, et délaisserait un agent onéreux, l’or ; - ce qui enrichirait le pays de tous les

bénéfices que peut produire l’or abandonné. Il serait donc insensé de renoncer à de tels

avantages, à moins que l’on ne découvrît dans l’emploi d’un agent à bas prix des inconvénients

manifestes.

« La monnaie est dans l’état le plus parfait quand elle se compose uniquement de papier, mais

d’un papier dont la valeur est égale à la la somme d’or qu’il représente. L’usage du papier en

place de l’or remplace un agent très-dispendieux au moyen d’un autre qui l’est fort peu, ce qui

met le pays, sans qu’il en résulte aucune perte pour les particuliers, en état d’échanger tout l’or

qu’il employait auparavant pour la circulation, contre des matières premières, des ustensiles et

des subsistances, dont l’usage augmente à la fois la richesse et les jouissances de la nation.

« Sous le point de vue de l’intérêt national, il est tout à fait indifférent que ce soit le

gouvernement ou une banque qui fasse l’émission d’un papier-monnaie, si cette émission est

dirigée d’après les sages principes que nous venons d’exposer. Que ce soit l’un ou l’autre qui

l’émette, il en résultera à peu prés le même accroissement de richesse nationale ; mais l’effet

ne sera pas le même quant à l’intérêt des particuliers. Dans un pays où le taux courant de

l’intérêt est de 7 pour cent, et où le gouvernement a besoin, pour des dépenses particulières,

de 70,000 liv. st. par an, il importe beaucoup aux individus de ce pays, de savoir s’ils paieront

ces 70,000 liv. par an impôt annuel, ou s’ils pourront les obtenir sans payer pour cela d’impôt.

Supposons qu’il faille un million en argent pour préparer une expédition. Si le gouvernement

émettait un million de papier-monnaie l’expédition se ferait sans qu’il en coûtât rien à la

nation ; mais si en déplaçant ainsi un million d’argent monnayé, une banque faisait l’émission

d’un million de papier, et qu’elle le prêtât au gouvernement a 7 pour cent, en déplaçant de

même un million de numéraire, le pays se trouverait grevé d’un impôt perpétuel de 70,000 liv.

par an. La nation paierait l’impôt, la banque le recevrait, et la nation resterait, dans les deux

cas, aussi riche qu’auparavant. L’expédition aura été réellement faite au moyen du système, par

lequel on rend productif un capital de la valeur d’un million, en le convertissant en denrées, au

lieu de le laisser improductif sous la forme de numéraire ; mais l’avantage serait, toujours pour

ceux qui émettraient le papier ; et comme le gouvernement représente la nation, la nation

aurait épargné l’impôt, si elle, et non la banque, avait fait l’émission de ce million de papier-

monnaie.

« J’ai déjà observé que, s’il pouvait y avoir une entière garantie qu’on n’abuserait point de la

faculté d’émettre du papier-monnaie, il serait tout à fait indifférent pour la richesse nationale,

prise collectivement, par qui ce papier fût émis ; et je viens de faire voir que le public aurait un

intérêt direct à ce que ce fût l’État, et non une compagnie de marchands ou de banquiers, qui

fit cette émission. Il serait cependant plus à craindre que le gouvernement n’abusât de cette

faculté qu’une compagnie de banquiers. Une compagnie est, dit-on, plus dépendante des lois ;

et quoiqu’il pût être de son intérêt de multiplier ses billets au-delà des bornes prescrites par la

prudence, elle serait forcée de s’y renfermer, et de restreindre l’émission de son papier, par la

faculté qu’auraient les particuliers d’exiger des lingots ou des espèces en échange des billets

de banque. On prétend que, si le gouvernement avait le privilège démettre du papier, il ne

respecterait pas longtemps cette disposition qui le gênerait ; on croit qu’il serait trop porté à

sacrifier la tranquillité de l’avenir à l’intérêt du moment, et qu’il pourrait par conséquent, en

alléguant des motifs d’urgence, se débarrasser de toute entrave qui bornerait le montant de ses

émissions de papier.

« Cette objection est d’un grand poids quant à un gouvernement absolu ; mais dans un pays

libre, avec une législature éclairée, la faculté d’émettre du papier avec la clause indispensable

qu’il soit échangeable au gré du porteur, pourrait être en toute sûreté confiée à des

commissaires nommés spécialement pour cet objet, et on pourrait les rendre entièrement

indépendants de l’influence des ministres.

« Le fonds d’amortissement est administré par des commissaires qui ne sont responsables de

leur gestion qu’au parlement, et le placement des sommes qui leur sont confiées se fait avec la

plus grande régularité ; quelle raison peut-il donc y avoir de douter que l’émission du papier ne

pût être réglée avec la même exactitude, si on la confiait à une administration du même

genre[120] ? »

On pourrait objecter que, quoique l’avantage que tirerait l’État, et par conséquent le public, de

ce mode démission de papier-monnaie, soit assez évident, puisqu’on convertirait par là une

partie de la dette nationale portant un intérêt payé par le public, en dette sans intérêt ; on

pourrait objecter, dis-je, que cependant cela serait nuisible au commerce ; en empêchant les

négociants d’emprunter de l’argent, et d’escompter leurs lettres de change ce qui forme, en

partie, la manière dont se fait l’émission des billets de banque.

Cela suppose qu’il serait impossible de trouver de l’argent à emprunter si la banque n’en

prêtait pas, et que le taux courant de l’intérêt et des profits tient au montant de l’émission de la

monnaie et à la voie par laquelle se fait cette émission ; mais comme le pays ne manquerait ni

de drap, ni de vin, ni d’aucune autre marchandise, s’il avait les moyens de l’acheter, de même

on ne manquerait pas d’y trouver de capitaux à prêter, pourvu que les emprunteurs eussent de

bonnes garanties, et fussent disposés à payer le taux courant de l’intérêt pour l’argent prêté.

Dans une autre partie de cet ouvrage, j’ai tâché de faire voir que la valeur réelle d’une chose se

règle, non d’après les avantages accidentels dont peuvent jouir quelques-uns de ses

producteurs, mais bien d’après la difficulté réelle qu’éprouve le producteur le moins favorisé. Il

en est de même par rapport à l’intérêt de l’argent ; il ne se règle pas d’après le taux auquel la

banque veut prêter, que ce soit à 5, 4 ou 3 pour cent, mais bien d’après le taux des profits

qu’on peut retirer de l’emploi des capitaux, et qui est tout à fait indépendant de la quantité ou

de la valeur de l’argent. Qu’une banque prête un, dix ou cent millions, cela n’apportera aucun

changement au taux courant de l’intérêt ; la banque ne fera que changer la valeur de la

monnaie qu’elle mettra ainsi en circulation. Dans l’un de ces cas, il faudra dix ou vingt fois plus

de monnaie pour faire un certain commerce, qu’il n’en faudrait dans l’autre. La demande

d’argent à la banque dépend donc du taux des profits qu’on peut retirer de son emploi,

comparé avec le taux d’intérêt auquel la banque le prête. Si elle prend moins que le taux

courant de l’intérêt, elle peut prêter indéfiniment ; si elle prend plus que ce taux, il n’y aura que

des dissipateurs et des prodigues qui consentent à lui emprunter. C’est pourquoi nous voyons

que toutes les fois que le taux courant de l’intérêt excède 5 pour cent, qui est le taux auquel la

Banque prête toujours, son bureau d’escompte est encombré de gens qui demandent de

l’argent, et au contraire, quand le taux courant est, même pour peu de temps, au-dessous de 5

pour cent les commis de ce bureau n’ont rien à faire.

Ce qui a donc fait dire que la banque d’Angleterre avait, pendant les derniers vingt ans, donné

de grands secours au commerce, en prêtant de l’argent aux commerçants, c’est que pendant

toute cette époque, elle a prêté de l’argent au-dessous du taux courant de l’intérêt sur la place,

c’est-à-dire au-dessous du taux auquel les commerçants pouvaient emprunter ailleurs ; mais,

quant à moi, j’avoue que cela me semble plutôt une objection contre cet établissement, qu’un

argument en sa faveur.

Que dirait-on d’un établissement qui approvisionnerait régulièrement la moitié des fabricants

de drap, de laine, au-dessous du prix courant du marché ? Quel bien cela ferait-il à la

communauté ? Cela ne donnerait pas plus d’étendue à notre commerce ; car la laine aurait été

achetée également si on l’avait vendue au prix courant du marché. Cela ne ferait pas baisser le

prix du drap pour le consommateur, parce que le prix, comme je l’ai déjà dit, se règle d’après

ce que la production du drap coûte aux fabricants les moins favorisés. L’unique effet que cela

produirait serait donc de grossir les profits d’une partie des fabricants de drap au delà du taux

général et ordinaire des profits des autres. L’établissement supposé se priverait d’une partie de

ses justes profits pour en faire jouir une autre partie de la communauté. Tel est précisément

l’effet de nos établissements de banque. La loi fixe un taux d’intérêt au-dessous de celui

auquel on le trouve à emprunter sur la place, et c’est au taux légal qu’on exige que la banque

prête, en lui interdisant de prêter à un autre. Par la nature de son établissement, la banque

possède des fonds considérables qu’elle ne peut placer que de cette manière ; et il en résulte

qu’une partie des commerçants du royaume en tire un avantage indu, et qui est tout à fait

perdu pour la nation, en obtenant ainsi un instrument du commerce à un taux plus bas que les

personnes qui sont forcées d’être sous l’influence du prix courant de la place.

La somme totale des affaires de commerce que la communauté peut faire, dépend de la

quantité de son capital, c’est-à-dire des matières premières, des machines, des subsistances,

des navires, etc., employés à la production. Après l’établissement d’un papier-monnaie

sagement réglé, les opérations des banques ne sauraient augmenter ni diminuer la somme de

ce capital. Si le gouvernement faisait donc l’émission d’un papier-monnaie national, quoiqu’il

n’escomptât pas un seul effet, et ne prêtât pas un seul schilling au public, il n’y aurait pais la

moindre altération dans le mouvement du commerce ; car il y aurait la même quantité de

matières premières, de machines, de subsistances, de navires, etc., et vraisemblablement il y

aurait autant d’argent à prêter, non pas, à la vérité, à 5 pour cent, taux fixé par la loi, mais à 6,

à 7 ou à 8 pour cent, - ce qui serait le résultat de la concurrence franche, sur le marché, entre

les préteurs et les emprunteurs.

Adam Smith parle des avantages que les marchands retirent en Écosse, par la manière dont les

banques de ce pays traitent les commerçants, en ouvrant des comptes courants, système qui lui

parait très-supérieur à celui adopté en Angleterre. Ces comptes courants, ou de caisse, sont

des crédits que le banquier écossais donne aux négociants, en sus des lettres de change qu’il

leur escompte ; mais comme le banquier, à mesure qu’il avance de l’argent et qu’il le met en

circulation par une voie, se trouve dans l’impossibilité dans émettre par une autre, il n’est pas

aisé de concevoir en quoi cet avantage consiste. Si toute la circulation n’a besoin que d’un

million de papier, il n’en circulera qu’un million ; il ne peut pas être d’une importance réelle

pour le banquier ou pour le commerçant, que cette somme soit émise en escompte de lettres

de change, ou qu’une partie seulement soit employée à cet usage, le reste étant émis sous la

forme de ces comptes de caisse.

Il me semble nécessaire de dire quelques mots au sujet des deux métaux, l’or et l’argent, qui

sont employés comme monnaie, surtout parce que cette question parait avoir, dans l’esprit de

beaucoup de personnes, jeté de l’obscurité sur les principes évidents et simples de la théorie

des monnaies. « En Angleterre, dit le docteur Smith, on ne fut pas légalement admis à

s’acquitter en or, même longtemps après qu’on y eût frappé des monnaies d’or. Aucune loi ou

proclamation publique n’y fixait la proportion entre l’or et l’argent; on laissait au marché à la

déterminer. Si un débiteur offrait de payer en or, le créancier avait le droit de refuser tout-à-

fait, ou bien d’accepter cette offre d’après une évaluation de l’or faite à l’amiable entre lui et

son débiteur. »

Dans un tel état de choses, il est évident qu’une guinée aurait tantôt passé pour 22 sh. ou plus,

et quelquefois elle n’aurait valu que 18 sh. ou moins, ce qui aurait dépendu uniquement du

changement de la valeur courante relative de l’or et de l’argent. Et toutes les variations dans la

valeur de l’or, aussi bien que celles dans la valeur de l’argent, auraient été estimées en monnaie

d’or, comme si l’argent avait eu une valeur invariable, tandis que l’or aurait été sujet à monter

ou à baisser de prix. Quoique une guinée passât pour 22 sh. au lieu de 18 sh., l’or aurait pu ne

pas avoir changé de valeur, cette différence étant uniquement due à celle de l’argent ; et par

conséquent 22 sh. pouvaient n’avoir pas plus de valeur que 18 sh. n’en avaient auparavant ; et,

au contraire, toute cette différence aurait pu être due à l’or, une guinée qui valait 18 sh. ayant

pu hausser jusqu’à valoir 22 sh.

Si, maintenant, nous supposons la monnaie d’argent rognée et en même temps augmentée en

quantité, la guinée pourrait passer pour 30 sh., parce que l’argent contenu dans ces 30 sh. de

monnaie dégradée, pourrait n’avoir pas plus de valeur que l’or d’une guinée. En rendant aux

pièces d’argent monnayé leur valeur intrinsèque, l’argent monnayé hausserait de prix ; mais

l’or paraîtrait tomber, car une guinée ne vaudrait probablement pas alors plus de 21 bons

shillings.

Si l’or devient aussi un moyen légal de paiement, et que chaque débiteur soit libre d’acquitter

une dette de 21 l. st., en payant 420 sh., ou 21 guinées, il paiera en or ou en argent, selon qu’il

aura l’un ou l’autre à meilleur marché. S’il peut, avec cinq quarters de froment, acheter autant

d’or en lingots que la monnaie en met dans vingt guinées ; et si, avec la même quantité de

froment, il peut acheter autant d’argent en lingots que la monnaie en emploie à frapper 430

shillings, il aimera mieux acquitter sa dette en argent ; car il gagnera par là 10 shillings. Mais

si, au contraire, il pouvait avec ce froment se procurer assez d’or pour faire frapper 20 guinées

et demie, et seulement autant d’argent qu’il en faudrait pour frapper 420 shillings, il préfèrerait

naturellement acquitter sa dette en or. Si la quantité d’or qu’il pourrait obtenir ne rendait, étant

frappée, que 20 guinées ; et si l’argent obtenu de même ne donnait que 420 shillings, il lui

serait parfaitement égal d’acquitter sa dette en or ou en argent. Ce n’est donc pas une affaire

de pur hasard ; ce n’est jamais parce que l’or convient mieux pour agent de la circulation d’un

pays riche, qu’on le préfère à l’argent pour acquitter des dettes ; cela vient uniquement de ce

qu’il est de l’intérêt du débiteur de les acquitter dans ce métal.

Pendant un temps considérable, avant l’année 1797, date de la suspension des paiements en

espèces, l’or était à si bas prix, comparé à l’argent, qu’il était avantageux à la banque

d’Angleterre, ainsi qu’à tout autre débiteur, d’acheter de l’or, et non de l’argent, pour le faire

frapper à la monnaie, car on pouvait acquitter les dettes à meilleur compte dans ces espèces

monnayées. L’argent monnayé fut, pendant une grande partie de cette époque, très-dégradé ;

mais comme il était rare, il ne baissa jamais dans sa valeur courante, et cela, en raison du

principe que je viens d’expliquer. Quoique la monnaie d’argent fût si dégradée, c’était toujours

l’intérêt des débiteurs de payer en or. Si, cependant, cette monnaie d’argent dégradée eût été

extrêmement abondante, les débiteurs auraient pu trouver de l’avantage à s’en servir pour

acquitter leurs dettes ; mais la quantité en étant bornée, sa valeur se soutenait, et par

conséquent l’or était, dans le fait, la véritable monnaie courante.

Personne n’en a jamais douté ; mais on a prétendu que cela était l’effet de la loi qui avait

déclaré que l’argent ne serait pas un moyen légal de paiement pour toute somme au-dessus de

25 l. st., à moins qu’il ne fût pris d’après son poids, et au titre de la monnaie.

Mais cette loi n’empêchait aucun débiteur de payer une dette, quelque forte qu’elle fût, en

argent monnayé sortant de la Monnaie ; et si les créanciers ne payaient pas avec ce métal, ce

n’était ni par un effet du hasard ni par force, mais uniquement parce qu’il ne leur convenait pas

de porter leur argent à la Monnaie pour l’y faire frapper, tandis qu’il leur convenait fort d’y

porter de l’or. Il est vraisemblable que si la quantité de cette monnaie dégradée d’argent en

circulation eût été extrêmement multipliée, et qu’elle eût été en même temps un moyen légal

de paiement, il est probable, dis-je, qu’une guinée eût acquis de nouveau la valeur de 30

shillings ; mais, dans ce cas, c’est le shilling dégradé qui aurait baissé de valeur, et non la

guinée qui aurait monté.

Il paraît donc que, tant que ces métaux ont été légalement recevables en paiement des dettes

d’une valeur quelconque, on est resté constamment exposé à des variations dans la mesure

principale de la valeur. L’or ou l’argent ont été tour à tour cette mesure ; ce qui provint

entièrement des variations dans la valeur relative des deux métaux Aussi toutes les fois qu’un

des deux cessa d’être la mesure de la valeur, on le fondit en le retirant de la circulation, parce

que sa valeur en lingots excédait celle qu’il avait en monnaie. C’était un inconvénient qu’il

importait beaucoup de faire disparaître ; mais telle est la marche lente de toute amélioration,

que, quoique Locke l’eût démontré sans réplique, et que les écrivains qui, depuis, ont écrit sur

les monnaies, en aient fait mention, ce n’est que dans la dernière session du Parlement, en

1816, qu’il a été déclaré que l’or seul était un moyen de paiement légal pour toute somme

excédant quarante shillings.

Le docteur Smith ne paraît pas avoir bien compris les effets qui résultent d’employer à la fois

deux métaux comme monnaie courante et comme moyen légal de paiement des dettes, quel

qu’en soit le montant ; car il dit : « Dans le fait, pendant tout le temps que dure et continue une

proportion déterminée entre la valeur respective des différents métaux monnayés, la valeur du

plus précieux des deux règle celle de toutes les espèces monnayées. » Parce que, de son temps,

l’or était le métal que les débiteurs préféraient pour acquitter leurs dettes, il a cru que ce métal

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