Notes sur la rente de la terre - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur la rente de la terre - 1° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur la rente de la terre - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: les principes, les hypothèses, Du profit foncier des mines, Du prix naturel et du prix courant.
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Il reste à considérer si l’appropriation des terres et la création subséquente de la rente, peuvent

causer quelque variation dans la valeur relative des denrées, abstraction faite de la quantité de

travail nécessaire pour les produire. Pour bien comprendre cette partie de notre sujet il faut

étudier la nature de la rente et rechercher quels sont les principes qui en règlent la hausse et la

baisse.

La rente est cette portion du produit de la terre que l’on paie au propriétaire pour avoir le droit

d’exploiter les facultés productives et impérissables du sol. Cependant on confond souvent la

rente avec l’intérêt et le profit du capital, et dans le langage vulgaire on donne le nom de rente

à tout ce que le fermier paie annuellement au propriétaire.

Supposons deux fermes contiguës, ayant une même étendue, et un sol d'une égale fertilité,

mais dont l’une, pourvue de tous les bâtiments et instruments utiles à l’agriculture, est de plus

bien entretenue, bien fumée, et convenablement entourée de haies, de clôtures et de murs,

tandis que tout cela manque à l’autre. Il est clair que l’une s’affermera plus cher que l’autre ;

mais dans les deux cas on appellera rente la rémunération payée au propriétaire. Il est

cependant évident qu’une portion seulement de l'argent serait payée pour exploiter les

propriétés naturelles et indestructibles du sol, le reste représenterait l’intérêt du capital

consacré à amender le terrain et à ériger les constructions nécessaires pour assurer et

conserver le produit. Adam Smith donne parfois au mot rente le sens rigoureux dans lequel je

cherche à le restreindre, mais le plus souvent il l’emploie dans le sens vulgairement usité. Ainsi

il dit que les demandes toujours croissantes de bois de construction dans les pays méridionaux

de l’Europe, faisant hausser les prix, furent cause que l’on commença à affermer des forêts en

Norwège, qui auparavant ne produisaient pas de rente. N’est-il pas clair cependant que celui

qui consentit à payer ce qu’il appelle rente, n’avait d’autre but que d’acquérir les arbres

précieux qui couvraient le terrain, afin d‘obtenir par leur vente le remboursement de son

argent, plus des bénéfices ? Si après la coupe et l’enlèvement du bois on continuait à payer au

propriétaire une rétribution pour la faculté de cultiver le terrain, soit pour y planter de

nouveaux arbres, soit dans tout autre but, on pourrait alors en effet l’appeler rente, parce

qu’elle serait payée pour la jouissance des facultés productives du sol ; mais dans le cas cité

par Adam Smith, cette rétribution était payée pour avoir la liberté d’enlever et de vendre le bois,

et nullement pour la faculté de planter de nouveaux arbres[12].

En parlant aussi de la rente perçue pour les mines de charbon et les carrières de pierre,

auxquelles s’appliquent les mêmes observations, il dit que la rémunération payée pour les

mines ou les carrières représente lai valeur du charbon ou des pierres qui en ont été extraits, et

n’a aucun rapport avec les facultés naturelles et indestructibles du sol. Cette distinction est

d’une grande importance dans toute recherche relative à la rente et aux profits ; car on verra

que les causes qui influent sur la hausse de la rente sont entièrement différentes de celles qui

déterminent l’augmentation des profits, et qu’elles agissent rarement dans le même sens. Dans

tous les pays avancés en civilisation, la rétribution qu’on paie annuellement au propriétaire

foncier, participant à la fois de la nature de la rente et de celle des profits, reste parfois

stationnaire, et parfois augmente ou diminue selon que prédominent telles ou telles causes.

C’est pourquoi quand je parlerai de rente dans la suite de cet ouvrage, je ne désignerai sous ce

mot que ce que le fermier paie au propriétaire pour le droit d’exploiter les facultés primitives et

indestructibles du sol.

Lorsque des hommes font un premier établissement dans une contrée riche et fertile, dont il

suffit de cultiver une très-petite étendue pour nourrir la population, ou dont la culture n’exige

pas plus de capital que n’en possèdent les colons, il n’y a point de rente ; car qui songerait à

acheter le droit de cultiver un terrain, alors que tant de terres restent sans maître, et sont par

conséquent la disposition de quiconque voudrait les cultiver ?

Par les principes ordinaires de l’offre et de la demande, il ne pourrait être payé de rente pour la

terre, par la même raison qu’on n’achète point le droit de jouir de l’air, de l’eau, ou de tous ces

autres biens qui existent dans la nature en quantités illimitées. Moyennant quelques matériaux,

et à l’aide de la pression de l’atmosphère et de l’élasticité de la vapeur, on peut mettre en

mouvement des machines qui abrégent considérablement le travail de l’homme ; mais personne

n’achète le droit de jouir de ces agents naturels qui sont inépuisables et que tout le monde

peut employer. De même, le brasseur, le distillateur, le teinturier, emploient continuellement

l’air et l’eau dans la fabrication de leurs produits ; mais comme la source de ces agents est

inépuisable, ils n’ont point de prix[13]. Si la terre jouissait partout des mêmes propriétés, si son

étendue était sans bornes, et sa qualité uniforme, on ne pourrait rien exiger pour le droit de la

cultiver, à moins que ce ne fût là où elle devrait à sa situation quelques avantages particuliers.

C’est donc uniquement parce que la terre varie dans sa force productive, et parce que, dans le

progrès de la population, les terrains d’une qualité inférieure, ou moins bien situés, sont

défrichés, qu’on en vient à payer une rente pour avoir la faculté de les exploiter. Dès que par

suite des progrès de la société on se livre à la culture des terrains de fertilité secondaire, la

rente commence pour ceux des premiers, et le taux de cette rente dépend de la différence dans

la qualité respective des deux espèces de terre[14].

Dès que l’on commence à cultiver des terrains de troisième qualité, la rente s’établit aussitôt

pour ceux de la seconde, et est réglée de même par la différence dans leurs facultés

productives. La rente des terrains de première qualité hausse en même temps, car elle doit se

maintenir toujours au-dessus de celle de la seconde qualité, et cela en raison de la différence

de produits que rendent ces terrains avec une quantité donnée de travail et de capital. À chaque

accroissement de population qui force un peuple à cultiver des terrains d'une qualité inférieure

pour en tirer des subsistances, le loyer des terrains supérieurs haussera.

Supposons que des terrains nos 1, 2, 3, rendent, moyennant l’emploi d’un même capital, un

produit net de 100, 90 et 80 quarters (2 h. 907) de blé. Dans un pays neuf, où il y a quantité de

terrains fertiles, par rapport à la population, et où par conséquent il suffit de cultiver le n°1,

tout le produit net restera au cultivateur, et sera le profit du capital qu’il a avancé[15]. Aussitôt

que l’augmentation de population sera devenue telle qu’on soit obligé de cultiver le n°2, qui ne

rend que 90 quarters, les salaires des laboureurs déduits, la rente commencera pour les terres

n°1 ; car il faut, ou qu’il y ait deux taux de profits du capital agricole, ou que l’on enlève

dix quarters de blé, ou leur équivalent, du produit n°1 pour les consacrer à un autre emploi.

Que ce soit le propriétaire ou une autre personne qui cultive le terrain n°1, ces dix quarters en

constitueront toujours la rente, puisque le cultivateur du n° 2 obtiendrait le même résultat avec

son capital, soit qu’il cultivât le n°1, en payant dix quarters de blé de rente, soit qu’il continuât

à cultiver le n°2 sans payer de loyer. De même, il est clair que lorsqu’on aura commencé à

défricher les terrains n°3, la rente du n°2 devra être de dix quarters de blé ou de leur valeur,

tandis que la rente du n°1 devra atteindre vingt quarters ; le cultivateur du n°3 ayant le même

profit, soit qu’il cultive le terrain n°1 en payant vingt quarters de rente, soit qu’il cultive le n°2

en en payant dix, soit enfin qu’il cultive le n°3 sans payer de rente.

Il arrive assez souvent qu’avant de défricher les nos 2, 3, 4, ou les terrains de qualité inférieure,

on peut employer les capitaux d‘une manière plus productive dans les terres déjà cultivées. Il

peut arriver qu’en doublant le capital primitif employé dans le n°1, le produit, quoiqu’il ne soit

pas double ou augmenté de cent quarters, augmente cependant de quatre-vingt-cinq quarters,

quantité qui surpasse ce que pourrait rendre ce capital additionnel, si on le consacrait à la

culture du terrain n°3.

Dans ce cas, le capital sera employé de préférence sur le vieux terrain, et constituera également

une rente : - la rente étant toujours la différence entre les produits obtenus par l’emploi de

deux quantités égales de capital et de travail. Si avec un capital de 1000 l. st. un fermier retirait

de sa terre cent quarters de blé, et que par l’emploi d’un second capital de 1000 l. st. il eût un

surcroît de produits de 85 quarters, son propriétaire serait en droit, à l’expiration du bail,

d’exiger de lui quinze quarters, ou une valeur équivalente, à titre d’augmentation de rente ; car

il ne peut pas y avoir deux taux différents pour les profits. Si le fermier consent à payer quinze

quarters de blé en raison de l’augmentation de produits obtenue par l’addition de 1000 l. st. de

capital, c’est parce qu’il ne saurait en faire un emploi plus profitable. Ce serait là le taux

courant proportionnel des profits ; et si l’ancien fermier n’acceptait pas la condition, un autre

se présenterait bientôt, prêt à payer au propriétaire un excédant de rente proportionné au profit

additionnel qu’il pourrait retirer de sa terre.

Dans ce cas, comme dans le précédent, le dernier capital employé ne donne pas de rente. Le

fermier paie, à la vérité, quinze quarters de rente, eu égard à l’augmentation du pouvoir

productif des premières 1000 l. st. ; mais pour l’emploi des secondes 1000 l. st. il ne paie pas

de rente. S’il venait à employer sur la même terre un troisième capital de 1000 l. st. produisant

en retour soixante-quinze quarters de plus, il paierait alors, pour le second capital de 1000 l.

st., une rente qui serait égale à la différence entre le produit des deux capitaux, c’est-à-dire à

dix quarters ; la rente des premières 1000 l. st. hausserait de quinze à vingt-cinq quarters ; et

les dernières 1000 l. st. ne paieraient point de rente.

S’il y avait donc beaucoup plus de terres fertiles qu’il n’en faut pour fournir les subsistances

nécessaires à une population croissante, ou s’il était possible d‘augmenter le capital employé à

la culture des vieux terrains sans qu’il y eût aucune diminution de produits, la hausse des

rentes deviendrait impossible, la rente étant l’effet constant de l’emploi d’une plus grande

quantité de travail donnant moins de produits.

Les terres les plus fertiles et les mieux situées seraient les premières cultivées, et la valeur

échangeable de leurs produits serait réglée, comme celle des autres denrées, par la somme de

travail nécessaire à leur production et à. leur transport jusqu’au lieu de la vente.

La valeur échangeable d'une denrée quelconque, qu’elle soit le produit d’une manufacture,

d’une mine, ou de la terre, n’est jamais réglée par la plus petite somme de travail nécessaire

pour sa production dans des circonstances extrêmement favorables, et qui constituent une

sorte de privilèges. Cette valeur dépend au contraire de la plus grande quantité de travail

industriel que sont forcés d‘employer ceux qui n’ont point de pareilles facilités, et ceux qui,

pour produire, ont à lutter contre les circonstances les plus défavorables. Nous entendons par

circonstances les plus défavorables, celles sous l’influence desquelles il est plus difficile

d’obtenir la quantité nécessaire de produits.

C‘est ainsi que dans un établissement de bienfaisance où l’on fait travailler les pauvres au

moyen de dotations, le prix des objets qui y sont fabriqués sera, en général, réglé, non d'après

les avantages particuliers accordés à cette sorte d’ouvriers, mais d’après les difficultés

ordinaires et naturelles que tout autre ouvrier aura a surmonter. Le fabricant qui ne jouirait

d’aucun de ces avantages pourrait, à la vérité, n’être plus en état de soutenir la concurrence, si

ces ouvriers favorisés pouvaient suppléer tous les besoins de la société ; mais s’il se décidait à

continuer son industrie, ce ne serait qu’autant qu’il retirerait toujours de son capital les profits

ordinaires, ce qui ne pourrait arriver s’il ne vendait ses articles à un prix proportionné à la

quantité de travail industriel consacré à leur production[16].

À la vérité, les meilleurs terrains auraient toujours continué à donner le même produit avec le

même travail qu’auparavant, mais leur valeur aurait haussé pair suite des produits

comparativement moindres obtenus par ceux qui auraient consacré un travail additionnel, ou

de nouveaux capitaux à des terrains moins fertiles. Et quoique les avantages d’un terrain fertile

sur un autre moins productif ne soient jamais perdus, et ne fassent que passer des mains du

cultivateur et du consommateur dans celles du propriétaire, comme il faut employer plus de

travail à la culture des terrains inférieurs, ces terres, seules, pouvant fournir

l’approvisionnement additionnel de produits, la valeur comparative de ces produits se

maintiendra constamment au-dessus de son ancien niveau, et s’échangera contre plus de

chapeaux, de draps, de souliers, etc., etc., toutes choses dont la production n’exigera point une

augmentation de travail.

Ce qui fait donc hausser la valeur comparative des produits naturels, c’est l’excédant de travail

consacré aux dernières cultures, et non la rente qu’on paie au propriétaire. La valeur du blé se

règle d’après la quantité de travail employée a le produire sur les dernières qualités de terrains

ou d’après cette portion de capital qui ne paie pas de rente. Le blé ne renchérit pas, parce

qu’on paie une rente ; mais c’est au contraire parce que le blé est cher que l’on paie une rente ;

et l’on a remarqué, avec raison, que le blé ne baisserait pas, lors même que les propriétaires

feraient l’entier abandon de leurs rentes. Cela n’aurait d’autre effet que de mettre quelques

fermiers dans le cas de vivre en seigneurs, mais ne diminuerait nullement la quantité de travail

nécessaire pour faire venir des produits bruts sur les terrains cultivés les moins productifs[17].

Rien n’est plus commun que d’entendre parler des avantages que possède la terre sur toute

autre source de production utile, et cela, en raison du surplus qu’on en retire sous la forme de

rente. Et cependant, à l’époque où les terrains sont le plus fertiles, le plus abondants, le plus

productifs, ils ne donnent point de rente ; et ce n’est qu’au moment où ils s’appauvrissent, - le

même travail donnant moins de produit, - qu’on détache une partie du produit primitif des

terrains de premier ordre, pour le paiement de la rente[18]. Il est assez singulier que cette

qualité de la terre, qui aurait dû être regardée comme un désavantage, si on la compare aux

agents naturels qui secondent le manufacturier, ait été considérée au contraire comme ce qui

lui donnait une prééminence marquée. Si l’air, l’eau, l’élasticité de la vapeur, et la pression de

l’atmosphère pouvaient avoir des qualités variables et limitées ; si l'on pouvait, de plus, se les

approprier, tous ces agents donneraient une rente, qui se développerait a mesure que l’on

utiliserait leurs différentes qualités. Plus on descendrait dans l’échelle des qualités, et plus

hausserait la valeur des produits fabriqués avec ces agents, parce que des quantités égales de

travail industriel donneraient moins de produits. L’homme travaillerait plus de son corps, la

nature ferait moins, et la terre ne jouirait plus d’une prééminence fondée sur la limitation de

ses forces.

Si l’excédant de produit qui forme la rente des terres est réellement un avantage, il est à désirer

alors que, tous les ans, les machines récemment construites deviennent moins productives que

les anciennes. Cela donnerait, en effet, plus de valeur aux marchandises fabriquées, non-

seulement avec ces machines, mais avec toutes celles du pays ; et l’on paierait alors une rente à

tous ceux qui posséderaient les machines plus productives[19].

La hausse des rentes est toujours l’effet de l’accroissement de la richesse nationale, et de la

difficulté de se procurer des subsistances pour le surcroît de population : c’est un signe, mais

ce n’est jamais une cause de la richesse ; car la richesse s’accroît souvent très-rapidement

pendant que la rente reste stationnaire, ou même pendant qu’elle baisse. La rente hausse

d’autant plus rapidement, que les terrains disponibles diminuent de facultés productives. Là où

la richesse augmente avec le plus de vitesse, c’est dans les pays où les terres disponibles sont

le plus fertiles, où il y a le moins de restrictions à l’importation, où, par des améliorations dans

l’agriculture, on peut multiplier les produits sans aucune augmentation proportionnelle dans la

quantité de travail, et où, par conséquent, l’accroissement des rentes est lent.

Si le prix élevé du blé était l’effet et non la cause de la rente, il varierait en raison de

l’accroissement ou de la diminution de la rente qui se trouverait former ainsi une portion

intégrante des prix. Mais c’est le blé qui a exigé pour sa production le plus de travail qui est le

régulateur du prix des grains ; et la rente n’entre pas et ne peut entrer pour rien dans les

éléments du prix du blé[20]. Adam Smith a donc tort quand il suppose que le principe qui dans

l’origine a réglé la valeur échangeable des denrées, c’est-à-dire la quantité comparative de

travail nécessaire à leur production, peut être modifiée par l’appropriation des terrains et le

paiement d’une rente. Il entre dans la composition de presque toutes les marchandises une

certaine source de produits agricoles, dont la valeur, aussi bien que celle du blé, est réglée par

la faculté productive de la dernière portion de capital engagée dans la terre, de celle qui ne paie

pas de rente. La rente n’est donc point un élément du prix des denrées[21].

Nous avons jusqu’ici étudié les effets du progrès naturel de la richesse et de la population sur

la rente dans un pays dont les terres ont différents degrés de force productive, et nous avons

vu qu’à chaque portion additionnelle de capital qu’on est obligé d’employer à la culture, et dont

le produit est moins profitable, la rente hausse. Il résulte des mêmes principes que si, par

quelques modifications dans l’état social, il devenait inutile d‘employer autant de capital à

l’agriculture, les dernières portions qui y auraient été consacrées, donneraient plus de profit, et

les rentes baisseraient. Toute réduction considérable dans le capital national, qui diminuerait

d’une manière sensible les fonds destinés à payer le travail, aurait naturellement le même effet.

La population se proportionne toujours au capital destiné à payer le travail, et, par conséquent,

doit s’accroître ou diminuer selon que ce capital augmente ou diminue. Toute réduction dans le

capital est donc nécessairement suivie d’une moindre demande de blé, d’une baisse de prix, et

d’une diminution de culture. La diminution des capitaux abaisse ainsi la rente par une influence

contraire a celle de leur accumulation. Les terrains les moins productifs seront successivement

abandonnés, la valeur échangeable de leurs produits tombera, et on ne cultivera en dernier lieu

que les terrains les plus fertiles, qui alors ne paieront plus de rentes.

Le même résultat aurait encore lieu dans le cas où l’accroissement de richesse et de population

dans un pays serait accompagné de si grandes améliorations dans l’agriculture, qu’il n’y eût

plus besoin de cultiver des terrains d'une qualité inférieure, ou de dépenser autant de capital à

la culture des terrains plus fertiles.

Supposons qu’une population donnée ait besoin pour sa nourriture d’un million de quarters de

blé, qu’on récolte sur des terrains des qualités nos 1, 2, 3. Si l’on vient à découvrir un moyen

perfectionné par lequel les terrains nos 1 et 2 suffisent pour donner la quantité requise sans

avoir recours au n°3, il est clair que dès lors il y aura baisse de la rente ; car c’est le n°2 au lieu

du n°3 qui sera alors cultivé sans payer de rente et celle du n°1, au lieu d’être la différence entre

le produit du n°3 et du n°1, ne représentera plus que la différence entre les nos 2 et 1. La

population restant la même, il ne saurait y avoir de demande pour une quantité plus forte de

blé ; le capital et le travail employés jadis à la culture du n°3 seront consacrés à la production

d’autres objets utiles à la société, et ne contribueraient à la hausse de la rente que dans le cas

où les matières premières qui entrent dans leur composition ne pourraient s’acquérir que par

un emploi moins avantageux du capital consacré à l’agriculture. Or, dans ce cas, on reprendrait

la culture du n°3.

Il est hors de doute que la baisse du prix relatif des produits naturels par suite d’améliorations

agricoles ou d’une économie dans la production, doit naturellement conduire à une plus forte

accumulation ; car les profits du capital doivent s’être accrus de beaucoup.

Cette accumulation de capital fera naître une plus forte demande d’ouvriers, fera hausser leurs

salaires, et augmentera la population ; il y aura ainsi, demande croissante de produits agricoles,

et, par suite, augmentation de culture. Mais ce n’est qu’après l’augmentation de la population

que les fermages pourront s’élever à leur ancien taux, c’est-à-dire après que les terres n° 3

auront été soumises à la culture ; et il se sera écoulé dans cet intervalle un espace de temps

assez considérable, signalé par une diminution réelle des rentes.

Les améliorations en agriculture sont de deux espèces : les unes augmentent la force pro-

ductive de la terre, et les autres nous font obtenir ses produits avec moins de travail. Toutes

deux tendent à faire baisser le prix des matières premières ; toutes deux influent sur la rente,

mais pas également. Si elles ne faisaient pas baisser le prix des matières premières, elles ne

seraient plus des améliorations ; car leur caractère essentiel est de diminuer la quantité de

.travail qui était nécessaire auparavant pour la production d’une denrée, et une telle diminution

ne saurait s’effectuer sans être suivie de la baisse de son prix ou de sa valeur relative.

Les améliorations qui augmentent les pouvoirs productifs de la terre, comprennent les

assolements et de meilleurs engrais. Par ces améliorations l’on peut retirer le même produit

d‘une moindre étendue de terrain. Si au moyen d'une rotation de turneps je puis en même

temps nourrir mes moutons et avoir une récolte de blé, le terrain qui servait auparavant à

nourrir mes moutons deviendrait inutile, et j’obtiendrais la même quantité de produits bruts en

employant une moindre quantité de terrain. Si je découvre un engrais qui fasse produire au

même terrain 20 pour cent en plus de blé, je puis retirer une partie du capital qui se trouve

employé à la partie la plus improductive de ma ferme. Mais, comme je l’ai déjà remarqué, il

n’est pas nécessaire, pour faire baisser la rente, de soustraire des terres à la culture : il suffit

pour cela qu’on emploie des portions successives de capital dans la même terre avec des

résultats différents, - la portion qui donne le moins de profit étant retirée. Si par l’introduction

de la culture des turneps ou par l’usage d’engrais plus riches, je puis avoir le même produit

moyennant le même capital ; et sans changer la différence qui existe entre les rendements des

portions successives de capital, je ferai baisser la rente, car cette portion, qui est la plus

productive, sera celle qui servira de mesure pour estimer toutes les autres. Supposons, par

exemple, que les portions successives de capital produisent 100, 90, 80, 70 : ma rente pendant

que j’emploierai ces quatre portions, sera de 60 ou de toute la différence entre

70 et 100 - 30

Tandis que le produit serait de 310

100

70 et 90 - 20 90

70 et 80 - 10 80

60 70

340

et tant que j’emploierai ces portions, la rente restera toujours la même, quoique le produit de

chacune d’elles éprouve un accroissement égal. Si, au lieu de 100, 90, 80, 70, les produits

s’élevaient à 125, 115 , 105, 95, la rente serait toujours de 60, qui est la différence entre

95 et 125 - 30

Tandis que le produit serait de 440

125

95 et 115 - 20 115

95 et 115 - 10 105

60 95

340

Mais ave une telle augmentation de produits, sans accroissement dans la demande, il ne

pourrait y avoir aucune raison pour consacrer tant de capital à la terre; on en retirerait une

portion, et, par conséquent, la dernière portion de capital rapporterait 105 au lieu de 95, et la

rente baisserait à 30, ou à la différence entre

105 et 125

- 20

Tandis que le produit serait toujours en rapport avec les besoins de la

population, car il serait de 345 quarters, ou 125

105 et 115

- 10 115

30 105

345

la demande n’étant que de 340 quarters.

Mais il est des améliorations qui peuvent faire baisser le prix relatif des produits et la rente en

argent, sans faire baisser la rente en blé. De telles améliorations n’augmentent pas, à la vérité,

les forces productives de la terre, mais elles font obtenir le même produit avec moins de travail.

Elles influent plutôt sur la formation du capital employé à la terre, que sur la culture même de

la terre. Des perfectionnements dans les instruments de l’agriculture, tels que les charrues et la

machine à battre le blé, l‘économie dans le nombre des chevaux employés à l’agriculture, et

des connaissances plus étendues dans l’art du vétérinaire, sont de cette nature. Moins de

capital, ce qui est la même chose que moins de travail, sera consacré à la terre ; mais pour

obtenir le même produit, il faudra toujours cultiver autant de terrain. Pour reconnaître si des

améliorations de cette espèce influent sur la rente, il faudra examiner si la différence entre le

produit obtenu par l’emploi de différentes portions de capital, augmente, diminue, ou reste la

même. Si l’on consacre quatre portions de capital à la terre, 50, 60, 70, 80, chacune donnant

les mêmes résultats, et que, par quelque amélioration favorable à la formation de ce capital, on

en puisse retirer 5 de chaque portion, en sorte qu’elles restent à 45, 55, 65 et 75, la rente des

terres à blé ne subira aucune altération ; mais si les améliorations sont de nature à permettre

de faire sur la plus forte portion de capital, l’économie de la totalité de la portion employée

d’une manière moins productive, la rente baissera à l’instant, car la différence entre le capital le

plus productif et celui qui l’est le moins, se trouvera diminuée, et c’est cette différence qui

constitue la rente.

Je ne multiplierai pas les exemples, et j’espère en avoir dit assez pour prouver que tout ce qui

diminue l’inégalité entre les produits obtenus au moyen de portions successives de capital

employées sur le même ou sur de nouveaux fonds de terre, tend à faire baisser la rente, tandis

que tout ce qui augmente cette inégalité produit l’effet opposé, et tend à la faire hausser[22].

En parlant de la rente du propriétaire, nous l’avons considérée dans ses rapports avec le produit

total, sans avoir le moindre égard à sa valeur échangeable ; mais puisque la même cause - qui

est la difficulté de produire, - fait hausser la valeur échangeable des produits naturels, en

augmentant aussi la proportion de ces produits, donnés au propriétaire en paiement de sa

rente, il est clair que celui-ci tire un double avantage de la difficulté de produire. En effet il

obtient d’abord une portion plus forte, et puis il est payé en denrées dont la valeur est plus

considérable[23].

Chapitre 3 - Du profit foncier des mines

On obtient les métaux, ainsi que tous les autres objets, par le travail. La nature les produit, à la

vérité ; mais c’est le travail de l’homme qui les arrache du sein de la terre, et qui les prépare

pour notre usage.

Les mines, ainsi que les terres, rendent en général un profit au propriétaire. Et ce profit, qui

quelquefois est affermé, aussi bien que celui des fonds de terre, est l’effet, et n’est jamais la

cause du renchérissement des produits.

S’il y avait quantité de mines également. riches, que chacun pût exploiter, elles ne donneraient

pas de rente ; la valeur de leurs produits dépendrait uniquement de la quantité de travail

nécessaire pour tirer le métal de la mine et le porter au marché.

Mais les mines sont de qualité différente, et, avec la même quantité de travail, chacune donne

un résultat différent. Le métal, retiré de la mine la plus pauvre parmi celles qui sont exploitées,

doit avoir au moins une valeur échangeable, non-seulement suffisante pour payer

l’habillement, la nourriture et les autres objets indispensables à l’entretien de ceux qui

travaillent à l’exploitation et au transport du métal, mais il doit aussi rapporter le profit

ordinaire et général à celui qui avance le capital nécessaire à l’entreprise. La rentrée avec profit

du capital de la mine la plus pauvre, de celle qui ne peut payer aucun profit, aucune rente au

propriétaire du sol, sert à régler la rente de toutes les autres mines plus productives. On

suppose que cette mine rend l’intérêt ordinaire des avances ; et tout ce que les autres mines

produisent de plus que celle-ci, sera nécessairement payé au propriétaire pour le profit du

fonds. Ce principe étant précisément le même que celui que nous avons posé par rapport à la

terre, il serait inutile de nous y arrêter davantage[24].

Il suffira de remarquer que la même règle générale qui détermine la valeur des produits

agricoles et des objets manufacturés, s’applique également aux métaux. Leur valeur ne dépend

ni du taux des profits, ni de celui des salaires, ni de la rente des mines, mais de la quantité

totale de travail nécessaire à l’extraction du métal et à son transport.

Comme celle de toute autre marchandise, la valeur des métaux éprouve des variations. Il peut

se faire dans les instruments et dans les machines consacrées à l’exploitation des mines, des

améliorations au moyen desquelles il y ait une grande diminution de travail ; on peut découvrir

de nouvelles mines plus productives, qui, avec le même travail, donnent plus de métal, ou bien

on peut rendre les transports plus faciles. Dans tous les cas, les métaux baisseraient de valeur,

et ne s’échangeraient plus que contre une moindre quantité d’autres articles. Au contraire, si la

difficulté d’obtenir le métal devenait plus grande par la nécessité d’exploiter la mine à une plus

grande profondeur, par l’affluence des eaux ou par tout autre accident, sa valeur, par rapport à

celles des autres objets, pourrait hausser de beaucoup.

C’est donc avec raison que l’on a dit que les monnaies d‘or et d’argent, avec quelque

scrupuleuse exactitude qu’elles soient fabriquées d’après le type national, sont toujours sujet-

tes à des variations de valeur non-seulement accidentelles et passagères, mais même perma-

nentes, comme toute autre marchandise.

La découverte de l’Amérique, et celle des riches mines qu’elle renferme, produisit un effet

remarquable sur le prix naturel des métaux précieux. Il y a des personnes qui croient que cet

effet se prolonge encore. Il est cependant probable que toute l’influence produite par la décou-

verte de l’Amérique sur la valeur des métaux a cessé depuis longtemps ; et si, depuis quelques

années, les métaux précieux ont éprouvé quelque déchet dans leur valeur, on ne doit l’attribuer

qu’aux progrès qu’on a faits dans l’exploitation des mines[25].

Quelles qu’aient été les causes qui l’ont produit, il est certain que l’effet a été si lent, si graduel,

qu’on a éprouvé bien peu d'inconvénients d’avoir adopté l’or et l’argent comme intermédiaires

dans les échanges, et comme appréciateurs de toutes les autres marchandises. Quoiqu’ils

constituent une mesure de la valeur essentiellement variable, les métaux sont peut-être, de

toutes les marchandises, celle qui est la moins sujette à éprouver des variations. Cet avantage,

ainsi que ceux qui résultent de la durée, de la malléabilité, de la divisibilité et de beaucoup

d’autres propriétés des métaux précieux, leur ont assuré, a juste titre, la préférence qu’on leur

a donnée dans tous les pays civilisés, pour servir de monnaie.

Après avoir reconnu que l’or et l’argent sont une mesure imparfaite des valeurs, en raison du

plus ou moins de travail qui peut être nécessaire, suivant les circonstances, pour se procurer

ces métaux, qu’il nous soit permis maintenant de supposer pour un moment que tous ces

inconvénients disparaissent, et qu’avec la même quantité de travail on puisse se procurer dans

tous les temps une quantité égale d‘or d’une mine qui ne paie pas de rente. L’or serait alors

une mesure invariable de la valeur. Sa quantité augmenterait sans doute par la demande

croissante ; mais sa valeur resterait invariable, et ce serait une mesure on ne peut mieux

calculée pour estimer la valeur variable de toutes les autres choses. J’ai déjà, dans un chapitre

précédent de cet ouvrage, supposé que l’or était doué de cette uniformité de valeur, et je conti-

nuerai à faire, dans le chapitre suivant, la même supposition. Lors donc que je parlerai de prix

variables, cette variation devra toujours s’entendre de la marchandise, et jamais de la monnaie

qui sert de mesure pour l’estimer.

Chapitre 4 - Du prix naturel et du prix courant

Nous avons regardé le travail comme le fondement de la valeur des choses, et la quantité de

travail nécessaire h leur production, comme la règle qui détermine les quantités respectives des

marchandises qu’on doit donner en échange pour d’autres ; mais nous n’avons pas prétendu

nier qu’il n’y eût dans le prix courant des marchandises quelque déviation accidentelle et

passagère de ce prix primitif et naturel.

Dans le cours ordinaire des événements, il n’y a pas de denrées dont l’approvisionnement

continue pendant un certain temps à être précisément aussi abondant que l’exigeraient les

besoins et les désirs des hommes, et par conséquent il n’y en a pas qui n’éprouvent des

variations de prix accidentelles et momentanées.

Ce n’est qu’en raison de pareilles variations que des capitaux sont consacrés précisément dans

la proportion requise, et non au delà, à la production des différentes marchandises pour

lesquelles il y a demande. Par la hausse ou la baisse du prix, les profits s’élèvent au-dessous de

leur niveau général, et par là les capitaux se rapprochent ou s’éloignent des industries qui

viennent d’éprouver l’une ou l’autre de ces variations.

Chacun étant libre d’employer son capital comme il lui plaît, il est naturel qu’il cherche à le

placer de la manière la plus avantageuse ; il ne se contentera pas d’un profit de 10 pour cent,

si, par un autre emploi, il peut en tirer 15 pour cent. Ce désir inquiet, qu’a tout capitaliste,

d’abandonner un placement moins lucratif pour un autre qui le soit davantage, tend

singulièrement à établir l’égalité dans le taux de tous les profits, ou à en fixer les proportions

de telle sorte que les individus intéressés puissent estimer et compenser entre elles tout

avantage que l’un aurait ou paraîtrait avoir sur l'autre. Il est peut-être assez difficile de retracer

la marche par laquelle ce changement s’est opéré ; cela tient probablement à ce qu’un

manufacturier ne change pas absolument l’emploi de son capital, et se borne à en retrancher

une portion. Dans tous les pays riches, il y a un certain nombre d’hommes qu’on appelle

capitalistes ; ils ne font aucun commerce, et ils vivent de l’intérêt de leur argent, qui est

employé à escompter des effets de commerce, ou qui est prêté à la classe la plus industrieuse

de l’État. Les banquiers consacrent aussi une grande partie de leurs capitaux aux mêmes

opérations. Ces fonds, ainsi employés, forment un capital circulant très-considérable, qui est

employé en quantités plus ou moins grandes dans tous les genres d’industrie. Il n’est peut-être

pas de manufacturier, quelque riche qu’il soit, qui circonscrive ses opérations dans le cercle

que ses propres fonds lui permettent. Il a toujours une certaine portion de capital flottant dont

la somme augmente ou diminue, selon que la demande pour ses produits est plus ou moins

active. Quand il y a grande demande de soieries, celle des draps diminuant, le fabricant de

draps ne détourne pas son capital vers le commerce de la soierie ; il renvoie quelques-uns de

ses ouvriers, et cesse d’emprunter de l’argent aux banquiers et aux capitalistes. Le fabricant de

soieries se trouve dans une situation tout opposée ; et a besoin d’employer plus d’ouvriers, et

par conséquent le besoin d’argent s’accroît pour lui ; il en emprunte en effet davantage, et le

capital est ainsi détourné d’un emploi vers un autre, sans qu’un seul manufacturier soit forcé

de suspendre ses travaux ordinaires. Si nous portons les yeux sur les marchés des grandes

villes, nous verrons avec quelle régularité ils sont pourvus de toutes sortes de denrées

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