Notes sur la rente de la terre - 2° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur la rente de la terre - 2° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur la capitalisation et l'actuariat - 2° partie Les principaux thèmes abordés sont les suivants: les considérations, Des salaires,
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nationales et étrangères dans la quantité requise. Quelque variable qu’en soit même la

demande par l’effet du caprice, du goût, ou des variations survenues dans la population, il

arrive rarement qu’on ait à signaler soit un engorgement par un approvisionnement

surabondant, soit une cherté excessive, par la faiblesse de l’approvisionnement comparée à la

demande. On doit donc convenir que le principe qui distribue le capital à chaque branche

d’industrie, dans des proportions exactement convenables, est plus puissant qu’on ne le

suppose en général.

Le capitaliste qui cherche un emploi plus profitable pour ses fonds, doit naturellement peser

tous les avantages qu’un genre d’industrie peut avoir sur un autre. Par cette raison, il pourrait

renoncer à un emploi plus profitable de son argent, pour un autre emploi qui lui offrirait plus

de sûreté, de propriété, de commodité, ou tout autre avantage réel ou imaginaire.

Si, par de telles considérations, les profits des capitaux étaient réglés de manière à ce que dans

un genre d’industrie ils fussent de 20, dans un autre de 25, et dans un troisième de 30 pour

cent, ils continueraient toujours à présenter cette même différence relative, qui ne saurait

augmenter : car si, par une cause quelconque, les profits d’un de ces genres d’industrie

venaient à hausser de 10 pour cent, cette hausse serait momentanée, et ils reviendraient

promptement à leur taux ordinaire, ou les profits des autres commerces s’élèveraient dans la

même proportion.

Supposons que toutes les marchandises soient à leur prix naturel, et par conséquent que le

taux des profits du capital reste le même dans toutes les industries ; ou bien supposons que les

profits ne diffèrent que parce que ces marchandises ont, dans l’esprit des parties intéressées,

quelque avantage réel ou imaginaire dont on jouit ou auquel on renonce. Supposons ensuite

qu’un changement dans la mode augmente la demande des soieries et diminue celle des

étoffes de laine : leur prix naturel restera le même, car la quantité de travail nécessaire a leur

production n’aura pas changé ; mais le prix courant des soieries haussera, et celui des étoffes

de laine baissera. Par conséquent les profits du fabricant de soieries se trouveront au-dessus,

et ceux du fabricant d’étoffes de laine, au-dessous du taux ordinaire des profits ; et ce

changement survenu dans les profits s’étendra au salaire des ouvriers. Cependant la demande

extraordinaire des soieries serait bientôt satisfaite, au moyen des capitaux et de l’industrie

détournés des manufactures de draps vers celles de soieries ; et alors les prix courants des

étoffes de soie et de laine se rapprocheraient de nouveau de leurs prix naturels, et chacune de

ces branches de manufactures ne donnerait plus que les profits ordinaires.

C’est donc l’envie qu’a tout capitaliste de détourner ses fonds d’un emploi déterminé vers un

autre plus lucratif, qui empêche le prix courant des marchandises de rester longtemps

beaucoup au-dessus ou beaucoup au-dessous de leur prix naturel. C’est cette concurrence qui

établit la valeur échangeable des marchandises, de telle sorte qu’après le paiement des salaires

pour le travail nécessaire à leur production, et après les autres dépenses indispensables pour

donner au capital engagé toute sa faculté de production, l’excédant de valeur est dans chaque

espèce de manufacture en raison de la valeur du capital employé.

Dans le premier chapitre de la Richesse des Nations, tout ce qui a rapport à cette question est

traité avec beaucoup de sagacité. Quant à nous, après avoir pleinement reconnu les effets qui,

dans certains emplois du capital, peuvent modifier accidentellement le prix desdenrées, celui

des salaires et les profits des fonds sans avoir aucune influence sur le prix général des denrées,

des salaires ou des profits ; après avoir, dis-je, reconnu ces effets qui se font également sentir

à toutes les époques de la société, nous pouvons les négliger entièrement en traitant des lois

qui règlent les prix naturels, les salaires naturels et les profits naturels, toutes choses

indépendantes de ces causes accidentelles. En parlant donc de la valeur échangeable des

choses, ou du pouvoir qu’elles ont d’en acheter d’autres, j’entends toujours parler de cette

faculté qui constitue leur prix naturel, toutes les fois qu’elle n’est point dérangée par quelque

cause momentanée ou accidentelle[26]

Chapitre 5 - Des salaires

Le travail, ainsi que toutes choses que l’on peut acheter ou vendre, et dont la quantité peut

augmenter ou diminuer, a un prix naturel et un prix courant. Le prix naturel du travail est celui

qui fournit aux ouvriers, en général, les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans

accroissement ni diminution. Les ressources qu’a l’ouvrier pour subvenir à son entretien et à

celui de la famille nécessaire pour maintenir le nombre des travailleurs, ne tiennent pas à la

quantité d’argent qu’il reçoit pour son salaire, mais à la quantité de subsistances et d’autres

objets nécessaires ou utiles dont l’habitude lui a fait un besoin, et qu’il peut acheter avec

l’argent de ses gages. Le prix naturel du travail dépend donc du prix des subsistances et de

celui des choses nécessaires ou utiles à l’entretien de l’ouvrier et de sa famille. Une hausse

dans les prix de ces objets fera hausser le prix naturel du travail, lequel baissera par la baisse

des prix.

Plus la société fait de progrès, plus le prix naturel tend à hausser, parce qu’une des principales

denrées qui règlent le prix naturel tend à renchérir, en raison de la plus grande difficulté de

l’acquérir. Néanmoins ; les améliorations dans l’agriculture, la découverte de nouveaux marchés

d’où l’on peut tirer des subsistances, peuvent, pendant un certain temps, s’opposer à la hausse

du prix des denrées, et peuvent même faire baisser leur prix naturel. Les mêmes causes

produiront un semblable effet sur le prix naturel du travail.

Le prix naturel de toute denrée, - les matières primitives et le travail exceptés, - tend à baisser,

par suite de l’accroissement des richesses et de la population ; car quoique, d’un côté, leur

valeur réelle augmente par la hausse du prix naturel des matières premières, ce renchérisse-

ment est plus que compensé par le perfectionnement des machines, par une meilleure division

et distribution du travail, et par l’habileté toujours croissante des producteurs dans les sciences

et dans les arts.

Le prix courant du travail est le prix que reçoit réellement l’ouvrier, d’après les rapports de

l’offre et la demande, le travail étant cher quand les bras sont rares, et à bon marché lorsqu’ils

abondent. Quelque grande que puisse être la déviation du prix courant relativement au prix

naturel du travail, il tend, ainsi que toutes les denrées, à s’en rapprocher. C’est lorsque le prix

courant du travail s’élève au-dessus de son prix naturel que le sort de l’ouvrier est réellement

prospère et heureux, qu’il peut se procurer en plus grande quantité tout ce qui test utile ou

agréable à la vie, et par conséquent élever et maintenir une famille robuste et nombreuse.

Quand, au contraire, le nombre des ouvriers s’accroît par le haut prix du travail, les salaires

descendent de nouveau à leur prix naturel, et quelquefois même l’effet de la réaction est tel,

qu’ils tombent encore plus bas.

Quand le prix. courant du travail est au-dessous de son prix naturel, le sort des ouvriers est

déplorable, la pauvreté ne leur permettant plus de se procurer les objets que l’habitude leur a

rendu absolument nécessaires. Ce n’est que lorsqu’à force de privations le nombre des ouvriers

se trouve réduit, ou que la demande de bras s’accroît, que le prix courant du travail remonte de

nouveau à son prix naturel. L’ouvrier peut alors se procurer encore une fois les jouissances

modérées qui faisaient son bonheur.

Malgré la tendance qu’ont les salaires à revenir à leur taux naturel, leur prix courant peut

cependant, dans la marche de la civilisation, et pendant un temps indéterminé, se maintenir

constamment plus haut ; car à peine l’impulsion, donnée par une augmentation de capital, a-t-

elle augmenté la demande d’ouvriers, qu’une nouvelle augmentation peut produire le même

effet. Et si cet accroissement de capital est graduel et constant, le besoin de bras continuera à

servir d’encouragement à la population.

Le capital est cette partie de la richesse d’une nation qui est employée à la production. Il se

compose des matières alimentaires, des vêtements, des instruments et ustensiles, des machin-

es, des matières premières, etc., nécessaires pour rendre le travail productif.

Le capital peut augmenter à la fois en quantité et en valeur. Une nation peut avoir plus de

subsistances et de vêtements, et demander peut-être plus de travail encore qu’auparavant pour

produire cette quantité additionnelle. Dans ce cas, le capital ne sera pas seulement plus consi-

dérable, il aura plus de valeur.

Le capital peut augmenter en quantité sans augmenter de valeur ; il peut même s’accroître

pendant que sa valeur éprouve une baisse. Ainsi une nation peut posséder plus de subsistances

et de vêtements ; mais cette augmentation peut provenir de l’emploi des machines, sans qu’il y

ait aucune augmentation, et même avec diminution réelle dans la quantité proportionnelle de

travail nécessaire à leur production. La masse de capital peut s’accroître sans qu’il augmente de

valeur, soit dans sa totalité, soit dans une de ses parties.

Dans le premier cas, le prix naturel des salaires haussera ; car il est toujours réglé par le prix de

la nourriture, de l’habillement et des autres objets nécessaires. Dans le second, il restera

stationnaire, ou il baissera : mais, dans l’un comme dans l’autre cas, le prix courant des salaires

doit monter ; car la demande des bras augmentera en raison de l’augmentation du capital. Plus

il y aura d’ouvrage a faire, plus on aura besoin d’ouvriers.

Dans les deux cas, le prix courant du travail montera même au-dessus de son prix naturel, ou

tendra à s’en rapprocher ; mais c’est surtout dans le premier que se manifestera cet accord des

deux prix. Le sort de l’ouvrier sera amélioré, mais faiblement ; car la cherté des vivres et des

autres objets de nécessité absorbera une grande partie de son salaire, quoiqu’il soit plus fort.

Par conséquent le manque de travail ou une légère augmentation de la population auront l’effet

de réduire bientôt le prix courant du travail au taux naturel, momentanément élevé.

Dans le second cas, le sort de l’ouvrier s’améliorera singulièrement ; il recevra un bien plus fort

salaire en argent, tandis qu’il pourra acheter les objets dont il a besoin pour lui et pour sa

famille aux mêmes conditions, et peut-être même à plus bas prix; et il faudra qu’il y ait un

grand surcroît de population pour ramener de nouveau le prix courant du travail à son prix

naturel déprécié.

C’est donc ainsi que toute amélioration dans la société, et toute augmentation de capital feront

hausser le prix courant des salaires ; mais la permanence de cette hausse dépendra d’un

accroissement simultané dans le taux naturel, et cette hausse tient à son tour à celle qui

survient dans le prix naturel des denrées à l’achat desquelles l’ouvrier emploie son salaire.

On aurait tort de croire que le prix naturel des salaires est absolument fixe et constant, même

en les estimant en vivres et autres articles de première nécessité ; il varie à différentes époques

dans un même pays, et il est très-différent dans des pays divers[27]. Cela tient essentiellement

aux mœurs et aux habitudes du peuple. L’ouvrier anglais regarderait son salaire comme au-

dessous du taux naturel, et insuffisant pour maintenir sa famille, s’il ne lui permettait d’acheter

d’autre nourriture que des pommes de terre, et d’avoir pour demeure qu’une misérable hutte

de terre ; et néanmoins cela paraît suffisant aux habitants des contrées où « la vie est a bon

marché, » et où l’homme n’a que des besoins aussi modérés que faciles à satisfaire.

Il y a bien des choses qui constituent aujourd’hui le bien-être du paysan anglais, et qu’on aurait

regardées comme des objets de luxe à des époques reculées de notre histoire.

Les progrès de la société faisant toujours baisser le prix des articles manufacturés, et hausser

celui des matières premières, il s’opère à la longue une telle disproportion dans leur valeur

relative, que, dans les pays riches, un ouvrier peut, moyennant le sacrifice d’une petite quantité

de sa nourriture, satisfaire amplement tous ses autres besoins.

Indépendamment des variations dans la valeur de l’argent, qui influent nécessairement sur les

salaires, mais dont nous avons négligé les effets, - ayant supposé que la valeur de l’argent était

invariable, - les salaires peuvent hausser ou baisser par les deux causes suivantes :

1. L’offre et la demande de travail ;

2. Le prix des denrées à l’achat desquelles l’ouvrier consacre son salaire.

À des époques différentes de la société, l’accumulation des capitaux ou des moyens de payer le

travail, est plus ou moins rapide, et dépend toujours de la puissance plus ou moins productive

du travail. Le travail est, en général, le plus productif, lorsqu’il y a abondance de terrains

fertiles. À ces époques l’accumulation est souvent si rapide, que le capital ne saurait trouver

assez de bras à employer.

On a calculé que, dans des circonstances favorables, la population pouvait doubler dans vingt-

cinq ans. Mais, dans des circonstances tout aussi favorables, le capital national pourrait fort

bien avoir doublé en moins de temps. Dans ce cas, les salaires, pendant toute cette époque,

tendront à hausser, parce que le nombre des bras sera toujours insuffisant pour le besoin

qu’on en aura.

Dans des colonies nouvelles où l’on introduit les arts et les connaissances des pays plus

avancés en civilisation, il est probable que les capitaux tendent à s’accroître plus vite que

l’espèce humaine ; et si des pays plus peuplés ne suppléaient au manque de bras, cette ten-

dance élèverait considérablement le prix du travail. À mesure que ces établissements devien-

nent plus peuplés, et que l’on commence à défricher des terrains de mauvaise qualité, les

capitaux n’augmentent plus si rapidement ; car l’excédant des produits sur les besoins de la

population doit nécessairement être proportionné à la facilité de la production, c’est-à-dire au

petit nombre de personnes qui y sont employées. Quoiqu’il soit donc probable que, dans les

circonstances les plus favorables, la production devance la population, cela ne saurait continuer

longtemps ; car, l’étendue du sol étant bornée, et ses qualités étant différentes, à chaque

nouvel emploi de capital, le taux de la production diminuera, tandis que les progrès de la

population resteront toujours les mêmes.

Dans les pays où il y a des terres fertiles en abondance, mais où les habitants sont exposés, par

leur ignorance, leur paresse et leur barbarie, à toutes les horreurs de la disette et de la famine,

et où on a pu dire que la population se dispute les moyens d’alimentation, il faudrait y remédier

autrement que dans les États depuis longtemps civilisés, et où la diminution des subsistances

entraîne tous les maux d’une population excessive. Dans le premier cas, le mal vient d’un

mauvais gouvernement, de l’instabilité de la propriété, de l’ignorance générale. Pour rendre ces

populations plus heureuses, il suffirait d’améliorer le gouvernement, d’étendre l’instruction ; on

verrait alors l’augmentation du capital dépasser nécessairement l’accroissement de la

population, et les moyens de production iraient au delà des besoins de la nation. Dans l’autre

cas, la population grandit plus lite que le fonds nécessaire a son entretien : et il arrivera que

chaque nouvel effort de l’industrie, à moins d’être suivi d’une diminution dans les rangs du

pays, ne fera qu’ajouter au mal : la production ne pouvant, marcher aussi rapidement que les

naissances.

Pour un pays où l’on se dispute les subsistances, les seuls remèdes sont, ou un affaiblissement

de la population ou une accumulation rapide de capital. Dans les pays riches, où toutes les

terres fertiles ont été déjà mises en culture, le dernier remède n'est ni très-praticable ni très-

désirable, car le résultat serait, au bout de quelque temps, de réduire toutes les classes de la

société à la même indigence. Mais dans ces contrées pauvres, où existent d'immenses moyens

de production, enfouis dans des terres fertiles et incultes, l'augmentation du capital est le seul

moyen efficace et sûr de combattre le mal, car il en résultera dans la situation de toutes les

classes de la société une amélioration sensible.

Tous les amis de l'humanité doivent désirer que les classes laborieuses cherchent partout le

bien-être, les jouissances légitimes, et soient poussées, par tous les moyens légaux, à les

acquérir. On ne saurait opposer un meilleur frein à une population exubérante. Dans les pays

où les classes pauvres ont le moins de besoins, et, se contentent de la plus chétive subsistance,

les populations sont soumises aux misères et aux vicissitudes les plus terribles. Elles n'ont

aucun abri contre les calamités sociales : elles ne sauraient chercher un refuge dans une

situation plus humble : elles sont déjà si abaissées, si malheureuses, qu'il ne leur reste même

plus la triste faculté de descendre encore. Elles ne peuvent remplacer que par de rares

succédanés leurs aliments ordinaires et principaux, et la disette entraîne pour elles presque

tous les maux attachés à la famine[28].

Dans la marche naturelle des sociétés, les salaires tendront à baisser en tant qu’ils seront

réglés par l’offre et la demande ; car le nombre des ouvriers continuera à s’accroître dans une

progression un peu plus rapide que celle de la demande. Si, par exemple, les salaires étaient

réglés sur un accroissement annuel de capital, représenté par 2 pour cent, ils tomberaient lors-

que le capital n’augmenterait plus qu’à raison de 1 et demi pour cent. Ils baisseraient encore

davantage quand cet accroissement ne serait plus que de 1 ou de demi pour cent ; et cette

baisse continuerait jusqu’à ce que le capital devînt stationnaire. Les salaires le deviendraient

aussi, et ils ne seraient que suffisants pour maintenir la population existante. Je soutiens que,

dans de pareilles circonstances, les salaires doivent baisser, par le seul effet de l’offre et la

demande des bras ; mais il ne faut pas oublier que le prix des salaires tient aussi a celui des

denrées que l’ouvrier a besoin d’acheter.

À mesure que la population augmente, ces denrées iront toujours en augmentant de prix, -

plus de travail devenant nécessaire à leur production. Si les salaires, payés en argent à l’ouvrier,

viennent à baisser pendant que toutes les denrées à l’achat desquelles il dépensait le produit de

son travail haussent de prix, il se trouvera doublement atteint, et il n’aura bientôt plus de quoi

subsister. C’est pourquoi, au lieu de baisser, les salaires en argent hausseraient, au contraire,

mais pas suffisamment pour permettre à l’ouvrier d’acheter autant de choses nécessaires ou

utiles qu’il pouvait le faire avant le renchérissement de ces denrées. Si ses salaires étaient

annuellement de 24 liv. st., ou de six quarters de blé quand le blé valait 4 livres le quarter, il ne

recevrait probablement plus que la valeur de cinq quarters, lorsque le blé serait à 5 livres. Mais

ces cinq quarters coûteraient 25 liv. ; il recevrait donc des gages plus forts en valeur, et

cependant il ne pourrait plus acheter une quantité de blé et d’autres denrées égale à celle qu’il

était dans l’habitude de consommer auparavant, lui et sa famille[29].

Et cependant, quoique l’ouvrier fût réellement moins bien payé, cette augmentation de salaires

diminuerait nécessairement les profits du manufacturier ; car il ne pourrait pas vendre sa

marchandise plus cher, quoique les frais de production fussent augmentés. Nous reviendrons

là-dessus lorsque nous examinerons les principes qui règlent les profits.

Il paraîtrait donc que la cause qui fait hausser les rentes est aussi celle qui fait hausser les

salaires, l’une et l’autre tenant à la difficulté croissante d’obtenir une plus grande quantité de

subsistances moyennant la même quantité proportionnelle de travail. Par conséquent si l’argent

avait une valeur invariable, les rentes ainsi que les salaires tendraient toujours à la hausse dans

un état d’accroissement progressif de la richesse et de la population.

Mais entre la hausse de la rente et celle des salaires il y a une différence essentielle. La hausse

des rentes estimées en argent est accompagnée d’une part plus considérable des produits.

Non-seulement le propriétaire foncier reçoit plus d’argent de son fermier, mais il en reçoit

aussi plus de blé ; il aura plus de blé, et chaque mesure de cette denrée s’échangera contre une

plus grande quantité de toutes les autres marchandises qui n’ont pas haussé de valeur. Le sort

de l’ouvrier sera moins heureux ; il recevra, à la vérité, plus d‘argent pour son salaire, mais ces

salaires vaudront moins de blé ; et non-seulement il en aura moins à sa disposition, mais sa

condition empirera sous tous les rapports, parla difficulté plus grande qu’il rencontrera de

maintenir le taux courant des salaires au-dessus de leur taux naturel. Quand le prix du blé

haussera de 10 pour cent, les salaires hausseront toujours dans une proportion moindre, et la

rente, au contraire, dans un rapport plus considérable. La condition de l’ouvrier empirera en

général, tandis que celle du propriétaire foncier s’améliorera.

Le blé étant à 4 liv. st. le quarter, supposons que le salaire de l’ouvrier soit de 24 livres par an,

ou d’une valeur égale à six quarters de blé, et supposons qu’il en dépense la moitié pour

l’achat du blé, et qu’il en emploie l’autre moitié, ou 12 livres, à d’autres objets, il recevrait

le blé étant à ou la valeur de quarters, et moyennant

ces salaires il pourrait vivre aussi bien, mais pas mieux que par le passé ; car, lorsque le blé

serait à 4 liv. le quarter,

il dépenserait pour trois quarters de blé l. 12

et à l’achat d’autres objets l. 12

-----

l. 24

Quand le blé vaudra 4 l. 4 s. 8 d., les trois quarters

que lui et sa famille consomment lui coûteront l. 12 14

et les autres objets qui n‘ont pas changé de prix l. 12

--------

l. 24 14

Les trois quarters à 4 l. 10 s. lui coûteront l. 13 10

et les autres articles l. 12

--------

l. 25 10

À 4 l. 16 s., les trois quarters lui coûteraient l. 14 8

et les autres objets l. 12

--------

l. 26 8

et à 5 l. 2. 10 il paierait les trois quarters l. 15 8 6

et les autres objets l. 12

--------

l. 8 6

À mesure que le blé renchérit, les salaires en argent augmenteront, mais les salaires en nature

diminueront, et le bien-être de l’ouvrier se trouvera être, par la supposition précédente,

exactement le même. Mais d’autres articles auront haussé de prix, en raison de la quantité de

matière première qui entre dans leur composition, et il lui faudra payer davantage pour les

obtenir. Quoique le thé, le sucre, le savon, la chandelle et le loyer de sa maison ne lui coûtent

peut-être pas plus cher, le lard, le fromage, le beurre, le linge, la chaussure et l’habillement lui

coûteront davantage ; et par conséquent, malgré l’augmentation des salaires, sa position sera

devenue comparativement plus mauvaise. On pourrait m’objecter que je considère toujours

l’effet des salaires sur les prix, en partant de la supposition que l’or et les métaux qui servent à

frapper les monnaies sont un produit du pays où il y a variation dans les salaires, et que les

conséquences que j’en tire s’accordent mal avec l’état actuel des choses, parce que l’or est un

métal que nous tirons de l’étranger. Mais de ce que l’or est le produit de l’étranger, il ne

s’ensuit pas que l’argument soit moins vrai ; car l’on peut démontrer que les effets seraient, en

dernière analyse, les mêmes, soit que l’on trouvât l’or dans le propre pays, soit qu’on le retirât

de l’étranger.

Lorsque les salaires haussent, c’est que l’augmentation de la richesse et des capitaux augmente

en général la demande de bras, qui doit infailliblement être suivie d’une production plus

considérable de denrées. Pour mettre dans la circulation ce surcroît de denrées, même aux

anciens prix, il faudra plus d’argent, plus de cette matière tirée de l’étranger, dont on fabrique

la monnaie, et que l’on ne peut se procurer que par l’importation. Toutes les fois que la

demande d’un article devient plus forte, sa valeur relative hausse par rapport aux autres objets

avec lesquels on l’achète. Si l’on demandait plus de chapeaux, leur prix hausserait, et l’on

donnerait plus d’or en échange. Si c’est l’or dont la demande est plus forte, l’or haussera, et les

chapeaux baisseront de prix, car il faudra une plus grande quantité de chapeaux et d’autres

articles pour acheter la même quantité d’or. Mais dire, dans le cas supposé, que les denrées

haussent en raison de la hausse des salaires, ce serait une contradiction manifeste ; car nous

dirions d’abord que l’or hausse de valeur relative par suite de la demande, et ensuite que sa

valeur relative doit baisser, parce que les prix haussent, - deux phénomènes absolument

incompatibles. Dire que les denrées haussent de prix, c’est dire que la valeur relative de la

monnaie baisse ; car ce sont les denrées qui servent à estimer la valeur relative de l’or. Si le prix

de toutes les denrées haussait, l’or étranger ne viendrait certainement pas les acheter pendant

qu’elles seraient chères ; il sortirait, au contraire, du pays pour être avantageusement employé,

à l’étranger, à l’achat de denrées qui sont à meilleur marché. Il ne paraît donc pas que la hausse

des salaires puisse faire hausser le prix des denrées, soit que les métaux qui servent à la

fabrication des monnaies se trouvent dans le pays, soit qu’ils viennent de l’étranger. Il ne peut y

avoir une hausse dans toutes les denrées à la fois, sans qu’il y ait en même temps une

augmentation de monnaie ; et cette quantité additionnelle, on ne saurait l’obtenir dans le pays

même, ainsi que nous l’avons déjà prouvé, et l’on ne pourrait pas non plus la tirer du dehors.

En effet, pour pouvoir acheter une plus grande quantité d’or, à l’étranger, il faut absolument

que les denrées, chez nous, soient à bon marché. L’importation de l’or, et la hausse du prix de

toutes les productions nationales, moyennant lesquelles on obtient ou on achète l’or, sont des

effets d’une incompatibilité absolue. L’usage très-étendu du papier-monnaie ne change rien à

la question ; car tout papier-monnaie se règle ou doit se régler par la valeur de l’or, et se

trouve par conséquent sous l’influence des causes mêmes qui influent sur la valeur de ce métal.

Voilà donc les lois qui règlent les salaires et qui régissent le bonheur de l’immense majorité de

toute société. Ainsi que tout autre contrat, les salaires doivent être livrés à la concurrence

franche et libre du marché, et n’être jamais entravés par l’intervention du Gouverneur.

La tendance manifeste et directe de la législation anglaise sur les indigents est diamétralement

en opposition avec ces principes, qui sont de toute évidence. Ces lois, bien loin de répondre au

vœu bienfaisant du législateur, qui ne voulait qu’améliorer la condition des pauvres, n’ont

d’autre effet que d’empirer à la fois et celle du pauvre et celle du riche ; - au lieu d’enrichir les

pauvres, elles ne tendent qu’à appauvrir les riches. Tant que nos lois actuelles sur les pauvres

seront en vigueur, il est dans l’ordre naturel des choses que les fonds destinés à l’entretien des

indigents s’accroissent progressivement, jusqu’à ce qu’ils aient absorbé tout le revenu net du

pays, ou au moins tout ce que le Gouvernement pourra nous en laisser après qu’il aura satisfait

ses demandes perpétuelles de fonds pour les dépenses publiques[30].

La tendance funeste de ces lois n’est plus un mystère depuis qu’elle a été dévoilée par la plume

habile de M. Malthus, et tous les amis des pauvres devraient désirer ardemment de les voir

abolies. Par malheur, elles sont établies depuis si longtemps, et les pauvres ont contracté de

telles habitudes sous leur influence, qu’il faudrait beaucoup de précautions et d’adresse pour

pouvoir les extirper sans danger de notre système politique. Ceux même qui sont le plus

résolus à abolir ces lois, conviennent qu’il faut opérer lentement, graduellement, si l’on veut

empêcher ceux en faveur de qui ces lois furent faites mal à propos, d’être accablés par la

misère[31].

C’est une vérité incontestable, que l’aisance et le bien-être des pauvres ne sauraient être

assurés, à moins qu’ils ne cherchent eux-mêmes, ou que la législature ne les conduise à

diminuer la fréquence des mariages entre des individus jeunes et imprévoyants. Le système de

la législation sur les pauvres a agi dans un sens tout à fait opposé. Il a rendu toute contrainte

superflue ; et l’on a séduit la jeunesse imprudente en lui offrant une portion des récompenses

dues à la prévoyance et à l’industrie[32].

La nature du mal en indique le remède. En circonscrivant graduellement les lois des pauvres, et

en cherchant à faire sentir aux indigents le prix de l’indépendance, en leur montrant qu’ils ne

doivent plus compter sur les secours d’une bienfaisance systématique ou casuelle, et qu’ils

n’ont d’autre ressource que celle de leur travail ; en leur prouvant enfin que la prudence est

nécessaire et la prévoyance utile, on marchera par degrés vers un état de choses plus stable et

plus salutaire[33].

Toute modification des lois sur les pauvres, qui n’aurait pas pour but leur abolition, ne mérite

aucune attention ; et celui-là sera le meilleur ami des pauvres et de l’humanité qui pourra

indiquer les moyens d’y parvenir de la manière à la fois la plus sûre et la moins violente. Ce

n’est point en changeant d’une manière quelconque le mode actuel de lever les fonds pour

l’entretien des pauvres, que le mal peut être diminué. Au lieu d’être une amélioration, cela ne

ferait qu’aggraver encore les maux que nous voudrions détruire, si par là on levait un fonds

plus considérable, ou s’il était prélevé, ainsi que quelques personnes l’ont proposé

dernièrement, comme une contribution générale sur toute la nation. La manière actuelle de

lever et d’appliquer cet impôt a contribué à mitiger ses funestes effets. Chaque paroisse lève un

fonds pour l’entretien de ses pauvres. Par cette méthode, l’on est plus intéressé à modérer le

taux de cette contribution, et cela devient plus praticable que si l’on imposait une contribution

générale pour secourir les pauvres de tout le royaume. Une paroisse a bien plus d’intérêt à

mettre de l’économie dans le mode de prélever les sommes imposées et dans la distribution

des secours, - toute épargne étant pour elle un profit, - que si des centaines de paroisses

avaient à partager ces fonds.

Et c’est cette cause qui a empêché le fonds des pauvres d’avoir déjà absorbé tout le revenu net

du royaume ; c’est à la rigueur que l’on met dans l’exécution de ces lois, que nous sommes

redevables de ce qu’elles ne sont pas encore devenues oppressives outre mesure. Si la loi

assurait à tout indigent. les moyens de s’entretenir, et si les secours étaient suffisants pour

qu’il pût vivre assez agréablement, l’on serait conduit, par la théorie, à affirmer que tous les

autres impôts ensemble pourraient paraître légers, comparés avec le seul impôt des pauvres.

Les lois de la gravitation ne sont pas plus certaines que ne l‘est la tendance qu’auraient de

pareilles lois à changer la richesse et la puissance en misère et en faiblesse, en faisant renoncer

l’homme à tout travail qui n’aurait pas pour unique but celui de se procurer des subsistances. Il

n’y aurait plus de distinctions relevant des facultés intellectuelles ; l’esprit ne serait occupé que

du soin de satisfaire les besoins du corps, jusqu’a ce qu’à la fin toutes les classes fussent en

proie à une indigence universelle. Il est heureux que ces lois aient été en vigueur à une époque

de prospérité toujours croissante, pendant laquelle les fonds pour le paiement du travail ont

régulièrement augmenté, et ont sollicité un accroissement de population. Mais si nos progrès

devenaient plus lents, si nous nous trouvions dans un état stationnaire - dont j’espère que

nous sommes encore bien éloignés, - c’est alors que la nature pernicieuse de ces lois

deviendrait plus manifeste, plus alarmante ; et c’est alors aussi que leur abolition rencontrerait

bien plus d’obstacles et de difficultés.

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