Notes sur le bas de pages - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur le bas de pages - 1° partie, Notes de Management

PDF (187.9 KB)
24 pages
66Numéro de visites
Description
Notes de gestion sur le bas de pages - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: La distinction de M. Ricardo, Selon Smith, les considérations de M. Ricardo, Selon M. Buchanan.
20points
Points de téléchargement necessaire pour télécharger
ce document
Télécharger le document
Aperçu3 pages / 24
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document

1. La distinction que fait ici M. Ricardo, d’après Adam Smith, entre lavaleur d’utilité et la valeur

échangeable, est fondamentale en économie politique.

Peut-être aurait-il dû remarquer que cette dernière, la valeur échangeable, est celle dont Smith

s’est exclusivement occupé dans tout son ouvrage, et que c’est en cela que consiste le grand

pas qu’il a fait faire à l’économie politique, à la science de toutes, peut-être, qui influe plus

directement sur le sort des hommes. En effet, la Valeur, cette qualité abstraite par laquelle les

choses deviennent des Richesses, ou des portions de richesses, était une qualité vague et

arbitraire que chacun élevait ou abaissait à son gré, selon l’estime que chacun faisait de sa

chose ; mais du moment qu’on a remarqué qu’il fallait que cette valeur fût reconnue et avouée

pour qu’elle devînt une richesse réelle, la science a eu dès lors une base fixe : La valeur

courante ou échangeable des choses, ce qu’on appelle leur prix courant, lorsque l’évaluation en

est faite dans la monnaie du pays. En raisonnant sur cette valeur, sur ce qui la crée, sur ce qui

l’altère, on n’a plus raisonné sur des abstractions, pas plus que deux héritiers, après avoir fait

l’inventaire d’une succession, ne se partagent des abstractions.

Je ne saurais m’empêcher de remarquer ici que cette nécessité de fixer la valeur des choses par

la valeur qu’on peut obtenir en retour de ces mêmes choses, dans l’échange qu’on voudrait en

faire, a détourné la plupart des écrivains du véritable objet des recherches économiques. On a

considéré l’échange comme le fondement de la richesse sociale, tandis qu’il n’y ajoute

effectivement rien. Deux valeurs qu’on échange entre elles, un boisseau de froment et une

paire de ciseaux, ont été préalablement formées avant de s’échanger ; la richesse qui réside en

elles existe préalablement à tout échange; et, bien que les échanges jouent un grand rôle dans

l’économie sociale, bien qu’ils soient indispensables pour que les produits parviennent jusqu’à

leurs consommateurs, ce n’est point dans les échanges mêmes que consiste la production ou la

consommation des richesses. Il y a beaucoup de richesses produites, et même distribuées sans

échange effectif. Lorsqu’un gros cultivateur du Kentucky distribue à sa famille et à ses

serviteurs le froment de ses terres et la viande de ses troupeaux ; lorsqu’il fait filer et tisser

dans sa maison, pour son usage, les laines ou le coton de sa récolte, et qu’il distile même des

pêches pour faire sa boisson, lui et les siens produisent et consomment des richesses qui n’ont

point subi d’échange.

La valeur échangeable d’une chose, même lorsque l’échange ne s’effectue pas, sa valeur vénale,

c’est-à-dire la valeur qu’elle aurait dans le cas où l’on jugerait à propos de la vendre, suffit

donc, même sans qu’aucune vente ait lieu, pour constituer la richesse. C’est ainsi qu’un

négociant connaît sa richesse par l’inventaire qu’il fait de son fonds, même sans avoir

l’intention de le vendre.

J.-B. Say.

2. Smith, et, après lui, tous les écrivains anglais, confondent les motstravail et industrie. D’après

l’analyse des travaux productifs qui fait partie de mon Traité d’Économie politique, on voit que

les travaux productifs sont ceux du savant qui étudie les lois de la nature, de l’entrepreneur

d’industrie qui les applique à la satisfaction des besoins de l’homme, et de l’ouvrier qui exécute

le travail manuel qui résulte de l’indication des deux premiers. Le mot travail exprime

imparfaitement toutes ces opérations, dont quelques-unes renferment des résultats de ce qu’il

y a de plus relevé dans l’intelligence humaine. C’est à leur ensemble qu’il convient de donner le

nom d’industrie, pour réserver le nom de travail aux opérations qui sont plus dépourvues de

combinaisons. L’analyse des diverses opérations de l’industrie est d’autant plus nécessaire,

qu’elles obtiennent, dans la distribution des valeurs produites par leur moyen, des rétributions

très-diverses. J.-B. Say.

3. Livre I, chap. 16, p. 65, édit. Guillaumin.

4. M. Ricardo me semble à tort ne considérer ici qu’un des éléments de la valeur des choses,

c’est-à-dire le travail, ou, pour parler plus exactement, l’étendue des sacrifices qu’il faut faire

pour les produire. Il néglige le premier élément, le véritable fondement de la valeur, l’utilité.

C’est l’utilité qui occasionne la demande qu’on fait d’une chose. D’un autre coté, le sacrifice

qu’il faut faire pour qu’elle soit produite, en d’autres mots, ses frais de production font sa

rareté, bornent la quantité de cette chose qui s’offre à l’échange. Sa valeur s’élève d’autant plus

qu’elle est plus demandée et moins offerte, et s’élève d’autant moins qu’elle est moins

demandée et plus offerte. Ce principe est fondamental en économie politique ; il est confirmé

par une expérience constante ; il est expliqué par le raisonnement. (Voyez monTraité

d’Économie politique, liv. II, chap. 1.) Ge ne sont donc pas les frais de production seuls, ce que

M. Ricardo, d’après Smith, appelle leprix naturel d’une chose, qui règle sa valeur échangeable,

son prix courant, si l’on veut exprimer cette valeur en monnaie. Lorsque les frais de production

augmentent, pour que la valeur échangeable augmentât aussi, il faudrait que le rapport de

l’offre et de la demande restât le même ; il faudrait que la demande augmentât aussi ; et il est

de fait qu’elle diminue ; il est impossible, toutes ces circonstances étant d’ailleurs les mêmes,

qu’elle ne diminue pas. La valeur échangeable ne peut donc pas monter comme les frais de

production. C’est pour avoir perdu de vue ce fait constant, et par conséquent ce principe

fondamental, que M. Ricardo a été entraîné, je crois, dans quelques erreurs, que je prendrai la

liberté de relever dans l’intérêt de la science, et sans m’écarter des égards que mérite l’auteur

par ses qualités personnelles autant que par ses talents. J.-B. Say.

5. La vérité est que la valeur des choses étant une qualité essentiellement variable d’un temps à

un autre, d’un lieu à un autre, la valeur d’une chose (fût-ce celle du travail) ne peut servir de

mesure à la valeur d’une autre chose, si ce n’est pour un temps et pour un lieu donnés. C’est

pour cela que, pour chaque lieu, il y à, tous les jours, un nouveau prix courant des

marchandises, et un nouveau cours du change (qui n’est que le prix courant des diverses

monnaies). Une mesure invariable des valeurs est une pure chimère, parce qu’on ne peut

mesurer les valeurs que par des valeurs, c’est-à-dire par une quantité essentiellement variable.

Il n’en résulte pas que la valeur soit chimérique; elle ne l’est pas plus que la chaleur des; corps

qui ne peut pas se fixer davantage. J.-B. Say.

6. M. Ricardo ne tient nul compte de la raison qui a été donnée pourquoi la valeur du blé a dû

être plus invariable que celle de toute autre marchandise. La population dans tout pays

s'élevant et s’abaissant toujours en proportion des subsistances, le rapport entre la quantité de

blé produite (quelle qu’on la suppose), et la quantité demandée, restant la même, la valeur

échangeable a dû rester la même aussi. Le blé est un produit qui, par sa présence, crée ses

consommateurs, et qui par son absence les détruit. On n’en peut pas dire autant de l'or. J.-B.

Say.

7. « Quoique le travail soit la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise, ce

n’est pas celle d’après laquelle on l’estime ordinairement. Il est souvent difficile de déterminer

la proportion qui existe entre deux différentes quantités de travail. Le temps employé à

exécuter deux différentes espèces d’ouvrage n’est pas toujours suffisant pour déterminer cette

proportion. Il faut encore tenir compte des différents degrés de fatigue que l’ouvrier a endurée

et de la dextérité qu’il a montrée. Un travail violent d’une heure peut être beaucoup plus

pénible que celui de deux heures employées à un ouvrage aisé; et il peut y avoir beaucoup plus

de travail dans une heure d’application à un métier qu’il a fallu dix ans de peines pour

apprendre, que dans un mois de travail appliqué à une occupation ordinaire et aisée. Mais il

n’est point aisé de trouver une mesure exacte du degré de fatigue ou de dextérité. Il est vrai

qu’en échangeant les différents produits de différentes sortes de travail les uns contre les

autres, on en tient compte ordinairement jusqu’à un certain point. Cependant cela ne se règle

pas par une mesure exacte, et n’est que le résultat du débat entre le vendeur qui exige et

l’acheteur qui marchande, et qui se décide d’après cette espèce d’égalité approximative, qui,

quoiqu’inexacte, suffit cependant dans les transactions ordinaires de la vie. Richesse des

Nations, liv. I, chap. 10. (Edit. Guillaumin.)

8. Richesse des Nations, liv. I, chap. 10

9. M. Ricardo paraît n’avoir pas compris là-dedans les profits ou l’intérêt des capitaux comme

partie constituante du prix des choses. Lorsqu’un acheteur paie la valeur d’une partie de bas, et

que le travail du planteur qui a cultivé le coton, le travail du négociant qui l’a fait venir en

Europe, le travail même du constructeur qui a bâti le navire, qui a construit les métiers du

fileur, du tisserand ; lorsque tous ces travaux, dis-je, font partie du prix des bas, il n’y a encore

rien dans ce prix pour payer l’usage des différentes portions de capitaux qui ont servi durant

l’exercice de tous ces travaux. Et remarquez bien que lorsque je dis l’usage des capitaux, je ne

veux pas dire seulement leur détérioration, la dépense nécessaire pour conserver aux

instruments aratoires, aux navires, aux machines, leur entière valeur. Je suppose qu’il n’y a

nulle détérioration dans la valeur capitale, et que les fonds qui ont servi dans ce commerce et

dans ces manufactures sont, après la production, en raison de l’entretien et de la restauration

des valeurs employées, égaux à ce qu’ils étaient lorsqu’on a entrepris cette production. Je dis

que l’intérêt de ce capital n’est point encore payé indépendamment de l’acquittement de tous

ces frais ; il faut nécessairement que cette production paie le profit ou l’intérêt de ces mêmes

capitaux, et par conséquent que l’intérêt du capital fasse partie du prix des choses produites.

On en peut dire autant du revenu des propriétaires fonciers (rent of land). Par suite,M. Ricardo

ne comprend point, dans ce qu’il nomme, d’après Smith, le prix naturel des choses, ni l’intérêt

du capital, ni les profits du fonds de terre qui ont concouru à leur production. Cependant le

concours du fonds capital et du fonds de terre est tout aussi indispensable pour la production

que le concours des facultés industrielles ; les propriétaires des facultés productives du capital

et des terres ne fournissent pas gratuitement ce concours, puisque l’un retire un intérêt et

l’autre un fermage. Cet intérêt et ce fermage font bien nécessairement partie du prix des

produits, puisque les frais de production ne peuvent être payés qu’avec le prix des produits qui

en résultent. — J.-B. Say

10. Division peu essentielle et qu’il est d’ailleurs difficile d’établir d’une manière bien nette.

11. Ceci nous indique pourquoi les vieilles sociétés sont constamment entraînées à employer des

machines et les sociétés jeunes à employer surtout du travail : à chaque nouvelle difficulté que

présente la nourriture, l’entretien des hommes, le travail hausse nécessairement et cette hausse

est un stimulant pour la création et la mise en œuvre de machines. Or, cette difficulté agit

constamment dans les nations déjà avancées : tandis que la population peut se développer

subitement dans un pays neuf sans amener de hausse dans les salaires. Il peut être, en effet,

aussi facile de pourvoir à la subsistance de 7, 8 ou 9 millions d’individus qu’à celle de 3 ou 4

millions.

12. Si les forêts du propriétaire norvégien étaient en coupe réglée, c’est-à-dire s’il s’était arrangé

pour que sa terre lui fournît toujours le même revenu en arbres, les arbres qu’il vendait, ou que

le fermier de ses forêts vendait pour lui, formaient bien en réalité le profit résultant du pouvoir

productif de son fonds. Si la pousse annuelle ne remplaçait pas la vente annuelle, alors il

vendait chaque année une portion du capital dont ses terres étaient couvertes. Smith me paraît

au surplus fondé à considérer comme faisant partie du fonds de terre le capital qui s’y trouve

répandu en améliorations, en bâtiments d’exploitation, etc., et comme faisant partie du profit

des terres ou des fermages, l’intérêt que le propriétaire retire de ce capital. Je sais qu’il est

susceptible d’altération, de destruction absolue, tandis que le pouvoir productif du sol ne peut

pas se détruire. Mais quant aux profits, quant aux loyers, ce capital suit le sort de la terre elle-

même. Les améliorations faites à une terre ne peuvent être transportées à une autre ; elles

augmentent son pouvoir productif, et leur effet est en tout semblable aux effets du pouvoir

productif indestructible de la terre elle-même. — J.-B. Say.

13. « La terre, ainsi que nous l’avons déjà vu, n’est pas le seul agent de la nature qui ait un pouvoir

productif ; mais c’est le seul, ou à peu près, que l’homme ait pu s’approprier, et dont, par suite,

il ait pu s’approprier le bénéfice. L’eau des rivières et de la mer, par la faculté qu’elle a de

mettre en mouvement nos machinés, de porter nos bateaux, de nourrir des poissons, a bien

aussi un pouvoir productif ; le vent qui fait aller nos moulins, et jusqu’à la chaleur du soleil,

travaillent pour nous ; mais heureusement personne n’a pu dire : Le vent et le soleil

m’appartiennent, et le service qu’ils rendent doit m’être payé. » Économie politique, par J.-B.

Say, liv. II, chap. 9.

14. Dans la notice historique placée en tête de ce volume, nous avons esquissé et discuté la

théorie dont Ricardo s'est fait le plus vigoureux apôtre. Nous y renvoyons le lecteur, afin de ne

scinder l'attention qu'au profit des maîtres dont nous citerons l'opinion en marchant. — A. F.

15. Il ne me semble pas prouvé que tout le profit que retirera le cultivateur dans ce cas soit le

profit de son capital. Le terrain ne sera cultivé qu’autant qu’on en aura assuré la propriété au

cultivateur ; dès lors il a quelque chose de plus précieux que tout autre terrain de même

qualité, non encore approprié. — J.-B. Say.

16. M. Say n’a-t-il pas oublié dans le passage suivant que ce sont les frais de productions qui

règlent définitivement les prix ? — « Les produits de l’industrie agricole ont même cela de

particulier, qu’ils ne deviennent pas plus chers en devenant plus rares, parce que la population

décroît toujours en même temps que les produits alimentaires, diminuent ; et que, par

conséquent, la quantité de ces produits qui est demandée diminue en même temps que la

quantité offerte. Aussi ne remarque-t-on pas que le blé soit plus cher là où il y a beaucoup de

terres en friche, que dans un pays complétement cultivé. L’Angleterre, la France, étaient

beaucoup moins bien cultivées au moyen âge que de nos jours ; elles produisaient beaucoup

moins de céréales, et néanmoins, autant qu’on en peut juger par comparaison avec quelques

autres valeurs, le blé ne s’y vendait pas plus cher. Si le produit était moindre, la population

l’était aussi : la faiblesse de la demande compensait la faiblesse de l’approvisionnement. » Liv.

III, Chap. 8. M. Say, persuadé que le prix du travail était le régulateur de celui des denrées, et

supposant avec raison que les établissements de charité de toute espèce tendent à augmenter

la population au delà de ce qu’elle serait devenue si elle était livrée à elle-même, et par

conséquent à faire baisser les salaires, dit : « Je soupçonne que le bon marché des

marchandises qui viennent d’Angleterre tient en partie à la multitude d’établissements de

bienfaisance qui existent «dans ce pays. » Liv. III, chap. 6. Cette opinion est conséquente dans

un auteur qui soutient que les salaires règlent les prix.

Je ne pense point que ce soient les frais de production qui définitivement règlent le prix des

choses ; car, lorsqu’une chose coûte trop cher à faire, elle ne se vend point. Le prix s’établit en

raison directe de la quantité demandée, et en raison inverse de la quantité offerte. Lorsque le

prix courant paie peu généreusement les producteurs*, la quantité produite, c’est-à-dire

offerte, diminue ; le prix monte, et en même temps un certain nombre de consommateurs

renoncent à se porter demandeurs ; et lorsque le prix monte au point d’excéder les facultés des

plus riches amateurs, la production et la vente de cette espèce de produit cessent

complètement. (Note de l’Auteur.)

Relativement à l’influence que les secours donnés aux indigents exercent sur les salaires, et par

suite sur le prix des produits, on sait qu’en Angleterre les paroi-scs viennent au secours des

ouvriers qui gagnent trop peu pour soutenir leurs familles. Sans un tel secours ces familles ne

pourraient pas s’entretenir et se perpétuer. La classe des ouvriers deviendrait moins nombreuse

et plus chère. Il est permis de croire qu’alors leurs produits renchériraient et soutiendraient

moins favorablement la concurrence dans l’étranger. Au surplus, je crois, avec M. Ricardo, que

la valeur des salaires, dans la plupart des cas, influe, sinon point du tout, au moins faiblement,

sur la valeur des produits. Toute augmentation dans les frais de production diminue l’avantage

que l’entrepreneur d’un certain produit en particulier trouve à le produire, diminue par

conséquent la quantité de ce produit qui est apportée sur le marché, et, par suite, en fait

monter le prix ; mais, d’un autre côté, à mesure que le prix monte, la demande diminue de son

côté. C’est ce qui fait que les producteurs ne peuvent jamais faire supporter au consommateur

la totalité de l’augmentation de leurs, frais. Pour ne point diminuer la quantité qui se

consomme, ils aiment mieux altérer leurs qualités qu’élever leurs prix. C’est ce qui fait que plus

les marchandises montent et moins elles sont bonnes. S’il fallait faire les soieries aussi

substantielles qu’elles l’étaient il y a cinquante ans, la consommation en cesserait presque

entièrement. — J-B. Say.

17. De ce que le prix du blé ne baisserait pas quand même tous les fermiers seraient débarrassés

de leurs propriétaires, il ne s’ensuit pas que le prix du blé ne paie aucun profit en raison du

droit de propriété. Qui ne voit que, dans ce cas, les fermiers se substitueraient aux

propriétaires, et empocheraient leurs profits ? La terre est un atelier chimique admirable où se

combinent et s’élaborent une foule de matériaux et d’éléments qui en sortent sous la forme de

froment, de fruits propres à notre subsistance, de lin dont nous tissons nos vêtements, d’arbres

dont nous construisons nos demeures et nos navires. La nature a fait présent gratuitement à

l’homme de ce vaste atelier, divisé en une foule de compartiments propres à diverses

productions ; mais certains hommes entre tous s’en sont emparés, et ont dit : À moi ce

compartiment, à moi cet autre ; ce qui en sortira sera ma propriété exclusive. Et, chose

étonnante ! ce privilège usurpé, loin d’avoir été funeste à la communauté, s’est trouvé lui être

avantageux. Si le propriétaire d’une terre n’était pas assuré de jouir de ses fruits, qui voudrait

faire les avances de travail et d’argent nécessaires pour sa culture ? Les non-propriétaires eux-

mêmes-, qui maintenant du moins peuvent être passablement vêtus et se procurer leur

subsistance avec le produit de leur travail, seraient réduits, comme cela se pratique dans la

Nouvelle-Zélande, ou bien à Nootka-Sound, à se disputer perpétuellement quelques pièces de

poisson ou de gibier, à se faire, tout nus, une guerre éternelle, et à se manger les uns les

autres, faute d’un aliment plus honnête.

C’est ainsi qu’un fonds de terre a pu fournir une quantité décuple, centuple, de produits utiles

à l’homme. La valeur de ces produits une fois créée a formé le revenu, 1° du propriétaire

foncier ; 2° du capitaliste qui a fourni les avances (soit qu’il se trouve être le propriétaire lui-

même ou bien le fermier) ; 3° des cultivateurs, maîtres et ouvriers dont les travaux ont fertilisé

le sol. —Qui a payé cette valeur dont,s’est formé le revenu de tous ces gens-là ? — L’acheteur,

le consommateur des produits du sol. —Et je dis que le produit dû sol a payé tout cela ; car s’il

avait été insuffisant, une partie de ces moyens-de production, ne recevant point d’indemnité

pour son concours, se serait retirée de la production ; que le propriétaire lui-même n’aurait

plus voulu louer son atelier (le terrain), puisque cette location ne lui aurait rien rapporté. Dès

lors plus de garantie, plus de certitude de recueillir les produits ; le terrain serait resté en

friche, et la quantité offerte des produits territoriaux devenant moins grande, serait remontée

au taux nécessaire pour que le propriétaire fût payé. (Il est entendu que cet effet aurait eu lieu,

toutes choses d’ailleurs égales, et dans un état donné de la société.)

Je conviens que ce profit du propriétaire foncier supporte, plus que les profits du capital et de

l’industrie, les inconvénients du local ; car une certaine portion du capital et les travaux ne sont

pas aussi immobiles que la terre ; ils peuvent petit à petit changer d’objets, tandis que le fonds

de terre ne pouvant ni se transporter dans un lieu où ses produits auraient plus de valeur, ni

donner d’autres produits que ceux auxquels la nature l’a rendu propre, n’a pu composer ses

profits que de la valeur qui, dans ses produits, excède les profits du cultivateur qui n’est pas

propriétaire.

Voilà pourquoi de certaines terres ne rapportent que 20 sous l’arpent à leur propriétaire, tandis

que d’autres se louent 100 fr, 200 fr., et davantage.

La proportion entre l’offre et la demande fixe le prix des produits territoriaux comme de tout

autre produit. Sur ces prix l’industrie et les capitaux dont le concours a été nécessaire, retirent

des profits proportionnés aux risques, aux talents, et au taux ordinaire des profits dans tout

autre genre de production. Les surplus forment le revenu du propriétaire foncier, le profit

annuel de son utile usurpation. En cela nous sommes d’accord avec M. Ricardo ; mais lorsqu’il

prétend que, n’y eut-il point de propriétaires, le prix du blé resterait le même, nous ne pouvons

le croire.

Lorsque, soit à cause de la médiocrité du terrain, soit à cause de la pesanteur des impôts, le

travail et le capital employés à la culture coûtent plus que ne vaut le produit qui en résulte,

alors non-seulement il n’y a pas de profits, de revenu, pour le propriétaire du fonds ; mais il n’y

en a point non plus sur ce même fonds pour les capitaux ni l’industrie ; ils se consomment ou

s’enfuient ; les terres restent en friche ; la population décroît, la civilisation s’altère , et la

barbarie revient. C’est l’observation que Volney a faite sur la Syrie , et qu’on pourrait faire,

quoique à un moindre degré, sur de certaines parties de l’Italie et de l’Espagne, qui ont été

mieux cultivées et plus populeuses qu’elles ne le sont à présent.

Il m’a paru plus simple d’exposer ce que je crois être le véritable état des choses, que de

combattre, paragraphe par paragraphe, la doctrine de M. Ricardo.— J.-B. Say.

18. Il se peut qu’une telle théorie convienne mieux aux habitudes et peut-être aux préjugés des

Anglais sur la propriété ; mais elle nous paraît inférieure à celle d’Adam Smith, qui est plus

conforme à la nature des choses, et qui explique d’une manière beaucoup plus simple l’origine

du fermage. Le fermage n’est, selon nous, que le prix de location d’un instrument privilégié

dans les pays d’aristocratie, et d’un accès plus libre dans les pays où règne l’égalité des

partages. La liberté absolue du commerce en ferait encore plus baisser le taux, si elle existait

quelque part.—A. Blanqui.

19. « D’ailleurs, dans la culture de la terre (dit Adam Smith), la nature travaille conjointement avec

l’homme ; et quoique le travail de la nature ne coûte aucune dépense, ce qu’il produit n’en a

pas moins sa valeur, aussi bien que ce que produisent les ouvriers les plus chers. » On paie la

nature pour son travail, non en raison de ce qu’elle fait beaucoup, mais parce qu’elle fait peu. A

mesure qu’elle se montre avare de ses dons envers nous, elle exige plus de prix de son

ouvrage. Quand elle est généreuse et libérale, elle travaille toujours gratuitement. « Les

bestiaux employés à l’agriculture, non-seulement contribuent par leur travail, comme les

ouvriers des manufactures, à la reproduction d’une valeur égale à leurs propres

consommations, ou au capital qui les emploie, en y ajoutant les profits des capitalistes ; mais

ils produisent encore une valeur bien plus grande. Outre le capital du fermier et tous ses

profits, ils reproduisent régulièrement le fermage du propriétaire. On peut considérer ce

fermage comme le produit de cette puissance de la nature dont le propriétaire prête la

jouissance au fermier ; il est plus ou moins fort, selon qu’on suppose à cette puissance plus

d’étendue, ou, en d’autres termes, selon la fertilité naturelle ou artificielle dont on suppose la

terre susceptible. C’est l’œuvre de la nature qui rèste, après qu’on a déduit ou compensé tout

ce qu’on peut regarder comme l’œuvre de l’homme. C’est rarement moins du quart, et souvent

plus du tiers du produit total. Jamais une pareille quantité de travail productif employé en

manufactures ne saurait opérer une aussi grande reproduction. Dans celles-ci la nature ne fait

rien, c’est l’homme qui fait tout. Et la reproduction doit être toujours en raison de la puissance

des agents qui l’opèrent. Ainsi, non-seulement le capital employé à l’agriculture met en activité

une plus grande quantité de travail productif que tout autre capital d’égale valeur employé en

manufactures, mais encore à proportion de la quantité de travail productif qu’il emploie, il

ajoute une beaucoup plus grande valeur au produit annuel des terres et du travail du pays, à la

richesse et au revenu réel de ses habitants. De toutes les manières dont un capital peut être

employé, c’est sans comparaison la plus avantageuse à la société. » Livre II, chap. 5.

La nature ne fait-elle donc rien pour l’homme dans les manufatures ? N’est-ce rien que la

puissance du vent et de l’eau qui font aller nos machines, et qui aident à la navigation ? La

pression de l’atmosphère et l’élasticité de la vapeur de l’eau, au moyen desquelles nous

donnons le mouvement aux machines les plus étonnantes, ne sont-elles pas des dons de la

nature ? Pour ne rien dire des effets du Cilorique qui ramollit et fond les métaux, Di de la

décomposition de l’air dans les procédés de la teinture et de la fermentation, il n’existe pas une

seule espèce de manufacture dans, laquelle la nature ne prête sou aide à l’homme, et elle le fait

toujours avec libéralité et gratuitement1.

M Buchanan fait sur le passage d’Adam Smith, que nous avons transcrit, la remarque suivante :

« J’ai essayé de montrer, dans mes observations sur le travail productif et improductif

renfermées dans le quatrième volume, que l’agriculture n’augmente pas plus le capital national

que tout autre genre d’industrie. Smith, en regardant la portion de la production territoriale qui

représente le profit du fonds de terre, comme si avantageuse à la société, n’a pas réfléchi que

la rente n’est que l’effet de la cherté, et que ce que le propriétaire gagne de cette manière, il ne

le gagne qu’aux dépens du consommateur. La société ne gagne rien par la reproduction du

profit des terres ; c’est, une classe qui profite aux dépens des autres. S’imaginer que

l’agriculture donne un produit net, parce que la nature concourt avec l’industrie des hommes

aux opératious de la culture, et qu’il en résulte une rente, c’est une rêverie. Ce n’est pas du

produit que naît la rente, mais bien du prix auquel le produit est vendu ; et ce prix on l’obtient,

non parce que la nature a aidé à la production, mais parce que, seul, il fait concorder l’offre

avec la demande » (Note de l’Auteur.)

On ne saurait disconvenir à la suite de ces deux estimables écrivains, de M Buchanan,

compatriote d’Adam Smith et qui soutient si bien l’honneur de la célèbre école d’Edimbourg, et

de M. David Ricardo, qui a développé avec tant de sagacité les lois de la dépréciation du papier-

monnaie ; on ne saurait disconvenir, dis-je, que le propriétaire foncier n’ajoute

personnellement rien à l’utilité annuellement produite dans un pays. Si donc les circonstances

du pays établissent, pour les produits agricoles, une demande telle que leur valeur vénale

excède les autres avances, de manière à former un revenu pour le propriétaire foncier, il faut

convenir que cet excédant est une portion de richesse tirée de la poche des consommateurs,

pour être mise, sans équivalent de leur part, dans la poche des propriétaires fonciers. On eu

peut dire autant du capitaliste qui fait valoir son capital Cependant s’il est impossible, comme il

est prouvé dans mon Traité d’Économie politique (liv. I), que la production ait lieu, non-

seulement sans fonds de terre et sans capitaux, mais sans que ces moyens de production ne

soient des propriétés, ne peut-on pas dire que leurs propriétaires exercent une fonction

productive, puisque sans elle la production n’aurait pas lieu ? fonction commode à la vérité,

mais qui cependant, dans l’état présent de nos sociétés, a exigé une accumulation, fruit d’une

production et d’une épargne, c’est-à-dire d’une privation antérieure. Quant aux capitaux, ils

sont évidemment le fruit de la production de leurs auteurs ; et quant aux terres, si le premier

occupant en a pu jouir à titre gratuit, à coup sûr on ne peut obtenir une terre actuellement que

par une production de valeurs épargnées, égale à sa valeur. Je ne parle pas des biens qu’on a

par succession ou par dons entre-vifs qui ne changent en rien la nature et les effets de la

propriété par rapport au consommateur.

Si donc les propriétés territoriale et capitale sont le fruit d’une production de la part de leurs

possesseurs ou de ceux qui la leur ont transmise, je suis fonde à représenter ces propriétés

comme des machines travaillantes, productives, dont les auteurs, en se croisant les bras,

tireraient un loyer ; et j’ajoute que ce loyer ferait partie des frais de production, de ce que Smith

appelle le prix naturel du produit. Il entrerait aussi dans le prix vénal de ce même produit ; car

si l’acquéreur ne payait pas tout ce qu’il faut pour que la machine gagnât un loyer, cette

machine, dont la volonté est représentée par la volonté de ses maîtres, cesserait de prêter son

concours, et le produit n’aurait pas lieu.—J.-B. Say.

20. La parfaite intelligence de ce principe me paraît une chose de la plus haute importance en

économie politique. (Note de l’Auteur.)

21. Entendons-nous. Si l’auteur veut dire que le profit foncier, le revenu du propriétaire, ne fait

pas partie de ce que Smith appelle le prix naturel des choses, c’est-à-dire du montant des frais

nécessaires de leur production, il peut avoir raison (sauf la restriction contenue en la note

précédente). Si l’auteur veut dire que le revenu du propriétaire ne fait pas partie du prix courant

des choses, de ce prix auquel le balancement de la quantité demandée avec la quantité offerte

porte les choses, il me semble être dans l’erreur. La faculté productive du sol, du moment

qu’elle est devenue une propriété, me semble être du même genre que la faculté productive du

travail, qui est la propriété du travailleur. Les facultés de l’homme elles-mêmes, sa force

musculaire, et même sa force d’intelligence, ne sont-elles pas un don gratuit de la nature,

comme les facultés du sol ?

Que si M. Ricardo prétendait que la demande des produits territoriaux ne va jamais au delà des

facultés productives du sol, c’est-à-dire au delà des produits que peuvent fournir toutes les

terres, les mauvaises comme les bonnes, je répondrais que je n’en vois pas la raison ; que les

circonstances du pays peuvent être telles que les produits du sol, nécessairement bornés,

soient toujours à un prix monopole qui assure au propriétaire des plus mauvaises terres un

profit foncier ; que les capitaux ne peuvent pas être attirés vers ces produits, et les multiplier

au delà des bornes que leur opposent l’étendue du pays et la fertilité de son sol, et qu’en

supposant même que l’on regardât le commerce étranger comme un supplément suffisant à la

production du pays, il resterait toujours à payer le profit foncier du propriétaire étranger ( qui

n’est pas plus disposé que le propriétaire indigène à céder pour rien le concours de ses terres),

sans parler des frais et des risques du commerce étranger. Enfin, l’expérience nous apprend

que dans les pays populeux et productifs, les plus mauvaises terres, du moment qu’elles sont

cultivées, rapportent toujours quelque fermage, et par conséquent quelque revenu foncier. —

J.B. Say.

22. C’est après avoir fait, dans son cours d’Économie politique, une magnifique et séduisante

exposition de lathéorie de la rente, que M. Rossi, partageant l’enthousiasme de M. Culloch et de

la plupart des économistes anglais, a consacré à Ricardo ces; paroles qui sont une véritable

couronne scientifique : « Telle est la base de cette théorie si neuve et si capitale, qui est,

disons-le, la gloire de l’économie politique moderne et qui donne l’explication des faits

économiques les plus importants et les plus compliqués. » — Nous ne savons pas jusqu’à quel

point cette théorie est moderne, puisque, déjà bien avant Ricardo et Malthus, elle avait été

nettement esquissée par Anderson et E. West : mais nous sommes certain qu’elle ne constitue

pas la gloire de l’économie politique actuelle. On n’y retrouve pas ces larges et fortes

conséquences, ces arguments puissants qui font changer de face les questions et les sciences.

C’est à la faveur d’hypothèses, d’analyses contestables et contestées, que Ricardo déroule la

chaîne de ses aphorismes ; et tout cela pour aboutir à prouver que la rente, cette dîme

passablement aristocratique, n’ajoute rien aux frais de production, c’est-à-dire, pour aboutir à

une logomachie ou à une erreur. Qu’on le sache bien, la gloire de Ricardo, comme celle de

l’économie politique, n’est pas là : il faut la chercher, la trouver ailleurs, et c’est ce que nous

avons fait. —A. F.

23. Afin de rendre ceci palpable, et de montrer à quel point peuvent varier les rentes en blé et en

argent, supposons que le travail de dix hommes, dans une terre d’une qualité donnée, rapporte

cent quatre-vingts quarters de blé à 4 l. le quarter, ou 720 l., et que le travail de dix hommes

de plus sur la même terre, ou sur toute autre, ne produise qu’une augmentation de cent

soixante-dix quarters : dans ce cas, le blé monterait de 4 l. à 4 l. 4 s, 8 d. ; car 170 : 180 :: 4

l.:4 l.4 s. 8 d. Ou bien, comme la production de cent soixante-dix quarters exige dans un cas le

travail de dix hommes, tandis que dans l’autre 9.44 suffisent, la hausse serait comme 9. 44 :

10, ou comme 4 l. : 4 l. 4 s. 8 d. Si l’on employait encore dix hommes, les produits étant de

160 le prix s'éleverait à ........................ l. 4. 10. 0

150 ........................ à ........................ ... 4. 16. 0

140 ........................ à ........................ ... 5. 2. 10

24. et s’il n’était point payé de rente pour la terre qui rapporte les cent quatre-vingts quarters,

lorsque le blé est à 4 l., la valeur de dix quarters serait donnée en paiement de la rente, du

moment où on ne récolterait plus que cent soixante-dix quarters de blé qui vaudrait alors, à

raison de 4 l. 4 s. 8 d., 42 l. 7 s. 6 d.

25. quarters, quand le produit était de et au prix

de rapporteraient . La rente en blé augmenterait donc dans la

proportion de et la rente en argent, dans la proportion de

26. .(Note de l’auteur.)

27. Smith avait dit, au contraire : « Le prix de la mine de charbon la plus féconde » règle le prix du

charbon pour toutes les autres mines de son voisinage. Le propriétaire et l’entrepreneur

trouvent tous deux qu’ils pourront se faire, l’un une plus forte rente, l’autre un plus gros profit

en vendant à un prix un peu inférieur à celui de leurs voisins. » — Nous avons jugé ces diverses

opinions dans notre Introduction. — A. F.

28. Si la quantité de travail industriel nécessaire pour se procurer les métaux précieux déterminait

seule leur valeur, cette valeur, au lieu de décroître comme elle a fait depuis deux cents ans, se

serait accrue ; car ces frais d’extraction ont été toujours plus considérables à mesure que les

mines se sont approfondies. Mais tandis que les frais augmentaient, la masse de

l’approvisionnement augmentait aussi, et même surpassait les progrès que la demande faisait

de son côté. La cour d’Espagne dès lors était forcée d’abaisser les droits qui représentent une

part des profits fonciers ; et les propriétaires-exploitateurs voyaient diminuer l’autre part qui

forme leur revenu.

Il faut donc toujours en revenir à cet unique régulateur des prix : la proportion entre l’offre et la

demande ; ce qu’il faut chercher, c’est ce qui change les quantités offertes ou demandées :

parce que cela seul influe sur les prix. Les profits eux-mêmes, fût-ce ceux du fonds, sont

soumis à cette loi comme tout le reste, et varient selon les circonstances qui font varier la

quantité offerte ou demandée du service de ces mêmes fonds.

Si l’abondance d’un profit ne suffisait pas pour abaisser sa valeur ; si la seule diminution du

travail que nécessite sa production pouvait occasionner cet effet, l’argent vaudrait autant

qu’avant la découverte de l’Amérique ; on ne donnerait pas, comme on fait à présent, quatre

onces d’argent environ pour avoir un setier de blé ; on ne donnerait qu’une once, comme au

quinzième siècle, ou très-peu plus; car il n’est pas probable que les seuls progrès dans l’art

d’exploiter aient fait tirer quatre onces avec le même travail qui n’en procurait qu’une seule. Il

me semble que je peux répéter ici ce que j’ai dit à l’occasion du profit ou fermage des terres. Le

propriétaire, comme tout propriétaire foncier, exerce une espèce de monopole qui lui permet

de soutenir la valeur de son produit au delà des frais de main-d’œuvre et des intérêts de

capitaux nécessaires pour le terminer et le mener sur le marché. Ce prix-monopole baisse par

la concurrence, mais ne saurait, je crois tomber à rien ; car si le propriétaire des mines ne

pouvait plus tirer aucun loyer de ses mines ; ou, ce qui est la même chose, s’il ne faisait plus,

en exploitant, aucun profit par-delà la réintégration et l’intérêt de ses capitaux, il ne les

affermerait, ni ne les exploiterait ; ce qui réduirait la quantité offerte de ce genre de produit, et

le ferait monter jusqu’à ce qu’il offrît de nouveau un profit purement foncier, et susceptible

d’être affermé.

Cependant il faut convenir, à l’appui de l’opinion de M. Ricardo, que les vastes capitaux

engagés dans l’exploitation des mines sont un motif de les travailler même après qu’elles ne

rapportent autre chose que l’intérêt de ces mêmes capitaux, même lorsqu’elles rapportent

moins que l’intérêt de leurs capitaux ; car des capitaux engagés à ce point, et qui ne peuvent se

consacrer à aucun autre emploi sans perdre la majeure partie de leur valeur, contractent le

désavantage du fonds : on continue à les faire travailler, quoiqu’ils rapportent moins que tout

autre placement, afin de ne pas perdre même le peu qu’ils rapportent. Je les assimile

complètement au fonds de terre ou à la mine, et je dis que du moment qu’ils ne rapportent plus

rien, on les abandonne ; mais qu’aussi longtemps qu’ils rapportent quelque chose, il y a un

profit foncier pour le propriétaire.

Les métaux précieux servant à la fois pour fabriquer des monnaies et pour fabriquer des objets

d’utilité et de luxe, doivent être plus recherchés à mesure que la civilisation s’étend et que les

nations deviennent plus populeuses et plus riches, par la raison qu’alors elles ont plus

d’échanges à opérer au moyen des monnaies et plus d’ustensiles d’or et d’argent à leur usage.

Si, comme il est probable, la civilisation gagne l’Amérique tout entière ; si ce vaste continent se

couvre d’États indépendants, agriculteurs, manufacturiers, commerçants, et par conséquent

riches ; si l’Europe est destinée en même temps, comme il est permis de le croire, à jouir, en

raison du progrès des lumières, d’une plus grande liberté d’industrie, il en résultera pour

l’opulence générale du monde des progrès tels, qu’ils surpasseront de beaucoup les progrès

faits durant les trois derniers siècles, tout immenses qu’ils sont. Les métaux précieux devenant

par cette raison beaucoup plus demandés, il se peut que les profits des propriétaires des

mines, qui ont été en décroissant jusqu’à présent, recommencent à croître. Mais il se peut, d’un

autre côté, que la quantité de métaux précieux qui sera jetée dans la circulation, soit par la

découverte de nouveaux filons, soit par de meilleurs procédés d’exploitation, devienne si

considérable, que l’accroissement de cette production marche d’un pas plus rapide encore que

l’accroissement de la demande, quelque rapide qu’il soit. Alors les profits fonciers des mines

recommenceraient à baisser.

Ce cas ne peut pas paraître invraisemblable, lorsqu’on voit M. de Humboldt affirmer que depuis

le commencement du seizième siècle jusqu’à la fin du dix-huitième, la quantité annuelle de

métaux précieux que l’Amérique a versée en Europe, a augmenté successivement depuis

3,000,000 de piastres jusqu’à 35,300,000; tellement que chaque année met au jour maintenant

une quantité d’or et d’argent plus de dix fois aussi grande que chacune des années qui ont

suivi la découverte de l’Amérique. Le même voyageur est tenté de croire que les gîtes de

minerais qui sont restés intacts dans la chaîne des Andes sont tellement considérables, que l’on

commence à peine à jouir de cet inépuisable fonds de richesses que renferme le Nouveau-

Monde.

Quel sera le rapport entre les progrès de la civilisation et des richesses d’une part, et le progrès

du produit des mines d’autre part ? Nos neveux pourront l’apprécier ; mais de ce rapport seul,

je ne crains pas de le dire, dépendront la valeur des métaux précieux, et les profits fonciers de

leurs propriétaires.

Quelle que soit cette valeur, elle importe peu aux nations. Les métaux servent ou comme

monnaies ou comme ustensiles. Gomme ustensiles, les objets de service qui en sont faits sont

de haut prix si la matière première en est rare, et de bas prix si elle est commune; les mêmes

ustensiles, sont, dans ce dernier cas, plus abondants et à la portée de plus de monde; mais leur

rareté n’est pas une calamité, car ils ne sont ni de première, ni même de seconde nécessité.

Comme monnaies, que la matière dont on les compose soit d’une grande ou d’une petite

valeur, il n’en résulte rien que la nécessité d’en transporter de grosses masses quand ils sont

communs, et de petites quand ils sont rares ; du reste, il n’y a jamais, dans quelque pays que

ce soit, qu’une valeur en monnaie déterminée, non par la valeur de sa matière, non par la

quantité qu’en fabrique le gouvernement, mais par la valeur des échanges qui sont à faire. Les

monnaies, fussent-elles de diamant ou fussent-elles de papier, ne forment toujours qu’une

somme de valeurs qui est dans une proportion quelconque avec les biens à échanger.

Lorsqu’une fabrication surabondante fournit une somme nominale supérieure aux besoins des

transactions, la somme nominale diminue de valeur réelle, de manière à ne s’élever toujours

qu’à la même valeur, et elle n’achète toujours qu’une même quantité de marchandises. C’est

une des belles démonstrations qui résultent des excellentes brochures de M. David Ricardo sur

la dépréciation du papier-monnaie d’Angleterre. — J.-B. Say.

29. La distinction entre le prix naturel et le prix courant que M. Ricardo admet après Smith, paraît

être tout à fait chimérique. Il n’y a que des prix courants en économie politique. En effet, que

voyons nous dans toute espèce de production? 1° des services productifs fonciers (l’action

productive de la terre), dont le prix courant s’établit comme la valeur de toute autre chose, en

raison composée de la quantité de ce service, offerte et demandée en chaque lieu ; 2° des

services rendus par des capitaux productifs dont le prix courant, le loyer, se règle sur les

mêmes motifs ; 3° enfin des travaux de tout genre, dont le prix courant dépend des mêmes

causes.

Qu’est-ce qui établit la demande du service productif de ces divers agents ? la demande qu’on

fait du produit qui doit en résulter. Et qu’est-ce qui établit la demande de ce produit ? le besoin

qu’on en a, l’utilité dont il est.

Mais comme on n’achète un produit qu’avec un autre produit*, et que le produit qui achète n’a

pu exister de son côté que par des services productifs analogues à ceux qui ont donné

naissance au premier, les hommes qui composent la société ne font, dans la réalité, qu’offrir les

services productifs propres à un genre de production, en échange des services productifs

propres à un autre genre, propres à créer le produit dont ils ont besoin, — et par services

productifs j’entends non - seulement les services que rend le travail que l’auteur aurait dû

nommer industrie, mais de plus les services que rendent les capitaux et les terres.

Il en résulte, pour chaque genre, une quantité d’offres et de demandes qui règle la valeur

courante, le prix courantde tous ces différents services. Il n’y a point là de prix naturel, de taux

commun et fixe, parce qu’il n’y a rien de fixe dans ce qui tient aux valeurs.

Ce n’est pas un prix que le taux auquel une chose ne se vend pas ; et si elle se vend à ce taux,

ce taux devient son prix courant.

Tout le reste est hypothétique et de peu d’usage dans la pratique.—J.-B. Say.

30. L’abri, le vêtement indispensable dans un pays peuvent ne l’être pas dans un autre. Un ouvrier

indien conservera toute sa vigueur dans une habitation qui suffirait à peine pour préserver

l'ouvrier russe de la souffrance et de la mort. Même, dans les pays qui présentent un climat

analogue, les mœurs, les habitudes sociales peuvent occasionner souvent des variations

sensibles dans le prix naturel du travail, et ces variations peuvent être aussi considérables que

celles produites par les causes naturelles.— Essai sur le commerce extérieur du blé, par R.

Torrens, Esq. pag. 68. —Toute cette matière a été traitée fort habilement par le colonel Torrens.

31. Ces tristes paroles semblent une prophétie. On dirait que Ricardo sentait déjà frémir ces

bandes affamées d'Irlandais qui cherchent aujourd'hui, les armes à la main, le désespoir au

cœur, une nourriture que les saisons leur ont refusée. C'est qu'il s'est fait dans la malheureuse

Erin un partage étonnant des joies et des douleurs, de la disette et de l'abondance : à ceux qui

creusent le sol, le fertilisent, l'inondent de sueur, ont été dévolues les tortures de la misère ; à

ceux qui épuisent la terre avec leurs meutes de chasse, et boivent des moissons entières dans

leur coupe de Tokay ou de Johannisberg, ont été répartis les revenus, et partant l'éclat, et

partant la puissance. La richesse y ressemble donc à un beau fleuve qui aurait sa source en

Irlande, et son embouchure en Angleterre : on sème à Dublin, et on récolte à Londres ; de telle

sorte qu'il ne s'y amasse pas de grands capitaux, et que l'industrie n'y peut naître pour donner

du travail, des salaires à des millions de bras qui se disputent le sol. On peut même dire que,

grâce à l'avidité des middlemen,—ce crible vivant où se dépose une grande portion des

ressources du pays, en passant de l'humble cultivateur à l'opulent seigneur, — grâce, encore, à

la concurrence acharnée que se font les fermiers, et au morcellement infini des domaines,

l'agriculture est plutôt une lutte de paysan à paysan qu'un travail régulier et social. Au haut de

l'échelle se trouve le propriétaire qui hérite des bénéfices de cette folle enchère ; au bas,

le cottager sur qui elle pèse d'un poids écrasant. En effet, pour payer son fermage, celui-ci

consacre la plus grande partie de son travail et de ses efforts à de larges étendues de terrain

qu'il couvre de blé, et ne se réserve qu'un champ limité où croissent, quand Dieu le permet, les

pommes de terre qui composent son unique ressource. Vienne une année où la terre, frappée

de stérilité, ne donne que de rares épis, et le pauvre Irlandais, impuissant à assouvir

le middleman expie, par la contrainte par corps ou le bannissement, les caprices de

l'atmosphère ; vienne une autre année "où ce sont les pommes de terre qui manquent, et il se

trouve atteint dans son existence même. Son propriétaire est payé, et peut aller commanditer

les coulisses de Covent-Garden et les courses d'Epsom ; mais il lui faut, à lui, subir toutes les

souffrances de la faim, à moins de courir les coupables et tristes hasards de la révolte, de la

vengeance, de l'homicide. Il y a quelques mois, en effet, un seul propriétaire expulsait de ses

domaines des centaines de malheureux cottagers, avec le même sang-froid que mit Caton à

vider ses ergastules, et que mettent nos maquignons à vider leurs écuries. De plus, nous

pouvons assister de loin au drame lugubre qui se joue en Irlande, à coups de fusils, de haches,

de faux, drame qui nous reporte aux jours terribles du White-Boysm. Il y a donc ici plus qu'un

mauvais système d'agriculture, il y a un vice social manifeste, criant ; et s'il est important,

comme le dit Ricardo, pour une nation, de ne pas placer la sécurité de ses approvisionnements

dans une seule plante, de ne pas jouer son existence sur une seule carte, il est plus important

encore de ne pas concentrer toutes les forces du pays sur une seule industrie. Il arrive en effet

alors, qu'aux époques où cette industrie languit, la vie s'arrête dans le corps social tout entier,

et qu'il ne s'ouvre pas dans les autres fonctions de refuge pour les bras inoccupés. Ce qui a

sauvé tant de fois l'Angleterre du désespoir des comtés agricoles, ce n'a pas été la pâle charité

des hauts-barons distributeurs de cuillers de bois et de soupes économiques, mais bien les

comtés manufacturiers. La mule-jenny est ainsi venue au secours de la charrue, et l'industrie

manufacturière a alimenté des légions de cultivateurs, comme une généreuse nourrice qui prête

le sein à un enfant étranger. Or, l'Irlande n'a pas de mule-jennys, pas de capitaux : tous les

bras sont tendus vers le sol qu'on appauvrit par une subdivision extrême. Aussi, ou aura beau

encourager, comme le veut l'auteur, tous les Irlandais à multiplier leurs jouissances et leur

bien-être, si la constitution économique les pousse à s'arracher des lambeaux de terre et à se

créer, pour toute existence, une auge de quelques toises remplies de pommes de terre ; si

l'épargne est impossible et avec elle les capitaux, les progrès, ils devront se résigner à tourner

éternellement dans ce cercle fatal de la misère, de la faim, du crime. Rien de plus facile que de

désirer le bien-être, et il n'est pas d'homme, fût-il le plus intraitable des ascètes, qui n'y aspire

perpétuellement : mais lorsque ces désirs se brisent contre des vices fondamentaux, il faut bien

se résigner à n'y voir qu'une bien faible ressource pour des populations. Soyez sûr que

l'Irlandais désire et que le cri du Rappel est le cri de la faim, de la chair qui se révolte, plutôt

qu'un cri religieux ou politique. Seulement, le réseau des middlemen, des absentéistes, des

orangistes, l'enserre de toutes parts, l'étouffé. Il le sait, et voyant que la sueur ne suffit plus à

féconder, pour lui, sa patrie, il veut essayer du sang, et le sang coule. A. F.

32. Il est impossible de ne pas protester hautement contre des conclusions presque fatidiques et

qui emporteraient condamnation de tout notre système économique. Il a fallu même bien du

calme à Ricardo pour n’avoir pas été saisi de vertige, n’avoir pas senti trembler sa main au

spectacle du sort que l’avenir réserve, selon lui, aux travailleurs. À ses yeux, les classes

ouvrières marchent fatalement vers un abîme que la civilisation couvre habilement de fleurs,

mais au fond duquel est la mort : à nos yeux, au contraire, elles s’élèvent à des destinées

meilleures et se font chaque jour une place plus large dans le pouvoir et le bien-être répartis

aux sociétés. Ricardo, frappé de la somme de douleurs et de privations qui accable, au milieu

des splendeurs de notre industrie, les mains généreuses et fortes qui exécutent l’œuvre de la

production entière ; étonné de voir tant de haillons à côté de tant de luxe, et tant de crises à

côté de tant de progrès, s’est pris à désespérer de l’avenir, et, suivant son habitude, ce

désespoir que tant d’autres mettent en élégies et en philippiques, il l’a mis en formules, ce qui

est plus net, mais tout aussi injuste, tout aussi réfutable. Et d’abord le résultat immédiat,

nécessaire de cette croyance au malheur futur des travailleurs, devrait être de suspendre tout à

coup le mouvement social, de faire volte-face, et de reprendre en sous-œuvre toutes les

théories, toutes les données que les siècles semblent avoir consacrée . Il n’est personne, en

effet, doué de quelque prévision, mu par quelque générosité, qui ne frémisse devant cet

avertissement sombre, dernier mot de la science de Ricardo : Chaque jour abaisse le salaire réel

de l’ouvrier et grandit le prix des subsistances : —ce qui équivaut à dire que chaque jour la

société doit s’anéantir par un supplice incessant, que chaque jour doit retrancher un battement

au cœur du pauvre et exagérer pour lui le supplice de Tantale en éloignant de plus en plus les

fruits et l’eau de ses lèvres avides. Le devoir de tout penseur, de tout législateur, serait donc de

faire prendre à la société d’autres routes et de ne pas permettre que la subsistance des masses

passât dans le corps des riches, comme passaient la chaleur et la vie des vierges dans les corps

débiles et disloqués des vieux rois de la Bible. Mais il n’en est rien, et le bilan de notre société

suffirait, sans autres considérations, pour combattre le pessimisme de Ricardo. Ainsi le

développement de l’industrie n’a-t-il pas mis à la portée de tous les objets qui constituaient il y

a cent ans un luxe ruineux, impossible ? La guimpe délicate qui entoure le sein de nos

villageoises, les chauds vêtements qui couvrent nos paysans et nos ouvriers sont d’institution

toute récente et témoignent d’un bien-être croissant. Des voies de communication plus

parfaites ont permis aux hommes, aux idées, aux choses, de rayonner de toutes parts et de

moraliser les populations : des écoles, des salles d’asile, des hôpitaux, des hospices, des

crèches s’ouvrent de toutes parts devant l’intelligence qui va éclore, l’enfant qui va naître, le

vieillard qui va mourir; l’air, la lumière, l’eau commencent à circuler dans les rues, grâce à nos

institutions municipales, et pour résumer tous ces faits en un seul fait décisif, la moyenne de la

vie humaine s’est accrue depuis cinquante années, hâtons-nous de le dire, ailleurs que dans les

colonnes élastiques et torses de la statistique.

Et il n’en saurait être autrement. L’évolution économique suit nécessairement l’évolution

politique, et l’influence que gagne chaque jour la démocratie, — cet évangile systématisé et

démontré,—doit se refléter et se reflète dans la prospérité générale. Le premier mouvement

d’une nation qui se sait indépendante est de se vouloir heureuse, riche ; d’organiser les intérêts

et les individus en vue de ce bien-être, et, par conséquent, de progresser, d’aller en avant. Or,

la tendance moderne des peuples est versl’indépendance, et on ne saurait faire un procès à

notre époque, sous le rapport industriel, sans y joindre un procès politique, sans souffleter,

comme l’ont fait les socialistes et les pessimistes de toutes les sectes, la liberté sur la joue de

l’économie politique. Et d’ailleurs la théorie, la logique démontrent tout cela bien avant les

faits. Quel est ici-bas le capital du prolétaire? le travail. Quel principe règle la valeur du travail,

en fixe la rémunération ? l’offre et la demande des bras. Entre quelles limites extrêmes oscille

cette rémunération ? entre le point où les salaires prélèveraient sur les profits une part trop

large et qui mettrait le chef d’industrie dans l’impossibilité de continuer son œuvre, — danger

peu redoutable, avouons-le : — et, d’un autre côté, le point où les salaires deviendraient

insuffisants pour nourrir l’ouvrier. Le problème consiste donc à accroître constamment la

somme de travail à répartir, afin d’élever la valeur de ce travail, et par conséquent de grossir le

revenu du pauvre : il consiste encore à élargir la zone où il puise sa consommation, les marchés

où se rendent les céréales, les bestiaux, les étoffes, afin de le faire participer au bénéfice de la

concurrence la plus complète, la plus absolue. Laissez circuler le travail, laissez circuler les

produits, toute la question est là, et, avec elle, le bonheur des classes laborieuses. Pour affaiblir

entre les mains des propriétaires ce monopole formidable que couvre d’une sanction

nécessaire, — sinon sacro-sainte, comme on l’a bien voulu dire, — le pacte social, il suffit de

mettre à la disposition de tous, la terre qui appartient à tous, et de laisser se développer

librement cette grande loi économique qui divise le travail parmi les nations, et fait cultiver par

l’Indien ou l’Américain le sucre qui doit s’échanger contre les produits de l’Européen. L’espèce

humaine a besoin d’un espace illimité pour entretenir ses membres toujours plus nombreux :

c’est un flot qui grandit sans cesse, et à qui il faut les plages les plus vastes, sous peine de

désordres, de calamités. Les quelques esprits égarés qui, par conviction, veulent le maintien de

nos restrictions commerciales, c’est-à-dire l’appauvrissement de l’ouvrier par l’action

combinée d’un travail moins actif et de subsistances moins abondantes ; les esprits égarés, dis-

je, qui n’ont pas compris la fécondité des principes de liberté commerciale, et ceux qui, au

contraire, plus nombreux, plus audacieux, ne veulent pas de ces principes, parce qu’ils en

comprennent trop bien la grandeur, ne sauraient nier cependant qu’il faut à l’expansion

naturelle des générations une sphère immense, où se nivelleront les besoins, les intérêts, les

capitaux. L’univers est une immense ruche où les travailleurs doivent circuler librement de

cellule en cellule. Tandis que sur les districts manufacturiers, agités par la fièvre de la

production et par les crises financières , s’agglomèrent aujourd’hui des légions d’ouvriers qui

les surchargent et les épuisent, d’énormes superficies de terrain restent incultes et désertes,

attendant les capitaux et le travail pour épancher des monceaux de produits. Croit-on, par

exemple, que si nos lois et les lois anglaises sur les céréales eussent été abolies, tout le

territoire de la Pologne, de la Hongrie, de l’Ukraine, de l’Égypte, de l’Amérique, ne se fût pas

couvert, comme par enchantement, de moissons qui, déversées sur l’Europe, eussent à la fois

abaissé le prix des aliments, excité le travail de nos manufactures, la valeur du travail, et réfuté

par l’éclat des résultats la décourageante hypothèse de Ricardo ? A quoi servirait donc de

découvrir des Amériques et des Océanies, si ce n’était pour y aller chercher les ressources qui

nous manquent, la place que demandent nos cités encombrées? Avec le système de

l’affranchissement commercial, les civilisations sont constamment jeunes, constamment

vigoureuses. Lorsqu’un sol a été épuisé, on va chercher ailleurs une sève nouvelle, et la société

se trouve ainsi constamment maintenue dans cette période active, où la somme de travail

dépasse la somme de bras et se joint au bas prix des subsistances pour améliorer le sort de

l’ouvrier. Plus un arbre est élevé, plus il faut à ses racines de l’espace pour se nourrir : il en est

de même des nations, et s’il est encore ici-bas tant de souffrances et tant de crises, il faut

encore en chercher la cause aussi bien dans l’isolement absurde des centres de production, que

dans les vestiges d’aristocratie ou de privilèges politiques qui déshonorent les constitutions

européennes. Sans doute la question de population, l’excès des travailleurs se dresseront

toujours à nos yeux comme une menace lointaine : mais que de mines fécondes encore à

exploiter, que de plaines à fertiliser, de fleuves à traverser, de richesses à puiser de toutes

parts ! Nous ne sommes qu’au début de la production, de l’industrie, de l’agriculture, et, sans

prendre la liberté du commerce pour une panacée infaillible, il est permis de dire que tout irait

mieux, du jour où on laisserait la concurrence des capitalistes et des propriétaires s’organiser

en présenqe de celle des ouvriers. Ricardo a raisonné dans l’hypothèse d’un déplorable statu

quo : nous raisonnons dans l’hypothèse d’un affranchissement qui déjà commence. Il a

désespéré, et tout nous conduit au contraire à espérer dans l’avenir. A. F.

33. Si M. Buchanan, dans le passage suivant, n’a eu en vue qu’un état de misère passager, je suis

entièrement de son avis. — « Le grand malheur de la condition de l’ouvrier, c’est l’indigence qui

provient de la disette des vivres ou du manque d’ouvrage. Aussi a-t-on fait chez tous les

peuples des règlements sans nombre pour venir à son secours. Mais il est dans l’état social des

maux que la législation ne saurait soulager ; et il est utile par conséquent de connaître les

limites dans lesquelles elle doit se renfermer, afin d’éviter qu’en visant à ce qui est

impraticable, nous ne manquions le but utile qu’il est en notre pouvoir d’atteindre. » —

Buchanan, p. 61.

34. Cette vieille législation des pauvres, criblée d’abus, et ruineuse pour la Grande-Bretagne, au

point d’avoir absorbé, en 1818, 7,870,801 livres sterlings, et, en 1832, le chiffre colossal de

8,739,882 livres sterlings, a été complètement réformée par l’acte de 1834 auquel on a donné

le nom par trop modeste d’amendement. Dans le fond, il y a eu substitution d’un système

entièrement nouveau dans les annales de la charité légale. Ce système est celui des Work-

Houses ou ateliers de charité qui s’ouvrent comme un refuge devant les ouvriers inoccupés, et

leur distribuent la nourriture, le vêtement, le logement en échange de leur travail. — Voyez,

pour l’esquisse de cette nouvelle législation, le chapitre XVIII : Des Taxes pour les pauvres. A. F.

35. Les progrès que l’opinion publique a faits sur cette grave question depuis 1796 sont très-

remarquables, et il est facile de les constater en comparant le dernier rapport des commissaires

de la loi des pauvres, avec les paroles suivantes prononcées par M. Pitt, il y a près de trente

ans : — « Faisons, des secours à répandre dans les familles nombreuses, un lien d’honneur et

de charité et non un signe d’opprobre et de mépris. On fera ainsi des enfants du pauvre une

bénédiction et non une calamité : et l’on tracera une ligne de démarcation rationnelle et digne

entre ceux qui sont capables de se suffire au moyen de leur travail, et ceux qui, après avoir

doté leur pays d’un grand nombre d’enfants, ont acquis le droit de réclamer les moyens de les

élever. » — Histoire parlementaire de Hansard, v. 32, p. 710.

36. Ces vues qui ne sont pas seulement d’un philanthrope, mais d’un philanthrope éclairé, font

sentir l’Imbécillité des princes qui consacrent les événements heureux de leur règne par le

mariage de quelques filles pauvres, c’est-à-dire qui se rejouissent en condamnant aux larmes,

et peut-être à la mort, les familles qui naîtront de ces unions follement provoquées. Plutôt que

de multiplier les créatures vivantes et susceptibles de souffrir, il vaudrait mieux favoriser la

multiplication des moyens de subsistances, c’est-à-dire abolir les entraves à l’industrie, ne

point emprunter, afin de laisser les capitaux chercher des emplois productifs, et diminuer les

impôts qui augmentent la cherté des produits et par conséquent la difficulté de vivre ; mais ces

moyens qui n’effraient point les bons princes, sont très-difficiles pour les mauvais. — J. B. Say.

37. Le lecteur est prié de se rappeler que dans le but d’être plus clair, j’ai considéré l’argent, ou la

monnaie, comme invariable dans sa valeur ; et par conséquent toute variation de prix comme

l’effet d’un changement dans la valeur de la marchandise seulement. (Note de l’Auteur. )

38. Je vois, moi, dans ces deux faits un parallélisme, constant, inévitable même, et non cet

antagonisme déplorable que signale Ricardo. Suivant lui, les salaires et les profits

représenteraient les deux plateaux d’une balance, l’un s’a-baissant tandis que l’autre

s’élèverait : et comme le manufacturier peut toujours troubler l’équilibre à son profit, grâce aux

capitaux dont il dispose, il s’ensuivrait que les profits suivraient une progression toujours

ascendante. Or, il n’en est rien. Pour nous les intérêts de l’ouvrier et du chef d’industrie sont

entièrement liés : greffés comme deux rameaux sur la production, ils ensuivent toutes les

phases, prospérant ou languissant avec elle. En effet, n’est-ce pas sur le prix courant des

marchandises que le manufacturier prélève son revenu et celui de l’ouvrier, et ce prix courant

ne varie-t-il pas en raison des frais de production combinés avec l’abondance des produits ?

Faites que les demandes soient actives, que les échanges se multiplient, que l’industrie fatigue

les machines à produire, et vous, aurez élevé le prix des marchandises. Et comme une

production animée nécessite des bras nombreux, le travail haussera de valeur inévitablement :

— c’est l’époque où l’ouvrier commande et fait largement sa part dans le butin industriel.

Faites, au contraire, que les besoins diminuent, que les magasins encombrés de produits

réduisent au repos la plupart des usines, et vous voyez fléchir aussitôt le prix des

marchandises. Or, comme un travail languissant est le signal de la désertion des ateliers,

l’ouvrier voit s’anéantir ses ressources : — c’est l’époque où il fléchit le genou, pressé par la

faim et par une concurrence acharnée. Mais dans tous les cas les chances sont les mêmes pour

le travailleur et le capitaliste; et s’il arrive que, même aux époques de prospérité

manufacturière, l’ouvrier ne participe que faiblement aux bénéfices de la production, on peut

être sûr que sa condition est bien plus douloureuse, plus poignante aux moments de crise et

d’abaissement. L’exemple de l’Angleterre depuis ces dernières années suffirait seul pour

démontrer la vérité de ces conclusions que nous dictent le bon sens et la logique. En 1838, 39

et 40, on vit les districts manufacturiers s’assombrir tout à coup, menacés par une disette

imminente et par une crise qui devait être le contre-coup des crises financières de l’Amérique.

Les manufacturiers, privés des demandes ordinaires de la classe laborieuse, restreignirent leur

fabrication. Le 12 mai 1839, quarante-cinq filateurs de coton s’engagèrent à ne pas travailler

plus de quatre jours par semaine, et tandis que les capitaux s’épuisaient dans une production

ruineuse, tandis que les profits se changeaient en faillites nombreuses, les salaires baissaient

de 20, de 40 pour cent. Lorsque l’industrie courbée sous ces orages financiers se releva, on vit

les manufacturiers reconstituer leurs fortunes ébranlées, activer le travail, et hausser

immédiatement les salaires. Or, ce qui est vrai pour l’Angleterre est vrai pour tous les pays, et

suffit sans aucune espèce d’optimisme pour nous rassurer sur l’avenir des masses et les

prédictions de Ricardo. A. F.

39. Le lecteur doit s’apercevoir que nous faisons abstraction des variations accidentelles qui

proviennent des bonnes ou mauvaises saisons, et de l’augmentation ou de la diminution de la

demande par suite de quelque changement soudain dans l’état de la population. Nous voulons

parler du prix naturel et constant du blé, et non de son prix accidentel et variable. (Note de

l’auteur.)

40. Les cent quatre-vingts quarters de blé se partageraient dans les proportions suivantes entre le

propriétaire, le fermier et les ouvriers, par l'effet des variations supposées dans la valeur du blé.

Prix du

qarter.

l. s. d.

4 0 0

4 4 8

4 10 0

4 16 0

5 2 10

Fermage

en blé

point

10 quarters

20 -

30 -

40 -

Profit

en blé

120 quarters

117. 7

103. 4

95.

76.

Salaires

en blé

60 quarters

58. 3

56. 6

55.

53. 3

Total

180

41.

et dans ces mêmes circonstances, les fermages en argent, le salaire et les profits seraient :

42.

Prix du

qarter.

l. s. d.

4 0 0

4 4 8

4 10 0

4 16 0

5 2 10

Fermage.

l. s. d.

point

42 7 6

90 0 0

144 0 0

205 18 4

Profit.

l. s. d.

480 0 0

473 0 0

465 0 0

456 0 0

445 15 0

Total.

l. s. d.

240 0 0

247 0 0

255 0 0

264 0 0

274 5 0

Total.

l. s. d.

720 0 0

762 7 6

810 0 0

864 0 0

925 13 4

43. Voyez Adam Smith, liv. I, chap. 9.

44. Loi fatale, et que j’ai réfutée au chapitre des Salaires. A.F.

45. Cette assertion, pour être catégorique, n’en est pas moins parfaitement insoutenable. — Si les

prix baissent, c’est que les sommes destinées à acheter ces velours, ces soieries, ces

superfluités dont parle Ricardo, ont diminué ou pris une autre direction. Supposez une année

de disette où les populations, inquiètes sur leur existence, voient leurs épargnes se dissiper en

achats de blé ; une année où les appels de la faim étouffent tous les autres désirs, toutes les

autres jouissances : supposez encore un revirement dans le goût des consommateurs, un de

ces caprices soudains et inexplicables qui font préférer telle étoffe à telle autre, telle école de

coiffure ou de parure à telle autre école, et dans les deux cas vous aboutissez à faire payer par

l’industrie les frais de ces anomalies des saisons ou des esprits : — dans les deux cas, c’est le

travail qui comble le déficit créé par la famine, les crises financières ou les mobiles décrets de

la mode. Or, dès que l’on voit diminuer la somme de travail à répartir entre les ouvriers, dès

que s’affaiblit la demande de bras, on peut en conclure hardiment que la valeur du travail, en

d’autres termes, les salaires doivent bientôt fléchir. En effet, ce qui constitue la dotation de

l’industrie, ce sont les capitaux ; si ces capitaux diminuent par la baisse des prix, il y a atteinte

grave portée au budget des travailleurs, et, dès lors, la part de chacun doit s’affaiblir. Les

profits de l’entrepreneur s’amoindrissent, et avec eux l’épargne au moyen de laquelle se créent

les fortunes, et avec l’épargne, enfin, ces fortunes mêmes qui sont la source d’où naissent les

salaires. Dire que les profits peuvent diminuer sans qu’une diminution analogue atteigne la

rémunération de l’ouvrier, c’est donc dire que les sources d’un fleuve peuvent se tarir sans que

le niveau du fleuve s’abaisse immédiatement ; c’est commettre une erreur que le souvenir des

désastres de Manchester, de Spitalfieds, de Coventry et de l’Amérique eût dû épargner à

Ricardo. A. F.

46. Un pays qui, par sa supériorité dans les machines et l’habileté de ses ouvriers, fabrique avec

une plus grande économie de main-d’œuvre que ses voisins, peut, avec les produits de son

industrie, faire venir du dehors le blé nécessaire à sa consommation, lors même que son sol

serait plus fertile, et que le blé y viendrait avec moins de travail que dans le pays d’où il tirerait

son approvisionnement. Supposons deux ouvriers sachant l’un et l’autre faire des souliers et

des chapeaux : l’un d’eux peut exceller dans les deux métiers ; mais en faisant des chapeaux il

ne l’emporte sur son rival que d’un cinquième, ou de 20 pour cent, tandis qu’en travaillant à

des souliers, il a sur lui un avantage d’un tiers, ou de 33 pour cent. Ne serait-il pas de l’intérêt

de tous les deux que l’ouvrier le plus habile se livrât exclusivement à l’état de cordonnier, et le

moins adroit à celui de chapelier ? (Note de l’Auteur.)

Les explications données ici, soit dans le texte, soit dans la note qui précède, tendent de plus

en plus à faire sentir la folie du système exclusif qui prohibe les produits étrangers pour

favoriser les produits indigènes. Tout ce qu’une nation peut consommer se produit chez elle ;

elle ne peut consommer aucune valeur qui n’ait été produite chez elle*; car avec quoi peut elle

acheter un produit de la Chine, si ce n’est avec un produit qu’elle a créé, ou, ce qui revient au

même, avec le prix de vente d’un produit qu’elle a créé ? De même que les Anglais fabriquent

leur vin en draps, on peut dire que les Français, en faisant des étoffes de soie, fabriquent du

sucre. Et si, par le moyen du commerce, le sucre qui leur vient des îles leur coûte moins que

celui qu’ils pourraient tirer de leur sol, il leur convient, il convient à l’État, comme aux

particuliers, qu’on le fasse venir du dehors. Ces principes, déjà exposés dans la Richesse des

Nations de Smith, et dans mon Traité d’Économie politique, ne sauraient être trop reproduits

sous différentes formes.

Les douanes ne sont donc jamais bonnes pour favoriser l’industrie d’un pays ; mais on peut en

prendre la défense comme d’une machine fiscale ; et jusqu’au moment où les hommes auront

appris les moyens de se faire gouverner à bon marché, ils doivent supporter de forts droits

d’entrée aussi bien qu’un fort impôt sur les terres.**— J. -B. Say.

47. Sauf pourtant les frais d’assurance et de commerce nécessaires pour faire passerdes métaux

précieux d’un pays dans l’autre. Je peux consentir à recevoir quatre-vingt-dix-huit onces

d’argent à Paris contre une lettre de change valant cent onces d’argent payable à Londres ; car

si je faisais venir en nature les cent onces d’argent qu’on me doit à Londres, il se pourrait

qu’elles fussent réduites, par les frais, à quatre-vingt-dix-huit onces. Mais quand il n’y a pas

de prohibition, ces frais se réduisent à peu de chose pour l’or et pour l’argent, et même quand

il y a des prohibitions, il n’en est pas qu’on élude plus facilement. Quant aux marchandises

encombrantes, elles peuvent, même avec la liberté de commerce, différer beaucoup dans leur

valeur en argent d’un pays à l’autre, parce que les frais de transport sont proportionnellement

plus considérables pour ces marchandises que pour les métaux précieux. Les différents degrés

de difficultés qu'il y a à transporter les marchandises d'un pays dans un autre, soit que la

difficulté naisse de la nature des choses ou des lois, sont la seule raison qui établisse une

grande différence de prix en argent pour, ces marchandises dans les deux pays. — J.-B. Say.

48. Lorsque le gouvernement, comme il arrive en Angleterre, dépense annuellement une forte

somme levée par les emprunts, alors il dépense évidemment une portion du capital du pays, ou

du moins des accumulations de l’année, qui, sans cela, seraient allées grossir le

capital productif du pays. — J.–B. Say

49. M. Ricardo donne à quelques-unes de ses propositions une généralité de laquelle il est

impossible de demeurer d’accord. Par exemple, il dit que le profit des terres, ordinairement

représenté par le fermage, se règle toujours sur la dernière qualité des terres ; que celles-ci ne

paient absolument aucun fermage, parce que leur produit ne fait qu’indemniser le cultivateur

des avances et des frais de culture, et il en tire la conséquence que le moindre impôt sur les

terres ou sur leur produit immédiat, doit élever le prix de ce produit, ou faire abandonner la

culture des terres qui ne paient point de profit foncier à leur propriétaire. Mais les choses ne se

passent pas rigoureusement ainsi. Toute terre cultivée paie toujours un fermage, quelque faible

qu’il soit. Un propriétaire, ne fût-ce que par mauvaise humeur, ne laisserait pas cultiver sa

terre, si elle ne lui rapportait absolument rien. On voit dans les montagnes des Alpes et du Jura

une foule de mauvais pâturages sur lesquels il n’y a aucun capital répandu, qui tous rapportent

un loyer à leurs propriétaires. S’il y a quelques terres cultivées qui ne rapportent absolument

rien à leur propriétaire pour son droit de propriété, elles sont en si petite quantité, que sur un

grand pays elles exercent probablement peu d’influence sur la quantité et le prix des produits

généraux. Il faudrait qu’un nouvel impôt sur les produits des terres fût considérable au point de

faire abandonner des terres actuellement en culture, pour qu’il fît augmenter le prix des blés. Si

un tel impôt n’augmente pas sensiblement l’étendue des terrains en friche, on ne voit pas

pourquoi le prix des blés augmenterait, puisque l’approvisionnement serait le même. Le

gouvernement ou le clergé lèveraient des dîmes en nature, que le prix du blé resterait encore le

même, puisque la même quantité de ce produit irait sur le marché, serait jetée dans la

circulation par les collecteurs à défaut des cultivateurs. Tout impôt de ce genre, à moins qu’il

ne soit exagéré, ne peut donc que diminuer les profits du propriétaire et ceux du cultivateur,

sans faire renchérir le produit des terres. — J. -B. Say .

50. Ce phénomène des transitions douloureuses que réserve aux ouvriers notre système industriel,

est peut-être le plus grand problème de l’économie politique actuelle. Nous en avons étudié

l’importance et la menaçante gravité dans l’Introduction. A. F.

51. Ce sont précisément ces degrés très-différents de célérité, qui sollicitent l’attention du

penseur, de l’économiste. Cette célérité qui suffit à l’auteur, dont la plume glisse sur ces

redoutables problèmes, se traduit en une effrayante et longue agonie pour les classes sur

lesquelles retombent les crises financières. Une heure, un jour, une année ne sont rien pour des

théories scientifiques dont le domaine est l’infini, dans le temps, dans l’espace ; mais ils

suffisent pour décider de l’agonie [d’une famille, et de la ruine d’une industrie. A la longue,

sans doute, l’équilibre entre les salaires et les subsistances tend à se rétablir, et, à prendre

l’histoire de l’industrie par catégories de siècles, on verra croître parallèlement le niveau des

salaires et celui des prix ; mais combien de transitions cruelles, cachées sous cette vaste

enveloppe des siècles, viennent démentir l’assertion de Ricardo 3 combien de convulsions ont

démontré la lenteur avec laquelle s’opère la hausse des salaires, et la rapidité avecjaquelle, au

contraire, ils s’abaissent dans les années de disette. Les faits? abondent pour certifier ce

douloureux martyrologe. Ainsi, pour chercher nos exemples dans la terre classique des crises

industrielles, on a toujours vu, en Angleterre, les époques de grande cherté correspondre avec

celles des salaires réduits et insuffisants. En 1804, le prix du blé étant de 44 sh. 10 s., le salaire

des agriculteurs s’éleva à 8 sh. En 1817, les prix ayant atteint 100 sh. 5 d., les salaires

s’arrêtaient à 12 sh. : — posant ainsi un accroissement de 260 % dans les prix, en face d’un

accroissement de 33 % seulement dans les salaires. Adam Smith avait entrevu ce jeu fatal des

salaires et des subsistances, et les événements l’ont mis]hors de doute avec une impitoyable

rigueur. Il n’a manqué à Ricardo, pour rester convaincu de l’erreur où il s’est laissé entraîner,

que d’assister au drame lugubre qui se joua en 1839-40-41, dans les districts manufacturiers

de l’Angleterre. Il eût pu voir la réserve de la Banque descendre de 9,362,000 1. à 3,500,000 l.,

le nombre des faillites s’élever en quatre ans de 800 à 1,500, la taxe des pauvres grandir à

Oldham de 159 %, à Bolton, de 304 %, enfin, le pays se dépeupler par l’émigration, la mort et

les prisons. Quelques mois suffirent pour répandre ces calamités sur la puissante Albion, et il

lui fallut cinq ans d’efforts, de sacrifices pour réparer ses forces, reprendre son aplomb et se

remettre en marche avec son énergique mot d’ordre : All right ? Que deviennent, en présence

de tous ces faits, les degrés très-différents de célérité que Ricardo affirme ici pour les

combattre un peu plus loin ? A. F.

52. Peut-être M. Rieardo ne tient-il pas assez de compte de la difficulté que les capitaux ont, dans

beaucoup de cas, pour changer d’emploi. Un très-grand nombre d’entrepreneurs d’industrie (et

par cette expression j’entends ceux qui emploient soit dans l’agriculture, soit dans les

manufactures, soit dans le commerce, des capitaux qui appartiennent soit à eux-mêmes, soit

aux autres) ; un grand nombre d’entrepreneurs d’industrie sont obligés de faire marcher leurs

capitaux avec eux, c’est-à-dire de les laisser dans l’emploi où ils restent eux-mêmes.

L’agriculture d’un canton a beau devenir moins avantageuse à ceux qui l’exercent que ne le

serait toute autre profession, ils n’en restent pas moins agriculteurs, parce que telles sont leurs

habitudes, tels sont leur expérience et leurs talents. On en peut dire autant d’un manufacturier.

Or, si cet homme reste manufacturier ou cultivateur, il laisse dans son genre d’industrie les

capitaux qui marchent nécessairement avec lui, c’est-à-dire ceux qui lui appartiennent, et

même les capitaux d’emprunt. Relativement à ceux-ci, il en paie bien toujours l’intérêt, mais il

n’y fait point de profit par delà les intérêts ; il peut, même en tirer moins de profit qu’il n’en

paie d’intérêts, sans cependant interrompre durant de nombreuses années une entreprise qui, à

capital égal, à mérite égal dans son entrepreneur, rapporte moins que beaucoup d’autres

entreprises. — J.-B. Say.

53. La raison pour laquelle les impôts sur les produits immédiats de l’agriculture ne font pas

renchérir les objets d’exportation ne paraît pas être celle qui est assignée ici par l’auteur. Il

prétend que, pour que ces denrées fussent plus chères, qu’elles se payassent de plus d’argent,

il faudrait qu’il y eût, en raison de cela, plus d’argent introduit, ce qui est inadmissible. Mais

elles peuvent être plus chères sans que l’argent perde de sa valeur générale. Quand la récolte

est mauvaise, et que le prix du blé vient à doubler, on le paie le double en écus, quoique le

nombre des écus soit demeuré le même dans le pays ; de même qu’on le paie d’une double

quantité de sucre, de toile, de savon, de toute autre marchandise. C’est-à-dire que si le blé

vaut 6 l. st. le quarter, le fabricant de drap, par exemple, est obligé de vendre quatre aunes de

son drap, qui vaut 30 sch., pour obtenir l’argent qui achètera un quarter de blé, tandis qu’il ne

serait obligé d’en donner que deux aunes pour le même quarter, si le quarter était à 3 liv. st.

On ne peut pas dire qu’il faut que la quantité de drap ait doublé dans le pays, pour qu’on en

donne ainsi le double en échange d’une mesure de blé. De même il n’est pas nécessaire que le

numéraire augmente en quantité pour q’une denrée se vende plus cher.

Il y a une cherté propre, une cherté réelle indépendamment de la valeur relative des choses, et

cette cherté propre est en raison des frais de production (Voyez le ’’Traité d’Économie

politique’’, liv. II, chap. 4. ) — J.-B. Say.

54. C’est-à-dire de 18 quarters à raison de 4 l. 8 sch. 10 ? d., et 9 quarters à 4 l. 8 sch. 10 ? l.

55. En regard de ces maximes généreuses qui sont, en quelque sorte, une déclaration des droits

du contribuable, nous croyons utile de placer celles que M. de Sismondi — cette âme si forte et

si tendre à la fois — a émises sous l’inspiration des idées démocratiques les plus élevées. Cela

fait, nous réclamerons l’attention du lecteur pour les choses graves que nous essaierons de dire

sur la question des charges publiques.

1. Tout impôt doit porter sur le revenu et non sur le capital. Dans le premier cas, l’État ne dépense

que ce que les particuliers devraient dépenser ; dans le second, il détruit ce qui devait faire

vivre et les particuliers et l’État

2. Dans l’assiette de l’impôt, il ne faut point confondre le produit brut annuel avec le revenu ; car

le premier comprend, outre le second, tout le capital circulant : et une partie de ce produit doit

demeurer pour maintenir ou renouveler tous les capitaux fixes, tous les travaux accumulés et la

vie de tous les ouvriers productifs.

3. L’impôt étant le prix que le citoyen paie pour des jouissances, on ne saurait le demander à celui

qui ne jouit de rien : il ne doit donc jamais atteindre la partie du revenu qui est nécessaire à la

vie du contribuable.

4. L’impôt ne doit jamais mettre en fuite la richesse qu’il frappe; il doit donc être d’autant plus

modéré que cette richesse est d’une nature plus fugitive. Il ne doit jamais atteindre la partie du

revenu qui est nécessaire, pour que ce revenu se conserve.

Ces règles, ajoute l’illustre économiste, doivent être combinées avec celles données par Adam

Smith. En les observant, si on ne saurait faire que l’impôt soit un bien, on fera du moins qu’il

soit un moindre mal. » (Sismondi, t. II, livre vi, chap. 8.)

Il y a, comme on le voit, dans les prescriptions de Smith quelque chose de plus pratique, de

plus financier ; dans celles de Sismondi, quelque chose de plus social, de plus élevé peut-être ;

mais chez les deux penseurs on retrouve le même désir de proportionner les charges publiques

à la force de ceux qui les supportent, et de repousser le sens des vieux adages qui faisaient de

la gent travailleuse la gent taillable et corvéable à merci. Dans ce siècle où le genre humain

choisit ses guides et ses prophètes dans les rangs des travailleurs, — penseurs, poètes,

industriels, artistes, — il était naturel qu'on reconnût à ces créateurs, à ces soutiens de toute

civilisation, le droit de n'être plus rançonnés à outrance sous prétexte de droit divin, de

servage, de prolétariat. Après avoir réhabilité le travail, et la source d'où il s'épanche, le peuple,

on était amené forcément à lui reconnaître le droit à la première place dans les jouissances

sociales, le droit à la dernière dans les charges publiques : deux nécessités logiques que la

Révolution publia par la terrible voix de ses canons, la science sociale par l'éloquente

proclamation de Turgot, de Smith, et qui, après s'être imposées aux esprits, s'imposent de nos

jours aux faits. Qu'est-ce, en effet, que le morcellement de la propriété, la diffusion des

capitaux, la multiplication de ces caisses prévoyantes où l'épargne, comme une urne

intarissable, verse les millions dus aux sueurs de l'ouvrier, et, trop souvent aussi, aux

fourberies de nos laquais, — scapins éhontés qui déshonorent l'économie, achètent des

chemins de fer et commanditent jusqu'à des dynasties espagnoles ou portugaises avec des

sous pour livre, des gratifications et des bouts de bougie ? Qu'est-ce que l'abaissement de

l'intérêt, et l'accroissement du salaire, si ce n'est un progrès évident vers le bien-être de la

masse? Et que sont, d'un autre côté, ces réformes incessantes dans la répartition des impôts ;

ces lois qui dégrèvent les matières premières, ce pain de l'industrie ; les subsistances, ce pain

des générations; les lettres, les écrits, ce pain de l'intelligence et de l'âme? Que sont ces décrets

à l'allure passablement révolutionnaire qui, déplaçant les sources de l'impôt, tendent

graduellement à l'asseoir, comme en Angleterre, sur des revenus fixes, des propriétés

mollement étalées au soleil, — income-tax, property-tax,—et non sur les bases mouvantes et

capricieuses du salaire? Que sont, dis-je, toutes ces choses, si ce n'est l'allégement progressif

du travail? La première condition d'existence pour une société, c'est une légion innombrable

d'ouvriers, toujours prêts à creuser le sol, à battre le fer; et on s'est aperçu, après tant de

siècles d'ignorance et d'iniquité, qu'il était absurde de décimer ou d'affaiblir ces bataillons,

vraiment sacrés, en leur enlevant par mille taxes oppressives le sang de leurs veines, la moelle

de leurs os. Le prolétaire a besoin de tout son salaire pour retrouver l'immense énergie qu'il

déploie chaque jour dans la production : c'est le géant sur lequel repose le monde social; et

Atlas lui-même, qui étayait de ses vastes épaules l'univers ancien, eût succombé sous la tâche,

s'il lui avait fallu payer la taxe sur le pain, sur le sel, sur la viande. Il est impossible de remuer

cette noble science de l'Économie politique que nous définissons, pour notre part : la science

du travail et de sa rémunération , sans se sentir entraîné par une immense sympathie pour tout

ce qui pense, agit, crée ici-bas, sans chercher à traduire cette sympathie en formules

protectrices et fortes ; et l'on ne doit pas s'étonner si J.-B. Say eut l'insigne honneur

commentaires (0)
Aucun commentaire n'a été pas fait
Écrire ton premier commentaire
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Docsity n'est pas optimisée pour le navigateur que vous utilisez. Passez à Google Chrome, Firefox, Internet Explorer ou Safari 9+! Téléchargez Google Chrome