Notes sur les effets de l’accumulation sur les profits et les intérêts des capitaux - 1° partie, Notes de Management. Université d'Auvergne (Clermont-Ferrand I)
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les effets de l’accumulation sur les profits et les intérêts des capitaux - 1° partie, Notes de Management. Université d'Auvergne (Clermont-Ferrand I)

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Notes de gestion sur les effets de l’accumulation sur les profits et les intérêts des capitaux - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: les observations d'Adam Smith, le cas unique, des primes à l’e...
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D’après la manière dont nous avons considéré les profits des capitaux, il semblerait qu’aucune accumulation de capital ne peut faire baisser les profits d’une manière permanente, à moins qu’il n’y ait quelque cause, également permanente, qui détermine la hausse des salaires. Si les fonds pour le paiement du travail étaient doublés, triplés ou quadruplés, il ne serait pas difficile de se procurer bientôt la quantité de bras nécessaires pour l’emploi de ces fonds ; mais en raison de la difficulté croissante d’augmenter constamment la quantité de subsistances, la même valeur en capital ne pourrait probablement pas faire subsister la même quantité d’ouvriers. S’il était possible d’augmenter continuellement, et avec la même facilité, les objets nécessaires à l’ouvrier, il ne pourrait y avoir de changement dans le taux des profits et des salaires, quel que fût le montant du capital accumulé. Cependant Adam Smith attribue toujours la baisse des profits à l’accumulation des capitaux et à la concurrence qui en est la suite, sans jamais faire attention à la difficulté croissante d’obtenir des subsistances pour le nombre croissant d’ouvriers que le capital additionnel emploie. « L’accroissement des capitaux, dit-il, qui fait hausser les salaires, tend à abaisser les profits[91]. Quand les capitaux d’un grand nombre de riches commerçants sont versés dans la même branche de commerce, leur concurrence mutuelle tend naturellement à en faire baisser les profits ; et quand les capitaux se sont pareillement grossis dans tous les différents commerces établis dans la société, la même concurrence doit produire le même effet dans tous. » Adam Smith parle ici d’une hausse des salaires, mais c’est d’une hausse momentanée, provenant de l’accroissement des fonds avant qu’il y ait accroissement de population ; et il paraît ne pas s’être aperçu qu’à mesure que le capital grossit, l’ouvrage que ce capital doit faire exécuter augmente dans la même proportion. Cependant M. Say a prouvé de la manière la plus satisfaisante, qu’il n’y a point de capital, quelque considérable qu’il soit, qui ne puisse être employé dans un pays, parce que la demande des produits n’est bornée que par la production. Personne ne produit que dans l’intention de consommer ou de vendre la chose produite, et on ne vend jamais que pour acheter quelque autre produit qui puisse être d’une utilité immédiate, ou contribuer à la production future. Le producteur devient donc consommateur de ses propres produits, ou acheteur et consommateur des produits de quelque autre personne. Il n’est pas présumable qu’il reste longtemps mal informé sur ce qu’il lui est plus avantageux de produire pour atteindre le but qu’il se propose, c’est-à-dire, pour acquérir d’autres produits. Il n’est donc pas vraisemblable qu’il continue a produire des choses pour lesquelles il n’y aurait pas de demande[92]. Il ne saurait donc y avoir dans un pays de capital accumulé, quel qu’en soit le montant, qui ne puisse être employé productivement, jusqu’au moment où les salaires auront tellement haussé par l’effet du renchérissement des choses de nécessité, qu’il ne reste plus qu’une part très- faible pour les profits du capital, et que, par là, il n’y ait plus de motif pour accumuler[93]. Tant que les profits des capitaux seront élevés, les particuliers auront un motif pour accumuler. Tant qu’un individu éprouvera le désir de satisfaire une certaine jouissance, il aura besoin de plus de marchandises, et la demande sera effective dès qu’il aura une nouvelle valeur quelconque à

offrir en échange pour ces marchandises. Si on donnait 10,000 l. st. à un homme qui en possède déjà 100,000 l. de rente, il ne les serrerait pas dans son coffre ; il augmenterait sa dépense de 10,000 l. ; il les emploierait d’une manière productive, ou il prêterait cette somme à quelque autre personne pour cette même fin. Dans tous les cas, la demande s’accroîtrait, mais elle porterait sur des objets divers. S’il augmente sa dépense, il est probable qu’il emploiera son argent à des constructions, à des meubles, ou à tout autre objet d’agrément. S’il emploie ses 10,000 l. d’une manière productive, il consommera plus de subsistances, d’objets d’habillement et de matières premières, qui serviraient à mettre à l’œuvre de nouveaux ouvriers. Ce serait toujours une demande[94].

On n’achète des produits qu’avec des produits, et le numéraire n’est que l’agent au moyen duquel l’échange s’effectue. Il peut être produit une trop grande quantité d’une certaine denrée, et il peut en résulter une surabondance telle dans le marché, qu’on ne puisse en retirer ce qu’elle a coûté ; mais ce trop plein ne saurait avoir lieu pour toutes les denrées. La demande de blé est bornée par le nombre de bouches qui doivent le manger ; celle des souliers et des habits, par le nombre des personnes qui doivent les porter ; mais quoique une société, ou partie d’une société, puisse avoir autant de blé et autant de chapeaux et de souliers qu’elle peut ou qu’elle veut en consommer, on ne saurait en dire autant de tout produit de la nature ou de l’art. Bien des personnes consommeraient plus de vin, si elles avaient le moyen de s’en procurer. D’autres, ayant assez de vin pour leur consommation, voudraient augmenter la quantité de leurs meubles, ou en avoir de plus beaux. D’autres pourraient vouloir embellir leurs campagnes, ou donner plus de splendeur à leurs maisons. Le désir de ces jouissances est inné dans l’homme ; il ne faut qu’en avoir les moyens ; et un accroissement de production peut, seul, fournir ces moyens. Avec des subsistances et des denrées de première nécessité à ma disposition, je ne manquerai pas longtemps d’ouvriers dont le travail puisse me procurer les objets qui pourront m’être plus utiles ou plus désirables.

La baisse ou la hausse de profits, que cet accroissement de production et la demande qui en est la suite pourront occasionner, dépend uniquement de la hausse des salaires ; et la hausse des salaires, excepté pendant un temps limité, tient à la facilité de produire les subsistances et les choses nécessaires a l’ouvrier. J’ai dit, pendant un temps limité, car il n’y a rien de mieux établi que ce principe, suivant lequel la quantité des ouvriers doit toujours, en dernière, analyse, se proportionner aux moyens de les payer.

Il n’y a qu’un seul cas, et celui-là n’est que temporaire, dans lequel l’accumulation du capital, accompagnée du bas prix des subsistances, peut amener une baisse des profits ; ce cas est celui où les fonds destinés à faire subsister les ouvriers s’accroissent plus vite que la population. Dans ce cas, les salaires seront forts et les profits faibles. Si tout le monde renonçait à l’usage des objets de luxe, et ne songeait qu’à accumuler, il pourrait être produit une quantité d’objets de nécessité, dont il ne pourrait pas y avoir de consommation immédiate.

Il pourrait sans doute y avoir alors un engorgement général de ces produits, et par conséquent il se pourrait qu’il n’y eût ni demande pour une quantité additionnelle de ces articles, ni profits à espérer par l’emploi d’un nouveau capital. Si on cessait de consommer, on cesserait de produire, et cette concession n’est pas en opposition avec le principe général. Dans un pays tel que l’Angleterre, par exemple, il est difficile de supposer qu’il puisse y avoir de motif qui détermine les habitants à consacrer tout leur capital et leur travail à la production exclusive des choses de première nécessité.

Quand des commerçants placent leurs capitaux dans le commerce étranger ou de transport, c’est toujours par choix, et jamais par nécessité. Ils ne le font que parce que leurs profits, dans ce commerce, sont un peu au-dessus de ceux du commerce intérieur.

Adam Smith a observé, avec raison, que « le besoin de nourriture était, dans chaque individu, limité par la capacité bornée de l’estomac de l’homme ; mais que le désir des choses commodes ou des objets de décoration et d’ornement pour les édifices, l’habillement, les équipages ou l’ameublement, paraît n’avoir point de bornes ou de limite certaine. La nature a donc nécessairement limité la somme des capitaux qui peut, à une époque quelconque, être consacrée avec profit à l’agriculture ; mais elle n’a point posé de limites à la somme de capita1 qui peut être consacrée à nous procurer les choses utiles à l’existence, et propres à l’embellir. » Nous procurer le plus grand nombre possible de ces jouissances, voilà le but que nous nous proposons, et c’est uniquement parce que le commerce étranger, ou celui de transport, parvient mieux à ce but, que les commerçants l’entreprennent de préférence à la fabrication des objets désirés, ou de ceux qui peuvent les remplacer dans le pays même. Si, cependant, des circonstances particulières nous empêchaient de placer nos capitaux dans le commerce étranger ou dans celui de transport, nous serions obligés de les employer, quoique moins avantageusement, chez nous ; et tant qu’il n’y a point de limites au désir de posséder « des choses commodes, des objets d’ornement pour les édifices, l’habillement, les équipages et l’ameublement, » il ne saurait y avoir d’autres limites aux capitaux qui peuvent être employés pour nous procurer ces objets, que celles des subsistances destinées aux ouvriers qui doivent les produire. Adam Smith dit cependant que le commerce de transport n’est point un commerce de choix, mais de nécessité ; comme si le capital qui y est versé fût resté stérile sans un pareil emploi ; comme si le capital employé au commerce intérieur pouvait regorger s’il n’était contenu dans de certaines limites. « Quand la masse des capitaux d’un pays, dit-il, est parvenue à un tel degré d’accroissement, qu’elle ne peut être toute employée à fournir à la consommation de ce pays, et à faire valoir son travail productif, alors le superflu de cette masse se décharge naturellement dans le commerce de transport, et est employé à rendre le même service à des pays étrangers.

« On achète, avec une partie du produit superflu de l’industrie de la Grande-Bretagne, environ quatre-vingt-seize mille quarters de tabac dans la Virginie et le Maryland. Or, la demande de la Grande-Bretagne n’en exige peut-être pas plus de quatorze mille. Ainsi, si les quatre-vingt- deux mille restant ne pouvaient être exportés et échangés contre quelque chose de plus demandé dans le pays, l’importation de cet excédant cesserait aussitôt, et, avec elle, le travail productif de tous ceux des habitants de la Grande-Bretagne qui sont maintenant employés à préparer les marchandises avec lesquelles ces quatre-vingt-deux mille quarters sont achetés tous les ans. » Mais cette portion du travail productif de la Grande-Bretagne ne pourrait-elle pas être employée à préparer des marchandises d’une différente espèce, avec lesquelles on aurait la faculté d’acheter quelque chose qui serait plus demandé dans le pays ? Et quand même cela serait impossible, ne pourrait-on pas, quoique avec moins d’avantage, employer ce travail productif à fabriquer les articles demandés dans le pays, ou du moins à en fournir d’autres qui pussent les remplacer ? Si nous avions besoin de velours, ne pourrait-on pas essayer d’en faire ; et si nous ne pouvions pas y réussir, ne serait-il pas possible de fabriquer plus de drap, ou quelque autre objet qui serait à notre convenance ? Nous fabriquons des marchandises, et avec ces marchandises nous en achetons d’autres à l’étranger, parce que nous pouvons nous les y procurer à meilleur compte que si nous les fabriquions chez nous. Qu’on nous prive de ce commerce, et à l’instant nous fabriquerons de nouveau ces articles pour notre usage. D’ailleurs cette opinion d’Adam Smith est en contra- diction avec toute sa doctrine générale sur cette matière. « Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de le faire nous- mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec les produits de quelque industrie où nous excellions. L’industrie générale du pays étant toujours en proportion du capital qui la met en œuvre, elle ne sera pas diminuée pour cela ; ... seulement ce sera à elle à chercher la manière dont elle peut être employée à son plus grand avantage. »

Et dans une autre endroit : « Par conséquent, ceux qui peuvent dis poser d’une plus grande quantité de vivres qu’ils ne peuvent en consommer, sont toujours prêts à donner ce surplus, ou, ce qui revient au même, sa valeur en échange d’un autre genre de jouissances. Tout ce qui reste après avoir satisfait des besoins nécessairement limités, est donné pour flatter ces désirs que rien ne saurait satisfaire, qui paraissent tout à fait insatiables. Les pauvres, pour avoir de la nourriture, travaillent à satisfaire les fantaisies des riches ; et, pour être plus sûrs d’obtenir cette nourriture, ils enchérissent l’un sur l’autre à qui travaillera à meilleur marché, et à qui mettra plus de perfection à sou ouvrage. Le nombre des ouvriers s’accroît par l’abondance de vivres, ou par les améliorations croissantes dans la culture des terres ; et comme la nature de leurs occupations est susceptible de la plus grande division de travail, la quantité de matières qu’ils peuvent consommer augmente dans une proportion beaucoup plus forte que le nombre des ouvriers. De la naît une demande de toute sorte de matières que l’industrie des hommes

peut employer en objets d’utilité ou d’ornement, en habillements, équipages, ameublements, substances fossiles, minéraux renfermés dans le sein de la terre, et métaux précieux. »

Il résulte donc de ces développements qu’il n’est pas de limites pour la demande, pas de limites pour l’emploi du capital, toutes les fois que le capital donne quelques profits et que ces profits ne peuvent baisser que par suite de la hausse des salaires. Enfin rajouterai que la seule cause qui fasse hausser constamment les salaires, c’est la difficulté toujours croissante de se procurer de la nourriture et des objets de première nécessité pour le nombre chaque jour croissant des ouvriers.

Adam Smith a observé, avec raison, qu’il est extrêmement difficile de fixer le taux des profits des capitaux. « Le profit est sujet à des variations telles, dit-il, que même dans un commerce particulier, et à plus forte raison dans les différentes branches de commerce en général, il serait difficile d’en déterminer le terme moyen ..... Et quant à prétendre juger avec une certaine précision de ce qu’il peut avoir été à des époques antérieures, c’est ce qui doit être absolument impossible. » Cependant, puisqu’il est évident qu’on paie cher la faculté de se servir de l’argent, toutes les fois que par son moyen on peut gagner beaucoup, il croit que « le taux ordinaire de l’intérêt sur la place peut nous conduire à nous former quelque idée du taux des profits, et que l’histoire des progrès de l’intérêt peut nous donner celle du progrès des profits. » Certes, si le taux de l’intérêt pouvait être connu avec précision pendant une époque un peu considérable, il pourrait nous fournir une mesure assez exacte pour estimer le progrès des profits.

Mais dans tous les pays, par suite de fausses notions en économie politique, les gouvernements sont intervenus, pour empêcher que le taux de l’intérêt ne s’établît d’une manière libre et équitable, en imposant de grosses et excessives amendes sur tous ceux qui prendraient un intérêt au-dessus de celui fixé par la loi. On élude probablement partout de semblables lois ; mais l’histoire nous apprend peu de choses à ce sujet, et les écrivains nous indiquent plutôt l’intérêt fixé par les lois, que son taux courant.

Pendant la dernière guerre, les billets de l’échiquier et de la marine, en Angleterre, ont éprouvé une perte telle, qu’en les achetant on a pu retirer 7 et 8 pour cent, ou même un plus fort intérêt de son argent. Le gouvernement a négocié des emprunts à un intérêt au-dessus de 6 pour cent, et des particuliers se sont souvent vus forcés de payer, par des voies indirectes, plus de 10 pour cent pour l’intérêt de l’argent ; et néanmoins, pendant tout ce temps, l’intérêt légal était toujours au taux de 5 pour cent. Il y a donc fort peu de fond à faire sur ce que les historiens peuvent dire de l’intérêt fixe et légal, puisque nous voyons jusqu’à quel point il peut être différent du taux courant. Adam Smith nous apprend que, depuis la trente-septième année du règne de Henri VIII jusqu’à la vingtième année de Jacques Ier, le taux légal de l’intérêt demeura à 10 pour cent. Peu de temps après la restauration, il fut réduit à 6 pour cent ; et, par le statut de la douzième année de la reine Anne, à 5 pour cent. Il croit que l’intérêt légal a suivi, et non

précédé le taux courant de l’intérêt. Avant la guerre d’Amérique, le gouvernement anglais empruntait à 3 pour cent, et dans la capitale, ainsi que dans beaucoup d’autres endroits du royaume, les gens qui avaient bon crédit empruntaient à 3 ½, 4 et 4 ½ pour cent.

Le taux de l’intérêt, quoiqu’il soit en dernière analyse, et d’une manière stable, déterminé par le taux des profits, est cependant sujet à éprouver des variations temporaires par d’autres causes. À la suite de chaque fluctuation dans la quantité et la valeur de l’argent, le prix des denrées doit naturellement varier. Il varie encore, ainsi que nous l’avons déjà fait voir, par le changement dans les rapports entre l’offre et la demande, quoique la production ne soit ni plus ni moins aisée. Quand le prix courant des marchandises baisse par l’effet d’un approvi- sionnement abondant, d’une moindre demande ou d’une hausse dans la valeur de l’argent, un manufacturier garde en magasin une quantité extraordinaire de marchandises prêtes pour la vente, plutôt que de les livrer à vil prix. Et pour faire face à ses engagements, pour le paiement desquels il comptait auparavant sur la vente de ses articles, il est obligé d’emprunter à crédit, et souvent à un taux d’intérêt plus élevé. Cela, cependant, n’a qu’une courte durée ; car, ou l’espoir du manufacturier est fondé, et le prix courant de ses marchandises montera; ou bien il s’aperçoit que la diminution de la demande est permanente, et alors il ne cherche plus à résister à la direction que le commerce a prise ; les prix baissent, et l’argent ainsi que l’intérêt reprennent leur ancien taux. Si, par la découverte d’une nouvelle mine, par l’abus des banques ou par toute autre cause, la quantité de la monnaie augmente considérablement, son effet définitif est d’élever le prix des choses en proportion de l’accroissement de la monnaie ; mais il y a probablement toujours un intervalle pendant lequel le taux de l’intérêt subit quelque variation.

Le prix des fonds publics n’est pas un indice certain pour estimer le taux de l’intérêt. En temps de guerre, le marché est si surchargé de rentes sur l’État, par suite des emprunts continuels que fait le gouvernement, qu’avant que le prix de la rente ait eu le temps de prendre son juste niveau, une nouvelle opération financière ou des événements politiques changent toute la situation. En temps de paix, au contraire, l’action du fonds d’amortissement, la répugnance qu’éprouve une certaine classe de gens à donner à leurs fonds un emploi autre que celui auquel ils sont habitués, qu’ils regardent comme très-sûr, et dans lequel les dividendes leur sont payés avec la plus grande régularité ; toutes ces causes font monter les rentes sur l’État, et abaissent par conséquent le taux de l’intérêt sur ces valeurs au-dessous du prix courant sur la place. Il faut observer encore que le gouvernement paie des intérêts différents, selon la solidité de ses rentes. Pendant que le capital placé dans les 5 pour cent se vend 95 l. st., un billet de l’échiquier de 100 liv. vaudra quelquefois 100 l. 5 sh., quoiqu’il ne porte que 4 l. 11 sh. 3 d. d’intérêt annuel. L’un de ces effets rapporte à l’acheteur, aux prix mentionnés, un intérêt de 5 ¼ pour cent ; l’autre ne rapporte que 4 ¼. Les banquiers ont besoin d’une certaine quantité de ces billets d’échiquier, comme offrant un placement sûr et négociable. Si leur quantité

dépassait de beaucoup cette demande, ils se trouveraient aussi bas que les 5 pour cent. La rente à 3 pour cent par au aura toujours, comparativement, un prix plus haut que celle à 5 pour cent ; car le principal de l’une comme de l’autre ne peut être remboursé qu’au pair, c’est-à- dire, en donnant 100 l. st. en argent pour 100 l. st. de capital en rentes. Le prix courant de l’intérêt sur la place peut tomber à 4 pour cent, et, dans ce cas, le gouvernement rembourserait au possesseur des 5 pour cent son capital au pair, à moins qu’il ne consentît à recevoir 4 pour cent, ou un intérêt au-dessous de 5 pour cent. Le gouvernement ne retirerait aucun avantage de rembourser ainsi le possesseur des 3 pour cent, tant que le taux courant de l’intérêt ne serait pas descendu au-dessous de 3 pour cent par an.

Pour payer les intérêts de la dette nationale, l’on retire quatre fois par an, et pendant peu de jours, de grandes sommes de monnaie de la circulation. Ces demandes de monnaie, n’étant que temporaires, ont rarement de l’effet sur les prix ; elles sont, en général, remplies moyennant le paiement d’un taux plus élevé d’intérêt[95]. Chapitre 22 - Des primes à l’exportation et des prohibitions à l’importation Une prime accordée à l’exportation du blé tend à en abaisser le prix pour le consommateur étranger, mais n’a point d’effet permanent sur son prix dans les marchés de l’intérieur.

Supposons que, pour retirer des capitaux les profits ordinaires, il soit nécessaire que le blé se vende en Angleterre 4 l. st. le quarter ; dans ce cas, il mie pourrait être exporté dans les pays étrangers où il ne se vendrait que 3 l. 15 sh. Mais si l’on donnait 10 sh. par quarter de prime d’exportation, on pourrait le vendre, dans le marché étranger, 3 l. 10 sh., et par conséquent il en résulterait le même profit pour le cultivateur de blé, soit qu’il le vendit 3 l. 10 sh. dans le marché étranger, ou 4 l. dans le pays même.

Une prime qui ferait donc baisser le prix du blé anglais, dans un pays étranger, au-dessous de ce qu’y coûte la production du blé, aurait naturellement pour effet d’augmenter la demande de blé anglais, en diminuant celle des blés du pays. Ce surcroît de demande de blé anglais ne saurait manquer d’en faire hausser le prix en Angleterre, et de l’empêcher de baisser, sur le marché étranger, jusqu’au taux où la prime tend à le faire descendre. Mais les causes qui pourraient agir de la sorte sur le prix courant du blé en Angleterre, n’auraient pas le moindre effet sur son prix naturel, ou sur les frais réels de production. Pour récolter du blé, il n’y aurait besoin ni de plus de bras ni de plus de fonds, et par conséquent, si les profits du capital du fermier n’étaient auparavant qu’en égalité avec ceux des capitaux des autres commerçants, après la hausse des prix ils les surpasseraient considérablement. En grossissant les profits du fermier, la prime agira comme un encouragement à l’agriculture, et le capital employé en manufactures en sera retiré pour être employé sur les terres jusqu’à ce qu’on ait fait face à l’accroissement des demandes extérieures. Quand cela sera arrivé, le prix du blé tombera de

nouveau, dans le marché de l’intérieur, à son prix naturel et forcé, et les profits reviendront à leur niveau accoutumé. Un approvisionnement plus abondant, agissant de même dans le marché étranger, fera aussi baisser le prix du grain dans le pays où il est exporté, et, par là, les profits du négociant qui l’exporte se trouveront réduits au taux le plus bas auquel il puisse faire ce commerce.

L’effet d’une prime d’exportation sur le blé n’est donc, en dernier résultat, ni d’en élever ni d’en abaisser le prix dans le marché intérieur, mais bien de faire baisser le prix du blé, pour le consommateur étranger, de tout le montant de la prime, dans le cas où le blé n’aurait pas été à plus bas prix dans le marché étranger que dans celui de l’intérieur ; et de le faire baisser dans une proportion moindre, dans le cas où le prix dans l’intérieur aurait été plus élevé que celui du marché étranger.

Un écrivain, en traitant, dans le cinquième volume de la Revue d’Édimbourg, des primes pour l’exportation du blé, a très-clairement fait voir quels en étaient les effets sur la demande de l’étranger et de l’intérieur. Il a aussi observé avec raison que ces primes ne pouvaient manquer d’encourager l’agriculture du pays qui exporte ; mais il parait imbu de la même erreur qui a égaré le docteur Smith, et, je crois, la plupart des autres auteurs qui ont traité de cette matière. Il suppose que, parce que c’est le prix du blé qui règle, en dernier résultat, les salaires, c’est aussi ce même prix qui doit régler celui de toutes les autres choses. Il dit que la prime, « en augmentant les profits du fermier, servira d’encouragement à l’agriculture; en faisant monter le prix du blé pour les consommateurs nationaux, elle diminuera pendant ce temps leurs facultés d’acheter cet objet de première nécessité, et réduira ainsi leur richesse réelle. Il est cependant évident que ce dernier effet ne peut être que temporaire ; car les salaires des consommateurs industrieux ayant été auparavant réglés par la concurrence, ce même principe les ramènera encore aux mêmes proportions, en faisant hausser le prix en argent du travail, et, par ce moyen, celui des autres denrées jusqu’au niveau du prix en argent du blé. La prime d’exportation fera donc, en dernier résultat, hausser le prix en argent du blé dans le marché du pays, non pas directement, mais au moyen de l’accroissement de demande dans le marché étranger, et du renchérissement qui s’ensuit dans la prix réel du pays ; et cette hausse du prix en argent, quand une fois elle se sera étendue aux autres denrées, deviendra par conséquent permanente. »

Si j’ai cependant réussi à faire voir que le surhaussement des salaires en argent ne fait pas monter le prix des produits, mais qu’un tel surhaussement affecte toujours les profits, il doit s’ensuivre que le prix des produits ne montera pas par l’effet de la prime.

Mais une hausse temporaire dans le prix du blé, occasionnée par une plus forte demande de l’étranger, ne produirait aucun effet sur le prix en argent des salaires. Le renchérissement du blé est causé par une concurrence de demande pour cet article, dont l’approvisionnement était

auparavant exclusivement destiné au marché national. Par l’effet de la hausse des profits, il y a plus de capitaux employés dans l’agriculture, et l’on obtient par là un surcroît d’approvisionnement ; mais tant qu’il n’est pas obtenu, le haut prix en est absolument néces- saire pour régler la consommation sur l’approvisionnement, ce que la hausse des salaires empêcherait. Le renchérissement du blé est la suite de sa rareté, et c’est ce qui en fait diminuer la demande par les acheteurs nationaux. Si les salaires montaient, la concurrence augmenterait, et un nouveau surhaussement du prix du blé deviendrait nécessaire.

Dans cet exposé des effets produits par les primes d’exportation, nous n’avons point supposé d’événement qui fit hausser le prix naturel du blé, lequel prix règle, en dernière analyse, son prix courant ; car nous n’avons point supposé qu’il fallût un surcroît de travail pour forcer la terre à donner une quantité déterminée de produits, et il n’y a que cela qui puisse faire monter le prix naturel. Si le prix naturel du drap était de 20 sh. par verge, une grande augmentation de demandes du dehors pourrait en faire monter le prix à 25 sh., ou au delà ; mais les profits que ferait alors le fabricant de drap ne manqueraient pas d’attirer les capitaux vers cette fabrication ; et quoiqu’elle pût doubler, tripler ou quadrupler, elle finirait par être satisfaite ; et le drap baisserait de nouveau à son prix naturel de 20 sh. Il en arriverait autant pour ce qui concerne l’approvisionnement du blé. Quoique nous en exportions deux, trois ou huit cent mille quarters par an, il finirait par être produit à son prix naturel, lequel ne varie jamais, à moins qu’une différente quantité de travail ne devienne nécessaire à la production.

Il n’y a peut-être pas, dans tout l’ouvrage si justement célèbre d’Adam Smith, de conclusions plus susceptibles d’être contestées que celles qu’on lit dans le chapitre des primes d’exportation. Il parle d’abord du blé comme d’une denrée dont la production ne saurait s’accroître par l’effet d’une prime d’exportation ; il suppose invariablement que la prime n’influe que sur la quantité déjà produite, et qu’elle n’encourage point une nouvelle production. « Dans les années d’abondance, dit-il, la gratification, en occasionnant une exportation extraordinaire, tient nécessairement le prix du blé, dans le marché intérieur, au-dessus du taux auquel il descendrait naturellement…Quoique la gratification soit souvent suspendue pendant les années de cherté, la grande exportation qu’elle occasionne dans les années d’abondance doit avoir souvent pour effet d’empêcher plus ou moins que l’abondance d’une année ne soulage la disette d’une autre. Ainsi, dans les années de cherté, tout aussi bien que dans celles d’abondance, la prime d’exportation tend de même, nécessairement, à faire monter le prix en argent du blé de quelque chose plus haut qu’il n’aurait été sans cela dans le marché intérieur[96]. »

Adam Smith paraît avoir senti parfaitement que la justesse de son raisonnement dépendait uniquement de la question de savoir si « l’augmentation du prix en argent du blé, en rendant sa culture plus profitable au fermier, ne doit pas nécessairement en encourager la production.

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