Notes sur les impôts sur les salaires - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les impôts sur les salaires - 1° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur les impôts sur les salaires - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: impôts sur les salaires, selon M. Buchanan, suppositions.
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Des impôts sur les salaires feront monter les salaires, et diminueront par conséquent le taux

des profits du capital. Nous avons déjà vu qu’un impôt sur les objets de première nécessité en

faisait hausser le prix, et était suivi de la hausse des salaires. La seule différence entre un impôt

sur les objets de première nécessité et un impôt sur les salaires, consiste en ce que le premier

est nécessairement suivi de la hausse du prix des objets de première nécessité, et que le

second ne l’est pas Un impôt sur les salaires ne pèse donc ni sur le capitaliste, ni sur le

propriétaire foncier ; il pèse uniquement sur ceux qui emploient des travailleurs. Un impôt sur

les salaires n’est autre chose qu’un impôt sur les profits, tandis qu’un impôt sur les objets de

première nécessité est en partie un impôt sur les profits, et en partie un impôt sur les

consommateurs riches. Les effets qui doivent résulter, en dernière analyse, de pareils impôts,

sont précisément les mêmes que ceux occasionnés par un impôt direct sur les profits.

« Deux circonstances différentes, dit Adam Smith, comme j’ai tâché de le faire voir dans le

premier Livre, règlent partout nécessairement le salaire des ouvriers ; savoir : la demande de

travail et le prix moyen ou ordinaire des denrées. La demande de travail, selon qu’elle se trouve

aller en augmentant, ou rester stationnaire, ou aller en décroissant, règle différemment la

nature de la subsistance du travailleur, et détermine le degré auquel cette subsistance sera, ou

abondante, ou médiocre, ou chétive. Le prix moyen et ordinaire des denrées détermine la

quantité d’argent qu’il faut payer à l’ouvrier pour le mettre, une année portant l’autre, à même

d’acheter cette subsistance abondante, médiocre ou chétive. Ainsi, tant que la demande de

travail et le prix des denrées restent les mêmes, un impôt direct sur les salaires du travail ne

peut avoir d’autre effet que de les faire monter de quelque chose plus haut que l’impôt. »

M. Buchanan fait deux objections contre cette proposition telle qu’elle est énoncée par le

docteur Smith. En premier lieu, il nie que les salaires en argent soient réglés par le prix des

denrées[58] ; et en second lieu, il nie encore qu’un impôt sur les salaires du travail puisse les

faire monter de prix. Voici, sur le premier point, l’argument qu’emploie M. Buchanan, page 59.

« Les salaires du travail, ainsi que je l’ai déjà fait voir, ne consistent point dans l’argent, mais

dans ce qu’on peut acheter avec cet argent, c’est-à-dire, dans les denrées et autres objets

nécessaires ; et la part qui sera accordée au travailleur sur le fonds commun, sera toujours

proportionnée à l’offre. Là où les subsistances sont à bas prix etabondantes, son lot sera plus

fort ; et là où elles sont rares et chères, sa part le sera moins. Son salaire sera toujours

exactement ce qui doit lui revenir, et jamais au delà. Le docteur Smith, et la plupart des autres

auteurs, ont, il est vrai, prétendu que le prix en argent du travail était réglé par le prix en

argent des subsistances, et que toutes les fois que les vivres montent, les salaires haussent

dans la même proportion. Il est cependant clair que le prix du travail n’a point de rapport

nécessaire avec le prix des subsistances, puisqu’il dépend entièrement de l’offre du travail

industriel comparée avec la demande. D’ailleurs, il faut faire attention que le haut prix des

subsistances est un indice certain de la diminution de l’approvisionnement, et a lieu dans le

cours ordinaire des choses, afin d’en retarder la consommation. Une moindre quantité de vivres

partagée entre le même nombre de consommateurs, en laissera évidemment à chacun une

moindre portion, et le travailleur sera forcé de supporter sa part de privation dans la disette.

Pour que ce fardeau soit distribué également, et pour empêcher que le travailleur ne consomme

autant de subsistances qu’auparavant, le prix monte. On prétend que les salaires doivent

monter en même temps pour mettre le travailleur en état de se procurer la même quantité

d’une denrée devenue plus rare. Mais si cela était ainsi, la nature contrarierait elle-même ses

propres desseins, en faisant d’abord monter le prix des subsistances, afin d’en diminuer la

consommation, et en faisant ensuite hausser les salaires pour fournir au travailleur le même

approvisionnement qu’auparavant[59]. » Il y a, selon moi, dans cet argument de M. Buchanan,

beaucoup de vérité mêlée à beaucoup d’erreur. De ce que le haut prix des subsistances est

quelquefois occasionné par un manque d’approvisionnement, M. Buchanan conclut qu’il en est

un indice certain. Il attribue exclusivement à une cause ce qui peut être opéré par plusieurs. Il

est sans doute vrai que, dans le cas de diminution de l’approvisionnement, la quantité à

partager entre le même nombre de consommateurs sera moindre, et qu’il en reviendra à chacun

une plus petite part. Pour répartir cette privation d’une manière égale, et pour empêcher le

travailleur de consommer autant de subsistances que par le passé, le prix hausse. On doit donc

accorder à M. Buchanan que toute hausse dans le prix des subsistances, occasionnée par le

manque d’approvisionnement, n’augmentera pas nécessairement les salaires en argent ; car la

consommation devant être diminuée, ce but ne peut être atteint qu’en diminuant les moyens

que le consommateur a d’acheter. Mais de ce que le prix des subsistances s’élève par le

manque d’approvisionnement, cela ne nous autorise nullement à conclure, avec M. Buchanan,

qu’un approvisionnement abondant est incompatible avec le renchérissement des prix, non pas

seulement par rapport à l’argent, mais par rapport à toutes les autres choses.

Le prix naturel des denrées, d‘après lequel se règle leur prix courant, dépend , en dernière

analyse, de la facilité de la production ; mais la quantité produite n’est pas proportionnée à

cette facilité. Quoique les terres qui sont actuellement mises en culture soient très-inférieures à

celles qui ont été cultivées il y a des siècles, et que par conséquent la production soit devenue

plus difficile, qui pourrait cependant douter que la quantité actuelle des produits ne surpasse

de beaucoup celle du temps passé ? Non - seulement le haut prix est compatible avec

l’augmentation de l’approvisionnement, mais l’un va rarement sans l’autre. Si donc, par suite de

l’impôt ou par la difficulté de la production, le prix des subsistances monte, sans que la

quantité en soit diminuée, les salaires du travail en argent monteront ; car, comme le dit M.

Buchanan, « les salaires du travail ne consistent pas dans l’argent, mais dans les choses que cet

argent peut acheter, c’est-à-dire, dans les subsistances et autres choses nécessaires ; et la part

accordée au travailleur, sur le fonds commun, sera toujours proportionnée à l’approvi-

sionnement[60]. »

Quant au second point, qui est de savoir si un impôt sur les salaires du travail doit faire monter

le prix de la main-d’œuvre, M. Buchanan dit : « Après que le travailleur a reçu la récompense

équitable de son travail que peut-il avoir à réclamer de celui qui l’emploie, en raison des impôts

qu’il est ensuite forcé de payer ? Il n’y a pas de loi ni de principe social qui puisse l’y autoriser.

Une fois que le travailleur a reçu son salaire, c’est à lui à le garder, et il doit, selon ses facultés,

supporter le fardeau de toutes les charges auxquelles il pourra ensuite être assujetti ; car il est

évident qu’il n’a aucun moyen de forcer ceux qui lui ont déjà payé le juste prix de son ouvrage,

à lui rembourser ses impôts. »

M. Buchanan a transcrit, en l’approuvant beaucoup, un excellent passage de l’ouvrage de M.

Malthus sur la population, lequel, selon moi, détruit complètement son objection :

« Le prix du travail, quand rien ne l’empêche de gagner son niveau, est un baromètre politique

de la plus haute importance, qui marque le rapport entre l’offre et la demande des

subsistances, entre la quantité à consommer et le nombre des consommateurs ; et son terme

moyen, abstraction faite des circonstances accidentelles, marque encore clairement les besoins

de la société, par rapport à la population. Quel que soit le nombre d’enfants, par ménage,

nécessaire pour conserver la population actuelle telle qu’elle est, le prix du travail sera

justement suffisant pour fournir à l’entretien de ce nombre, et il sera au-dessus ou au-

dessous, selon l’état des fonds réels destinés à l’entretien des travailleurs, soit que leur nombre

se trouve stationnaire, soit qu’il aille en croissant ou en décroissant. Au lieu donc de le consi-

dérer sous ce point de vue, nous le regardons comme quelque chose que l’on peut élever ou

baisser à volonté, quelque chose qui dépend principalement des juges de paix du royaume.

Lorsque la hausse du prix des subsistances marque déjà. que la demande est trop forte par

rapport à l’offre, on élève le prix du travail pour placer le travailleur dans la même position

qu’auparavant ; c’est-à-dire, que nous augmentons la demande, et nous sommes alors fort

surpris de voir que le prix des subsistances continue à hausser. A cet égard, nous agissons à

peu près comme si, lorsque le mercure, dans le baromètre ordinaire, marque l’orage, nous

allions le faire monter, en employant quelque pression forcée, de manière à le mettre au beau

fixe, et si alors nous nous étonnions beaucoup de ce qu’il continue de pleuvoir. »

Le prix du travail marquera clairement les besoins de la société par rapport à la population ; il

sera précisément suffisant pour fournir aux besoins de la population que suppose et exige

l’état des fonds destinés à cette époque à l’entretien des travailleurs. Si leurs salaires n’étaient

auparavant que suffisants pour satisfaire aux besoins de la population, après l’impôt ils

deviendront insuffisants ; car le travailleur aura moins à dépenser pour l’entretien de sa famille.

Le travail haussera donc de prix, parce que la demande se soutient ; et c’est uniquement par un

prix plus haut que l’offre peut ne pas être contrariée[61].

Rien n’est plus commun que de voir les chapeaux, ou la drèche renchérir quand on y met des

impôts ; ces objets montent, parce que, s’ils ne montaient pas, on ne pourrait point en fournir

l’approvisionnement nécessaire. Il en est de même du travail ; quand les salaires sont imposés,

il augmente de prix ; car, s’il ne montait pas, il serait impossible que la population nécessaire

pût se maintenir. M. Buchanan n’admet-il pas lui-même tout ce que nous prétendons prouver,

que « si, en effet, le travailleur se trouvait réduit à avoir uniquement de quoi se procurer les

choses de première nécessité, son salaire ne pourrait plus souffrir de diminution, car il lui serait

impossible d’entretenir sa famille a de telles conditions. »

Supposons que le pays se trouve dans des circonstances telles, que les moindres travailleurs

soient appelés, non-seulement à entretenir leur famille, mais encore a l’augmenter, leurs

salaires seront réglés en conséquence. Pourraient-ils multiplier, si l’impôt leur enlevait une

partie de leur salaire et les réduisait à l’absolu nécessaire ?

Il est hors de doute qu’une denrée imposée ne haussera pas de prix à proportion de l’impôt, si

la demande en diminue sans que la quantité puisse en être réduite. Si la monnaie métallique

était en usage généralement, sa valeur ne monterait pas longtemps, par l’effet de l’impôt, à

proportion du montant de cet impôt ; car, dès qu’elle aurait une plus forte valeur, la demande

en diminuerait sans que sa quantité diminuât. Et la même cause influe sans doute souvent sur

les salaires du travail ; le nombre des travailleurs ne peut être augmenté ou diminué aussi

rapidement que les fonds ; mais, dans le cas supposé, il n’y a pas de diminution nécessaire de

la demande de bras ; et quand même cette diminution existerait, elle ne serait pas en

proportion de l’impôt établi[62]. M. Buchanan oublie que les fonds que le gouvernement lève par

l’impôt sont par lui employés à l’entretien de travailleurs, à la vérité improductifs, mais qui sont

cependant des travailleurs. Si, lorsque les salaires sont imposés, le prix du travail ne montait

pas, il y aurait une grande augmentation dans la demande des bras ; car les capitalistes, qui

n’auraient rien à payer sur cet impôt, auraient les mêmes fonds disponibles pour donner de

l’emploi à des ouvriers, tandis que le gouvernement aurait, dans le montant de l’impôt qu’il

aurait reçu, un surcroît de fonds pour le même emploi. Le gouvernement et la nation se

trouveraient par là en concurrence, et la suite de leur rivalité serait la hausse du prix du travail.

On n’emploierait que le même nombre d’ouvriers, mais on leur donnerait de plus forts

salaires[63]. Si l’impôt avait été établi directement sur le peuple, le fonds national pour

l’entretien des travailleurs aurait diminué dans la même proportion que celui du gouvernement,

destiné au même emploi, et il n’y aurait pas eu, par conséquent, de hausse des salaires ; car,

quoique la demande restât la même, il n’y aurait plus la même concurrence. Si. une fois l’impôt

levé, le gouvernement en exportait le produit pour le donner comme subside à un État

étranger ; et si par conséquent ces fonds étaient consacrés à payer les travailleurs étrangers, au

lieu des Anglais, tels que des soldats, des matelots, etc., alors il y aurait sans doute une

moindre demande de bras, et les salaires pourraient bien ne pas hausser, quoique étant

imposés. Mais la même chose arriverait si l’impôt avait été mis sur des denrées de

consommation, sur les profits du capital, ou si la même somme avait été levée de toute autre

manière, pour fournir le montant du subside ; c’est-à-dire, il y aurait moins de bras employés

dans le pays. Dans l’un des cas, on empêche les salaires de monter ; dans l’autre, ils doivent

baisser absolument.

Mais supposons que le montant d’un impôt sur les salaires, après avoir été prélevé sur les

ouvriers, fût donné gratuitement à ceux qui les emploient ; cela augmenterait le capital de

ceux-ci d’une somme d’argent destinée a payer la main-d’œuvre, mais cela ne multiplierait ni

les denrées ni le nombre des bras. Il y aurait donc augmentation de concurrence entre ceux qui

emploient des ouvriers, et l’impôt n’occasionnerait en définitive aucune perte ni à l’ouvrier ni à

celui qui l’emploie. Ce dernier paierait plus cher le travail ; et ce surcroît de salaire, l’ouvrier le

paierait à son tour au gouvernement, qui, dans le cas supposé, le rendrait à l’entrepreneur de

travaux.

On ne doit cependant pas oublier que le produit de l’impôt est souvent dissipé sans fruit, et

qu’en diminuant le capital, l’impôt tend à diminuer le fonds réel destiné au soutien des travail-

leurs, et par conséquent qu’il occasionne une moindre demande de bras. Les impôts donc en

général, en tant qu’ils diminuent le capital réel du pays, rendent la demande des bras moindre ;

par conséquent l’effet probable d’un impôt sur les salaires, quoique cet effet ne soit ni

nécessaire ni particulier à cet impôt, c’est que, quoique les salaires éprouvent une hausse, elle

ne sera cependant pas d’une somme précisément égale à la valeur de l’impôt.

Adam Smith, ainsi que nous l’avons déjà dit, convient pleinement que l’effet d’un impôt sur les

salaires serait de les faire monter d’une somme égale au moins à la valeur de l’impôt, et que cet

impôt serait en définitive payé par l’entrepreneur de travaux, s’il ne l’était pas immédiatement.

Jusque là nous sommes tout à fait d’accord ; mais nous différons essentiellement dans la

manière dont chacun de nous envisage l’action postérieure d’un pareil impôt.

« Ainsi, quand même un impôt direct sur les salaires du travail, dit Adam Smith, serait payé par

les mains mêmes de l’ouvrier, on ne pourrait pas dire proprement qu’il fait l’avance de l’impôt,

du moins si la demande de travail et le prix moyen des denrées restaient les mêmes après

l’impôt comme auparavant. Dans tous les cas, la personne qui emploie immédiatement l’ouvrier

serait obligée d’avancer, non-seulement l’impôt, mais quelque chose de plus que l’impôt. Le

paiement définitif retomberait sur des personnes différentes, selon les circonstances. La hausse

que l’impôt occasionnerait dans les salaires des ouvriers de manufacture, serait avancée par le

maître manufacturier, qui serait à la fois dans la nécessité et dans le droit de la reporter, avec

un profit, sur le prix de ses marchandises. Ainsi, le paiement définitif de ce surhaussement de

salaires, y compris le profit additionnel du maître manufacturier, retomberait sur le

consommateur. La hausse qu’un tel impôt occasionnerait dans les salaires du travail de la

campagne, serait avancée par le fermier, qui serait obligé alors d’employer un plus gros capital

pour entretenir le même nombre de travailleurs qu’auparavant. Pour se rembourser de cet

excédant de capital,ainsi que des profits ordinaires des capitaux, il serait nécessaire qu’il retînt

dans ses mains une plus forte portion, ou, ce qui revient au même, la valeur d’une plus grande

portion du produit de la terre, et par conséquent qu’il payât moins de rente au propriétaire.

Ainsi, dans ce cas, le paiement définitif de ce surhaussement de salaires, en y joignant le profit

additionnel du fermier qui l’aurait avancé, retomberait sur le propriétaire. Dans tous les cas, un

impôt direct sur les salaires du travail doit nécessairement occasionner, à la longue, une plus

forte diminution dans la rente de la terre ; et en même temps une plus forte hausse dans le prix

des objets manufacturés que n’en aurait pu occasionner, d’une part ni de l’autre, l’imposition

d’une somme égale au produit de cet impôt, qui aurait été convenablement assise, partie sur le

revenu de la terre, et partie sur les objets de consommation. » Tome III, page 337.

Smith soutient, dans ce passage, que le surhaussement des salaires payé par les fermiers doit

retomber en définitive sur les propriétaires fonciers, qui recevront moins de rente ; mais que

l’excédant de salaires payé par les manufacturiers à leurs ouvriers occasionnera une hausse

dans le prix des ouvrages manufacturés, et que ce surcroît de frais retombera par conséquent

sur le consommateur.

Supposons la société composée de propriétaires fonciers, de manufacturiers, de fermiers et

d’ouvriers. On convient que les ouvriers seront dédommagés de ce qu’ils paieront pour

l’impôt ; mais qui les en dédommagera ? qui voudra se charger de payer la portion qui ne

retombe pas sur les propriétaires ? Les manufacturiers ne pourraient en payer aucune partie ;

car, si le prix de leurs marchandises haussait à proportion du surhaussement des salaires qu’ils

sont obligés de payer, ils se trouveraient dans une plus belle position après l’impôt

qu’auparavant. Si le fabricant de drap, le chapelier, le cordonnier, etc., pouvaient chacun élever

le prix de ses marchandises de 10 pour cent, en supposant que ces 10 pour cent suffisent

complètement pour les indemniser du surcroît de salaires qu’ils paient à leurs ouvriers ; si,

comme le dit Adam Smith, « ils étaient à la fois dans la nécessité et dans le droit de reporter ce

surcroît de salaires, avec un profit, sur le prix de leurs marchandises, » dans ce cas, chacun

d’eux pourrait consommer autant de marchandises des autres marchands que par le passé, et

par conséquent ils ne contribueraient en rien à l’impôt. Si le fabricant de draps payait ses

chapeaux et ses souliers plus cher, il vendrait aussi son drap a plus haut prix. Ces fabricants

achèteraient tous les ouvrages manufacturés avec autant d’avantage qu’auparavant, et tant que

le blé conserverait le même prix, - ce qu’admet le docteur Smith, - et qu’ils auront un surcroît

de monnaie pour l’acheter, ils gagneraient, au lieu de perdre, a un tel impôt.

Si donc, ni les cultivateurs ni les manufacturiers ne contribuent à un tel impôt, et si les fermiers

s’en dédommagent par la baisse de la rente, il n’y aura que les propriétaires fonciers qui en

supporteront tout le fardeau, et ils devront encore fournir au surhaussement des profits du

manufacturier. Mais pour effectuer cela, il faut qu’ils consomment tous les ouvrages

manufacturés du pays ; car le surcroît de prix réparti sur toute la masse, est à peine supérieur à

la valeur de l’impôt levé dans l’origine sur les ouvriers des manufactures.

Or personne ne niera que le fabricant de draps, le chapelier et les autres manufacturiers ne

soient tous consommateurs respectifs de leurs marchandises ; tout le monde conviendra que

tout ouvrier consomme du savon, du drap, des souliers, de la chandelle et plusieurs autres

denrées : il est donc impossible que tout le fardeau de ces sortes d’impôts tombe uniquement

sur les propriétaires.

Mais si les ouvriers ne paient aucune part de l’impôt, et que cependant le prix des ouvrages

manufacturés hausse, les salaires doivent hausser, non-seulement pour les indemniser de

l’impôt, mais encore à cause du renchérissement des objets manufacturés de première

nécessité ; et cette hausse, en tant qu’elle affecte les travaux de l’agriculture, deviendra une

nouvelle cause de la baisse de la rente, tandis qu’elle occasionnera une nouvelle hausse de prix

des marchandises manufacturées. Ce surhaussement du prix des marchandises agira à son tour

sur les salaires. L’action et la réaction, d’abord des salaires sur les marchandises, et ensuite des

marchandises sur les salaires, s’étendra sans qu’on puisse lui assigner des limites. Les

arguments sur lesquels repose cette théorie mènent à des conclusions si absurdes, qu’il est

aisé de voir du premier coup d’œil que le principe posé est tout à fait insoutenable.

Toutes les variations qu’éprouvent les profits du capital et les salaires du travail, par la hausse

des rentes et par celle des objets de première nécessité, dans le progrès naturel de la société,

et la difficulté croissante de la production, seront également occasionnées par l’accroissement

de salaires que cause un impôt ; et par conséquent les jouissances de l’ouvrier, aussi bien que

celles de ceux qui l’emploient, seront diminuées par l’effet, non-seulement de l’impôt en

question, mais de tout autre moyen servant à prélever la même somme.

L’erreur d’Adam Smith vient d’abord de ce qu’il suppose que tout impôt payé par le fermier doit

nécessairement retomber sur le propriétaire, sous la forme d’une réduction de rente. Quant à

cet objet, je me suis déjà expliqué dans le plus grand détail, et je me flatte d’avoir démontré, à

la satisfaction du lecteur, que puisqu’un capital considérable est employé sur les terres qui ne

paient pas de rente, et puisque c’est le résultat obtenu au moyen de ce capital qui règle le prix

des produits agricoles, il ne saurait être fait de déduction dans les rentes. Par conséquent, ou il

ne sera point accordé de compensation au fermier pour l’indemniser de l’impôt sur les salaires ;

ou, s’il en obtient une, ce ne sera qu’au moyen d’un renchérissement des produits agricoles.

Si l’impôt est trop onéreux pour le fermier, il pourra élever le prix de ses denrées premières,

afin de se mettre de niveau avec les autres commerçants : mais un impôt sur les salaires, qui ne

pèserait pas plus sur son commerce que sur celui des autres, ne pourrait ni être rejeté sur

ceux-ci, ni compensé par la hausse des produits agricoles ; car le même motif qui pourrait

l’engager à élever le prix du blé, c’est-à-dire, le désir de se rembourser de l’impôt, déciderait le

fabricant de draps à élever le prix de ses étoffes, et le cordonnier, le chapelier et le tapissier, à

augmenter le prix de la chaussure, des chapeaux et des meubles.

S’ils peuvent tous augmenter le prix de leurs marchandises de manière à se rembourser avec

profit de l’impôt, puisqu’ils sont tous consommateurs, chacun des marchandises des autres, il

est évident que l’impôt ne serait jamais payé ; car si tout le monde en trouve la compensation,

où seraient les contribuables ?

J’espère donc avoir réussi à prouver que tout impôt qui peut occasionner une hausse des

salaires, sera payé moyennant une diminution des profits, et par conséquent qu’un impôt sur

les salaires n’est réellement qu’un impôt sur les profits.

Ce principe fondamental du partage du produit du travail et du capital, entre les salaires et les

profits, que je me suis efforcé d’établir, me paraît si certain, qu’à l’exception de l’effet

immédiat, je suis disposé à croire qu’il importe peu lequel des deux on impose, des profits du

capital ou des salaires du travail. En imposant les profits du capital vous changerez proba-

blement le taux d’accroissement progressif des fonds destinés à entretenir les travailleurs, et

les salaires, en haussant trop, se trouveraient hors de proportion avec l’état de ce fonds En

mettant l’impôt sur les salaires, la récompense accordée à l’ouvrier étant trop faible, ne se

trouverait pas non plus proportionnée à ce fonds. L’équilibre naturel entre les profits et les

salaires se rétablirait, dans un cas, par la baisse, et dans l’autre, par la hausse des salaires en

monnaie.

Un impôt sur les salaires ne pèse donc pas sur le propriétaire, mais il porte sur les profits du

capital. Il « n’autorise ni n’oblige le maître manufacturier à le reporter avec un profit sur le prix

de ses marchandises ; » car il ne pourra pas en augmenter le prix, et il doit par conséquent

supporter en entier, et sans compensation, tout le fardeau d’un tel impôt[64].

Si l’effet des impôts sur les salaires est tel que je viens de le décrire, ces impôts ne méritent

point la censure dont le docteur Smith les a frappés. Voici ce qu’il dit au sujet de tels impôts :

« On dit que ces impôts et quelques autres du même genre, en faisant monter le prix du travail,

ont ruiné la plupart des manufactures de Hollande. Des impôts semblables, quoique pas tout à

fait aussi lourds, ont lieu dans le Milanais, dans les États de Gênes, dans le duché de Modène,

dans les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, et dans l’État de l’Église. Un auteur

français, de quelque réputation, a proposé de réformer les finances de son pays, en substituant

à la plus grande partie des autres impôts, cette espèce d’impôts, la plus ruineuse de toutes : -

Il n’y a rien de si absurde, dit Cicéron, qui n’ait été avancé par quelque philosophe, » - Dans un

autre endroit il dit : « Les impôts sur les choses de nécessité, en faisant monter les salaires du

travail, tendent nécessairement à faire monter le prix de tous les objets manufacturés, et par

conséquent à en diminuer la vente et la consommation. »

Ce genre d’impôt ne mériterait point une pareille censure, quand même le principe posé par le

docteur Smith serait exact : - à savoir que ces impôts tendent a faire monter le prix des objets

manufacturés ; car cet effet ne pourrait être que temporaire, et n’entraînerait pour nous aucun

désavantage dans notre commerce étranger. Si une cause quelconque faisait monter le prix de

quelques marchandises manufacturées, elle en entraverait ou en empêcherait l’exportation.

Mais si cette même cause avait un effet général sur toutes les marchandises, son effet ne serait

que nominal ; il n’affecterait pas leur valeur relative, et ne diminuerait en rien l’appât que

présente le commerce d’échange. Or, tout commerce extérieur et intérieur n’est réellement

autre chose qu’un commerce d’échange[65].

J’ai déjà essayé de prouver que, lorsqu’une cause quelconque fait renchérir toutes les denrées

en général, ses effets sont presque pareils à ceux qu’occasionne une baisse dans la valeur de la

monnaie. Si la monnaie baisse de valeur, toutes les denrées haussent de prix ; et si cet effet se

borne à un seul pays, il modifie son commerce étranger de la même manière que le ferait un

renchérissement de denrées occasionné par des impôts. Par conséquent, examiner les effets de

la dépréciation de la monnaie d’un seul pays, c’est examiner les effets d’un renchérissement

des denrées borné à un seul pays. Adam Smith, en effet, était bien persuadé de la parité. de ces

deux cas ; c’est pourquoi il soutient que la dépréciation du numéraire, ou, comme il le dit, de

l’argent en Espagne, par suite de la défense de l’exporter, est très-nuisible aux manufactures et

au commerce étranger de l’Espagne.

« Mais cette dégradation de la valeur de l’argent, qui, étant le résultat ou de la situation

particulière d’un pays ou de ses institutions politiques, n’a lieu que pour ce pays seulement,

entraîne des conséquences tout autres ; et bien loin qu’elle tende à rendre personne réellement

plus riche, elle tend à rendre chacun réellement plus pauvre. La hausse de prix en argent de

toutes les denrées et marchandises, qui, dans ce cas, est une circonstance particulière à ce

pays, tend à y décourager plus ou moins toute espèce d’industrie au dedans, et à mettre les

nations étrangères à portée de fournir presque toutes les diverses sortes de marchandises pour

moins d’argent que ne le pourraient faire les ouvriers du pays, et, par là, de les supplanter non-

seulement dans les marchés étrangers, mais encore dans leur propre marché intérieur. » Liv. IV,

chap. 5.

Un des désavantages, et, je crois, le seul qui provienne de la dépréciation de l’argent,

occasionnée par une abondance forcée, a été très-habilement développé par le docteur Smith.

Si le commerce de l’or et de l’argent était libre, « l’or et l’argent qui iraient au dehors, dit Smith,

n’iraient pas pour rien, mais rapporteraient en retour une valeur égale de marchandises d’une

espèce ou d’une autre. Ces marchandises ne seraient pas non plus toutes en objets de luxe ou

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