Notes sur les impôts sur les salaires - 2° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les impôts sur les salaires - 2° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur es impôts sur les salaires - 2° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: Le change entre différents pays, les opérations générales du commerce, désavantage, selon M. Say.
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en superfluités destinés à ces gens oisifs qui ne produisent rien en retour de leur

consommation. Comme cette exportation extraordinaire d’or et d’argent ne saurait augmente la

richesse réelle ni le revenu réel de ces gens oisifs, elle ne saurait non plus apporter une grande

augmentation dans leur consommation. Vraisemblablement la plus grande partie de ces

marchandises, et au moins certainement une partie d’elles consisterait en matières, outils et

vivres destinés à employer et faire subsister des gens laborieux, qui reproduiraient avec profit

la valeur entière de leur consommation. Une partie du fonds mort de la société se trouverait

ainsi convertie en un capital actif, et on mettrait en mouvement une plus grande somme

d’industrie qu’auparavant. »

En empêchant le commerce des métaux précieux d’être libre, quand le prix des denrées hausse

ou par l’effet de l’impôt ou par l’affluence de ces métaux, on empêche qu’une partie du capital

mort de la société ne soit convertie en un capital actif, et on empêche une plus grande quantité

d’industrie d’être mise en activité. Mais voilà tout le mal, et ce mal n’est jamais ressenti dans

les pays où l’exportation du numéraire est permise ou tolérée.

Le change entre différents pays n’est au pair qu’autant qu’ils ont chacun en circulation la

quantité de monnaie qui, dans un état donné de choses, est nécessaire pour le mouvement de

leurs produits. Si le commerce des métaux précieux était parfaitement libre, et que l’on pût

exporter du numéraire sans aucuns frais, les changes ne pourraient manquer d’être, sur toutes

les places, au pair. Si le commerce des métaux précieux était parfaitement libre, s’ils étaient

généralement employés comme agents de la circulation, malgré les frais de transport, le change

ne pourrait, dans tout pays, dévier du pair que du montant de ces frais. Ces principes sont, je

crois, universellement reconnus. Si un pays se servait d’un papier-monnaie qui ne fût pas

échangeable contre des espèces métalliques, et qui n’eût par conséquent point de régulateur

fixe, les changes d’un tel pays pourraient s’écarter du pair selon que la monnaie s’y trouverait

multipliée au delà de la quantité qui lui serait départie par le commerce de toutes les nations, si

le commerce des métaux précieux était libre, et si ces métaux étaient employés comme

monnaie et comme régulateur.

Si, par les opérations générales du commerce, la part de l’Angleterre se trouvait être de 10

millions de livres sterling, d’un poids et d’un titre reconnus, et qu’on y substituât 10 millions de

papier-monnaie, le change n’éprouverait aucun changement ; mais si, en abusant de la faculté

de mettre du papier en circulation, on en faisait une émission de 11 millions, le change serait

de 9 pour cent au désavantage de l’Angleterre; si l’émission était de 12 millions, le change

baisserait de 16 pour cent ; et si elle était de 20 millions, le change serait de 50 pour cent

contre l’Angleterre.

Cet effet peut cependant avoir lieu sans l’introduction d’un papier-monnaie. Toute cause qui

retient en circulation une quantité de livres sterling plus forte que celle qui aurait circulé si le

commerce eut été libre, et que les métaux précieux d’un poids et d’une pureté reconnus,

eussent été employés comme numéraire ou comme régulateurs de la monnaie métallique,

produirait exactement les mêmes effets. Supposons que, les pièces de monnaie étant rognées,

chaque livre sterling ne renfermât plus la quantité d’or et d’argent déterminée par la loi ; on

pourrait, dans ce cas, employer dans la circulation un plus grand nombre de ces livres rognées

qu’on n’en aurait employé dans leur état de pureté. Si l’on rognait un dixième sur chaque pièce

d’une livre, on pourrait avoir en circulation 11 millions de ces pièces au lieu de 10 ; si on

enlevait à chacune deux dixièmes, on pourrait employer 12 millions de pièces d’une livre

sterling rognées ; et si l’on rognait la moitié du poids , 20 millions de pièces ainsi dégradées

pourraient ne pas être de trop dans la circulation. Si on employait ces 20 millions de pièces

d’une livre au lieu de 10 millions, toutes les marchandises, en Angleterre, monteraient du

double de leur ancien prix, et le change se trouverait à 50 pour cent au désavantage de

l’Angleterre ; mais cela ne dérangerait en rien le commerce étranger, et ne découragerait non

plus la fabrication d’aucune marchandise dans l’intérieur. Si le drap, par exemple, haussait en

Angleterre de 20 l. à 40 l. par pièce, on pourrait l’exporter tout aussi facilement qu’auparavant ;

car le change offrirait à l’acheteur étranger une compensation de 50 pour cent ; en sorte

qu’avec 20 l. de son argent, il pourrait acheter une traite moyennant laquelle il serait en état

d’acquitter, en Angleterre, une dette de 40 l. De la même manière, si le marchand étranger

exporte une marchandise qui coûte chez lui 20 l., et qui se vend en Angleterre 40 l., il ne

recevra cependant que 20 l.; car, pour 40 l. en Angleterre, il ne pourra acheter qu’une traite de

20 l. sur l’étranger.

Les mêmes effets auraient lieu, quelle que fût la cause qui porterait l’agent de la circulation en

Angleterre à 20 millions, lorsque 10 eussent suffi à tous les besoins. Si une loi aussi absurde

que le serait celle qui prohiberait l’exportation du numéraire, pouvait s’exécuter, et que, par

suite de cette prohibition, il se trouvât 11 millions au lieu de 10 en circulation, le change serait

de 9 pour cent contre l’Angleterre ; il serait de 16, si la circulation était portée à 12 millions, et

de 50 pour cent contre l’Angleterre, si, par des moyens également arbitraires, l’agent de la

circulation était porté à 20 millions. Cela ne découragerait cependant nullement l’industrie

anglaise. Si les marchandises du cru se vendaient cher en Angleterre, celles de l’étranger

seraient également à un haut prix. Il importerait peu au négociant étranger que ces prix fussent

hauts ou bas ; car, d’un côté, il serait obligé de donner une compensation sur le change

lorsqu’il vendrait cher ses marchandises, et il recevrait une pareille compensation quand il

serait obligé d’acheter des marchandises anglaises à haut prix.

Le seul désavantage qui pourrait résulter pour le pays où l’on retiendrait, par des lois

prohibitives, une quantité d’or et d’argent en circulation plus forte que celle qui y circulerait

autrement, serait la perte qu’il ferait en employant une partie de son capital d’une manière

improductive, au lieu de l’employer productivement. Comme monnaie, ce capital ne saurait

rapporter aucun profit ; mais converti par échange en matériaux, en machines et en subsis-

tances, il donnerait un revenu, et ajouterait à la richesse et aux ressources du pays.Je me flatte

donc d‘avoir démontré d’une manière satisfaisante, qu’un prix comparativement bas des

métaux précieux, par suite d’un impôt, ou, en d’autres termes, un prix généralement élevé des

denrées, ne peut nuire en rien à un pays, attendu qu’une partie des métaux serait exportée, ce

qui, en faisant hausser leur valeur, ferait baisser d’un autre côté le prix des denrées. J’ai

démontré de plus, que, si les métaux précieux n’étaient point exportés, et si, par des lois

prohibitives, on pouvait les retenir dans le pays, l’effet produit sur le change contre-balancerait

celui des hauts prix. Si donc des impôts sur les objets de première nécessité et sur les salaires,

ne peuvent pas avoir l’effet d’élever le prix de toutes les denrées dont la production a exigé

l’emploi d’une certaine somme de travail, on aurait tort de condamner ces impôts sur de pareil

motifs : et quand même il serait vrai qu’ils produisissent de semblables effets, ils n’en seraient

pas, pour cela, plus nuisibles.

Il est incontestable que « les impôts sur les choses de luxe n’ont aucune tendance à faire

monter le prix d’aucune autre marchandise que de celles qui sont imposées ; » mais il n’est pas

vrai « que les impôts sur les objets de nécessité, en faisant monter les salaires du travail,

tendent nécessairement à faire monter le prix de tous les objets manufacturés. » Il est vrai

« que les impôts sur les choses de luxe sont payés, en définitive, par les consommateurs de la

chose imposée, sans aucune répétition de leur part. Ils tombent indistinctement sur toutes

espèces de revenus, salaires de travail, profits de capitaux, et rentes de terre. » Mais il est faux

« que les impôts sur les choses de nécessité, pour ce qui pèse sur la classe pauvre et ouvrière,

soient payés en définitive, partie par les propriétaires dans le déchet que souffrent les fermages

de leurs terres, et partie par les riches consommateurs, propriétaires et autres, dans le

surhaussement de prix des choses manufacturées ; » car, en tant que ces impôts portent sur la

classe pauvre et ouvrière, ils seront payés presque en totalité par la diminution des profits du

capital, les travailleurs eux-mêmes n’en payant qu’une très-petite partie par la diminution du

travail, diminution que les impôts de tout genre tendent à produire.

C’est d’après la manière erronée dont le docteur Smith a envisagé les effets de ces impôts, qu’il

a été conduit à la conclusion suivante : « Si les classes supérieures et mitoyennes entendaient

bien leur intérêt, elles devraient toujours s’opposer à tous impôts sur les choses nécessaires à

la vie, tout comme aux impôts directs sur les salaires du travail. » Cette conclusion découle du

raisonnement suivant.

« Le paiement définitif des uns aussi bien que des autres retombe en entier sur elles, et

toujours avec une surcharge considérable. Il retombe avec plus de poids surtout sur le

propriétaire, qui paie doublement, ou à deux différents titres, comme propriétaire par la

réduction de son revenu, et comme riche consommateur par l’augmentation de sa dépense.

L’observation faite par sir Matthew Decker, qu’il y a des impôts qui sont quelquefois répétés et

accumulés cinq ou six fois dans le prix de certaines marchandises, est parfaitement juste à

l’égard des impôts sur les choses nécessaires à la vie. Par exemple, dans le prix du cuir, il faut

que vous payiez non-seulement l’impôt sur le cuir des souliers que vous portez, mais encore

une partie de cet impôt sur les souliers que portent le cordonnier et le tanneur. Il faut que vous

payiez de plus, pour l’impôt sur le sel, sur le savon et sur les chandelles que consomment ces

ouvriers pendant le temps qu’ils emploient à travailler pour vous, et puis encore pour l’impôt

sur le cuir qu’usent le faiseur de sel, le faiseur de savon et le faiseur de chandelles, pendant

qu’ils travaillent pour ces mêmes ouvriers. »

Cependant, comme le docteur Smith ne prétend pas que le tanneur, le faiseur de sel ou le

fabricant de chandelles, tirent l’un ou l’autre aucun avantage de l’impôt sur le cuir, le sel, le

savon ou les chandelles, et comme il est certain que le gouvernement ne reçoit jamais que le

montant de l’impôt assis, il est impossible de concevoir comment il en pourra être payé

davantage par le peuple, quelle que soit la classe sur laquelle l’impôt puisse porter. Les riches

consommateurs pourront payer et paieront en effet pour le consommateur pauvre, mais ils ne

paieront rien au delà du montant de l’impôt, et il n’est pas dans la nature des choses que

« l’impôt soit répété et accumulé quatre ou cinq fois. »

Un système d’impôt peut être vicieux, parce qu’il enlève au peuple une somme plus forte que

celle qu’il fait entrer dans les coffres de l’État, - une partie de cet impôt pouvant, en raison de

son effet sur les prix, être reçue par les personnes qui profitent du mode particulier de

perception. De tels impôts sont funestes, et l’on ne devrait pas les encourager ; car on peut

poser en principe que toutes les lois que l’action d’un impôt est équitable, l’impôt est conforme

à la première des maximes du docteur Smith, et ôte au peuple le moins possible au delà de ce

qu’il rapporte au trésor public. M. Say dit : « D’autres enfin apportent des plans de finance, et

proposent des moyens de remplir les coffres du prince sans charger les sujets ; mais à moins

qu’un plan de finance ne soit un objet d’entreprise industrielle, il ne peut donner au

gouvernement que ce qu’il ôte au particulier, ou ce qu’il ôte au gouvernement sous une autre

forme. On ne fait jamais, d’un coup de baguette, quelque chose de rien. De quelque

déguisement qu’on enveloppe une opération, quelque détour qu’on fasse prendre aux valeurs,

quelque métamorphose qu’on leur fasse subir, on n’a une valeur qu’en la créant ou en la

prenant. Le meilleur de tous les plans de finance est de dépenser peu, et le meilleur de tous les

impôts est le plus petit. » Traité d’Écon. polit., Édit. Guillaumin, livr. III, chap. 8.

Le docteur Smith soutient, dans tout le cours de son ouvrage, et je crois, avec raison, que les

classes ouvrières ne sauraient contribuer aux besoins de l’État. Un impôt sur les choses de

première nécessité, ou sur les salaires, doit par conséquent être reporté des pauvres sur les

riches. Si donc le docteur Smith a voulu dire que certains impôts sont quelquefois répétés dans

le prix de certaines marchandises, et accumulés quatre ou cinq fois, uniquement dans le but de

reporter l’impôt du pauvre au riche, cela ne les rend pas dignes de censure.

Supposons que l’impôt équitable d’un riche consommateur soit de 100 livres, et qu’il le paie

directement, l’impôt étant assis sur le revenu, sur le vin ou sur tout autre objet de luxe, ce

contribuable ne perdra rien si, par un impôt sur les choses de nécessité, il n’était tenu de payer

que 25 liv. pour ce que lui et sa famille consomment en objets de première nécessité, et qu’on

lui fit répéter cet impôt trois fois dans le renchérissement des autres denrées, renchérissement

destiné à indemniser les ouvriers ou les entrepreneurs d’industrie de l’impôt qu’ils ont été

obligés d’avancer. Dans ce cas même, l’argument n’est pas concluant ; car s’il n’y a rien de

payé au delà de ce qui est exigé par le gouvernement, qu’importe au consommateur riche

d’acquitter directement l’impôt, en donnant un prix plus élevé pour un objet de luxe, ou de

l’acquitter indirectement en payant plus cher les objets de nécessité et autres articles de sa

consommation ? Si le peuple ne paie que ce qui est reçu par le gouvernement, le consommateur

riche ne contribuera que pour sa juste part ; s’il y a quelque chose de payé au delà de ce que le

gouvernement reçoit, Adam Smith aurait dû dire quel est celui qui reçoit ce surplus.

M. Say ne me paraît pas être resté d’accord avec le principe évident que j’ai transcrit de son

excellent ouvrage ; car dès la page suivante, en parlant de l’impôt, il dit : « Lorsqu’il est poussé

trop loin, il produit ce déplorable effet de priver le contribuable de sa richesse sans en enrichir

le gouvernement ; c’est ce qu’on pourra comprendre, si l’on considère que le revenu de chaque

contribuable offre toujours la mesure et la borne de sa consommation, productive ou non. On

ne peut donc lui prendre une part de son revenu sans le forcer à réduire proportionnellement

ses consommations. De là, diminution de demande des objets qu’il ne consomme plus, et

nommément de ceux sur lesquels est assis l’impôt ; de cette diminution de demande résulte

une diminution de production, et par conséquent moins de matière imposable. Il y a donc perte

pour le contribuable d’une partie de ses jouissances, et perte pour le fisc d’une partie de ses

recettes. »

M. Say en donne pour exemple l’impôt établi sur le sel en France avant la révolution, et qui

diminua la production du sel de moitié. Cependant si l’on consommait moins de sel, il y avait

aussi moins de capital employé à sa production[66] ; et par conséquent, quoique le producteur

tirât moins de profit de la production du sel, il en devait obtenir davantage de la production de

quelque autre denrée. Si un impôt, quelque lourd qu’il soit, est assis sur le revenu, et non sur le

capital, il ne diminue pas la demande, il ne fait qu’en changer la nature. Il met le gouvernement

dans le cas de consommer autant du produit de la terre et du travail national, que les

contribuables en consommaient auparavant. Si mon revenu est de 1000 l. par an, et que je sois

tenu de payer 100 l. d’impôts par an, je ne pourrai faire que la demande des neuf dixièmes de

la quantité de marchandises que je consommais auparavant ; mais je fournis au gouvernement

les moyens de faire la demande de l’autre dixième. Si c’est le blé qui est l’article imposé, il n’est

pas nécessaire que ma demande en soit diminuée, car je puis préférer de payer 100 l. de plus

par an pour mon blé, en réduisant ma dépense en vin, en meubles, ou en autres objets de luxe

d’une somme pareille. Moins de capital sera par conséquent employé dans le commerce des

vins, ou dans celui des meubles, mais il y en aura davantage d’employé à la fabrication des

objets que le gouvernement se procure moyennant le produit des impôts qu’il lève.

M. Say dit que M. Turgot, en réduisant les droits d’entrée et de halle sur la marée de moitié à

Paris, n’en diminua point le produit total, et qu’il faut par conséquent que la consommation du

poisson ait doublé. Il en conclut qu’il faut que les profits du pécheur et de ceux qui font le

commerce du poisson aient doublé aussi, et que le revenu du pays ; doit s’être accru de tout le

montant de l’augmentation des profits, dont une partie, en s’accumulant, doit avoir augmenté

les ressources nationales[67].

Sans examiner les motifs qui ont dicté une telle modification de l’impôt, qu’il me soit permis de

douter qu’elle ait beaucoup encouragé l’accumulation. Si les profits du pêcheur et des autres

personnes engagées dans ce commerce avaient doublé par suite de la consommation

augmentée du poisson, certaines portions de capitaux et de travail auraient été détournées de

quelque autre occupation pour être employées dans cette branche particulière de commerce.

Mais le capital et le travail employés à ces autres occupations procuraient un profit auquel on a

dû renoncer en les retirant de cet emploi. La facilité d’accumuler ne s’est augmentée dans le

pays que de la différence entre les profits obtenus dans le dernier de ces emplois et ceux qu’on

obtenait dans le précédent[68].

Que les impôts soient assis sur le revenu ou sur le capital, ils diminuent la matière imposable

d’un État. Si je cesse de dépenser 100 l. en vin, parce qu’en payant un impôt de cette valeur, j’ai

mis le gouvernement à portée de dépenser ces 100 l. au lieu de les dépenser moi-même, il y a

nécessairement une valeur de 100 l. de marchandise retirée de la liste des choses imposables.

Si le revenu des habitants d’un pays est de 10 millions, ils posséderont au moins pour 10

millions de valeurs imposables. Si, en frappant d’un impôt une partie de ces valeurs, on en met

un million à la disposition du gouvernement, le revenu des habitants restera toujours

nominalement de 10 millions, mais il ne leur restera que 9 millions de valeurs imposables. Il n’y

a pas de cas où l’impôt ne diminue les jouissances de tous ceux sur qui il tombe en définitive,

et il n’y a d’autre moyen d’augmenter de nouveau ces jouissances, que l’accumulation d’un

nouveau revenu.

L’impôt ne peut jamais être si équitablement réparti qu’il influe dans la même proportion sur la

valeur de toutes les choses, en les maintenant toutes dans la même valeur relative. Il agit

souvent, par ses effets indirects, d’une manière qui s’écarte beaucoup des vues du législateur.

Nous avons déjà vu que l’effet d’un impôt direct sur le blé et les produits agricoles est, dans le

cas où le numéraire serait un produit du pays, de faire monter le prix de toutes les

marchandises à proportion que les produits agricoles en font partie, et par 1à de détruire le

rapport naturel qui existait auparavant entre elles. Un autre de ses effets indirects, c’est qu’il

fait monter les salaires et qu’il fait baisser le taux des profits ; et nous avons aussi vu dans une

autre partie de cet ouvrage que l’effet de la hausse des salaires, et de la diminution des profits,

est d’abaisser les prix en monnaie des objets dont la production tient principalement à l’emploi

d’un capital fixe.

On est si convaincu qu’un produit, dès qu’il est frappé d‘impôt, ne peut plus être exporté aussi

avantageusement, qu’on accorde, sous forme de draw-hack, la remise des droits aux

marchandises exportées, et qu’on établit les droits sur l’importation des produits similaires. Si

cette remise des droits et ces droits d’entrée sont assis avec équité, non-seulement sur ces

marchandises elles-mêmes, mais encore sur toutes les autres sur lesquelles ils peuvent exercer

une influence indirecte, alors il n’y aura certes aucun dérangement dans la valeur des métaux

précieux. Dès que nous pouvons exporter un article frappé de l’impôt aussi bien qu’auparavant,

sans donner aucune facilité particulière à l’importation, les métaux précieux n’entreront pas

plus que par le passé dans la liste des matières d’exportation.

Il n’est peut-être point de matières plus propres à être imposées que celles que la nature ou

l’art produisent avec une facilité remarquable. Pour ce qui concerne les pays étrangers, l’on

peut ranger ces objets parmi ceux dont le prix n’est pas réglé par la quantité de travail qu’ils

ont coûté, mais plutôt par le caprice, le goût et les facultés de l‘acheteur. Si l’Angleterre

possédait des mines d‘étain plus riches que celles des autres pays ; si, par la supériorité des

machines ou l’avantage du combustible, elle avait des facilités particulières pour fabriquer des

tissus de coton, les prix de l’étain et du coton n’en seraient pas moins réglés, en Angleterre,

par la quantité comparative de travail et de capital nécessaires pour la production de ces

matières, et la concurrence parmi nos négociants ferait que le consommateur étranger les

paierait à peine plus cher que nous

Notre supériorité dans la production de ces objets pourrait être telle que, dans les marchés

étrangers, ils se vendissent beaucoup plus cher ; sans que cela influât beaucoup sur leur

consommation. Mais ils ne pourraient jamais parvenir à ce prix par aucun autre moyen que par

un droit de sortie, tant que la concurrence serait libre chez nous. Cet impôt retomberait

principalement sur les consommateurs étrangers, et une partie des dépenses du gouvernement

anglais serait défrayée par un impôt sur l’agriculture et sur l’industrie des autres pays. L’impôt

sur le thé, que paie actuellement le peuple anglais, et qui fournit à une partie de la dépense du

gouvernement de l’Angleterre, pourrait, s’il était levé en Chine à la sortie de cette plante, servir

à défrayer les dépenses du gouvernement chinois.

Les impôts sur des objets de luxe ont quelque avantage sur ceux qui frappent des objets de

nécessité. Ils sont en général payés aux dépens des revenus, et ne diminuent point par

conséquent le capital productif du pays. Si le vin renchérissait beaucoup par suite d’un impôt, il

est vraisemblable qu’on renoncerait plutôt au plaisir d’en boire, qu’on ne serait disposé à faire

une brèche un peu importante à son capital pour avoir le moyen d’acheter du vin. Des impôts

de ce genre sont tellement identifiés avec le prix, que le contribuable s’aperçoit à peine qu’il

paie un impôt. Mais ils ont aussi leurs inconvénients. D’abord, ils n’atteignent jamais le capital ;

et il y a des circonstances extraordinaires où il peut être nécessaire que le capital même

contribue aux besoins de l’État ; en second lieu, il n’y a point de certitude quant au produit de

ces impôts ; car ils peuvent même ne pas atteindre le revenu. Une personne décidée à

économiser, se soustraira à un impôt sur le vin, en renonçant à en boire. Le revenu du pays

peut ne pas souffrir de diminution, et cependant l’impôt peut ne pas fournir un seul shilling à

l’État.

Tout objet que l’habitude aura rendu une source de jouissances, ne sera abandonné qu’à

regret, et l’on continuera à en faire usage, quoiqu’il soit frappé d’un fort impôt ; mais cela a des

bornes, et, l’expérience journalière démontre que l’augmentation de la valeur nominale des

impôts, en diminue souvent le produit. Tel homme continuerait à boire la même quantité de

vin, quoique le prix de chaque bouteille eût monté de trois shillings, qui renoncerait à en boire

plutôt que de le payer quatre shillings plus cher. Tel autre consentira à le payer 4 s., qui ne

voudra pas en donner 5 s. On peut en dire autant de tout autre impôt sur les objets de luxe. Tel

individu pourrait consentir à payer 5 l. pour avoir la jouissance que procure un cheval, qui ne

voudrait pas payer 10 l. ou 20 l. pour cela. Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas payer

davantage qu’on renonce à l’usage du vin et des chevaux, ce n’est que parce qu’on ne le veut

pas. Chacun a une certaine mesure d’après laquelle il apprécie la valeur de ses jouissances ;

mais cette mesure est aussi variable que l’est le caractère des hommes. Un pays dont les

finances sont dans une situation tout artificielle, par le système funeste d’accumuler une

grande dette nationale, et, par suite, de se créer des budgets énormes, est plus particulière-

ment exposé à l’inconvénient inséparable de ce genre d’impôt. Après avoir frappé de contri-

butions tout le cercle de nos jouissances, après avoir frappé d’impôts les chevaux, les

carrosses, le vin, les domestiques, et toutes les autres jouissances du riche, un ministre est

porté à conclure que le pays est imposé au maximum ; car, en augmentant le taux, il ne peut

plus augmenter le produit d’aucun de ces impôts. Il pourra cependant se tromper parfois dans

cette conclusion ; car il se peut bien qu’un tel pays puisse encore supporter un grand surcroît

de charges, sans que son capital soit entamé.

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