Notes sur les machines - 2° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les machines - 2° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur les machines - 2° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: l'opinion de M. Malthus, Autres suppositions.
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Cette distinction ne me parait pas fondée : car vous élèverez tout aussi immédiatement la rente

des terres qui donnent les vins précieux que celle des terres à blé, en accroissant le produit. Il

va sans dire que la demande de blé se sera accrue, car autrement, un afflux de céréales sur le

marché abaisserait, au lieu de l’augmenter, la rente des terres à blé. Quelle que soit d’ailleurs la

nature de la terre, une rente élevée dépend du haut prix du produit ; mais ce haut prix une fois

acquis, la rente s’élèvera dans le rapport de l’abondance et non de la rareté de ces denrées.

Il n’y a nul besoin de produire constamment une denrée dans une quantité plus grande que la

demande ne l’exige. Si, par hasard, la production excédait la demande, cette denrée tomberait

au-dessous de son prix naturel, et par conséquent elle ne rapporterait pas ses frais de

production, en y joignant les profits courants et ordinaires du capital ; l’approvisionnement en

serait diminué jusqu’à ce qu’il se trouvât en rapport avec la demande, et que le prix courant

atteignit le niveau du prix naturel.

M. Malthus me parait trop disposé à croire que la population n’augmente que par l’effet d’un

surcroît dans la quantité des subsistances ; « que les subsistances se créent d’elles-mêmes une

demande ; » que c’est en fournissant d’abord des aliments au peuple qu’on encourage les

mariages, au lieu de remarquer que le progrès général de la population est affecté par

l’accroissement des capitaux, et par la plus forte demande de bras, et la hausse des salaires qui

en sont la suite, enfin que la production des subsistances n’est que l’effet de cette demande.

C’est en donnant à l’ouvrier pulls d’argent, ou une plus grande quantité de toute autre

marchandise, moyennant laquelle on paie son travail, que le sort de l’ouvrier devient meilleur.

L’accroissement de la population et l’augmentation des subsistances seront presque toujours

un effet, mais non un effet nécessaire de la hausse des salaires. Le sort de l’ouvrier, amélioré

par l’excédant de valeur qu’il reçoit en paiement de son travail, ne luiimpose pas l’obligation de

se marier et de se charger du soin d’une famille ; il peut, si cela lui plait, échanger son salaire

augmenté contre des objets qui puissent contribuer à augmenter ses jouissances, comme des

chaises, des tables, de la quincaillerie, ou de meilleures hardes, du sucre et du tabac. Dans ce

cas l’augmentation de son salaire n’aura d’autre effet que d’augmenter la demande de

quelques-unes de ces marchandises ; et comme le nombre des ouvriers ne se sera pas

beaucoup augmenté, leurs salaires se conserveront toujours élevés. Mais quoique telle pût être

la suite de l’augmentation des salaires, cependant il est tant de douceurs dans la famille, qu’on

voit constamment dans le fait l’accroissement de population suivre l’amélioration du sort de

l’ouvrier ; et c’est uniquement parce que cela est ainsi qu’il survient une nouvelle et plus forte

demande de subsistances. Cette demande est donc l’effet de l’augmentation de population,

mais elle n’en est pas la cause ; c’est uniquement parce que les dépenses du peuple prennent

cette direction, que le prix courant des objets de première nécessité excède leur prix naturels

et que la quantité de subsistances requise est produite ; et c’est parce que la population

s’accroît que les salaires tombent de nouveau.

Quel motif un fermier peut-il avoir pour produire plus de blé qu’on n’en demande, quand il sait

que cela fera tomber le prix courant au-dessous de son prix naturel, et le privera par

conséquent d’une partie de ses profits, en les réduisant au-dessous du taux général ? « Si les

objets de première nécessité, dit M. Malthus, les produits les plus précieux de la terre, n’avaient

pas la propriété de faire naître un surcroît de demande proportionné à l’augmentation de leur

quantité, une telle augmentation occasionnerait une baisse dans leur valeur échangeable[129].

Quelque abondants que soient les produits d’un pays, sa population peut rester stationnaire ;

or, cette abondance qui ne serait pas accompagnée d’une demande proportionnée, mais qui

élèverait considérablement le prix des salaires du travail estimé en blé, pourrait réduire le prix

des produits de la terre, ainsi que celui des produits manufacturés, aux simples frais de

production. »

Pourrait-on réduire le prix des produits de la terre aux frais de production ? Ce prix reste-t-il

donc jamais bien longtemps au-dessus, ou au-dessous des frais de production ? M. Malthus

lui-même ne convient-il pas que cela ne peut jamais avoir lieu ? « J’espère, dit-il., qu’on

m’excusera si je m’étends un peu en présentant aux lecteurs, sous diverses formes, la doctrine

qui pose en principe que le blé, selon la quantité qui en est actuellement produite, se vend à

son prix nécessaire, de même que les produits manufacturées ; c’est que cette vérité, que je

regarde comme étant de la plus haute importance, n’a été connue ni des économistes, ni

d’Adam Smith, ni de tous les auteurs qui ont avancé que les produits de la terre se vendaient

toujours à un prix de monopole.

« Tout pays d’une certaine tendue peut donc être considéré comme possédant une gradation de

machines servant à la production du blé et des matières premières, en comprenant dans cette

gradation non-seulement toutes les différentes qualités de mauvais terrains, dont il existe en

général dans tous les pays une assez grande quantité, mais aussi les machines moins parfaites

dont on peut dire qu’on fait usage quand on force de bonnes terres à donner un produit

toujours croissant. À mesure que le prix des produits agricoles continue à hausser, ces

machines moins parfaites sont successivement employées, et à mesure que le prix de ces

produits continue à baisser, on met successivement ces machines de côté. Cette application

démontre à la fois le rapport nécessaire qui existe entre le prix actuel du blé et sa production

actuelle, et l’effet tout différent qu’auraient une grande réduction dans le prix des produits

manufacturés et une grande réduction dans le prix des produits de la terre[130]. »

Comment concilier ces passages avec celui où il est dit que, si les choses de première nécessité

n’avaient pas la propriété de faire naître une augmentation de demande proportionnée à

l’augmentation de leur quantité, ce surplus de produit aurait alors, et alors seulement, l’effet de

réduire le prix des produits agricoles aux simples frais de production ? Si le blé n’est jamais au-

dessous de son prix, il n’est jamais plus abondant que ce qu’exige la population existante pour

la consommation ; on ne peut en faire un approvisionnement pour d’autres consommateurs ; il

ne peut donc jamais, par son abondance et par son bas prix, devenir un encouragement à la

population. À proportion que le blé peut être produit à peu de frais, le surhaussement des

salaires des ouvriers augmentera les moyens qu’ils ont d’entretenir leurs familles. Aux États-

Unis la population s’accroît rapidement, parce que la nourriture y est produite à bas prix, et

non parce qu’il y existe des approvisionnements abondants produits à l’avance. En Europe, la

population augmente lentement en comparaison, parce que la production des subsistances y

est coûteuse. D’après le cours ordinaire des choses, la demande précède toujours

l’approvisionnement d’une denrée quelconque. En soutenant que le blé, comme les produits

manufacturés, s’il n’avait pas la propriété de faire naître ses consommateurs, tomberait à son

prix de production, M. Malthus ne peut pas vouloir dire que toute la rente serait absorbée

puisqu’il a lui-même observé avec raison que lors même que les propriétaires renonceraient

tout à fait à leur rente, le blé ne baisserait pas de prix pour cela. La rente est l’est et non la

cause des hauts prix, car il y a toujours des terres en culture qui ne paient aucune rente, et

dont le produit en blé ne rapporte pas un prix sassant pour payer les salaires et les profits.

Dans le passage suivant, M. Malthus a exposé habilement les causes de la hausse du prix des

produits agricoles dans les pays riches dont la prospérité est croissante, et je suis là-dessus

entièrement d’accord avec lui ; mais il me semble qu’il est en contradiction avec quelques-unes

des propositions qu’il a avancées dans différents endroits de son Essai sur la Rente.

« J’ose affirmer, dit-il, qu’abstraction faite de variations subies par le système monétaire d’un

pays, et d’autres circonstances temporaires et accidentelle, la cause du haut prix comparatif du

blé en monnaie, est son haut prix réel comparatif, ou l’excédant de capital et de travail qu’il

faut employer pour le produire ; je pense que ce qui fait que le prix réel du blé va toujours en

montant dans des pays déjà riches, et dont la prospérité et la population continuent à

s’accroître, c’est la nécessité d’avoir constamment recours à des terrains plus ingrats, à des

machines dont l’entretien exige plus de dépense, et où chaque nouvelle addition de produits

agricoles ne s’obtient qu’avec plus de frais ; en un mot, la cause du fait ci-dessus énoncé

dépend de cette importante vérité : que le blé dans un pays qui avance en prospérité se vend au

prix convenable pour que l’approvisionnement demandé soit fourni ; et qu’à mesure que cet

approvisionnement devient de plus eu plus difficile, le prix hausse à proportion. » C’est avec

raison que dans ce passage on fait dépendre le prix réel d’une denrée du plus ou moins de

travail et de capital (c’est-à-dire de travail accumulé) qu’il faut employer pour la produire. Le

prix réel ne dépend pas, comme quelques écrivains l’ont prétendu, de la valeur en argent, ni,

comme d’autres l’ont avancé, de la valeur estimée en blé, en travail, ou comparée à toute autre

denrée prise isolément, ou à toutes les denrées prises collectivement ; ce prix ne dépend,

comme M. Malthus le dit avec raison que « de la plus ou moins grande somme de capital et de

travail qu’il faut employer pour la production. »

Parmi les causes de la hausse des rentes, M. Malthus compte « un accroissement tel de la

population qu’il en résulte une baisse des salaires. » Mais si à mesure que les salaires baissent,

les profits du capital s’élèvent, et que, pris ensemble, ils aient toujours une même valeur,

aucune baisse des salaires ne pourra faire monter les rentes, car elle ne diminuera ni la part, ni

la valeur de la part de produit qui doit appartenir au fermier et au manouvrier ensemble, et par

conséquent elle ne peut point laisser une part plus forte ni une valeur plus considérable pour le

propriétaire. À proportion qu’on dépensera moins en salaire, il en restera plus pour les

profits, et vice versa. Ce partage se fera entre le fermier et les travailleurs, sans que le

propriétaire s’en mêle ; et dans le fait, c’est une affaire dans laquelle rien ne l’intéresse, si ce

n’est la manière dont un certain mode de partage peut plus qu’un autre contribuer à faciliter de

nouvelles accumulations, et à augmenter la demande des terres. Si les salaires baissent, ce sont

les profits qui monteront et non les rentes. Le surhaussement des fermages et des salaires, et

la diminution des profits sont en général les effets inévitables des mêmes causes, et ces causes

sont : - la demande croissante de subsistances, la quantité plus considérable de travail

nécessaire pour les produire, et conséquemment leur renchérissement. Le propriétaire pourrait

renoncer à toute sa rente, sans que les travailleurs en tirassent le moindre profit. Si les

travailleurs renonçaient à tout le montant de leurs salaires, les propriétaires n’en retireraient

pas non plus le moindre avantage ; mais dans ces deux cas, le fermier recevrait et garderait

tout ce qui pourrait être ainsi abandonné. J’ai taché de faire voir, dans cet ouvrage, qu’une

baisse dans les salaires n’aurait d’autre effet que de faire monter les profits.

Une autre cause de la hausse de la rente, selon M. Malthus, consiste dans « de telles amélio-

rations en agriculture, ou dans un surcroît d’efforts suffisant pour diminuer le nombre des

ouvriers nécessaires pour donner un résultat déterminé. » Cela ne ferait pas hausser la valeur

de tous les produits, et n’augmenterait pas par conséquent la rente. Au contraire : si, par suite

de ces améliorations, la quantité nécessaire de subsistances pouvait être obtenue en employant

moins de bras ou moins de terres, le prix des produits agricoles baisserait, et une partie des

capitaux serait retirée de l’agriculture. Rien ne peut faire monter la rente que la demande Le

nouveaux terrains moins fertiles ou quelque cause qui puisse occasionner un changement dans

la fertilité relative des terrains déjà cultivés[131]. Des améliorations dans l’agriculture et dans la

division du travail, s’étendent à tous les terrains ; elles augmentent la quantité absolue des

produits agricoles de chaque fonds de terre, sans peut-être déranger beaucoup les proportions

relatives qui existaient auparavant entre les différents terrains.

M. Malthus a relevé avec raison une erreur du docteur Smith. « L’argument du docteur Smith,

dit-il, de réduit à ceci : Le blé a cette singulière propriété qu’on ne peut en encourager la

production de la même manière que celle de toutes les autres marchandises. »

Il ajoute : « Je ne prétends cependant pas contester la puissante influence que le prix du blé a

sur le prix du travail, en prenant le terme moyen d’un nombre considérable d’années ; mais

cette influence n’est pas telle qu’elle puisse s’opposer au mouvement des capitaux portés vers

l’agriculture ou détournés de cet emploi ; ce qui est le véritable objet de la discussion. Cela

paraîtra suffisamment prouvé par un examen rapide de la manière dont le travail est payé et

dont il est offert dans le marché, et par l’étude des conséquences qui découleraient

inévitablement de la proposition d’Adam Smith, si elle était une fois admise[132]. »

M. Malthus cherche ensuite à prouver que la demande et le haut prix encouragent d’une

manière aussi efficace la production des produits agricoles, que la demande et la cherté de

toute autre marchandise encouragent leur production. D’après ce que j’ai dit sur les effets des

primes, on voit que je suis entièrement de l’opinion de M. Malthus. J’ai cité le passage de son

ouvrage intitulé : Observations relatives aux céréales, pour montrer combien le sens que cet

écrivain, dans cet écrit, attache à l’expression prix réel, diffère de celui qu’il lui donne dans sa

brochure intitulée : Motifs d’une Opinion, etc. Dans ce passage, M. Malthus nous dit que « c’est

la hausse du prix réel du blé qui seule peut en encourager la production, et par prix réel il est

clair qu’il veut désigner l’augmentation de sa valeur relativement à toutes les autres choses, ou,

en d’autres termes, la hausse de son prix courant au-dessus de son prix naturel. Si c’est là ce

que M. Malthus entend par prix réel, son opinion est certainement fondée ; c’est en effet le

surhaussement du prix courant du blé qui seul en encourage la production ; car on peut

regarder comme principe infaillible que la seule chose qui puisse encourager l’augmentation de

production d’une denrée, c’est l’excès de sa valeur courante sur sa valeur naturelle ou

nécessaire.

Mais cette acception n’est pas celle que, dans d’autres endroits, M. Malthus donne à l’expres-

sion prix réel. Dans l’Essai sur la Rente, il dit : « Par prix réel croissant du blé, j’entends

la quantité réelle de travail et de capital qui ont été employés pour produire les dernières

additions qui ont été faites au produit national. » Dans un autre endroit, il dit que « la cause du

prix réel et comparativement élevé du blé, est la plus grande quantité de capital et de travail

qu’on doit employer pour sa production[133]. » Si, dans le passage précédent, l’on substituait à

l’expression de prix réel la définition de M. Malthus, n’aurait-il pas le sens suivant ? Il est clair

que c’est l’augmentation du travail et du capital qu’il est nécessaire d’employer pour la

production du blé qui peut seule en encourager la production. » Il vaudrait autant dire, que

c’est évidemment la hausse du prix naturel et nécessaire du blé qui en encourage la production

- proposition tout à fait insoutenable. Ce n’est pas le prix auquel on peut produire du blé qui

peut influer sur la quantité produite, mais bien le prix auquel on peut le vendre. C’est en raison

de l’excédant du prix sur les frais de production, que les capitaux sont attirés vers l’agriculture

ou qu’ils en sont détournés. Si cet excédant est tel qu’il donne au capital ainsi employé un plus

grand profit que le profit général des capitaux, ces capitaux afflueront vers l’agriculture. Si ce

profit est moindre, on les détournera de cet emploi.

Ce n’est donc pas par un changement dans le prix réel du blé que sa production est

encouragée, mais bien par un changement dans son prix courant. Car ce n’est point « parce

qu’il faut employer une plus grande quantité de capital et de travail pour produire le blé, » -

telle est la définition exacte que M. Malthus donne du prix réel, - qu’il y a plus de capitaux et

plus de bras attirés vers l’agriculture ; cela vient uniquement de ce que le prix courant est

monté au-dessus de ce prix réel, et que, malgré le surcroît des charges, la culture des terres

présente encore l’emploi le plus profitable pour les capitaux.

Rien n’est mieux fondé que les observations suivantes de M. Malthus sur la mesure de la valeur

adoptée par Adam Smith. « Il est clair qu’Adam Smith a été conduit à raisonner de la sorte à ce

sujet, par l’habitude où il était de considérer le travail comme la mesure constante de la valeur,

et le blé comme la mesure du travail. Mais l’histoire de notre pays démontre pleinement

combien le blé est une mesure inexacte de la valeur ; on y voit combien la main-d’œuvre,

comparée au blé, a éprouvé de variations très-grandes et remarquables, non-seulement d’une

année, mais d’un siècle à l’autre, et pendant dix, vingt et trente ans consécutifs. Que ni le

travail ni aucune autre denrée ne peuvent servir de mesure exacte de la valeur réelle d’échange,

c’est là un des principes rangés aujourd’hui en Économie politique parmi les mieux établis ; et

en effet, il découle de la définition même de la valeur échangeable. »

Si, ni le blé, ni le travail ne sont des mesures exactes de la valeur réelle échangeable, et il est

clair qu’ils ne le sont pas, quelle autre chose peut donc servir de mesure ? - Aucune

assurément. Dans ce cas, si l’expression deprix réel des choses a un sens, ce doit être celui que

lui donne M. Malthus, dans son Essai sur la Rente : ce prix doit se mesurer par la quantité

proportionnelle de capital et de travail nécessaire pour la production de ces choses.

Dans ses Recherches sur la nature de la Rente M. Malthus dit : « qu’abstraction faite des

variations dans la monnaie d’un pays, et d’autres circonstances temporaires et accidentelles, la

cause du prix en argent comparativement haut du blé, est son haut prix réel comparatif, ou la

plus grande quantité de capital et de travail qu’il faut employer pour sa production[134]. »

Voilà, je pense, l’explication exacte de toutes les variations permanentes du prix du blé, aussi

bien que du prix de tous les autres produits. Une marchandise ne saurait éprouver une hausse

permanente de prix que par une de ces deux causes, ou parce qu’il faut plus de capital et de

travail pour sa production, ou parce que la monnaie à baissé de valeur ; et, au contraire, une

chose ne saurait baisser de prix à moins qu’il ne faille moins de capital et de travail pour la

produire, ou que la monnaie n’ait haussé de valeur.

Une variation causée par un changement de valeur dans la monnaie agit à la fois sur toutes les

marchandises ; mais une variation causée par le plus ou moins de capital et de travail néces-

saires à la production d’une chose, est bornée, dans ses effets, à cette chose même. L’impor-

tation libre du blé, ou des perfectionnements en agriculture, feraient baisser le prix des

produits agricoles, mais n’influeraient sur le prix des autres marchandises, qu’en proportion de

la diminution de valeur réelle ou de fiais de production des produits agricoles qui pourraient

servir à fabriquer ces marchandises.

M. Malthus a admis ce principe, et, pour être convoquent, il ne peut pas, ce me semble,

soutenir que la totalité de la valeur en monnaie de toutes les marchandises d’un pays doit

diminuer exactement à proportion de la baisse du prix du blé. Si le blé consommé annuelle-

ment dans le pays était de la valeur de dix millions, et si les marchandises manufacturées et

étrangères consommées pendant le même temps valaient 20 millions, - faisant ainsi un total de

30 millions, - on aurait tort de conclure que la dépense annuelle serait réduite à 15 millions,

parce que le blé aurait baissé de 50 pour cent, ou de 10 à 5 millions.

La valeur des produits immédiats de la terre qui entreraient dans la composition de ces

marchandises manufacturées, pourrait ne pas excéder 20 pour cent de leur valeur totale, et, par

conséquent, la valeur des produits manufacturés, au lieu de baisser de 20 millions à dix, ne

tomberait que de 20 millions à 18. Après la baisse de 50 pour cent dans le prix du blé, la

somme totale de toute la dépense actuelle, au lieu de tomber de 30 millions à 15, descendrait

de 30 millions à 23[135].

Au lieu de considérer sous ce point de vue l’effet d’une baisse dans la valeur des produits

agricoles, comme M. Malthus devait le faire d’après le principe qu’il venait d’admettre, il la

regarde comme équivalant précisément à une hausse de 100 pour cent dans la valeur de la

monnaie, et il raisonne en conséquence comme si toutes les marchandises devaient tomber à la

moitié de leur ancien prix.

« Pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis 1794, dit-il, jusqu’à 1813, le prix

moyen du blé, en Angleterre, était d’environ 83 shillings le quarter ; pendant les dix dernières

années de cette période, il a été de 92 shillings, et pendant les cinq dernières de ces vingt

aimées, de 108 shillings. Dans le cours de ces vingt ans, le gouvernement emprunta près de

500 millions st. desquels, abstraction faite du fonds d’amortissement, il s’engagea à payer

environ 5 pour cent, selon un terme moyen approximatif. Mais si le blé baissait à 50 shillings

le quarter, et toutes les autres choses à proportion, le gouvernement, au lieu d’un intérêt de 5

pour cent, se trouvait en payer un de 7, 8, 9, et même de 10 pour les derniers 200 millions.

« Je ne trouverais peut-être rien à redire à une générosité si extraordinaire envers les rentiers

de l’État, s’il ne fallait pas considérer aux dépens de qui elle est faite ; et un moment de

réflexion suffira pour nous faire apercevoir que ce ne peut être qu’aux dépens des classes

industrieuses de la société et des propriétaires, c’est-à-dire aux dépens de tous ceux dont le

revenu nominal est sujet à varier par suite des variations dans la mesure de la valeur. Le revenu

nominal de cette partie de la société, comparé avec le terme moyen du prix des cinq dernières

années de cette période, se trouvera réduit de moitié, et sur ce revenu, ainsi réduit

nominalement, ils auront à payer le même montant nominal d’impôts[136]. »D’abord, que j’ai

déjà fait voir que le revenu nominal ne sera pas réduit dans la proportion que M. Malthus

cherche à établir ; il ne s’ensuivrait pas de ce que le blé aurait baissé de 50 pour cent, que la

valeur du devenu de chaque particulier se trouvât réduite de 50 pour cent[137].

En second lieu, je crois que le lecteur conviendra avec moi que ce fardeau, en admettant qu’il

existe, ne pèserait pas exclusivement sur « les propriétaires et les classes industrieuses de la

société. » Le créancier de l’État, dans la dépense qu’il fait, paie sa part, pour subvenir aux

dépenses de l’État, de la même manière que les autres classes de la société. Dans le cas donc

où l’argent augmenterait de valeur réelle, quoiqu’il reçoive une valeur plus forte, il en paiera

également une plus grande en impôts. Il ne peut donc être vrai de dire que toute l’addition à la

valeur réelle de l’intérêt, doit être payée par les propriétaires et par les classes industrieuses.

Mais tout l’argument de M. Malthus repose sur une base peu solide. Il suppose que, parce que

le revenu brut du pays est diminué, il faut, par conséquent, que le revenu net le soit également,

et dans la même proportion. Un des objets que j’ai eus envie dans cet ouvrage a été de montrer

que, par suite de toute baisse dans la valeur des choses de première nécessité, les salaires du

travail doivent baisser, et les profits du capital s’élever, ou, en d’autres mots, que, sur une

valeur annuelle déterminée, une moindre portion serait donnée en paiement à la classe

ouvrière, et une plus considérable reviendrait à ceux dont les capitaux ont servi à payer le

travail de cette classe. Supposons que la valeur des produits d’un genre particulier d’industrie

soit de 1000 l. st., et qu’elle soit partagée entre le maître et ses ouvriers ; de telle sorte que

800 l. appartiennent aux ouvriers, et 200 livres au maître ; si la valeur de ces produits tombait à

900 livres, et qu’on épargnât 100 l. sur les salaires des ouvriers par suite de la baisse des

objets de première nécessité, le retenu net du fabricant n’en souffrirait nullement, et par

conséquent il pourrait aussi aisément payer le même montant d’impôts après cette réduction

de prix[138]. Il est essentiel d’établir nettement la différence qui existe entre le revenu net et le

revenu brut, car c’est au moyen du revenu net de la société que s’acquittent les taxes.

Supposons que toutes les marchandises du pays, tout le blé, les produits agricoles les produits

manufacturés qui peuvent être jetés sur la marché dans le cours de l’année, aient une valeur de

vingt millions ; supposons que le travail d’un certain nombre d’hommes soit nécessaire pour

créer cette valeur, et qu’enfin le strict nécessaire de ces ouvriers exige une dépense de 10

millions : je dirai, dans ce cas, que le revenu brut de la société est de vingt millions et son

revenu net de dix millions. Il ne résulte pas cependant de cette hypothèse que les ouvriers ne

doivent recevoir que dix millions pour leur travail : ils pourraient recevoir 12, 14 ou même 15

millions et entrer ainsi en partage du revenu net pour une somme de 2, 4 ou 5 millions. Le

reste se diviserait entre propriétaires et capitalistes ; mais la totalité du revenu net n’excéderait

pas dix millions. En admettant maintenant que la société, dont nous analysons ici les

ressources, supporte un impôt de deux millions, son revenu net tomberait à 8 millions.

Supposons maintenant que la valeur de la monnaie hausse d’un dixième, toutes les mar-

chandises baisseraient à la fois, entraînant avec elles le salaire. En effet, comme les objets

nécessaires à l’ouvrier forment une portion intégrante de ces marchandises, le revenu brut

descendrait à 18 millions et le revenu net à 9 millions. Si les taxes diminuaient dans la même

proportion, et qu’au lieu de 2 millions on ne prélevât plus que 1,800,000 l. le revenu net

descendrait à 7 millions 200,000 l. qui auraient une valeur égale à celle des 8 millions primitifs,

et la société n’aurait ni perdu ni gagné à ces événements. Mais supposons que, malgré la

hausse de la monnaie, on maintint les taxes à deux millions, la société serait évidemment plus

pauvre de 200,000 l. par an, car en réalité les contributions se seraient accrues d’un neuvième.

Et en effet, altérer la valeur pécuniaire des marchandises en altérant la valeur de la monnaie et

en continuant de lever la même somme d’impôts, n’est-ce pas accroître incontestablement les

charges de la société ? Mais supposons que, sur ces dix millions de revenu net, les propriétaires

reçoivent cinq millions à titre de rente, et que par la facilité de la production, ou par

l’importation du blé, le prix naturel de cet article descendit d’un million, la rente baisserait

immédiatement d’un million, et les prix de l’ensemble des marchandises subiraient une

dépression pareille ; mais le revenu net resterait invariable. Le revenu brut serait, il est vrai, de

19 millions seulement, et les frais nécessaires pour l’obtenir de 9 millions, mais le revenu net

se maintiendrait à 10 millions. Maintenant supposons qu’on prélève deux millions comme taxes

sur ce revenu amoindri, la société en serait-elle plus riche ou plus pauvre ? Plus riche, dirons-

nous sans hésiter : car après le paiement de leurs taxes, elle aurait comme toujours un revenu

libre de 8 millions à dépenser en marchandises, dont la quantité se sera accrue et dont la valeur

aura fléchi dans la proportion de 20 à 19. Et on pourrait non-seulement conserver alors la

même taxe, mais encore l’aggraver tout en voyant s’accroître le bien-être de la classe ouvrière.

Si le revenu net de la société, après qu’on aura payé les mêmes taxes en argent, est aussi grand

qu’auparavant, et si la classe des propriétaires perd un million par l’abaissement de la rente, les

autres classes productives, en dépit de la chute des prix, devront avoir des revenus en argent

plus considérables. Le capitaliste jouira alors d’un double bénéfice : le blé et la viande de

boucherie que lui et sa famille consomment baissera de prix, et d’un autre côte, il pourra

diminuer le salaire de ses domestiques, jardiniers, ouvriers de tout genre. Ses chevaux et ses

bestiaux lui coûteront aussi beaucoup moins à acheter et à nourrir ; et il en sera de même pour

toutes les marchandises où les produits naturels entrent comme partie principale. On le voit

donc : cette série d’économies faites sur ses dépenses, jointe à l’accroissement de valeur de

son revenu, doit lui profiter doublement et lui permettre non-seulement d’augmenter la somme

de ses jouissances, mais encore de supporter, s’il le fallait, des taxes supplémentaires. Ces

mêmes observations s’appliquent aux fermiers et à toutes les classes de commerçants.

« Mais, dira-t-on, le revenu du capitaliste ne se trouve nullement accru et le million enlevé à la

rente du propriétaire sera payé aux ouvriers sous forme d’un excédant de salaires. Soit, je

l’admets ; mais cela même ne change rien à mon argument. La situation de la société se sera

améliorée et elle pourra supporter avec bien plus de facilité les mêmes taxes en argent.

Seulement, - ce qui est infiniment désirable et heureux,- la situation de la classe la plus

importante, la plus utile de la société, sera précisément celle qui s’améliorera le plus sous

l’influence de cette nouvelle distribution. Tout ce qu’elle reçoit au-dessus de 9 millions, forme

une partie du revenu net du pays et ne peut être dépensé sans ajouter à son revenu, son

bonheur ou sa puissance. Distribuez donc sans soucis le revenu net. Donnez-en un peu plus à

une classe, un peu moins à une autre, et vous ne l’aurez cependant pas diminué : car la même

somme de travail n’en aura pas moins produit une plus grande somme de marchandises, parce

que la valeur en argent de ces marchandises aura fléchi. Mais le revenu net du pays, ce fonds

qui défraie les budgets et les jouissances du pays ; le revendu net, dis-je, sera bien plus apte

que jamais à entretenir la population actuelle, à supporter les taxes nationales, à répandre de

toutes parts le bien-être et le luxe.

Il est hors de doute que le rentier de l’État gagne beaucoup à une forte baisse du blé ; mais si

personne ne soufre de cette baisse, ce n’est pas une raisons qui puisse engager à prendre des

mesures pour faire renchérir le blé ; car le gain du rentier est un gain national, et, ainsi que tout

autre gain, il augmente la richesse et la puissance réelles du pays. S’il fait un profit indu, il faut

examiner exactement jusqu’à quel point cela est, et c’est alors à la législature à en chercher le

remède ; mais rien ne peut être plus impolitique que de nous priver entièrement de tous les

avantages qui résultent du bas prix du blé et d’une grande abondance de produits, par le seul

motif que le rentier de l’État en tire un avantage qui ne lui serait pas dû.

Jusqu’à ce jour on n’a jamais essayé de régler les dividendes des fonds publics d’après la valeur

en argent du blé. Si l’équité et la bonne foi exigeaient un pareil règlement, les possesseurs des

vieilles rentes auraient une grande somme à réclamer ; car ils ont, depuis un siècle, reçu

toujours les mêmes dividendes en argent, quoique pendant cette époque le blé ait peut-être

doublé ou triplé de prix[139].

M. Malthus dit : « Il est vrai que les dernières additions que l’on fait aux produits agricoles d’un

pays dont la prospérité est croissante, ne sont pas accompagnées d’une grande augmentation

de rente ; et c’est précisément cela qui doit décider un pays riche à importer une partie du blé

qu’il consomme, s’il peut être assuré d’en obtenir un approvisionnement uniforme. Mais dans

tous les cas, l’importation du blé étranger ne peut convenir à une nation, à moins qu’il ne soit

moins cher que le blé récolté dans le pays, d’une valeur égale à celle des profits et de la rente

que rapporte le blé du cru, qui est ainsi remplacé. » Voyez Grounds, etc. page 36.

De même que la rente est l’effet de la cherté du blé, l’extinction de la rente est la suite d’un

prix très-bas. Le blé étranger n’entre jamais en concurrence avec le blé du cru qui ne paie

aucun fermage ; la baisse du prix est toujours supportée par le propriétaire, jusqu’à ce que tout

son fermage soit absorbé ; si le prix baisse encore davantage, le capital ne rapportera plus les

profits ordinaires, il sera détourné de la culture de la terre pour être employé autrement, et le

blé qui était récolté sur cette terre, sera alors, et pas avant, remplacé par du blé importé.

L’extinction du fermage occasionnera une perte de valeur estimée en argent, mais il y aura

augmentation de richesse. La somme totale des produits de l’agriculture et autres se trouvera

augmentée par la plus grande facilité de leur production : et, quoique augmentés en quantité,

ils auront diminué de valeur.

Deux hommes emploient des capitaux égaux, l’un à l’agriculture, l’autre aux manufactures. Le

premier capital rapporte un revenu annuel net de 1200 l. st., dont 1000 l. restent pour les

profits, et 200 sont payées pour la rente : le capital employé dans l’industrie ne rapporte

qu’une valeur de 1000 l. par an. Supposons qu’au moyen de l’importation l’on puisse obtenir la

même quantité de blé en échange de marchandises lui coûtent 950 l., et qu’en conséquence le

capital de l’agriculteur soit détourné vers les manufactures, où il peut produire une valeur de

1000 l. ; dans ce cas, le revenu net de la nation aura perdu en valeur, se trouvant réduit de

2200 l. à 2000 l. ; mais il y aura non-seulement la même quantité de produits et de blé pour la

consommation du pays, mais encore un surcroît égal à la quantité de produits qu’on pourra

acheter avec 50 l., montant de la différence entre la valeur que les produits manufacturés

rapportaient de l’étranger, et la valeur du blé qu’on y achetait[140].

M. Malthus dit : « Adam Smith a observé avec raison, que jamais des quantités égales de travail

employées en industrie ne sauraient reproduire autant qu’en agriculture. » Si Adam Smith veut

parler de valeurs, il à raison ; mais s’il parle de richesse, ce qui est le point important, il se

trompe ; car il a lui-même défini la richesse en disant qu’elle consistait dans les choses

nécessaires, utiles ou agréables à la vie. Des choses nécessaires ou utiles d’une espèce ne

peuvent pas être comparées avec celles d’une autre espèce ; la valeur d’utilité ne peut être

estimée d’après aucune mesure connue ; chacun l’estime à sa manière.

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