Notes sur les primes accordées à la production - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les primes accordées à la production - 1° partie, Notes de Management

PDF (130.9 KB)
10 pages
168Numéro de visites
Description
Notes de gestion sur les primes accordées à la production - 1° partie Les principaux thèmes abordés sont les suivants: premières considérations, la doctrine d’Adam Smith sur la rente de la terre, L’observation d’Adam Sm...
20points
Points de téléchargement necessaire pour télécharger
ce document
Télécharger le document
Aperçu3 pages / 10
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Aperçu avant impression terminé
Chercher dans l'extrait du document

Il peut être de quelque intérêt de considérer les effets d’une prime accordée à la production

agricole et à celle des denrées manufacturières, pour faire l’application des principes que je me

suis efforcé d’établir sur les profits des capitaux, sur les produits annuels de la terre et du

travail, et sur le prix relatif des objets fabriqués et des produits naturels. Supposons d’abord

qu’on mit un impôt sur toutes les denrées pour lever un fonds destiné par le gouvernement à

donner des primes d’encouragement pour la production du blé. Comme aucune portion de cet

impôt ne serait dépensée par le gouvernement, et comme tout ce qu’il recevrait d’une classe de

personnes il le rendrait à une autre, la nation, prise en fiasse, ne se trouverait ni plus riche ni

plus pauvre par l’effet d’un tel impôt et d’une semblable prime. On conviendra sans doute que

l’impôt sur les denrées, qui fournirait ce fonds, aurait l’effet de faire hausser le prix des objets

imposés ; tous les consommateurs de ces objets contribueraient par conséquent à ce fonds, ou,

en d’autres mots, le prix naturel et forcé de ces choses ayant haussé, leur prix courant

hausserait de même. Mais par la même raison que le prix naturel de ces denrées aurait haussé,

celui du blé serait tombé. Avant qu’on eût accordé une prime à la production, les fermiers

auraient pu obtenir de leur blé un prix qui leur permît de se rembourser de la rente, de leurs

frais, et de retirer les profits ordinaires ; après la concession de la prime, ils recevraient plus

que ces profits si le prix du blé ne tombait pas d’une somme au moins égale à la prime. L’effet

de l’impôt et de la prime serait donc de faire hausser le prix des denrées d’une somme égale à

celle de l’impôt dont elles sont grevées, et de faire baisser le prix du blé d’une somme égale à

la prime.

Il faut aussi observer qu’il ne pourrait être fait de changement permanent à la distribution des

capitaux entre l’agriculture et les manufactures ; car, comme il n’y aurait point de variation ni

dans le montant du capital, ni dans la population, il y aurait précisément la même demande de

pain et d’ouvrages manufacturés. Les profits du fermier ne seraient pas au-dessus du niveau

général après la baisse du prix du blé, et les profits du manufacturier ne baisseraient pas non

plus après le renchérissement des objets manufacturés. La prime ne rendrait donc pas

nécessaire l’emploi d’un plus fort capital dans la production du blé, ni d’un capital moindre

dans les manufactures. Mais les intérêts du propriétaire foncier ne seraient-ils pas affectés ? Par

le même principe qu’un impôt sur les produits de la terre a l’effet de faire baisser les rentes en

blé sans changer la rente en argent, de même une prime accordée à la production et qui est

précisément l’opposé d’un impôt, ferait hausser les rentes en blé sans apporter aucun

changement à celle en argent. Le propriétaire foncier recevra, dans ce cas, la même rente en

argent; et tandis qu’il paiera plus cher les objets manufacturés dont il aura besoin, il aura le blé

à meilleur marché : il ne se trouvera donc vraisemblablement ni plus riche ni plus pauvre.

Quant à l’effet qu’une pareille mesure pourrait avoir sur les salaires, il s’agit de savoir si

l’ouvrier, par l’achat des objets de sa consommation, paiera autant pour l’impôt qu’il gagnera,

par l’effet de la prime, sur les prix réduits de sa nourriture. Si ces deux quantités étaient égales,

les salaires n’éprouveraient point de variation ; mais si les objets imposés n’étaient pas de ceux

que l’ouvrier consomme, son salaire tomberait, et l’entrepreneur de travaux gagnerait toute la

valeur de cette différence. Mais l’entrepreneur de travaux n’en tirerait cependant aucun

avantage réel ; cela augmenterait le taux de ses profits, comme le ferait toute baisse des

salaires ; mais à mesure que l’ouvrier contribuera pour une somme toujours moindre au fonds

qui doit fournir à la prime, et qui doit être levé par contribution, l’entrepreneur de travaux

devra y contribuer pour une plus forte part, ou, en d’autres mots, l’entrepreneur devra fournir à

l’impôt, au moyen de sa dépense, une somme égale à celle qu’il gagnera par l’effet réuni de la

prime et de profits plus considérables. Il retire de plus forts profits de son capital, afin d’être

dédommagé, non-seulement de sa quote-part de l’impôt, mais encore de celle de ses ouvriers.

La rétribution qu’il reçoit pour la part de l’impôt des ouvriers se trouve dans la diminution des

salaires, ou, ce qui revient au même, dans l’augmentation des profits. Quant à sa propre part

de la contribution, il la trouve dans la diminution du prix du blé qu’il consomme, et qui est

l’effet de la prime.

Il est à propos de distinguer ici les différents effets que produit sur les profits un changement

dans la valeur réelle du blé, estimée en travail, et un changement dans la valeur relative du blé,

qui proviendrait de l’impôt et des primes. Si le blé baisse par un changement de son prix

estimé en travail, non-seulement le taux des profits des capitaux changera, mais encore les

profits absolus ; ce qui n’a pas lieu, comme nous venons de le faire voir, lorsque la baisse est

occasionnée artificiellement par une prime. Dans la baisse de la valeur réelle du blé, qui

provient de ce qu’un moindre travail suffit pour produire un des articles les plus importants de

la consommation de l’homme, le travail est rendu plus productif. Moyennant un même capital,

et l’emploi du même travail, on obtient une augmentation de produits ; par conséquent, non-

seulement le taux des profits s’accroît, mais les profits absolus du capital augmentent aussi ;

non-seulement chaque capitaliste aura un plus gros revenu en argent, s’il emploie le même

capital en argent, mais encore ce revenu lui procurera une plus grande quantité de choses

utiles et de jouissances. Dans le cas de la prime, l’avantage qu’il tire du bas prix d’un produit

est compensé par le désavantage d’être obligé d’en payer un autre plus cher ; il retire de plus

gros profits pour pouvoir payer ce prix plus élevé, en sorte que sa condition ne se trouve en

rien améliorée. Quoique ses profits soient à un taux plus élevé, il ne peut cependant pas

disposer d’une plus grande portion du produit de la terre et de l’industrie nationale.

Quand la baisse de la valeur du blé est amenée par des causes naturelles, elle n’est pas

contrariée par la hausse des autres marchandises ; car ces marchandises, au contraire, baissent

par suite de la baisse des produits naturels qui servent à les fabriquer. Mais quand la baisse du

blé s’opère par des moyens artificiels, elle est toujours contrariée par la hausse réelle de la

valeur de quelque autre marchandise ; en sorte que, si l’on achète le blé à meilleur marché, on

paie d’autres denrées plus cher.

Voilà donc une nouvelle preuve qu’il ne résulte aucun désavantage particulier des impôts sur

les objets de première nécessité, en raison de ce qu’ils font hausser les salaires et baisser les

profits. Les profits tombent, en effet ; mais cette baisse est simplement égale au montant de la

portion de l’impôt que l’ouvrier paie, laquelle doit, en tous cas, être payée ou par celui qui

l’emploie, ou par le consommateur des produits du travail de l’ouvrier. Que vous retranchiez 50

l. par an du revenu de l’entrepreneur de travaux ; ou que vous ajoutiez 50 l. au prix des objets

qu’il consomme, cela ne l’intéresse, lui et la société, qu’autant que les autres classes

d’individus pourraient ressentir les mêmes effets. Si cette somme est ajoutée au prix de la

denrée, un avare peut se soustraire à l’impôt en ne consommant pas ; si elle est retranchée

indirectement du revenu de chacun, on ne peut éviter de payer sa juste part des chargés

publiques.

Une prime sur la production du blé n’aurait donc pas d’effet réel sur les produits annuels de la

terre et du travail du pays, quoiqu’elle rendit le blé relativement à bon marché, et les objets

manufacturés relativement chers.

Mais supposons maintenant qu’une mesure contraire fût adoptée, et qu’on mît un impôt sur le

blé, afin de constituer un fonds qui servirait à fournir des primes d’encouragement à la

production des objets manufacturés.

Dans un tel cas, il est évident que le blé renchérirait, et, que les objets manufacturés baisse-

raient de prix. Le prix du travail resterait le même, si le bon marché des objets manufacturés

procurait à l’ouvrier autant de gain que la cherté du blé lui cause de perte ; mais si cela

n’arrivait point, les salaires devraient hausser, et les profits tomber, tandis que les rentes en

argent resteraient comme auparavant. Les profits doivent tomber parce que, ainsi que nous

venons de l’expliquer, ce sera par ce moyen que la part de l’impôt qui pèse sur l’ouvrier se

trouvera payée par ceux qui le font travailler. Par la hausse des salaires, l’ouvrier se trouvera

dédommagé de l’impôt qu’il aura à payer par le renchérissement du blé ; et, ne dépensant

aucune partie de son salaire en objets manufacturés, il ne lui reviendra rien de la prime, qui

sera reçue en entier par les entrepreneurs de travaux ; tandis que l’impôt sera en partie payé

par les travailleurs. Il sera donné aux ouvriers une gratification, sous forme de salaire, pour

cette charge additionnelle qui leur est imposée, et cela réduira le taux des profits. Dans ce cas,

il y aura également une complication de mesures, dont le résultat sera nul pour la nation.

En examinant cette question, nous avons exprès mis de côté la considération de l’effet qu’une

telle mesure pourrait avoir sur le commerce étranger ; nous avons raisonné plutôt dans la

supposition d’un pays isolé qui n’aurait point de rapports de commerce avec les autres États.

Nous avons fait voir que, comme la demande dans l’intérieur, pour du blé et des marchandises,

resterait la même, quelle que fût la direction que pourrait suivre la prime, il n’y aurait rien qui

pût engager les particuliers à retirer leurs capitaux d’un emploi pour les placer dans un autre ;

mais cela n’aurait plus lieu s’il y avait un commerce avec l’étranger, et si ce commerce était

libre. En changeant la valeur relative des marchandises et du blé, et en modifiant d’une manière

si notable leur prix naturel, nous donnerions un très-puissant encouragement à l’exportation

de ceux de ces produits dont le prix naturel aurait baissé, en encourageant par là également

l’importation des produits dont le prix naturel aurait haussé. C’est pourquoi une pareille

mesure de finances pourrait changer entièrement la distribution naturelle des capitaux d’une

manière avantageuse, il est vrai, aux pays étrangers, mais ruineuse pour celui qui aurait adopté

une mesure aussi absurde.

Chapitre 24 - De la doctrine d’Adam Smith sur la rente de la terre « On ne peut porter généralement au marché, dit Adam Smith, que ces parties seulement du

produit de la terre dont le prix ordinaire est suffisant pour remplacer le capital qu’il faut

employer pour les y porter, et les profits ordinaires de ce capital. Si le prix ordinaire est plus

que suffisant, le surplus en ira naturellement à la rente. S’il n’est juste que suffisant, la

marchandise pourra bien être portée au marché, mais elle ne peut fournir à payer une rente au

propriétaire. Le prix sera-t-il ou ne sera-t-il pas plus que suffisant ? C’est ce qui dépend de la

demande. »

Le lecteur serait naturellement porté à croire, d’après ce passage, qu’il n’est pas possible que

son auteur se soit trompé sur la nature de la rente, et qu’il doit avoir senti que la qualité des

terrains, que les besoins de la société font défricher, dépend « du prix ordinaire des produits,

et de la question de savoir si ce prix est suffisant pour remplacer le capital qui a dû être

employé à cette culture, en y joignant les profits ordinaires. »

Mais Smith avait adopté l’opinion, « qu’il y a quelques parties du produit de la terre dont la

demande doit toujours être telle, qu’elles rapporteront un prix plus fort que ce qui est suffisant

pour les faire venir au marché ; » et il regardait les subsistances comme étant une de ces

parties.

Il dit encore : « La terre, dans presque toutes les situations possibles, produit plus de nourriture

que ce qu’il faut pour faire subsister tous ceux dont le travail concourt à porter cette nourriture

au marché et même pour les faire subsister de la manière la plus libérale. Le surplus de cette

nourriture est aussi toujours plus que suffisant pour remplacer avec profit le capital qui met en

œuvre ce travail. Ainsi il reste toujours quelque chose pour fournir une rente au propriétaire. »

Mais quelle preuve en donne-t-il ? Aucune, si ce n’est l’assertion, que « les marais les plus

déserts d’Écosse et de Norvège forment une espèce de pâturage pour des bestiaux qui, avec

leur lait et l’accroissement du troupeau, suffisent toujours, non-seulement à faire subsister

tous les gens que leur garde et entretien exigent, mais encore à payer au fermier ou maître du

troupeau les profits ordinaires de son capital. » Qu’il me soit permis d’en douter. Je crois qu’il

existe dans tout pays, depuis le moins avancé en civilisation jusqu’au plus civilisé, des terres

d’une qualité telle qu’elles ne rendent que le produit suffisant pour remplacer le capital qui y

est employé, avec les profits qu’on retire ordinairement des capitaux dans chaque pays. Nous

savons que cela a lieu en Amérique, et cependant personne ne prétend que le fermage y soit

réglé d’après des principes différents de ceux qui sont admis, pour l’Europe. Mais quand il

serait vrai que l’Angleterre fût si avancée en civilisation, qu’il n’y restât actuellement plus de

terres qui ne payassent de rente, il serait toujours vrai qu’il faut qu’il y ait eu autrefois de

pareilles terres. Qu’il y en ait ou qu’il n’y en ait pas, cela ne fait rien à la question, car il suffit

qu’on admette qu’il y a des capitaux employés, dans la Grande-Bretagne, sur des terres qui ne

rendent que le capital déboursé avec les profits ordinaires, soit que ces terres aient été depuis

longtemps cultivées, soient qu’elles ne l’aient été que récemment[104].

Si un fermier consent à passer un bail de sept ou de quatorze ans pour une terre sur laquelle il

se propose d’employer un capital de 10,000 l., sachant bien qu’au prix actuel du grain et des

produits de la terre, il peut remplacer le capital qu’il est obligé de débourser, payer sa rente, et

retirer les profits ordinaires ; ce fermier, dis-je, n’emploiera pas 11000 l., à moins que les

dernières 1000 l. ne puissent, par leur pouvoir productif, lui donner les profits ordinaires des

capitaux. Pour savoir s’il doit ou ne doit pas employer cette dernière somme, il calculera

uniquement si le prix des produits de l’agriculture est suffisant pour le rembourser de ses frais

et lui assurer ses profits ; car il sait bien qu’il n’aura pas à payer de rente additionnelle. Sa rente

ne sera pas augmentée, même à l’expiration du bail ; car si le propriétaire de la terre exigeait

un surcroît de fermage en raison de l’emploi de ces 1,000 l. de plus sur la propriété, le fermier

retirerait cette portion de son capital, puisque, dans le cas supposé, elle ne lui rapporte que les

profits ordinaires et courants qu’il peut obtenir par tout autre placement de ce capital ; et par

conséquent il ne saurait consentir à en payer un fermage, à moins que le prix des produits de

l’agriculture n’éprouve une plus forte hausse, ou, ce qui revient au même, à moins que le taux

ordinaire et courant des profits ne vienne à baisser.

Si l’esprit pénétrant d’Adam Smith se fût arrêté sur ce point, il n’eût jamais soutenu que la

rente est un des éléments du prix des produits agricoles ; car le prix est constamment réglé par

le profit que l’on retire de cette dernière portion de capital employé dont on ne paie pas de

rente ou de loyer. S’il eût songé à ce principe, il n’aurait pas fait une distinction entre le

fermage ou loyer des mines et celui des terres.

« Savoir, par exemple, dit Smith, si une mine de charbon de terre rapportera un loyer ou rente,

c’est ce qui dépend en partie de sa fécondité et en partie de sa situation. On peut dire d’une

mine, en général qu’elle est féconde ou qu’elle est stérile, selon que la quantité de minéral que

peut en tirer une certaine quantité de travail est plus ou moins grande que celle qu’une même

quantité de travail tirerait de la plupart des autres mines de la même espèce. Quelques mines

de charbon de terre, avantageusement situées, ne peuvent être exploitées à cause de leur

stérilité, le produit ne vaut pas la dépense ; elles ne peuvent rapporter ni profit, ni loyer ou

rente. Il y en a dont le produit est purement suffisant pour payer le travail, et remplacer avec les

profits ordinaires le capital employé à leur exploitation ; elles donnent quelques profits à

l’entrepreneur, mais point au propriétaire. Personne ne peut les exploiter plus

avantageusement que le propriétaire, qui, en faisant lui-même l’entreprise, gagne les profits

ordinaires sur le capital qu’il y emploie. Il y a en Écosse beaucoup de mines de charbon qui sont

exploitées ainsi, et qui ne pourraient pas l’être autrement. Le propriétaire n’en permettrait pas

l’exploitation à d’autres sans exiger une rente, et personne ne trouverait moyen de lui en payer

une.

« Dans le même pays, il y a d’autres mines de charbon qui seraient bien assez riches, mais qui

ne peuvent être exploitées à cause de leur situation. La quantité de minéral suffisante pour

défrayer la dépense de l’exploitation, pourrait bien être tirée de la mine avec la quantité

ordinaire ou même encore moins que la quantité ordiordinaire de travail ; mais dans un pays

enfoncé dans les terres, peu habité, et qui n’a ni bonne route ni navigation, cette quantité de

minéral ne pourrait être vendue. » Toute la théorie de la rente se trouve, dans ce passage,

expliquée admirablement et avec toute la clarté possible ; mais il n’y en a pas un mot qui ne

soit également applicable à la terre aussi bien qu’aux mines, et cependant Adam Smith prétend

que, « il en est autrement des biens qui existent à la surface de la terre. La valeur, tant de leur

produit que de leur rente, est en proportion de leur fertilitéabsolue, et non de leur fertilité

relative[105]. »

Mais supposons qu’il n’y ait point de terres qui ne rapportent une rente ; dans ce cas, le

montant de la rente des terrains les plus ingrats devrait être en proportion de l’excédant de la

valeur du produit par-delà le capital dépensé et les profits ordinaires. Le même principe

réglerait la rente des terres d’une qualité supérieure ou plus heureusement situées, et par

conséquent ces terres paieraient un loyer un peu plus fort que les précédentes, en raison des

avantages supérieurs qu’elles possèdent. On peut en dire autant des terres d’une qualité encore

supérieure et ainsi de suite jusqu’aux plus fertiles. N’est-il donc pas évident que c’est d’après

la fertilité relative des terres qu’on détermine quelle sera la portion du produit qui sera payée

comme rente, comme c’est la richesse relative des mines qui détermine cette portion de leur

produit qui doit en constituer le loyer[106] ?

Adam Smith ayant admis qu’il y a quelques mines que les propriétaires seuls peuvent exploiter,

en raison de ce que leur produit n’est que suffisant pour défrayer les dépenses de l’exploitation

et rapporter les profits ordinaires du capital employé, on se serait attendu à le voir poser

également en principe, que c’est précisément cette espèce de mines qui règle le prix des

produits. Si les anciennes mines sont insuffisantes pour fournir la quantité de charbon

demandée, le prix du charbon doit hausser, et il continuera à renchérir jusqu’à ce que le

propriétaire d’une mine nouvelle et d’une qualité inférieure, trouve qu’il peut, en l’exploitant,

obtenir les profits ordinaires sur son capital. Si cette mine est médiocrement riche, son

propriétaire n’aura pas besoin que la hausse du charbon soit très-forte pour trouver de l’intérêt

à employer son capital à l’exploiter ; mais si elle est très-pauvre, il est clair qu’il faudra que le

prix du charbon continue à hausser tellement qu’il puisse lui fournir le moyen de retirer ses

frais, et d’obtenir les profits ordinaires du capital.

Il paraît donc que c’est toujours la mine la moins productive qui règle le prix du charbon. Adam

Smith est pourtant d’une opinion différente. Il s’exprime dans les termes suivants : « Le prix de

la mine la plus riche règle le prix du charbon pour toutes les autres mines de son voisinage. Le

propriétaire et l’entrepreneur trouvent tous deux qu’ils pourront se faire, l’un une plus forte

rente, l’autre un plus gros profit, en vendant un peu au-dessous de tous leurs voisins. Les

voisins sont bientôt obligés de vendre au même prix, quoiqu’ils soient moins en état d’y suffire,

et quoique ce prix aille toujours en diminuant, et leur enlève même quelquefois toute leur rente

et tout leur profit. Quelques exploitations se trouvent alors entièrement abandonnées ; d’autres

ne rapportent plus de rente, et ne peuvent plus être continuées que par le propriétaire de la

mine. » Si la demande de charbon diminuait, ou si, par de nouveaux procédés, la quantité en

devenait plus considérable, le prix du charbon tomberait, et quelques mines seraient

abandonnées ; mais, dans tous les cas, le prix doit suffire pour remplacer les frais et les profits

de celles des mines qui ne sont pas grevées d’une rente. C’est donc la mine la moins fertile qui

règle le prix du charbon. Adam Smith en convient lui-même dans un autre endroit, car il dit :

« Le prix le plus bas, auquel le charbon de terre puisse se vendre pendant un certain temps,

est, comme celui de toutes les autres marchandises, le prix qui est simplement suffisant pour

remplacer, avec les profits ordinaires, le capital employé à le faire venir au marché. Dans une

mine dont le propriétaire ne retire pas de rente, et qu’il est obligé d’exploiter lui-même ou

d’abandonner tout à fait, le prix du charbon doit en général approcher beaucoup de ce prix. »

Mais la même cause, c’est-à-dire l’abondance, et, par conséquent le bas prix du charbon, de

quelque source qu’elle provienne, en faisant abandonner l’exploitation des mines qui ne paient

pas de loyer ou qui n’en paient qu’un très-modique, aurait des effets analogues sur la culture

des terres ; car cette grande abondance et ce bas prix conduiraient à délaisser des produits de

la terre, rendraient nécessaire d’abandonner la culture des terrains qui ne paient pas de rente,

ou n’en paient qu’une très-modique. Si, par exemple, les pommes de terre devenaient la

nourriture ordinaire et générale de notre nation, comme le riz l’est chez quelques peuples, un

quart ou une moitié des terres actuellement en culture serait vraisemblablement abandonné à

l’instant ; car si, comme Adam Smith l’assure, « un acre de terre en pommes de terre produit

six mille livres pesant de nourriture substantielle, ce qui est trois fois autant qu’en donnerait un

acre de terre en blé, » la population ne pourrait pas se développer longtemps sur une échelle

assez vaste pour suffire à consommer la quantité de nourriture récoltée sur les terres où l’on

cultivait auparavant du blé. Il y aurait beaucoup de terrains abandonnés, et les rentes

tomberaient; et ce ne serait que lorsque la population aurait doublé ou triplé, qu’on pourrait

cultiver de nouveau autant de terres, et payer de ces terres un aussi fort loyer que par le passé.

Il ne serait pas payé non plus une plus forte part du produit brut au propriétaire foncier, que ce

produit consistât en pommes de terre suffisantes pour nourrir trois cents individus, ou, en blé,

qui ne pourrait en nourrir que cent ; car, quoique les frais de production se trouvassent bien

diminués, dans le cas où les salaires de l’ouvrier seraient réglés principalement par le prix des

pommes de terre et non par celui du blé, et quoique, par conséquent, la somme totale du

produit brut, - les travailleurs payés, - se trouvât considérablement augmentée, cependant

aucune partie de ce surplus n’irait grossir la rente ; il irait constamment grossir les profits,

lesquels montent toujours quand les salaires baissent, et tombent lorsque les salaires haussent.

La rente suivra la même marche, que l’on cultive du blé ou des pommes de terre ; elle sera

toujours égale à la différence entre les quantités de produits obtenues par l’emploi de capitaux

pareils sur des terres de la même ou de différente qualité ; et par conséquent, tant que des

terres d’une même qualité seront cultivées et qu’il n’y aura aucune variation dans leur fertilité

et dans leurs avantages respectifs, le loyer sera toujours dans le même rapport avec le produit

brut.

Adam Smith prétend cependant que la part du propriétaire se trouvera augmentée par suite de

la diminution des frais de production, et qu’il recevra par conséquent une plus grande part et

une quantité plus considérable d’un produit abondant que d’un produit rare. « Une rizière, dit-

il, produit une plus grande quantité de nourriture que le champ de blé le plus fertile. Le produit

ordinaire d’un acre monte a ce qu’on dit, à deux récoltes par an, de trente à soixante boisseaux

chacune. Ainsi, quoique la culture exige plus de travailleurs, quand tous ces travailleurs ont

subsisté, il reste un plus grand excédant. Par conséquent, dans les pays où le riz est la

nourriture végétale ordinaire et favorite du peuple, et où il compose la principale subsistance

des laboureurs qui le cultivent, il doit revenir au propriétaire, dans ce plus grand excédant, une

portion plus forte que celle qui lui revient dans les pays à blé. »

M. Buchanan remarque aussi : « qu’il est bien clair que si la terre donnait un autre produit en

plus grande abondance que le blé, et que ce produit devint la nourriture ordinaire du peuple, la

rente des propriétaires des terres augmenterait à proportion de l’abondance plus grande de ce

produit. »

Si les pommes de terre devenaient la nourriture habituelle du peuple, il y aurait un intervalle

assez long pendant lequel les propriétaires fonciers éprouveraient une très-forte réduction

dans leurs rentes. Ils ne recevraient probablement alors qu’une portion de subsistances bien

moindre que celle qu’ils en retirent à présent, tandis que ces subsistances descendraient au

tiers de leur valeur actuelle. Mais tous les objets manufacturés à l’achat desquels le propriétaire

foncier dépense une partie de son fermage, n’éprouveraient d’autre baisse que celle qui

proviendrait de la baisse des matières premières dont ils sont fabriqués, baisse qui ne pourrait

être occasionnée que par la fertilité plus grande des terres qui pourraient être alors consacrées

à leur production.

Quand, par suite de l’accroissement de la population, on viendrait à livrer de nouveau à la

culture, des terres ayant les mêmes qualités que celles qu’on cultivait auparavant pour en tirer

la nourriture nécessaire, et quand on viendrait à consacrer à cette culture le même nombre

d’hommes, le propriétaire foncier retirerait, non-seulement la même part du produit qu’aupa-

ravant, mais cette part aurait encore la même valeur que par le passé. La rente serait donc la

même qu’auparavant ; cependant les profits seraient beaucoup plus élevés, parce que le prix de

la nourriture, et par conséquent les salaires seraient bien plus bas. Les gros profits favorisent

l’accumulation du capital. La demande de bras augmenterait encore, et les propriétaires

retireraient un avantage permanent de la concurrence qui s’établirait pour avoir des terres à

défricher.

La culture pourrait, même, tellement s’améliorer, il pourrait en résulter une telle abondance de

denrées alimentaires, que, naturellement, les mêmes terres desserviraient les besoins d’une

population beaucoup plus considérable et paieraient des rentes beaucoup plus élevées. De tels

résultats ne peuvent manquer d’être avantageux aux propriétaires et s’accordent, d’ailleurs,

pleinement avec le principe que ces recherches doivent mettre hors de doute : savoir, que des

profits extraordinaires ne peuvent jamais avoir qu’une durée fort limitée, car l’excédant que

donnent les produits du sol après le prélèvement des bénéfices suffisants pour encourager la

production et l’épargne, cet excédent, dis-je, retourne, en définitive, au propriétaire.

La baisse que déterminerait dans les salaires cette abondance de produits naturels aurait non-

seulement pour résultat d’augmenter le rendement des terres déjà cultivées, mais encore

d’attirer vers elles de nouveaux capitaux, et, en même temps, d’amener le défrichement des

travaux de qualité inférieure ; ce qui tournerait au profit des propriétaires et de la classe entière

des consommateurs. La terre – cette machine qui produit la denrée la plus importante -

s’améliorerait et prendrait une valeur naturelle en face des demandes qui en seraient faites.

Tous les avantages se feraient d’abord sentir aux ouvriers, aux capitalistes et aux consom-

mateurs : mais peu à peu, et par la marche naturelle des faits, ils passeraient aux propriétaires

du sol.

Indépendamment de ces améliorations qui intéressent si vivement la société et si faiblement le

propriétaire, l’intérêt du propriétaire foncier est toujours en opposition avec celui du

consommateur et du manufacturier. Le blé ne peut jamais se soutenir à un haut prix qu’autant

qu’il faut plus de travail pour le produire, qu’autant qu’il nécessite plus de frais de production.

La même cause faisant également hausser les rentes, il est de l’intérêt du propriétaire foncier

que les frais de production du blé augmentent. Ce n’est pourtant pas là l’intérêt du

consommateur, qui voudrait que le blé fût toujours à bas prix, relativement à l’argent et aux

marchandises ; car c’est toujours avec des marchandises ou de l’argent que l’on achète du blé.

Il n’est pas non plus de l’intérêt du manufacturier que le blé soit cher, car la cherté du blé

amène celle des salaires, sans amener celle des marchandises. Il faudra qu’il donne alors non-

seulement plus de ses marchandises, ou, ce qui revient au même, une plus forte valeur en

marchandise, en échange du blé qu’il consomme lui-même ; mais il sera encore obligé de

donner plus de marchandises ou plus de valeur pour payer le salaire de ses ouvriers, sans en

recevoir de dédommagement. Toutes les classes de la société souffriront donc par le renché-

rissement du blé, excepté la classe des propriétaires. Les transactions entre le propriétaire

foncier et le public ne ressemblent pas aux transactions mercantiles, dans lesquelles on peut

dire que le vendeur gagne aussi bien que l’acheteur ; car, dans les premières, toute la perte est

d’un côté, et le gain de l’autre ; et si, par l’importation, l’on pouvait se procurer du blé à

meilleur marché, on verrait combien la perte qui résulte de la non-importation est plus forte

pour les uns que le gain ne l’est pour les autres.

Adam Smith ne fait jamais de distinction entre la valeur diminuée de l’argent et la valeur

augmentée du blé, et voilà pourquoi il pense que l’intérêt des propriétaires fonciers n’est point

eu opposition avec celui du reste de fa société. Dans le premier cas, c’est l’argent qui a baissé

relativement à tous les autres produits : dans le second cas, c’est le blé. Dans le premier cas, le

blé et les marchandises continuent d’avoir la même valeur relative ; dans le second cas, le blé

est, comme l’argent, plus élevé relativement aux marchandises.

L’observation suivante d’Adam Smith est applicable au bas prix de l’argent ; mais elle ne l’est

nullement à la valeur augmentée du blé.

« Si l’importation (du blé) était libre en tout temps, nos fermiers et nos propriétaires ruraux

retireraient vraisemblablement moins d’argent de leur blé, une année dans l’autre, qu’ils ne

font à présent, que l’importation est, par le fait, prohibée la plupart du temps[107] ; mais l’argent

qu’ils en retireraient aurait plus de valeur,achèterait plus de marchandises de toute autre

espèce, et emploierait plus de bras. Par conséquent leur richesse réelle, leur revenu réel

seraient les mêmes qu’à présent, quoique exprimés par une moindre quantité d’argent, et dès

lors ils ne se trouveraient ni moins en état de cultiver, ni moins encouragés à le faire qu’ils ne le

sont a présent. Au contraire, comme une hausse dans la valeur de l’argent, procédant d’une

baisse dans le prix en argent du blé, fait baisser de quelque chose le prix de toutes les autres

marchandises, elle donne à l’industrie du pays où elle a lieu quelque avantage dans tous les

marchés étrangers, et tend par là à accroître et à encourager cette industrie. Or, l’étendue du

marché national pour le blé, doit être en proportion de l’industrie générale du pays où il croît,

ou du nombre de ceux qui produisent quelque autre chose à donner en échange pour le blé ; et

le marché national étant, dans tout pays, le marché le plus rapproché et le plus commode est

aussi le plus vaste et le plus important ; par conséquent cette hausse dans la valeur réelle de

commentaires (0)
Aucun commentaire n'a été pas fait
Écrire ton premier commentaire
Ceci c'est un aperçu avant impression
Chercher dans l'extrait du document
Docsity n'est pas optimisée pour le navigateur que vous utilisez. Passez à Google Chrome, Firefox, Internet Explorer ou Safari 9+! Téléchargez Google Chrome