Notes sur les primes accordées à la production - 2° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les primes accordées à la production - 2° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur les primes accordées à la production - 2° partie Les principaux thèmes abordés sont les suivants: le commerce colonial, le revenu brut et du revenu net.
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l’argent, qui provient de la baisse du prix moyen du blé en argent, tend à agrandir le marché le

plus vaste et le plus important pour le blé, et par conséquent à encourager la production bien

loin de la décourager. »

La hausse ou la baisse du prix du blé provenant de l’abondance et du bas prix de l’or et de

l’argent, n’intéresse nullement le propriétaire foncier, car tous les autres produits s’en

ressentiront de la manière exposée par Adam Smith ; mais la cherté relative du blé est toujours

très-avantageuse au propriétaire foncier, qui, avec la même quantité de blé, peut acquérir,

non-seulement une plus grande somme d’argent, mais encore une quantité plus considérable

de tout ce qu’on peut acheter avec de l’argent.

Chapitre 25 - Du commerce colonial

Dans ses observations sur le commerce colonial, Adam Smith a fait voir, de la manière la plus

satisfaisante, les avantages d’un commerce libre, et l’injustice que les métropoles font éprouver

aux colonies, en les empêchant de vendre leurs produits sur le marché où les prix sont le plus

élevés, et d’acheter au contraire les objets manufacturés et leurs subsistances dans le marché

où ces choses sont au plus bas prix. Il a prouvé que si on laissait chaque pays libre d’échanger

les produits de son industrie dans le temps et dans les endroits qui lui conviendraient, on

obtiendrait ainsi la meilleure distribution possible du travail de l’espèce humaine, et l’on

s’assurerait la plus grande abondance des choses nécessaires ou agréables à la vie.

Il a encore tâché de faire voir que cette liberté de commerce, qui est incontestablement

avantageuse à la société en masse, l’est également à chaque pays en particulier ; et que le

système d’une politique étroite, adopté par les États de l’Europe envers leurs colonies, n’est pas

moins nuisible aux métropoles elles-mêmes qu’il ne l’est aux colonies, dont on sacrifie les

intérêts.

« Ainsi, comme tous les autres expédients misérables et nuisibles de ce système mercantile que

je combats, dit Adam Smith, le monopole du commerce des colonies opprime l’industrie de

tous les autres pays, et principalement celle des colonies, sans ajouter le moins du monde à

celle du pays en faveur duquel il a été établi, et tout au contraire, en la diminuant. »

Cette partie de son sujet n’est cependant pas traitée d’une manière aussi claire et aussi

convaincante que celle où il montre l’injustice du système adopté envers les colonies.

Sans prétendre décider si le système actuel, adopté par l’Europe à l’égard de ses colonies, est

ou non nuisible aux métropoles, qu’il me soit permis de croire que la mère-patrie peut

quelquefois retirer un avantage des entraves auxquelles elle assujettit les habitants de ses

colonies. Qui peut douter, par exemple, que, supposant que l’Angleterre fût une colonie de la

France, ce dernier pays ne trouvât du profit à faire payer à l’Angleterre une forte prime sur

l’exportation du blé, du drap, ou de toute autre marchandise ? En examinant la question des

primes, et partant de la supposition que le blé se vendait en Angleterre 4 l. st. le quarter, nous

avons vu qu’en accordant 10 sh. de prime sur l’exportation, le blé serait revenu en France à 3 l.

10 sh. Or, si le blé était auparavant à 3 l. 15 sh. le quarter en France, le consommateur français

aura gagné 5 sh. par quarter sur tout le blé importé ; et si le prix naturel du blé en France était

auparavant de 4 l. les Français auraient gagné en totalité les 10 sh., montant de la prime. La

France profiterait donc par là de toute la perte que l’Angleterre aurait supportée ; elle ne

gagnerait pas seulement une partie de ce que l’Angleterre aurait perdu ; mais, dans quelques

cas, elle en aurait gagné la totalité.

On pourra cependant objecter qu’une prime d’exportation étant une mesure de police

intérieure, ne peut pas facilement être imposée par la mère-patrie.

S’il convenait à la Jamaïque aussi bien qu’a la Hollande de faire un échange réciproque des

produits de chacun de ces pays, sans l’intervention de l’Angleterre, il est bien certain que, si

l’on y mettait obstacle, les intérêts de la Hollande et de la Jamaïque en souffriraient ; mais si la

Jamaïque est forcée d’envoyer ses produits en Angleterre, pour les y échanger contre des

marchandises hollandaises, il y aura un capital anglais et une agence anglaise employés dans

un commerce dans lequel ni l’un ni l’autre n’auraient été engagés sans cela. Ce commerce y est

attiré par une prime que l’Angleterre ne paie pas, et qui est payée par la Hollande et la

Jamaïque.

Que la perte supportée en raison d’une distribution désavantageuse du travail dans deux pays,

puisse être profitable à l’un des deux, tandis que l’autre souffre une perte encore plus forte que

celle qui résulte immédiatement d’une telle distribution, c’est une opinion qu’Adam Smith lui-

même a adoptée ; et si elle est vraie, ce sera une preuve décisive qu’une mesure qui peut être

très-nuisible à une colonie, peut être d’un avantage partiel pour la mère-patrie.

En parlant des traités de commerce, Adam Smith s’exprime ainsi :

« Quand une nation s’oblige, par un traité, de permettre chez elle l’entrée de certaines

marchandises d’un pays étranger, tandis qu’elle les prohibe venant de tous les autres pays, ou

bien d’exempter les marchandises d’un pays des droits auxquels elle assujettit celles de tous

les autres, le pays, ou du moins les marchands et les manufacturiers du pays dont le commerce

est ainsi favorisé, doivent tirer de grands avantages de ce traité. Ces marchands et

manufacturiers jouissent d’une sorte de monopole dans le pays qui les traite avec tant de

faveur. Ce pays devient un marché à la fois plus étendu et plus avantageux pour leurs

marchandises : plus étendu, parce que les marchandises des autres nations ayant l’exclusion ou

étant assujetties à des droits plus lourds, il absorbe une plus grande quantité de celles qu’ils y

portent ; plus avantageux, parce que les marchands du pays favorisé, jouissant dans ce marché

d’une espèce de monopole, y vendront souvent leurs marchandises à un prix plus élevé que

s’ils étaient exposés à la libre concurrence des autres nations. »

Or, les deux nations qui font un tel traité de commerce peuvent être la mère-patrie et ses

colonies ; et Adam Smith admet, comme on voit, qu’une métropole peut gagner à opprimer ses

colonies. Nous observerons cependant encore une fois qu’à moins que le monopole du marché

étranger ne se trouve entre les mains d’une compagnie exclusive, les consommateurs étrangers

ne paieront pas les marchandises plus cher que les nationaux. Le prix qu’ils paieront, les uns

comme les autres, ne s’éloignera pas beaucoup du prix naturel de ces marchandises dans le

pays qui les produit. Par exemple, l’Angleterre, dans des circonstances ordinaires, pourra

toujours acheter des marchandises françaises à leur prix naturel en France, et la France aurait le

même privilège d’acheter des marchandises anglaises à leur prix naturel en Angleterre. Mais on

achèterait des marchandises à ce prix, sans qu’il y eût besoin d’un traité de commerce. Quel

serait donc l’avantage ou le désavantage d’un semblable traité ?

Voici quel serait le désavantage qui en résulterait pour le pays qui importerait. Par le traité, il

serait forcé d’acheter une marchandise en Angleterre, par exemple, à son prix naturel, tandis

qu’il aurait peut-être pu l’avoir, dans quelque autre pays, à un prix naturel plus bas. Le traité

produit donc une distribution désavantageuse des capitaux en général, dont souffre

principalement le pays qui est borné par traité au marché le moins avantageux ; mais le traité

ne donne aucun avantage au vendeur, en vertu d’un prétendu monopole ; car la concurrence de

ses compatriotes empêche le vendeur de vendre ses marchandises au-dessus de leur prix

naturel ; ce qu’il eût fait, soit qu’il les exportât en France, en Espagne, aux Indes occidentales,

soit qu’il les vendît pour la consommation de l’intérieur.

En quoi donc consiste l’avantage de cette stipulation du traité ? Le voici. Il n’aurait pas été

possible de fabriquer ces marchandises en Angleterre pour l’exportation, si ce pays n’avait pas

le privilège exclusif d’en approvisionner le marché en question ; car la concurrence des pays

dans lesquels le prix naturel est plus bas lui aurait ôté toute chance de pouvoir vendre ses

marchandises. Cela inquiéterait cependant fort peu l’Angleterre, si elle était bien sûre de

pouvoir vendre pour une valeur aussi forte d’autres produits de ses manufactures, soit dans le

marché français, soit autre part, avec le même bénéfice. L’objet que l’Angleterre se propose est

d’acheter en France pour une valeur de 5,000 1. st. de vins ; elle voudrait donc vendre dans un

marché quelconque, des marchandises qui puissent lui rapporter ces 5,000 l. st. Si la France lui

accorde le monopole du drap, l’Angleterre y enverra aussitôt du drap pour l’échanger contre le

vin dont elle a besoin ; mais si le commerce est libre, la concurrence de l’industrie des autres

pays peut empêcher que le prix naturel du blé ne soit assez bas pour qu’en le vendant, elle

retire ces 5,000 l., en obtenant en même temps les profits ordinaires du capital employé dans

ce genre de manufacture. Il faut donc que l’industrie de l’Angleterre se porte vers un autre

objet. Mais il se peut qu’il n’y ait aucun de ses produits, qu’elle puisse, eu égard à la valeur

actuelle de l’argent, vendre au prix naturel des marchandises des autres pays. Quelle en sera la

conséquence ? Comme les buveurs de vin, en Angleterre, sont encore disposés à dépenser

5,000 l. st. en vin de France, il faudra qu’on exporte dans ce pays 5,000 l. st. en argent pour y

acheter ce vin. Cette exportation de numéraire en fera hausser la valeur en Angleterre, en la

faisant baisser dans les autres pays ; et le prix naturel de tous les produits de l’industrie

anglaise baissera aussi en même temps ; car la hausse du prix de l’argent équivaut à la baisse

du prix des marchandises. On pourra alors se procurer les 5,000 l. par l’exportation de

marchandises anglaises ; car, après la réduction de leur prix naturel, elles pourront soutenir la

concurrence avec les marchandises des autres pays. Il faudra cependant vendre une quantité

plus considérable de marchandises à bas prix pour obtenir les 5,000 l. dont on a besoin ; et

quand on les aura obtenues, elles ne s’échangeront plus contre la même quantité de vin

qu’auparavant ; car pendant que la diminution de numéraire en Angleterre y aura fait baisser le

pris naturel des marchandises, l’augmentation d’argent en France y fera monter le prix naturel

des marchandises et du vin. On importera donc moins de vin en Angleterre en échange de ses

produits, quand le commerce sera entièrement libre, que lorsque ce pays sera particulièrement

favorisé par des traités de commerce. Cependant, le taux des profits ne varierait pas ; le

numéraire aurait changé de valeur relative dans les deux pays, et l’avantage que la France en

retirerait, serait d’obtenir une plus grande quantité de marchandise anglaises en échange d’une

quantité déterminée de produits français ; et la perte pour l’Angleterre consisterait en ce qu’elle

obtiendrait une moindre quantité de marchandises françaises en échange des marchandises

anglaises.

Le commerce étranger se soutiendra donc toujours, qu’on y mette des entraves, qu’on

l’encourage, ou qu’il soit libre ; et il ne peut être réglé que par le changement du prix naturel,

et non par le changement de la valeur naturelle des frais de production dans chaque pays, et ce

changement s’opère dès qu’on altère la distribution des métaux précieux. Cette explication

confirme l’opinion que j’ai émise ailleurs, qu’il n’y a pas d’impôt, de prime ou de prohibition

sur l’importation ou l’exportation des marchandises, qui ne donne lieu à une différente distri-

bution des métaux précieux, et qui, par conséquent, ne modifie dans tout pays le prix naturel

et le prix courant des marchandises.

Il est donc évident que le commerce avec les colonies peut être réglé de manière qu’il soit en

même temps moins avantageux pour les colonies et plus lucratif pour la métropole, qu’un

commerce parfaitement libre. De même qu’il serait désavantageux pour un consommateur

d’être restreint à n’acheter que dans une seule boutique, de même est-il nuisible pour une

nation de consommateurs d’être forcée de n’acheter que dans un seul pays. Si la boutique, ou

le pays en question, peut fournir les marchandises demandées à meilleur marché, ils sont bien

sûrs de les vendre sans avoir besoin pour cela d’aucun privilège exclusif ; et s’ils ne peuvent

pas les livrer au prix le plus bas, l’intérêt général demanderait qu’on ne les encourageât point à

continuer un commerce qu’ils ne peuvent pas faire avec un avantage égal à celui de leurs

rivaux. La boutique et le pays qui vendraient exclusivement pourraient perdre à ce changement

d’emploi ; mais l’intérêt général n’est jamais si bien assuré que par la distribution la plus

productive du capital général c’est-à-dire par un commerce universellement libre.

L’augmentation des frais de production ne diminue pas nécessairement la consommation d’un

produit, si ce produit est de première nécessité ; car, quoique en général les ressources des

consommateurs se trouvent diminuées par la hausse d’une marchandise quelconque, ils

peuvent cependant renoncer à la consommation de quelque autre produit dont les frais de

production n’ont pas augmenté. Dans ce cas, l’offre et la demande conserveront la même

proportion que par le passé : les frais de production seuls auront augmenté, et cependant le

prix haussera ; et il doit hausser, pour mettre les profits du créateur du produit renchéri au

niveau des profits des autres commerces.

M. Say convient que les frais de production sont le fondement du prix, et pourtant, dans

plusieurs endroits de son livre, il soutient que le prix est réglé par la proportion entre l’offre et

la demande. Le régulateur réel et définitif de la valeur relative de deux produits quelconques,

c’est ce que la production de chacun a coûté, et non les quantités respectives de chacun de ces

produits, ni la concurrence parmi les acheteurs.

Selon Adam Smith, le commerce colonial de l’Angleterre étant un de ceux dans lequel il ne peut

avoir d’employés que des capitaux anglais, fait monter le taux des profits de tous les autres

commerces, et comme, selon lui, les hauts profits, ainsi que les forts salaires, font hausser le

prix des produits, le monopole du commerce colonial a été, à ce qu’il croit, nuisible à la mère-

patrie, dont il a diminué la faculté de pouvoir vendre des objets manufacturés à un prix aussi

bas que les autres pays.

« Par l’effet du monopole, dit-il, l’accroissement du commerce des colonies a bien moins été,

pour le commerce général de la Grande-Bretagne, la cause d’une addition à ce qu’il était

auparavant, que celle d’un changement total de direction. Secondement, ce monopole a

contribué nécessairement à maintenir, dans toutes les branches différentes du commerce de la

Grande-Bretagne, le taux des profits à un degré plus haut que celui où il se serait tenu

naturellement, si le commerce avec les colonies anglaises eût été ouvert à toutes les nations….

Or, tout ce qui fait monter dans un pays le taux ordinaire du profit plus haut qu’il n’aurait été

sans cela, assujettit nécessairement ce pays en même temps a un désavantage absolu et à un

désavantage relatif dans toutes les autres branches de commerce, dont il n’a pas le monopole.

Il assujettit ce pays a un désavantage absolu, attendu que, dans toutes les autres branches de

commerce, ses marchands ne peuvent retirer ce plus gros profit sans vendre à la fois, et les

marchandises des pays étrangers qu’ils importent dans le leur, et les marchandises de leur

propre pays qu’ils exportent à l’étranger, plus cher qu’ils ne les eussent vendues sans cela. Il

faut, à la fois, que leur propre pays vende plus cher qu’il n’aurait fait sans cela ; qu’il achète

moins et vende moins ; qu’il jouisse moins et qu’il produise moins.

..... « On entend souvent nos marchands se plaindre des hauts salaires de nos ouvriers, comme

étant la cause de ce que les ouvrages de leurs fabriques ne peuvent soutenir la concurrence

dans les marchés étrangers ; mais on ne les entend jamais parler des hauts profits du capital.

Ils se plaignent des gains excessifs des autres, mais ils ne disent rien du leur. Cependant les

hauts profits du capital, en Angleterre, peuvent contribuer, dans beaucoup de circonstances,

autant que les hauts salaires qu’on y paie aux ouvriers, et, dans quelques circonstances,

contribuent peut-être davantage à faire hausser le prix des ouvrages des fabriques anglaises. »

J’admets que le monopole du commerce avec les colonies doit déranger, et quelquefois d’une

manière désavantageuse, la direction des capitaux ; mais d’après ce que j’ai déjà dit au sujet

des profits, on verra, je crois, qu’aucun déplacement du commerce étranger et aucun

changement du commerce intérieur pour le commerce avec l’étranger, ne sauraient affecter le

taux des profits. La perte qui en résultera est celle que je viens d’exposer ; elle consiste dans

une moins bonne distribution des capitaux et de l’industrie, et par suite dans une diminution

de production. Le prix naturel des produits haussera, et par conséquent, quoique le consom-

mateur soit en état d’acheter pour une même valeur en argent, il n’obtiendra, avec cet argent,

qu’une quantité moindre de marchandises. Et lors même que le monopole aurait pour effet de

faire hausser les profits, il n’occasionnerait pas le moindre dérangement dans les prix ; car le

prix n’est réglé ni par les salaires ni par les profits.

Adam Smith lui-même parait en convenir, quand il dit que « le prix des choses, ou la valeur de

l’or et de l’argent, comparée aux marchandises, dépend de la proportion qu’il y a entre la

quantité de travail nécessaire pour faire arriver au marché une certaine quantité d’or et

d’argent, et la quantité de travail nécessaire pour y faire arriver une certaine quantité de

marchandises d’une autre espèce. » Cette quantité restera la même, que les profits et les

salaires montent ou baissent. Comment donc le prix peut-il hausser par l’effet des hauts

profits ?

Chapitre 26 - Du revenu brut et du revenu net Adam Smith exagère toujours les avantages qu’un pays tire d’un grand revenu brut[108], par

opposition à un grand revenu net. « Plus grande sera la portion du capital d’un pays consacré à

l’agriculture, et plus la somme de travail productif que ce capital met en œuvre deviendra

considérable dans l’intérieur du pays. Il en sera de même de la valeur que son emploi ajoute

aux produits annuels de la terre et de l’industrie de la communauté. Le capital employé dans les

manufactures est celui qui, après le capital comparé à l’agriculture, met en œuvre la plus

grande quantité de travail productif, et ajoute le plus grand accroissement de valeur à la

production annuelle. Le capital employé au commerce d’exportation est le moins productif des

trois[109]. » En admettant pour un moment que cela soit vrai, quel avantage résultera-t-il pour

un pays de l’emploi d’une grande quantité de travail productif, si, soit qu’il emploie cette

quantité ou une quantité moindre, son revenu et ses profits réunis doivent rester les mêmes ?

Le produit total de la terre et de l’industrie de tout pays se partage en trois portions, dont la

première est destinée aux salaires, la seconde aux profits, et la troisième à la rente. Ce n’est

que sur les deux dernières portions qu’on peut lever des impôts, ou faire des épargnes : la

première, si elle est modique, étant toujours égale aux frais nécessaires de production, il serait

tout à fait indifférent pour une personne qui sur un capital de 20,000 l. ferait 2,000 l. par an de

profits, que son capital employât cent hommes ou mille, et que ses produits se vendissent

10,000 l. ou 20,000 l., pourvu que, dans tous les cas, ses profits ne baissassent point au-

dessous de 2,000 l. L’intérêt réel d’une nation n’est-il pas aussi garanti ? et dès que son revenu

net et réel, que ses rentes et profits sont les mêmes, qu’importe qu’elle se compose de dix ou

de douze millions d’individus ? Ses facultés pour l’entretien d’escadres, d’armées, et de toute

autre sorte de travail improductif, doivent être en proportion de son revenu net, et non de son

revenu brut. Si cinq millions d’hommes pouvaient produire la nourriture et l’habillement

nécessaires pour dix millions, la nourriture et l’habillement de cinq millions constitueraient le

revenu net. Le pays retirerait-il quelque avantage, si, pour produire ce même revenu net, il

fallait sept millions d’hommes, c’est-à-dire, s’il fallait que sept millions d’hommes fussent

employés à produire de la nourriture et de l’habillement pour douze millions ? La nourriture et

l’habillement de cinq millions seraient toujours le revenu net. L’emploi d’un plus grand nombre

d’hommes ne nous mettrait en état ni d’ajouter un homme à notre armée ou à notre marine, ni

de fournir une guide de plus aux impôts[110].

Ce n’est point en raison d’aucun avantage supposé provenant d’une grande population, ni en

raison du bonheur dont peut jouir un plus grand nombre d’hommes, qu’Adam Smith donne la

préférence à cet emploi de capital qui met en œuvre la plus grande quantité d’industrie ; mais

c’est expressément en se fondant sur l’effet qu’il lui suppose d’augmenter la puissance

nationale, car il dit que « la richesse et la puissance de toute nation, en tant que la puissance

dépend de la richesse, doit toujours être en proportion de la valeur de sa production annuelle,

qui constitue le fonds qui sert en définitive à payer tout impôt. » Il est cependant évident que

les facultés de payer des impôts sont en proportion du revenu net et non du revenu brut.

Dans la distribution des emplois des capitaux entre tous les pays, le capital des peuples

pauvres sera naturellement employé à ces genres d’industrie qui font subsister une grande

quantité de travailleurs dans l’intérieur, parce que, dans de tels pays, on peut se procurer avec

le plus de facilité la nourriture et les choses nécessaires pour une population croissante. Dans

les pays riches, au contraire, où la nourriture est chère, les capitaux se porteront, si le

commerce est libre, vers ces genres d’industrie qui exigent l’emploi du plus petit nombre

d’ouvriers dans l’intérieur : tels sont le commerce de transport, le commerce avec les pays

étrangers très-lointains, dans lesquels les profits sont en proportion des capitaux, et non en

proportion de la quantité de travail employé[111].

Quoique je convienne que, par la nature du fermage, un capital déterminé employé à

l’agriculture sur tous les terrains autres que ceux cultivés les derniers, met en activité une plus

grande quantité de travail qu’un capital employé dans les manufactures ou dans le commerce,

je ne saurais pourtant admettre qu’il y ait la moindre différence entre les quantités de travail

mises en activité par un capital employé dans le commerce intérieur, et par un pareil capital

employé dans le commerce étranger.

« Le capital qui envoie à Londres, dit Adam Smith, des ouvrages de fabrique Écossaise, et

rapporte à Édimbourg du blé anglais et des ouvrages de fabrique ang1ais, remplace

nécessairement, dans chacune de ces opérations, deux capitaux appartenant à des sujets de la

Grande-Bretagne, et qui ont, tous les deux, été employés dans l’agriculture ou les

manufactures de la Grande-Bretagne.

Le capital qui est employé à acheter des marchandises étrangères pour la consommation

intérieure, quand l’achat se fait avec le produit de l’industrie nationale, remplace aussi, par

chaque opération de ce genre, deux capitaux distincts, mais dont un seulement est employé à

soutenir l’industrie nationale. Le capital qui envoie en Portugal des marchandises anglaises, et

qui rapporte en Angleterre des marchandises portugaises, ne remplace, dans chacune des

opérations qu’il fait, qu’un seul capital anglais ; l’autre est un capital portugais. Ainsi, quand

même les retours du commerce étranger de consommation seraient aussi prompts que ceux du

commerce intérieur, le capital employé dans celui-ci ne donnerait toujours qu’un

encouragement de moitié plus faible à l’industrie ou au travail productif du pays. »

Cet argument me parait fallacieux ; car, quoique deux capitaux, l’un portugais et l’autre

anglais, soient employés, ainsi que le suppose le docteur Smith, il y aura cependant un capital

employé au commerce étranger ; double de celui qui sera employé au commerce intérieur.

Supposons que l’Écosse emploie un capital de 1,000 livres sterling à la fabrication des toiles,

qu’elle échange contre le produit d’un capital pareil employé en Angleterre à la fabrication des

soieries, ces deux pays emploieront ainsi 2,000 liv. sterl. et une quantité de travail

proportionnelle. Supposons maintenant que l’Angleterre découvre qu’elle peut obtenir de

l’Allemagne une plus grande quantité de toiles en échange des soieries qu’elle était dans

l’habitude d’exporter en Écosse, et que l’Écosse, à son tour, trouve qu’elle peut obtenir de la

France plus de soieries en échange de ses toiles qu’elle n’en obtenait auparavant de

l’Angleterre ; dans ce cas, le commerce entre l’Angleterre et l’Écosse ne cessera t-il pas à

l’instant, et le commerce de consommation intérieure ne sera-t-il pas remplacé par un com-

merce de consommation étrangère ? Mais quoique deux capitaux additionnels entrent dans ce

commerce, c’est-à-dire le capital allemand et le capital français, la même somme de capital

écossais et anglais ne continuera-t elle pas à être employée, et ne mettra-t-elle pas en activité

la même quantité d’industrie que lorsque ces capitaux étaient consacrés au commerce

intérieur ?

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