Notes sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 1° partie, Notes de Gestion des affaires
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Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 1° partie, Notes de Gestion des affaires

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Notes de gestion sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: avertissement, la valeur, la rémunération accordée à l’ouvrier, la valeur des marchan...
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Auteur : David Ricardo

1817

Traduit par Francisco Solano Constancio et Alcide Fonteyraud

Préface

Les produits de la terre, c’est-à-dire tout ce que l’on retire de sa surface par les efforts

combinés du travail, des machines et des capitaux, se partage entre les trois classes suivantes

de la communauté ; savoir : les propriétaires fonciers, — les possesseurs des fonds ou des

capitaux nécessaires pour la culture de la terre, — les travailleurs qui la cultivent.

Chacune de ces classes aura cependant, selon l’état de la civilisation, une part très-différente

du produit total de la terre sous le nom de rente, de profits du capital et de salaires, et cette

part dépendra, à chaque époque, de la fertilité des terres, de l’accroissement du capital et de la

population, du talent, de l’habileté des cultivateurs, enfin des instruments employés dans

l’agriculture.

Déterminer les lois qui règlent cette distribution, voilà le principal problème en économie

politique. Et cependant, quoique Turgot, Stuart, Smith, Say, Sismondi et d’autres auteurs aient

répandu beaucoup de lumière sur cette science, leurs écrits ne renferment rien de bien

satisfaisant sur la marche naturelle des rentes, des profits et des salaires.

En 1815, la véritable doctrine de la rente fut publiée à la fois par M. Malthus, dans un écrit

intitulé : Recherches sur la nature et les progrès de la rente, et par un membre du collége de

l’Université d’Oxford dans son Essai sur l’emploi du capital en agriculture. Sans une

connaissance profonde de cette doctrine, il est impossible de concevoir les effets de

l’accroissement de la richesse sur les profits et les salaires, ou de suivre d’une manière

satisfaisante les effets des impôts sur les différentes classes de la société, surtout lorsque les

choses imposées sont des produits immédiats de la terre. Adam Smith, et les autres écrivains

distingués dont j’ai fait mention, n’ayant pas envisage avec justesse le principe de la rente, ont,

ce me semble, négligé beaucoup de vérités importantes, dont on ne peut acquérir la

connaissance qu’après avoir approfondi la nature de la rente.

Pour combler ce vide, il faudrait, je le sais, avoir un talent bien supérieur au mien ; mais, après

avoir médité profondément sur cette matière, après avoir profité de tout ce qu’ont écrit les

auteurs distingués déjà cités, et après le grand nombre de faits précieux que l’expérience des

dernières années a fournis à la génération actuelle, j’ose espérer qu’on ne me taxera pas de

présomption si je publie mon opinion sur les principes qui règlent les profits et les salaires, et

sur l’influence des impôts. Si l’on reconnaissait que ces principes, qui me paraissent vrais, le

sont en effet, ce serait alors à d’autres écrivains plus habiles que moi à développer toutes les

conséquences qui en découlent.

En combattant des opinions reçues, j’ai cru devoir plus particulièrement examiner certains

passages des ouvrages d’Adam Smith qui ne s’accordent pas avec ma manière devoir ; j’espère

néanmoins qu’on ne me soupçonnera pas pour cela de ne point partager avec tous ceux qui

reconnaissent l’importance de l’Économie politique, l’admiration si justement due à l’ouvrage

profond de cet auteur célèbre.

La même remarque est applicable aux excellents écrits de M. Say, qui a été le premier ou un des

premiers parmi les écrivains du continent à savoir apprécier et appliquer les principes de Smith,

et qui, non-seulement, a fait plus que tous les auteurs étrangers pour inculquer aux nations de

l’Europe les principes d’un système aussi lumineux qu’utile, mais encore a réussi à disposer

cette science dans un ordre plus méthodique et plus instructif en l’enrichissant en même temps

de recherches originales, exactes et profondes[1]. Le cas que je fais des écrits de M. Say ne m’a

cependant pas empêché d’examiner avec la franchise que les intérêts de la science exigent les

passages de sonTraité d’Économie politique qui ne s’accordent pas avec mes opinions.

Avertissement

Je me suis efforcé, dans cette édition, d’expliquer plus nettement que dans les précédentes

mon opinion sur le problème important et difficile de la VALEUR : j’ai donc fait quelques

additions au premier chapitre. J’ai aussi introduit un nouveau chapitre sur la question

des MACHINES, recherchant ainsi l’effet que des perfectionnements mécaniques produisent sur la

situation dés différentes classes de la société. Dans le chapitre consacré aux propriétés

distinctives de la VALEUR et desRICHESSES, j’ai interrogé et examiné les doctrines de M. Say sur ce

sujet, doctrines qu’il a d’ailleurs corrigées dans la quatrième édition de son ouvrage. Dans le

dernier chapitre, je me suis appliqué à faire ressortir plus nettement que jamais ce principe qui

veut qu’un pays soit apte à payer des impôts additionnels eu argent, alors même que

l’ensemble de la valeur pécuniaire de ses marchandises vient à baisser, soit par une diminution

dans la quantité de travail nécessaire pour produire le blé indigène, soit par la possibilité

d’obtenir une portion du blé qu’il consomme à des prix moins élevés au dehors, et cela, au

moyen de l’exportation de ses produits fabriqués. Cette considération a un intérêt immense,

car elle s’allie directement au système de la libre importation des blés étrangers, fait capital,

surtout dans les pays qui plient sous le faix d’une dette nationale énorme. J’ai essayé de

montrer que la faculté d’acquitter des impôts ne dépend ni de la valeur vénale de l’ensemble

des marchandises, ni du revenu net en argent des capitalistes et des propriétaires, mais de la

valeur en argent du revenu de chacun, comparée à la valeur en argent des objets qu’il

consomme habituellement.

26 mars 1821.

Chapitre 1 - De la valeur Adam Smith a remarqué que le mot VALEUR a deux significations différentes, et exprime, tantôt

l’utilité d’un objet quelconque, tantôt la faculté que cet objet transmet à celui qui le possède,

d’acheter d’autres marchandises. Dans un cas la valeur prend le nom de valeur en usage ou

d’utilité : dans l’autre celui de valeur en échange.« Les choses, dit encore Adam Smith, qui ont

le plus de valeur d’utilité n’ont souvent que fort peu ou point de valeur échangeable ; tandis

que celles qui ont le plus de faveur échangeable ont fort peu ou point de valeur d’utilité. » L’eau

et l’air, dont l’utilité est si grande, et qui sont même indispensables à l’existence de l’homme,

ne peuvent cependant, dans les cas ordinaires, être donnés en échange pour d’autres objets.

L’or, au contraire, si peu utile en comparaison de l’air ou de l’eau, peut être échangé contre une

grande quantité de marchandises[1].

Ce n’est donc pas l’utilité qui est la mesure de la valeur échangeable, quoiqu’elle lui soit

absolument essentielle. Si un objet n’était d’aucune utilité, ou, en d’autres termes, si nous ne

pouvions le faire servir à nos jouissances, ou en tirer quelque avantage, il ne posséderait

aucune valeur échangeable, quelle que fût d’ailleurs sa rareté, ou quantité de travail nécessaire

pour l’acquérir.

Les choses, une fois qu’elles sont reconnues utiles par elles-mêmes,tirent leur valeur

échangeable de deux sources, de leur rareté, et de la quantité de travail nécessaire pour les

acquérir.

Il y a des choses dont la valeur ne dépend que de leur rareté. Nul travail ne pouvant en

augmenter la quantité, leur valeur ne peut baisser par suite d’une plus grande abondance. Tels

sont les tableaux précieux, les statues, les livres et les médailles rares, les vins d’une qualité

exquise, qu’on ne peut tirer que de certains terroirs très-peu étendus, et dont il n’y a par

conséquent qu’une quantité très-bornée, enfin, une foule d’autres objets de même nature, dont

la valeur est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été nécessaire à leur

production première. Cette valeur dépend uniquement de la fortune, des goûts et du caprice de

ceux qui ont envie de posséder de tels objets.

Ils ne forment cependant qu’une très-petite partie des marchandises qu’on échange journelle-

ment. Le plus grand nombre des objets que l’on désire posséder étant le fruit de l’industrie, on

peut les multiplier, non-seulement dans un pays, mais dans plusieurs, à un degré auquel il est

presque impossible d’assigner des bornes, toutes les fois qu’on voudra y consacrer l’industrie

nécessaire pour les créer.

Quand donc nous parlons des marchandises, de leur valeur échangeable, et des principes qui

règlent leurs prix relatifs, nous n’avons en vue que celles de ces marchandises dont la quantité

peut s’accroître par l’industrie de l’homme, dont la production est encouragée par la

concurrence, et n’est contrariée par aucune entrave.

Dans l’enfance des sociétés la valeur échangeable des choses, ou la règle qui fixe la quantité

que l’on doit donner d’un objet pour un autre, ne dépend que de la quantité comparative de

travail qui a été employée à la production de chacun d’eux.

« Le prix réel de chaque chose, dit Adam Smith, ce qu’elle coûte réellement à la personne qui a

besoin de l’acquérir, est l’équivalent de la peine et de l’embarras qu’il a fallu pour l’acquérir. Ce

que chaque chose vaut réellement pour celui qui l’a acquise, et qui cherche à en disposer, ou à

l’échanger pour quelque autre objet, c’est la peine et l’embarras que cette chose peut lui

épargner, et qu’elle a le pouvoir de rejeter sur d’autres personnes. Le travail a été le premier

prix, la monnaie primitive avec labelle tout a été payé[2]. » Et dans un autre endroit il ajoute :

«Dans cet état grossier des sociétés naissantes, qui précède l’accumulation des capitaux, et

l’appropriation des terres, le rapport entre la quantité de travail nécessaire pour acquérir

chaque objet parait la seule donnée qui puisse conduire à poser une règle pour l’échange des

uns contre les autres. Par exemple, si dans une nation de chasseurs il en coûte ordinairement

deux fois autant de travail pour tuer un castor que pour tuer un daim, on donnera

naturellement deux daims pour un castor, ou, en d’autres termes, un castor vaudra deux

daims. Il est tout simple que ce qui est d’ordinaire le produit de deux journées ou de deux

heures de travail, vaille le double de ce qui n’exige ordinairement qu’un jour ou une heure de

travail[3]. »

Il importe essentiellement en économie politique de savoir si telle est en réalité la base de la

valeur échangeable de toutes les choses, excepté de celles que l’industrie des hommes ne peut

multiplier à volonté ; car il n’est point de source d’où aient découlé autant d’erreurs, autant

d’opinions diverses, que du sens vague et peu précis qu’on attache au mot valeur.

Si c’est la quantité de travail fixée dans une chose, qui règle sa valeur échangeable, il s’ensuit

que toute augmentation dans la quantité de ce travail doit nécessairement augmenter la valeur

de l’objet auquel il a été employé ; et de même que toute diminution du même travail doit en

diminuer le prix[4].

Adam Smith, après avoir défini avec tant de précision la source primitive de toute valeur

échangeable, aurait dû, pour être conséquent, soutenir que tous les objets acquéraient plus ou

moins de valeur selon que leur production coûtait plus ou moins de travail. Il a pourtant créé

lui-même une autre mesure de la valeur, et il parle de choses qui ont plus ou moins de valeur

selon qu’on peut les échanger contre plus ou moins de cette mesure. Tantôt il dit que c’est la

valeur du blé, et tantôt il assure que c’est celle du travail ; non pas du travail dépensé dans la

production d’une chose, mais de celui que cette chose peut acheter ; - comme si c’étaient là

deux expressions équivalentes, et comme si parce que le travail d’un homme est devenu deux

fois plus productif, et qu’il peut créer une quantité double d’un objet quelconque, il s’ensuivait

qu’il doit obtenir en échange une double rétribution.

Si cela était vrai, si la rétribution du travailleur était toujours proportionnée à sa production, il

serait en effet exact de dire que la quantité de travail fixée dans la production d’une chose, et

la quantité de travail que cet objet peut acheter, sont égales ; et l’une ou l’autre indifféremment

pourrait servir de mesure exacte pour les fluctuations des autres objets. Mais ces deux

quantités ne sont point égales : la première est en effet très-souvent une mesure fixe qui

indique exactement la variation des prix des autres objets ; la seconde, au contraire, éprouve

autant de variations que les marchandises oudenrées avec lesquelles on peut la comparer. C’est

ainsi qu’Adam Smith, après avoir, avec beaucoup de sagacité, démontré combien une mesure

variable, telle que l’or et l’argent, était insuffisante pour servir à déterminer le prix variable des

autres objets, a lui-même adopté une mesure tout aussi variable, en choisissant pour cela le blé

ou le travail[5].

L’or et l’argent sont sans doute sujets à des fluctuations de valeur par la découverte de mines

nouvelles et plus riches, mais ces découvertes sont rares, et leurs effets, quoique importants,

se bornent à des époques d’une durée comparativement courte. Leur valeur peut aussi éprouver

des variations par l’effet des améliorations introduites dans l’exploitation des mines et dans les

machines qui y sont employées, ces améliorations produisant avec le même travail plus de

métal. Enfin l’épuisement graduel des mines qui fournissent les métaux précieux, peut encore

déterminer certaines fluctuations sur les marchés. Mais est-il une seule de ces causes de

fluctuation à laquelle le blé ne soit également sujet ? Sa valeur ne varie-t-elle pas par les

améliorations dans l’agriculture, dans les instruments aratoires, par le perfectionnement des

machines, ainsi que par la découverte de nouveaux terrains fertiles, qui, livrés à la culture dans

d’autres pays, ne peuvent manquer d’influer sur le prix des grains dans tout marché où

l’importation sera libre ? D’ailleurs, le blé n’est-il pas sujet à hausser, par les prohibitions, par

l’accroissement des richesses et de la population, et par la difficulté plus grande d’extraire un

plus fort approvisionnement de blé des mauvais terrains dont la culture exige beaucoup plus de

travail[6] ?

La valeur du travail n’est-elle pas également variable ; et n’est-elle pas modifiée, ainsi que

toutes choses, par le rapport entre l’offre et la demande, rapport qui varie sans cesse avec la

situation du pays ? n’est-elle pas encore affectée par le prix variable des subsistances et des

objets de première nécessité, à l’achat desquels l’ouvrier dépense son salaire ?

Dans un même pays, pour produire une quantité déterminée d’aliments ou d’objets de première

nécessité, il faut peut-être dans un temps le double du travail qui aurait suffi dans une autre

époque éloignée ; et il se peut néanmoins que les salaires des ouvriers ne soient que fort peu

diminués. Si l’ouvrier recevait pour ses gages, à la première époque, une certaine quantité de

nourriture et de denrées, il n’aurait probablement pu subsister si on la lui avait diminuée. Les

substances alimentaires et les objets de première nécessité auraient, dans ce cas, haussé de

cent pour cent, en estimant leur valeur par la quantité de travail nécessaire à leur production,

tandis que cette valeur aurait à peine augmenté si on l’eût mesurée par la quantité de travail

contre laquelle s’échangeraient ces substances.

On peut faire la même remarque à l’égard de deux ou de plusieurs pays. L’on sait qu’en

Amérique et en Pologne, sur les dernières terres mises en culture, le travail d’une année donne

plus de blé qu’en Angleterre. Or, en supposant que toutes les autres denrées soient dans les

trois pays à aussi bon marché, ne serait-ce pas une grande erreur de conclure que la quantité

de blé payée à l’ouvrier doit être dans chaque pays proportionnée à la facilité de la production.

Si la chaussure et les vêtements de l’ouvrier pouvaient être fabriqués par des procédés

nouveaux et perfectionnés, et exiger seulement le quart du travail que leur fabrication demande

actuellement, ils devraient baisser probablement de soixante-quinze pour cent ; mais loin de

pouvoir dire que par là l’ouvrier au. lieu d’un habit et d’une paire de souliers, en aura quatre, il

est au contraire certain que son salaire, réglé par les effets de la concurrence et par

l’accroissement de la population, se proportionnerait à la nouvelle valeur des denrées à acheter.

Si de semblables perfectionnements s’étendaient à tous lesobjets de consommation de

l’ouvrier, son aisance se trouverait probablement augmentée, quoique la valeur échangeable de

ces objets, comparée à celle des objets dont la fabrication n’aurait éprouvé aucun

perfectionnement remarquable , se trouvât considérablement réduite, et qu’on les obtint par

une quantité bien moindre de travail.

Il n’est donc pas exact de dire avec Adam Smith ; « que puisque le même travail peut quel-

quefois acheter une plus grande, et quelquefois une plus petite quantité de marchandises, c’est

la valeur des marchandises qui change, et non celle du travail. » Et par conséquent, « que la

valeur du travail étant la seule qui soit invariable, elle seule peut servir de mesure fondamentale

et exacte au moyen de laquelle on puisse en tout temps et en tout lieu estimer et comparer la

valeur de toutes les denrées ou marchandises. » Il est cependant exact de dire, ainsi que Smith

l’avait avancé auparavant, « que les quantités proportionnelles de travail nécessaires pour

obtenir chaque objet, paraissant offrir la seule donnée qui puisse conduire à poser une règle

pour l’échange des uns contre les autres » ; ou, en d’autres mots, que c’est la quantité

comparative de denrées que le travail peut produire, qui détermine leur valeur relative présente

ou passé, d non les quantités comparatives de denrées qu’on donne à l’ouvrier en échange, ou

en paiement de son travail.

Deux marchandises varient, je suppose, dans leur valeur relative, et nous désirons savoir celle

qui a subi cette variation, cette transformation. En comparant l’une d’elles avec des souliers,

des bas, des chapeaux, du fer, du sucre et toutes les autres marchandises, on trouve que sa

valeur échangeable est restée la même ; en comparant l’autre avec les mêmes objets nous

trouvons, au contraire, que sa valeur échangeable a varié ; cela seul nous autorise suffisamment

à dire que la variation porte sur cette marchandise déterminée et non sur tous les autres objets

avec lesquels on l’a comparée. Si, en pénétrant plus avant dans toutes les circonstances

relatives à la production de ces différents objets, nous reconnaissons qu’il faut la même

quantité de travail et de capital pour produire des souliers, des bas, des chapeaux, du fer, du

sucre, etc. ; mais que la production de telle marchandise désignée est devenue moins coûteuse

et moins lente, la probabilité se change en certitude. On peut dire alors hardiment que a

variation de valeur retombe uniquement sur cette marchandise, et on découvre ainsi la cause de

cette variation.

Si je trouve qu’une once d’or s’échange pour une quantité moindre de marchandise, et que,

cependant, la découverte de mines nouvelles et plus fertiles ou l’emploi de machines plus

parfaites permet d’obtenir une quantité déterminée d’or avec moins de travail, je suis autorisé à

dire que les causes des variations de la valeur de l’or, relativement à celle des autres mar-

chandises, sont, à la fois, une économie de main d’œuvre et un travail plus facile, plus rapide.

De même, si le travail venait à baisser considérablement de valeur relativement aux autres

objets, si l’on reconnaissait que cette baisse vient d’une abondance extrême de blé, de sucre,

de bas, abondance résultant de moyens de production plus actifs, il serait exact de dire que le

blé et les autres objets nécessaires à l’existence ont perdu de leur valeur par suite d’une dimi-

nution dans la quantité de travail consacré à les produire, et que ce que l’ouvrier gagne en se

procurant plus facilement les moyens d’existence, il le perd par la baisse que subit bientôt le

prix de son travail. Non, non, s’écrient aussitôt Adam Smith et M. Malthus : vous aviez sans

doute raison de dire, en parlant de l’or, que ses fluctuations se traduisent en réalité par un

abaissement de valeur, parce que ni le blé ni le travail n’avaient encore varié ; et de plus, com-

met l’or achèterait une moins grande quantité de denrées, on pouvait en conclure hardiment

que toutes les denrées étaient restées invariables, et que l’or seul avait changé. Mais, lorsque le

blé et le travail, - les deux choses que nous avons adoptées comme mesure des valeurs, malgré

toutes les variations auxquelles nous les reconnaissons assujetties, - lorsque, dis-je, le blé et le

travail baissent, on aurait tort d’en tirer les mêmes conclusions : pour être dans le vrai, il

faudrait dire alors que le travail et le blé sont restés stationnaires en face du renchérissement

des autres choses.

Or, c’est précisément contre ce langage que je proteste. Je crois que la cause des variations

survenues entre le blé et les autres objets, se trouve, comme pour l’or, dans une économie de

main d’œuvre : aussi suis-je logiquement entraîné à considérer ces variations comme le résultat

d’une baisse dans la valeur du travail et du blé, et non comme un renchérissement des choses

contre lesquelles on les échange. Supposons que je loue pour une semaine le travail d’un

ouvrier, et qu’au lieu de dix schillings je lui en donne seulement huit ; si, d’ailleurs, il n’est

survenu aucune variation dans la valeur de l’argent, il se pourra que cet ouvrier obtienne avec

son salaire réduit plus d’aliments et de vêtements qu’auparavant : mais ceci, il faut l’attribuer à

un abaissement dans la valeur des objets de consommation de l’ouvrier, et non, comme l’ont

avancé Adam Smith et M. Malthus, à une hausse réelle dans la valeur de son salaire. Et

pourtant, c’est pour avoir caractérisé ce fait, en disant qu’il constitue, au fond, une baisse dans

la valeur du travail, qu’on m’accuse d’avoir adopté un langage nouveau, inusité, et qu’on ne

saurait concilier avec les véritables principes de la science. Quant à moi, je crois que les termes

inusités sont précisément ceux dont se servent mes adversaires.

Admettons qu’un ouvrier reçoive par semaine un boisseau de blé à une époque où le prix du

blé est de 80 sch. par quarter (2 h. 90 l), et que le prix descendant à 40 sch., on lui en donne

un boisseau et un quart. Admettons encore qu’il consomme chaque semaine, dans sa famille,

un demi-boisseau de blé, et qu’il échange le surplus contre d’autres objets, tels que le

combustible, le savon, la chandelle, le thé, le sucre, le sel, etc., etc. ; si les trois quarts de

boisseau qui lui resteront dans ce cas ne peuvent lui procurer autant de jouissances et de bien-

être que le demi-boisseau dont il disposait autrement, dira-t-on encore que son travail a

haussé de valeur ? Adam Smith insiste sur cette hausse, parce que son criterium est le blé, et

que l’ouvrier reçoit plus de blé par semaine : mais Adam Smith eût dû y voir, au contraire, une

baisse, « parce que la valeur d’une chose dépend de la faculté que transmet cette chose

d’acheter les autres marchandises, » et que, dans l’hypothèse supposée, le travail a perdu de

cette faculté.

Section II.

La rémunération accordée à l’ouvrier varie suivant la nature du travail ; mais ce n’est pas là une

des causes qui font varier la valeur relative des différentes marchandises.

Cependant, quoique je considère le travail comme la source de toute valeur, et sa quantité

relative comme la mesure qui règle presque exclusivement la valeur relative des marchandises,

il ne faut pas croire que je n’aie pas fait attention aux différentes espèces de travail et à la

difficulté de comparer celui d’une heure ou d’un jour consacré à un certain genre d’industrie,

avec un travail de la même durée consacré à une autre production. La valeur de chaque espèce

de travail est bientôt fixée, et elle l’est avec assez de précision pour satisfaire aux nécessités de

la pratique : elle dépend beaucoup de la dextérité comparative de l’ouvrier, et de l’activité avec

laquelle il a travaillé. L’échelle comparative une fois établie, elle n’est sujette qu’à peu de

variations. Si la journée d’un ouvrier en bijouterie vaut plus que celle d’un ouvrier ordinaire,

cette proportion reconnue et déterminée depuis longtemps conserve sa place dans l’échelle des

valeurs[7].

En comparant donc la valeur d’un même objet à des époques différentes, on peut se dispenser

d’avoir égard à l’habileté et à l’activité comparatives de l’ouvrier, car elles influent également

aux deux époques. Des travaux de la même nature exécutés dans différents temps se

comparent entre eux ; et si un dixième, un cinquième ou un quart a été ajouté ou ôté à leur

prix, il en résultera un effet proportionné dans la valeur relative de l’objet. Si une pièce de drap

valant actuellement deux pièces de toile, venait à valoir dans dix ans quatre pièces de toile,

nous serions fondés à conclure en toute sécurité qu’il faut plus de travail pour fabriquer le

drap, ou qu’il en faut moins pour faire de la toile, ou même que ces deux causes ont agi en

même temps.

Les recherches sur lesquelles je voudrais porter l’attention du lecteur, ayant pour objet l’effet

produit par les variations survenues dans la valeur relative des marchandises, et non dans leur

valeur absolue, il est peu important de comparer les prix qu’on accorde aux différentes espèces

de travail. Nous pouvons présumer que le rapport entre les différents prix reste à peu près le

même d’une génération à l’autre, ou au moins que les variations qu’ils éprouvent d’une année à

l’autre sont peu sensibles, quelque inégalité qui ait pu s’y trouver dans l’origine, et quels que

soient la capacité, l’adresse ou le temps nécessaires pour acquérir la dextérité manuelle dans

les différentes branches de l’industrie. Ces légères variations ne sauraient donc avoir, à des

époques rapprochées, aucun effet notable sur la valeur relative des choses.

« Le rapport entre les taux différents des salaires et des profits dans les différents emplois du

travail et des capitaux, ne parait pas être modifié d’une manière sensible, ainsi que nous

l’avons déjà remarqué, par la richesse ou la misère, ni par les progrès ou la décadence des

sociétés. De telles révolutions dans l’État doivent, en effet, influer sur le taux général des

salaires et des profits, mais elles finissent par modifier également les uns et les autres dans

tous leurs différents emplois. Leurs rapports mutuels doivent donc rester les mêmes, et

peuvent à peine subir une grande variation tant soit peu durable[8], par la suite de semblables

révolutions. »

Section III.

La valeur des marchandises se trouve modifiée, non-seulement par le travail immédiatement

appliqué à leur production, mais encore par le travail consacré aux outils, aux machines, aux

bâtiments qui servent à les créer.

Même dans cet état primitif des sociétés dont il est question dans Adam Smith, le chasseur

sauvage a besoin d’un capital quelconque, créé peut-être par lui-même et qui lui permette de

tuer le gibier. S’il n’avait aucune espèce d’arme offensive, comment tuerait-il un castor ou un

daim ? La valeur de ces animaux se composerait donc d’abord du temps et du travail employés

à leur destruction, et ensuite du temps et du travail nécessaires au chasseur pour acquérir son

capital, c’est-à-dire l’arme dont il s’est servi.

Supposons que l’arme propre à tuer le castor exige, pour sa fabrication, beaucoup plus de

travail que celle qui suffit pour tuer le daim, en raison de la difficulté plus grande d’approcher

du premier de ces animaux, et de la nécessité d’être par conséquent muni d’une arme propre à

porter un coup assuré. Dans ce cas, il est probable qu’un castor vaudra plus que deux daims,

précisément parce que, tout considéré, il faudra plus de travail pour tuer le premier.

Tous les instruments nécessaires pour tuer les castors et les daims pourraient aussi

n’appartenir qu’à une seule classe d’hommes, une autre classe se chargeant du travail de la

chasse ; mais leur prix comparatif serait toujours proportionné au travail employé, soit pour se

procurer le capital, soit pour tuer ces animaux. Que les capitaux fussent abondants ou rares par

rapport au travail ; qu’il y eût abondance ou disette des aliments et autres objets de première

nécessité, les personnes qui auraient consacré une valeur égale de capital à un de ces deux

emplois, pourraient retirer une moitié, un quart, ou un huitième du produit, le reste servant de

salaire à ceux qui auraient fourni leur travail. Mais cette division d’intérêts ne saurait affecter la

valeur réelle des produits ; en effet, soit que les profits du capital s’élèvent à cinquante, à vingt,

ou à dix pour cent, soit que les salaires des ouvriers s’élèvent ou s’abaissent, l’effet en sera le

même dans les deux emplois différents.

Qu’on suppose les occupations de la société plus étendues, en sorte que les uns fournissent les

canots, les filets et les appareils nécessaires à la pèche ; et les autres, les semences et les

instruments grossiers dont on se sert en commençant une culture : il sera toujours vrai de dire

cependant que la valeur échangeable des objets produits est proportionnée au travail employé à

leur production, et je ne dis pas seulement à leur production immédiate, mais encore à la

fabrication des instruments et machines nécessaires à l’industrie qui les produit.

Si nous envisageons un état de société encore plus avancé, où les arts et le commerce

fleurissent, nous verrons que c’est toujours le même principe qui détermine les variations dans

la valeur des marchandises. En estimant, par exemple, la valeur échangeable des bas de coton ,

nous verrons qu’elle dépend de la totalité du travail nécessaire pour les fabriquer et les porter

au marché. Il y a d’abord le travail nécessaire à la culture de la terre où l’on a récolté le coton

brut ; puis celui qui a servi à le transporter dans le pays où l’on doit fabriquer les bas, - ce qui

comprend une partie du travail employé à la construction du navire qui doit porter le coton, et

qui est payé dans le fret des marchandises. Puis, vient le travail du fileur et du tisserand, et une

partie de celui de l’ingénieur, du serrurier, du charpentier, qui a construit les bâtiments et les

machines ; enfin les services du détaillant et de plusieurs autres personnes qu’il serait inutile

d’énumérer. La somme totale de toutes ces sortes de travaux détermine la quantité des divers

objets qui doit être échangée contre ces bas ; et une pareille estimation de tout le travail

employé à la production de ces objets eux-mêmes, réglera également la quantité qui doit en

être donnée pour les bas[9].

Pour nous convaincre que c’est là le fondement réel de toute valeur échangeable, supposons

qu’il ait été fait un perfectionnement qui abrége le travail dans une des différentes opérations

que le coton brut doit subir, avant que des bas de coton puissent être apportés au marché pour

être échangés contre d’autres objets ; et observons quels en seraient les effets. S’il fallait

effectivement moins de bras pour cultiver le coton et pour le récolter ; si l’on employait moins

de matelots pour manœuvrer, ou moins de charpentiers pour construire le navire qui doit nous

le porter ; si moins de personnes étaient employées à construire les bâtiments et les machines ;

ou si après leur construction on en augmentait la puissance, les bas baisseraient infailliblement

de prix, et par conséquent on ne pourrait plus les échanger que pour une moindre quantité

d’autres objets. Ils baisseraient de prix, parce qu’une moindre portion de travail suffirait pour

les produire, et ils ne pourraient plus être donnés en échange que pour une quantité moindre

d’articles dans la fabrication desquels il ne se serait point opéré une pareille économie de

main-d’œuvre.

Une économie dans le travail ne manque jamais de faire baisser la valeur relative d’une

marchandise, - que cette économie porte sur le travail nécessaire a la fabrication de l’objet

même, ou bien sur le travail nécessaire à la formation du capital employé dans cette pro-

duction. Qu’il y ait moins de blanchisseurs, de fileurs et de tisserands directement employés à

la fabrication des bas, ou moins de matelots, de charretiers, d’ingénieurs, de forgerons occupés

indirectement à la même production : dans l’un et l’autre cas, le prix devra baisser. Dans le

premier, toute l’économie de travail porterait entièrement sur les bas auxquels cette portion de

travail était uniquement consacrée ; dans le second, une partie seulement de cette épargne

porterait sur les bas, - l’autre retombant sur tous les autres objets à la production desquels

contribuaient les bâtiments, les machines et les moyens de transport.

Supposons que dans un état de société peu avancé les arcs et les flèches du chasseur aient une

valeur et une durée pareilles à celles du canot et des instruments du pêcheur, - les uns et les

autres étant, d’ailleurs, le produit de la même quantité de travail. Dans un tel état de choses, la

valeur du gibier, produit de la journée de travail du chasseur, sera exactement la même que

celle du poisson pris par le pêcheur dans sa journée. Le rapport entre la valeur du poisson et

celle du gibier se trouvera entièrement déterminé par la quantité de travail dépensé pour se

procurer l’un et l’autre, quelle que soit la quantité de chacun des produits, et indépendamment

du taux plus ou moins élevé des salaires ou des profits en général. Si, par exemple le pêcheur

avait un canot et des instruments de pêche pouvant durer dix ans, et ayant une valeur de 100

liv. st. ; s’il employait dix hommes dont le salaire serait de 100 liv. st. et dont le travail

donnerait chaque jour vingt saumons ; si, d‘un autre côté, le chasseur, possédant des armes

d’une égale valeur et d‘une égale durée, employait aussi dix hommes dont le salaire serait de

100 liv. st. et dont le travail lui procurerait dix daims par jour, le prix naturel d’un daim devrait

être de deux saumons, - que la portion du produit total accordée aux travailleurs qui l’ont pris

fût, d’ailleurs, grande ou petite. La proportion de ce qui a pu être payé comme salaire est de la

plus haute importance pour la question des profits ; car il est évident qu’ils doivent être forts

ou faibles selon que les salaires sont élevés ou à bas prix ; mais cela ne peut nullement affecter

la valeur relative du poisson et du gibier, le prix des journées devant être au même taux dans

les deux genres d’industrie. Dans le cas où le chasseur voudrait exiger que le pêcheur lui

donnât plus de poisson pour chaque pièce de gibier, en alléguant qu’il a dépensé une plus

grande partie de sa chasse, ou de ce que vaut sa chasse, pour payer les journées de ses

chasseurs, le pêcheur lui répondrait qu’il se trouve précisément dans le même cas. Par

conséquent tant qu’une journée de travail continuera à donner à l’un la même quantité de

poisson, à l’autre la même quantité de gibier, le taux naturel de l’échange sera de un daim pour

deux saumons, quelles que soient d‘ailleurs les variations de salaires et de profits et

l’accumulation du capital.

Si avec le même travail on obtenait moins de poisson ou plus de gibier, la valeur du premier

hausserait par rapport à celle du second. Si, au contraire, on prenait avec le même travail moins

de gibier ou plus de poisson, le gibier renchérirait par rapport au poisson.

S’il existait quelque autre objet d‘échange dont la valeur fût invariable, et que l’on pût se

procurer dans tous les temps et dans toutes les circonstances avec la même quantité de travail,

nous pourrions, en comparant à cette valeur celle du poisson et du gibier, déterminer avec

précision quelle portion de cette inégalité doit être attribuée à la cause qui change la valeur du

poisson , et quelle portion à la cause qui change la valeur du gibier.

Supposons que l’argent soit cette mesure invariable. Si un saumon vaut une livre sterling, et un

daim deux livres, un daim vaudra deux saumons ; mais un daim pourra acquérir la valeur de

trois saumons, 1° dans le cas où il faudrait plus de travail pour se rendre maître des daims ; 2°

dans le cas où il faudrait moins de travail pour pêcher. du saumon ; 3° dans le cas où ces deux

causes agiraient simultanément. Si une pareille mesure, invariable, fidèle, existait, on pourrait

aisément évaluer l’effet de chacune de ces causes. Si le saumon continuait à se vendre au prix

d’une. livre sterling, tandis que le daim en vaudrait trois, nous pourrions conclure qu’il faut

plus de travail pour se procurer des daims. Si les daims restaient au prix de 2 liv. st. pendant

que le saumon aurait baissé à 13 s. 4 d., il faudrait certainement en conclure que moins de

travail est nécessaire pour avoir du saumon ; et si le prix des daims haussait à 2 liv. 10 s., le

saumon baissant 16 s. 8 d., nous devrions en conclure que les deux causes ont opéré

conjointement pour produire ce changement dans la valeur relative de ces deux objets.

Il n’est pas de variations dans les salaires de l’ouvrier qui .puissent influer sur la valeur relative

des marchandises, car, en supposant même qu’ils s’élèvent, il ne s’ensuit pas que ces objets

doivent exiger plus de travail. Seulement, ce travail se paiera plus cher, et les mêmes motifs qui

ont engagé le chasseur et le pêcheur à hausser le prix du gibier et du poisson, détermineront le

propriétaire d’une mine à élever la valeur de son or. Ces motifs agissant avec la même force sur

tous les trois, et la situation relative des trois personnes étant 1a même avant et après

l’augmentation des salaires, la valeur relative du gibier, du poisson et de l’or n’auront éprouvé

aucun changement. Les salaires pourraient monter de 20 pour cent, les profits diminuant par

conséquent dans une proportion plus ou moins grande, sans causer le moindre changement

dans la valeur relative de ces marchandises.

Supposons maintenant qu’avec le même travail et le même capital on pût avoir plus de poisson,

mais non pas plus d’or ou de gibier ; dans ce cas, la valeur relative du poisson tomberait par

rapport à celle de l’or ou du gibier. Si, au lieu de vingt saumons le travail d’un jour en

rapportait vingt-cinq, le prix d’un saumon serait de 16 shellings au lieu de 1 livre sterling, et

deux saumons et demi, au lieu de deux, seraient donnés en échange contre un daim ; mais le

prix des daims se maintiendrait toujours à 2 liv. comme auparavant. Pareillement, si avec le

même capital et le même travail on n’obtenait plus autant de poisson, sa valeur comparative

hausserait. alors, et le poisson augmenterait ou diminuerait de valeur échangeable, en raison

seulement du plus ou moins de travail nécessaire pour en avoir une quantité déterminée ; mais

jamais cette hausse ou cette baisse ne pourrait dépasser le rapport de l’augmentation ou de la

diminution du travail nécessaire.

Si nous possédions une mesure fixe, au moyen de laquelle on pût estimer les variations dans

les prix des marchandises, nous verrions que la dernière limite de la hausse est en raison de la

quantité additionnelle de travail nécessaire à leur production ; et que cette hausse ne peut

provenir que d’une production qui exige plus de travail. Une hausse dans les salaires

n’augmenterait point le prix des marchandises en argent, ni même leur prix relativement à ces

marchandises, dont la production n’exigerait pas une augmentation de travail, ou de capital

fixe et circulant. Si la production d’un de ces ces objets exigeait plus ou moins de travail, nous

avons déjà montré que cela causerait à l’instant un changement dans sa valeur relative ; mais ce

changement serait dû à la variation survenue dans la quantité de travail nécessaire, et non à la

hausse des salaires.

Section IV.

L’emploi des machines et des capitaux fixes modifie considérablement le principe qui veut que

la quantité de travail consacrée à la production des marchandises détermine leur valeur relative.

Dans la précédente section, nous avons admis que les instruments et les armes nécessaires

pour tuer le daim et le saumon avaient une durée égale, et étaient le résultat de la même

quantité de travail. Nous avons reconnu en même temps que les variations dans la valeur

relative du daim et du saumon dépendaient uniquement des différentes quantités de travail

consacrées a les obtenir ; mais à tous les âges de la société les instruments, les outils, les

bâtiments, les machines employés dans différentes industries peuvent varier quant à leur durée

et aux différentes portions de travail consacrées à les produire. De même les proportions dans

lesquelles peuvent être mélangés les capitaux qui paient le travail, et ceux engagés sous forme

d‘outils, de machines, de bâtiments, varient à l’infini. Cette différence dans le degré de

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