Notes sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 2° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 2° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur les principes de l’économie politique et de l’impôt - 2° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: le principe qui veut que la valeur ne varie pas avec la hausse ou la baisse des salai...
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persistance des capitaux fixes, et cette variété dans les proportions, où ils peuvent être

combinés avec les capitaux engagés, font apparaître ici une nouvelle cause propre à déterminer

les variations survenues dans la valeur relative des marchandises. Cette cause, qui se joint a la

somme de travail consacrée à la production des marchandises, est l’abaissement ou l’élévation

de la valeur du travail.

La nourriture et les vêtements qui servent à l’ouvrier, les bâtiments dans lesquels il travaille, les

outils qui facilitent son travail sont tous d’une nature périssable. Et cependant il existe des

différences énormes dans le degré de permanence de ces divers capitaux. Une machine à

vapeur durera plus longtemps qu’un vaisseau, un vaisseau plus que les vêtements d’un ouvrier,

ces vêtements eux-mêmes auront une durée considérable, relativement à celle de la nourriture

qu’il consomme.

Suivant que le capital disparaît rapidement et exige un renouvellement perpétuel, ou qu’il se

consomme lentement, on le divise en deux catégories qui sont : le capital fixe et le capital

circulant[10]. Un brasseur dont les bâtiments et les machines ont une valeur et une durée nota-

bles, est considéré comme employant une grande quantité de capital fixe. Au contraire, un

cordonnier dont le capital se dissipe principalement en salaires qui servent à procurer à

l’ouvrier sa nourriture, son logement et d’autres marchandises moins durables que les bâti-

ments et les machines, ce cordonnier est considéré comme employant une grande partie de ses

capitaux sous forme de capital circulant.

Il faut encore observer que le capital non engagé peut rester plus ou moins longtemps dans la

circulation, avant de rentrer aux mains du chef d’industrie. Ainsi, le blé que le fermier achète

pour semer ses champs est un capital fixe, comparativement au blé qu’achète le boulanger

pour faire son pain. Le premier le dépose dans la terre, et ne l’en retire qu’au bout d’un an ; le

second peut le faire moudre, le vendre aux consommateurs sous forme de pain, retrouver tout

entier son capital au bout d’une semaine, et le consacrer à d’autres productions.

Il peut donc arriver que deux industries emploient la même somme de capital ; mais ce capital

peut aussi se diviser d’une manière très-différente sous le rapport de la portion engagée et de

la portion qui circule. Dans une de ces industries, on peut n’employer qu’une faible fraction de

capital sous forme de salaire, c’est-à-dire comme fonds circulant : le reste peut avoir été

converti en machines, instruments, bâtiments, toutes choses qui constituent un capital

comparativement fixe et durable. Dans une autre industrie, au contraire, la plus grande partie

du capital sera peut-être consacrée a défrayer le travail, le reste servant à l’achat des

bâtiments, des instruments et des machines. Il est évident, dès lors, qu’une hausse dans les

salaires influera d’une manière bien différente sur les marchandises, selon qu’elles auront été

produites sous telles et telles conditions.

Il y a plus. Deux manufacturiers peuvent employer la même somme de capital fixe et de capital

circulant, et cependant avoir un capital fixe d’une durée très-inégale. L’un peut avoir des

machines à vapeur coûtant 10,000 liv. st. l’autre des vaisseaux de la même valeur. Si les

hommes, privés de machines, produisaient par le seul effort de leur travail, et consacraient à la

création des marchandises qu’ils jettent sur le marché, le même temps, les mêmes efforts, la

valeur échangeable de ces marchandises serait précisément en proportion de la quantité de

travail employée.

De même, s’ils employaient un capital fixe de même valeur et de même durée, le prix des

marchandises produites serait le même, et varierait seulement en raison de la somme de travail

plus ou moins grande consacrée à leur production.

Tout ceci est parfaitement démontré pour les marchandises produites dans des circonstances

semblables. Celles-ci ne varieront, relativement les unes aux autres, que dans le rapport de

l’accroissement ou de la diminution du travail nécessaire pour les produire. Mais, si on les

compare avec d‘autres marchandises qui n’auraient pas été créées avec la même somme de

capital fixe, on voit qu’elles subissent l'influence de l’autre cause que j’ai énoncée, et qui est

une hausse dans la valeur du travail : et cela, alors même que l’on aurait consacré à leur

production la même somme d’efforts. L’orge et l’avoine continueront, quelles que soient les

variations survenues dans les salaires, à conserver entre elles les mêmes rapports. Il en sera de

même pour les étoffes de coton et de laine, si elles ont été produites dans des circonstances

identiques ; mais une hausse ou une hausse des salaires survenant, l’orge pourra valoir plus ou

moins, relativement aux étoffes de coton, et l’avoine, relativement aux draps.

Supposons que deux individus emploient chacun annuellement cent hommes à construire deux

machines, et qu’un troisième individu emploie le même nombre d’ouvriers à cultiver du blé :

chacune des deux machines vaudra, au bout de l‘année, autant que le blé récolté, parce que

chacune aura été produite par la même quantité de travail. Supposons maintenant que le

propriétaire d’une des machines l’emploie, avec le secours de cent ouvriers, à fabriquer du

drap, et que le propriétaire de l’autre machine l’applique, avec le même nombre de bras, à la

production de cotonnades ; le fermier continuant de son côté à faire cultiver du blé à ses cent

ouvriers. À la seconde année il se trouvera qu'ils auront. tous utilisé la même somme de travail :

mais les marchandises et les machines du fabricant de cotons et du fabricant de draps seront le

résultat du travail de deux cents hommes pendant un an ou de cent hommes pendant deux ans.

Le blé, au contraire, n’aura exigé que les efforts de cent ouvriers pendant un an ; de sorte que,

si le blé a une valeur de 500 liv. st., les machines et les produits créés par les deux

manufacturiers devront avoir une valeur double. Cette valeur sera même de plus du double, car

le fabricant de cotonnades et le fabricant. de draps auront tous deux ajouté à leur capital les

profits de la première année, tandis que le fermier aura consommé les siens. Il arrivera donc,

qu’à raison de la durée plus ou moins grande des capitaux, ou, ce qui revient au même, en

raison du temps qui doit s’écouler avant que les différentes espèces de marchandises puissent

être amenées sur le marché, leur valeur ne sera pas exactement proportionnelle à la quantité de

travail qui aura servi à les produire. Cette valeur dépassera un peu le rapport de deux à un, afin

de compenser ainsi le surcroît de temps qui doit s'écouler avant que le produit le plus cher

puisse être mis en vente.

Supposons que le travail de chaque ouvrier coûte annuellement 50 liv. st., ou que le capital

engagé soit de 500 liv. st., et les profits de 10 pour cent, la valeur de chacune des machines,

ainsi que celle du blé, sera au bout de l’année de 5,500 liv. st. La seconde année, les

manufacturiers et le fabricant emploieront encore 500 liv. st. chacun en salaires, et vendront

par conséquent encore leurs marchandises au prix de 5,500 liv. st. Mais, pour être de pair avec

le fermier, les fabricants ne devaient pas seulement obtenir 5,500 liv. st. en retour des 5,000

liv. st. employées à rémunérer du travail : il leur faudra recueillir de plus une somme de 550 liv.

st., à titre d’intérêts, sur les 5,500 liv. st. qu’ils ont dépensées en machines, et leurs

marchandises devront donc leur rapporter 6,050 liv. st. On voit donc ainsi que des capitalistes

peuvent consacrer annuellement la même quantité de travail à produire des marchandises, sans

que ces mêmes marchandises aient la même valeur, et cela, en raison des différentes quantités

de capitaux fixes et de travail, accumulés dans chacune d’elles. Le drap et les cotonnades out la

même valeur, parce qu’ils résultent d’une même somme de travail et de capital engagé. Le blé

diffère de valeur, parce qu’il a été produit dans des conditions autres.

Mais, dira-t-on, comment une hausse dans les salaires pourra-t-elle influer sur leur valeur

relative ? Il est évident que le rapport entre le drap et les cotonnades ne variera pas, car, dans

l’hypothèse admise, ce qui atteint l'un atteint également l’autre. De même, la valeur relative du

blé et de l’or ne changera pas, parce que ces deux denrées sont produites dans des conditions

identiques, sous le double rapport du capital fixe et du capital circulant : mais le rapport qui

existe entre le blé et le drap ou les cotonnades devra nécessairement se modifier sous

l’influence d'une hausse dans le prix du travail.

Toute augmentation de salaire entraîne nécessairement une baisse dans les profits. Ainsi, si le

blé doit être réparti entre le fermier et l'ouvrier, plus grande sera la portion de celui-ci, plus

petite sera celle du premier. De même, si le drap ou les étoffes de coton se divisent entre

l'ouvrier et le capitaliste, la part du dernier ne s'accroîtra qu’aux dépens de celle du premier.

Supposons, dès lors, que, grâce à une augmentation de salaires, les profits tombent de 10 à 9

pour cent ; au lieu d’ajouter au prix moyen de leurs marchandises, et, pour les profits de leur

capital fixe, une somme de 556 liv. st., les manufacturiers y ajouteront 495 liv. st. seulement,

ce qui portera le prix de vente à 5,995 liv. st., au lieu de 6,050 liv. st. Mais comme le prix du

blé resterait à 5,500 liv. st., les produits manufacturés, où il entre une plus grande somme de

capitaux fixes, baisseraient relativement au blé ou à toute autre denrée. L'importance des

variations qui surviennent dans la valeur relative des marchandises par suite d’une augmen-

tation de salaires, dépendrait alors de la proportion qui existerait entre le capital fixe et la

totalité des frais de production. Toutes les marchandises produites au moyen de machines

perfectionnées, dans des bâtiments coûteux et habilement construits, toutes celles, en d’autres

termes, qui exigent beaucoup de temps et d‘efforts avant de pouvoir être livrées sur le marché,

perdraient de leur valeur relative, tandis que celles qui, produites uniquement, ou

principalement, avec du travail, peuvent être rapidement jetées dans la circulation, augmen-

teraient de valeur.

Le lecteur remarquera cependant que cette cause n'a qu'une faible influence sur les mar-

chandises. Une augmentation de salaires qui entraînerait une baisse de 1 pour cent dans les

profits, ne déterminerait, dans la valeur relative des produits, qu'une variation de 1 pour cent :

cette valeur descendrait donc de 6,050 liv. st. à 5,995 liv. st. L’effet le plus sensible qui pût être

produit par un accroissement de salaires sur le prix des marchandises, ne dépasserait pas 6 ou

7 pour cent, car on ne saurait admettre que les profits, dans quelque circonstance que ce soit,

pussent subir d’une manière générale et permanente une dépression plus forte.

Il n’en est pas de même de cette autre cause modificative de la valeur, que nous avons

reconnue être l'augmentation ou la diminution de la quantité de travail nécessaire pour créer

des marchandises. S’il fallait pour produire du blé quatre-vingts hommes au lieu de cent, la

valeur du blé descendrait de 5,500 liv. st. à 4,400 liv. st., c’est-à-dire de 20 pour cent : dans la

même hypothèse, le prix du drap s’abaisserait de 6,050 liv. st. à 4,950 liv. st. De plus, toute

altération profonde et permanente dans le taux des profits, dépend d’une série de causes qui

n’agissent qu’à la longue, tandis que les variations qui surviennent dans la quantité de travail

nécessaire pour créer des marchandises, sont des phénomènes de chaque jour. Chaque progrès

dans les machines, les outils, les bâtiments, la production des matières premières épargne du

travail, permet de créer une marchandise avec plus de facilité, et tend, par conséquent, à en

réduire la valeur. En énumérant donc ici toutes les causes qui font varier la valeur des

marchandises, on aurait tort, sans doute, de négliger l’influence réservée au mouvement des

salaires ; mais on aurait tort aussi d’y attacher une trop grande importance. C’est pourquoi,

tout en tenant compte de cette influence dans le cours de cet ouvrage, je considérerai

cependant les grandes oscillations qu’éprouve la valeur relative des marchandises, comme

résultant de la quantité de travail plus ou moins grande nécessaire à leur production.

Je crois à peine utile d’ajouter que les marchandises dont la production à coûté la même

somme d’efforts, différeront néanmoins de valeur échangeable si on ne peut les amener sur le

marché dans le même espace de temps.

Supposons que pendant un an je consacre 1,000 liv. st. à rétribuer le travail de vingt hommes

occupés à créer une marchandise. Supposons encore que l’année suivante j’emploie vingt

hommes à terminer, perfectionner le même produit pour des salaires égaux. Si les profits sont

de 10 pour cent, ma marchandise livrée sur le marché au bout de ces deux années devra se

vendre 2,310 liv. st. ; car j’y ai consacré la première année un capital de 1,000 liv. st., et la

seconde année un capital de 2,100 liv. st. Un autre individu emploie la même quantité de

travail, mais dans une seule année : il paie 2,000 liv. st. de salaires à quarante ouvriers. À la fin

de l’année, le prix de la marchandise, y compris 10 pour cent de profits, ne dépassera pas

2,200 liv. st. Voilà donc deux marchandises produites par une quantité égale de travail et dont

l’une se vend 2,310 liv. st., l‘autre 2,200 liv. st.

Ce dernier cas semble différer du précédent, mais au fond il est parfaitement le même. Ainsi on

y reconnaît, comme toujours, que l’accroissement de valeur d'une marchandise naît du temps

plus ou moins considérable que nécessitent sa production et son transport sur le marché. Dans

notre première hypothèse, les machines et le drap ont valu plus de deux fois ce que vaut le blé,

quoiqu’ils eussent seulement exigé le double de travail ; dans le second cas, la somme de

travail reste la même, et cependant. il y a accroissement de valeur. Cette différence dans la

valeur des marchandises naît de ce que, dans les deux cas, les profits se sont joints au capital

et réclament, conséquemment, une compensation équitable.

De tout ceci, il résulte que les différentes proportions de capital fixe et de capital circulant

employés dans les diverses branches de l’industrie, modifient considérablement la règle qui

s’applique aux époques où la production n’exige que du travail. Cette règle générale voulait

que la valeur des marchandises fût dans le rapport du travail consacré à les produire ; les

considérations présentées dans cette section démontrent que sans variations aucunes dans la

quantité de travail employée, la hausse des salaires suffit pour déterminer une baisse dans la

valeur échangeable des marchandises dont la production exige une certaine somme de capital

fixe : plus grand sera le montant du capital engagé, plus importante sera la baisse.

Section V.

Le principe qui veut que la valeur ne varie pas avec la hausse ou la baisse des salaires, se trouve

encore modifié par la durée du capital et par la rapidité plus ou moins grande avec laquelle il

retourne à celui qui l’a engagé dans la production.

Dans la section précédente nous avons supposé deux sommes de même importance engagées

dans deux industries différentes et inégalement subdivisées en capital fixe et capital circulant ;

supposons maintenant que cette subdivision soit la même, mais que la différence se trouve être

dans la durée de ces capitaux. Plus un capital se consomme rapidement et plus il se rapproche

de la nature des capitaux circulants ; il disparaît pour reparaître bientôt et retourner au

manufacturier. Nous venons de voir que plus le rapport du capital fixe domine dans une

manufacture et plus la valeur des marchandises qui y sont produites tend, sous l’influence

d’une augmentation de salaires, à s’abaisser relativement aux marchandises créées dans des

fabriques où l’on trouve plus de capital circulant. Il en résulte donc. que la même cause

produira les mêmes effets avec d’autant plus d’intensité que le capital se consommera plus

rapidement et se rapprochera davantage de la nature des capitaux circulants.

Si le capital engagé est d’une nature périssable, il faudra chaque année de grands efforts pour

le maintenir dans son intégrité ; mais ce travail de reconstitution peut-être considéré comme

servant réellement a la production des marchandises, et devra se retrouver dans leur valeur. Si

j’avais une machine de 20,000 liv. st., susceptible de produire certaines marchandises avec le

secours d’un faible travail ; si la détérioration graduelle de cette machine était peu importante,

et le taux des profits de 10 pour cent, je me contenterais d’ajouter 2,000 liv. st. au prix de mes

produits, comme compensation de l’emploi de ma machine. Mais si la détérioration était rapide

et sérieuse, s’il fallait pour la conserver le travail de cinquante hommes tous les ans, j’ajouterais

au prix de mes marchandises un excédant égal à l’excédant obtenu par tout autre

manufacturier qui n’aurait pas de machines et qui emploierait cinquante hommes à créer

d’autres produits.

Un accroissement de salaires agira donc d‘une manière inégale sur la valeur des marchandises

produites au moyen de machines qui s’usent rapidement et celles produites au moyen de

machines d’une grande durée. Dans un cas, il entrerait une grande portion de travail dans les

produits fabriqués, dans l'autre, il en entrerait fort peu. C’est pourquoi toute augmentation de

salaires ou, ce qui est la même chose, tout abaissement dans le taux des profits tend à affaiblir

la valeur relative des marchandises produites avec un capital durable et à élever

proportionnellement au contraire la valeur de celles produites avec un capital d’une nature

périssable. Une diminution de salaires aurait l’effet précisément contraire.

J’ai déjà dit que le capital fixe peut avoir une durée plus ou moins considérable. Supposons

maintenant une machine se détruisant au bout d’une année, et accomplissant dans une certaine

branche d’industrie le travail de cent hommes. Supposons encore que la machine coûte 5,000

liv. st., et que les salaires payés aux cent ouvriers s’élèvent à 5,000 liv. st., il est évident qu’il

importera fort peu au manufacturier d‘acheter la machine ou d’employer les cent hommes. Mais

admettons maintenant que le prix du travail s’élève et atteigne 5,500 liv. st., nul doute alors

que le manufacturier ne trouve son intérêt à acheter la machine et économiser ainsi 5,000 liv.

st. sur la fabrication. On dira peut-être : les salaires haussant, il se peut que le prix de la

machine hausse en même temps et atteigne 5,000 liv. st. C’est ce qui arriverait en effet si elle

n’avait exigé l’emploi d’aucun fonds et s’il n’avait fallu payer au constructeur une certaine

somme de profits. Ainsi, la machine étant le produit du travail de cent ouvriers, occupés

pendant un an a raison de 50 liv. st. chacun, sa valeur serait naturellement de 5,000 liv. st. ; les

salaires venant à atteindre 55 liv. st., le prix de la machine devrait être alors de 5,500 liv. st. ;

mais il n’en saurait être ainsi. Il faut nécessairement que la machine ait été créée par moins de

cent ouvriers, car dans le prix primitif de 5,000 liv. st. doivent être compris les profits sur le

capital qui a servi à payer les ouvriers. Supposons donc que quatre-vingts hommes seulement

aient été employés à raison de 50 liv. st. par an, soit 4,250 liv. st. par an, l‘excédant de 750 liv.

st. que donnerait la vente de la machine, en dehors des salaires dépensés, représenterait alors

les profits du mécanicien, et les salaires venant à hausser de 10 pour cent, il serait obligé

d‘employer un capital additionnel de 425 liv. st., ce qui porterait ses frais de production à

4,675 liv. st., au lieu de 4,250 liv. st. En continuant à vendre sa machine 5,000 liv. st., son

profit ne dépasserait donc pas 325 liv. st. Or ceci s’applique à tous les manufacturiers et à tous

les capitalistes ; la hausse des salaires les atteint tous indistinctement. Aussi dans le cas où le

fabricant de machines élèverait ses prix en raison de l’augmentation des salaires, les capitaux

afflueraient bientôt dans cette branche de la production pour ramener, par voie de concurrence,

les profits à leur taux ordinaire[11]. Nous voyons donc ainsi que l‘accroissement des salaires

n’aurait pas pour effet de déterminer une hausse dans la valeur des machines.

Cependant le manufacturier qui, au milieu d’une hausse générale des salaires, se servirait d‘une

machine qui n’accroîtrait pas ses frais de production, jouirait nécessairement de trois grands

avantages s’il pouvait continuer à vendre ses marchandises au même prix ; mais, comme nous

l’avons déjà vu, il serait obligé d’abaisser les prix, sous peine de voir son industrie inondée par

un immense afflux de capitaux dont l’effet serait de ramener ses profits au niveau général.

C’est ainsi que la société en masse profite de l’introduction des machines ; ces agents muets et

infatigables sont toujours le produit d’un travail moins considérable que celui qu’ils déplacent,

même quand ils ont la même valeur vénale. Ils ont pour effet de faire sentir à un plus petit

nombre d’individus l’accroissement de valeur que prennent les subsistances et qui se reflète

dans les salaires. Dans le cas cité plus haut cette hausse n’atteint que quatre-vingt-cinq

ouvriers, et l’économie de main-d’œuvre qui en résulte se révèle par la modicité du prix de la

marchandise fabriquée. Ni les machines, ni les produits créés par les machines ne prennent une

valeur réelle plus considérable ; tous ces produits, au contraire, baissent et baissent

proportionnellement à leur destructibilité.

Il ressort donc de ceci, qu’aux premiers jours de toute société, avant qu’on n’ait mis en œuvre

une grande quantité de machines et de capital fixe, les marchandises produites au moyen de

sommes égales auront à peu près la même valeur ; mais ces faits disparaissent aussitôt après

l’introduction de ces coûteux agents. Les marchandises produites avec les mêmes capitaux

pourront avoir une valeur bien différente, et tout en étant exposées à hausser ou à baisser

relativement les unes aux autres en raison de la quantité de travail consacrée à les produire,

elles restent soumises à une autre influence, celle de la hausse ou de la baisse des salaires et

des profits. Dès que des marchandises qui se vendent 5,000 liv. st. pourront être le produit

d’un capital équivalent à celui qui a servi à créer d‘autres marchandises se vendant 10,000 liv.

st., les profits du manufacturier seront les mêmes ; mais ces profits deviendront inégaux toutes

les fois que le prix des produits ne variera pas avec la hausse ou la baisse des profits.

Il paraît encore que la valeur relative des marchandises auxquelles on a consacré un capital

durable varie proportionnellement à la persistance de ce capital et en raison inverse du

mouvement des salaires. Cette valeur s’élèvera pendant que baisseront les salaires ; elle fléchira

au moment où s’accroîtra le prix du travail. Pour les marchandises, au contraire, qui ont surtout

été créées avec du travail et peu de capital fixe, ou du moins, avec un capital fixe d’une nature

plus fugitive que celle de l’étalon des valeurs, elles baisseront et hausseront parallèlement aux

salaires.

Section VI.

D'une mesure invariable des valeurs.

Les marchandises variant dans leur valeur relative, il est à désirer que l’on trouve les moyens de

déterminer quelles sont celles dont la valeur réelle s’élève ou s’abaisse. Pour cela, il faudrait les

comparer, séparément, avec un étalon invariable, un criterium qui serait inaccessible a toutes

les fluctuations qu’éprouvent les autres marchandises. Or, il est impossible de se procurer cette

mesure type, par la raison qu’il n’est pas de marchandise qui ne soit elle-même exposée aux

variations qui atteignent les objets dont il s’agirait de calculer la valeur : en d’autres termes, il

n’en est aucune qui ne nécessite pour sa création des quantités variables de travail. Mais, si

même il était possible d’annuler pour un étalon déterminé toutes les oscillations de valeur ; s’il

était possible de consacrer toujours, par exemple, la même somme de travail à la fabrication de

notre monnaie, on ne serait pas encore parvenu à obtenir un type parfait, une mesure

invariable. Comme je l’ai déjà indiqué, en effet, il faudrait encore tenir compte de l’influence

produite par les mouvements des salaires, par les différentes proportions de capital fixe

nécessaire pour créer cette mesure et les autres marchandises dont on voudrait déterminer les

variations de valeur, enfin, par la durée plus ou moins grande du capital fixe, et le temps

nécessaire pour amener les marchandises sur le marché ; - toutes circonstances qui enlèvent

un objet quelconque la faculté de servir comme type exact et invariable.

Ainsi, on ne saurait prendre l’or comme étalon, car l’or, comme toute autre marchandise, est

produit par une certaine quantité de travail unie à un certain capital fixe. Des améliorations

peuvent être introduites dans les procédés qui servent à le produire, et ces améliorations

peuvent déterminer une baisse dans sa valeur relative avec les autres objets.

En supposant même que l’or fit disparaître cette cause de variation, et que la même quantité de

travail fût toujours nécessaire pour obtenir la même quantité d’or, il resterait encore comme

obstacle les différences entre les proportions de capital fixe et le capital circulant qui

concourent à la production des autres marchandises : - à quoi il faudrait ajouter encore la

durée plus ou moins grande des capitaux, le temps, plus ou moins long, nécessaire pour livrer

l’or sur le marché. L’or pourrait donc être une mesure parfaite des valeurs pour toutes les

choses produites dans des circonstances exactement semblables, mais pour celles-là seules. Si,

par exemple, il était créé dans les mêmes conditions que celles nécessaires pour produire du

drap ou des cotonnades, il déterminerait fort exactement la valeur de ces objets ; mais pour le

blé, le charbon, mille autres produits où ont été enfouies des portions plus ou moins grandes

de capital fixe, il serait inhabile à les mesurer. Nous avons démontré, en effet, que toute

altération dans le taux des profits influe sur la valeur relative des marchandises,

indépendamment même de la somme de travail consacrée à les produire. Il en résulte donc que

ni l'or, ni aucun autre objet ne peuvent servir à mesurer exactement la valeur des mar-

chandises ; mais je me hâte de répéter ici que les variations qui surviennent dans le taux des

profits, agissent faiblement sur le prix relatif des choses. L'influence la plus manifeste

appartient aux différentes quantités de travail nécessaires à la production : aussi, si nous

admettons que l'on soit affranchi de cette influence, aurons-nous acquis un criterium aussi

approximatif qu'on puisse le désirer en théorie. Ne peut-on considérer l'or, en effet, comme le

résultat d'une combinaison de capitaux circulants et de capitaux fixes, équivalente à celle qui

sert à produire les autres marchandises ? Et ne peut-on supposer en même temps cette

combinaison également éloignée des deux extrêmes, c'est-à-dire, du cas où l'on emploie peu

de capital fixe, et de celui, au contraire, où il faut une faible quantité de travail ?

Si, à tous ces titres, je puis me considérer comme possédant un étalon des valeurs qui se

rapproche beaucoup d'un criterium invariable, j'aurai cet énorme avantage de pouvoir indiquer

les variations des autres objets, sans m'inquiéter sans cesse des variations survenues ou à

survenir dans la valeur de l'agent qui sert à mesurer tous les prix.

Pour faciliter nos recherches je supposerai l'or invariable, tout en reconnaissant, d'ailleurs, que

la monnaie faite avec ce métal est soumise aux mêmes variations que les autres objets. Toutes

les altérations de prix, je les considérerai donc comme provenant des variations survenues dans

la valeur de la marchandise dont je m'occuperai.

Avant de quitter ce sujet, je crois devoir faire observer qu'Adam Smith et tous les écrivains qui

l'ont suivi, sans exception aucune, ont soutenu que toute hausse dans le prix du travail a pour

effet nécessaire d'élever le prix des marchandises. J'espère avoir démontré que cette opinion ne

s'appuie sur rien et que les seules choses susceptibles de hausse seraient celles qui auraient

exigé moins de capital fixe que l'étalon par lequel s'évaluent les prix. Quant à celles qui en

exigeraient davantage, leur prix baisserait parallèlement à la hausse des salaires. Le contraire

aurait lieu dans le cas où les salaires diminueraient.

Je n’ai pas dit, et il est essentiel de se le rappeler, que par cela seul que le travail consacré à

une marchandise s’élève à 1000 l. st. et celui consacré à une autre marchandise à 2000 l. st., la

valeur de ces deux objets doive être nécessairement de 1000 l. st. et de 2000 l. st. : j’ai dit

simplement que cette valeur serait dans le rapport de 1 à 2, et que ces marchandises s’échan-

geraient d’après ce rapport. Il importe fort peu à la vérité de notre théorie, que l’un de ces

produits se vende a raison de 1100 l. st. ou de 1500 l. st., l’autre à raison de 2200 l. st. ou de

3000 l. st. Je n’examinerai même pas cette question en ce moment ; ce que j’affirme seulement,

c’est que leur valeur relative se règle sur les quantités relatives de travail consacré à leur

production.

Section VII.

Des différentes conséquences produites par les oscillations dans la valeur de la monnaie ou

dans celle des marchandises que la monnaie, - ce symbole des prix, - sert à acheter.

Quoique je me sois décidé à reconnaître, en général, à la monnaie une valeur invariable, afin de

pouvoir déterminer d’une manière plus nette les variations que subissent les autres

marchandises, je crois devoir indiquer ici les conséquences très-diverses qu’entraînent les

altérations de valeur produites par les différentes quantités de travail nécessaires pour créer les

marchandises et les variations produites par des changements dans la valeur de la monnaie

elle-même.

La monnaie étant une marchandise variable, la hausse des salaires en argent devra résulter

souvent d’une baisse dans la valeur de la monnaie. Toute augmentation de salaire, produite par

cette cause, sera nécessairement accompagnée d’une hausse correspondante dans le prix des

marchandises ; mais il sera facile de voir alors que le travail et les autres marchandises n’ont

pas varié et que les changements se rapportent uniquement à l’argent.

Par cela seul que la monnaie nous vient du dehors, qu’elle forme l’agent intermédiaire des

échanges entre tous les pays civilisés, qu’elle se distribue parmi ces pays, dans des proportions

qui varient constamment avec les progrès de l’industrie et du commerce, et avec les difficultés

toujours croissantes que l’on éprouve pour entretenir une population ascendante ; par cela

seul, dis-je, la monnaie est soumise à d’incessantes variations. En déterminant les principes qui

règlent la valeur échangeable et les prix, il nous faudra donc faire une profonde distinction

entre les variations qui viennent de la marchandise elle-même, et celles qui naissent des

perturbations que subit l’étalon des valeurs et des prix.

Une hausse dans les salaires, qui provient d’une altération dans la valeur de la monnaie, produit

un effet général sur les prix, mais n’agit pas sur les profits. Au contraire, une hausse des

salaires, qui indiquerait qu’une rémunération plus large a été accordée à l’ouvrier ou que les

objets de première nécessité sont devenus plus rares, plus coûteux, aurait, en général, pour

effet d’abaisser les profits ; dans ce cas, en effet, le pays consacrerait à l’entretien des ouvriers

une plus grande somme de travail annuel, ce qui n’arriverait pas dans l’autre.

C’est d’après la répartition du produit total d’une exploitation agricole entre le propriétaire, le

capitaliste, l’ouvrier, que l’on juge de l’accroissement ou de la diminution de la rente, des

profits et des salaires : ce n’est pas, ce ne saurait être d’après la valeur qu’aurait ce produit si

on le comparait a une mesure type, reconnue variable, mobile, inconstante.

C’est par la quantité de travail nécessaire pour créer un produit, et non par la portion attribuée

aux différentes classes de la société, que l’on peut juger exactement du taux des profits, de la

rente et des salaires. Des améliorations introduites en agriculture ou en industrie pourront

doubler l’importance des produits ; mais si les salaires, la rente, les profits ont doublé en même

temps, ils conserveront entre eux les mêmes rapports, et paraîtront n’avoir subi aucune

variation. Mais s’il arrivait que les salaires ne grandissent pas dans la même proportion ; si au

lieu de doubler ils augmentaient seulement de 50 p. %, et si la rente s’accroissait seulement de

75 p. %, laissant aux profits le reste de l’excédant obtenu, il me paraîtrait fort correct de dire

que la rente et les salaires ont baissé tandis que s’élevaient les profits. En effet, si nous avions

une mesure type qui nous permît de mesurer la valeur de ce produit, nous verrions que la part

échue aux ouvriers et aux propriétaires est moins grande, et celle attribuée aux capitalistes

plus forte qu’auparavant. Ainsi nous verrions, par exemple, que tout en doublant, la quantité

absolue des marchandises se trouve être précisément le produit de la même somme de travail.

Si chaque centaine de chapeaux, d’habits et de quarters de blé se distribuait avant dans les

proportions suivantes :

Aux ouvriers 25

Aux propriétaires 25

Aux capitalistes 50

100

et si, la quantité de marchandises venant à doubler, cette distribution s’effectuait de la manière

suivante :

Aux ouvriers 22

Aux propriétaires 22

Aux capitalistes 56

100

j’en conclurais que les salaires et la rente ont haussé tandis que les profits ont au contraire

diminué : et cela, alors même que, par suite de l’abondance des marchandises, la quantité

attribuée à l’ouvrier et au propriétaire aurait grandi dans la proportion de 625 à 44. Les salaires

doivent s’estimer d’après leur valeur réelle, c’est-à-dire d’après la quantité de travail et de

capital consacrés à les produire, et non d’après leur valeur nominale, soit en habits, soit en

chapeaux, en monnaie ou en blé. Dans les circonstances que j’ai supposées, les marchandises

auraient perdu la moitié de leur valeur, et aussi la moitié de leur prix, si la monnaie n’avait pas

varié. Si donc il était bien constaté que les salaires en argent ont baissé, cette baisse n’en serait

pas moins réelle, alors même que l’ouvrier pourrait se procurer une plus grande somme de

marchandises qu’auparavant.

Quelque grande que soit cependant une variation dans la valeur de la monnaie, elle n’influe en

rien sur le taux des profits : car supposons que les produits du manufacturier haussent de

1000 1. st. à 2000 1. st. ou de 100 p. % ; si son capital, que les variations monétaires modifient

aussi puissamment que la valeur de ces produits, si ses bâtiments, ses machines haussent aussi

de 100 p. %, le taux de ses profits restera le même, et il pourra acheter la même somme de

travail, ni plus, ni moins.

Si, avec un capital d’une certaine valeur, il peut par de l’économie dans la main-d’œuvre,

doubler la masse des produits et abaisser les prix de moitié, les mêmes rapports subsisteront

entre le capital et le produit, et, conséquemment, le taux des profits ne variera pas.

Si au moment où il multiplie les produits en accroissant la puissance du même capital, la valeur

de la monnaie fléchit de moitié sous l’influence de tel ou tel événement, le prix de ces objets

doublera ; mais le capital, consacré à leur création, prendra aussi une valeur monétaire double.

C’est pourquoi, le rapport entre la valeur du produit et celle du capital restera le même : et

alors même que le produit doublerait la rente, les salaires et les profits suivraient uniquement,

dans leurs variations, les diverses portions attribuées a chacune des classes qui se les

partagent.

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