Notes sur les profits - 1° partie, Notes de Management
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les profits - 1° partie, Notes de Management

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Notes de gestion sur les profits - 1° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: les profits des capitaux, les hypothèses, le commerce extérieur
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Ayant déjà montré que les profits des capitaux dans les différentes branches de la production,

gardent toujours entre eux une même proportion, et tendent tous à éprouver des variations

dans le même degré et dans un même sens, il nous reste à rechercher la cause des variations

permanentes dans la taux des profits, et les modifications qui en résultent toujours dans le

taux de l’intérêt.

Nous avons vu que le prix du blé[34] se règle par la quantité de travail nécessaire pour le

produire, au moyen de cette portion du capital qui ne paie pas de rente. Nous avons vu aussi

que tous les articles manufacturés haussent et baissent de prix à mesure qu’il faut, pour les

produire, plus ou moins de travail. Ni le fermier qui cultive cette espace de terres dont la qualité

règle les prix courants, ni le manufacturier qui fabrique des marchandises, ne réservent aucune

portion du produit pour la rente. La valeur entière de leurs articles se partage en deux seules

portions, dont l’une constitue les profits du capital, et l’autre est consacrée au salaire des

ouvriers.

En supposant que le blé et les objets manufacturés se vendent toujours au même prix, les

profits seront toujours élevés ou réduits, selon la hausse ou la baisse des salaires. Mais si le

prix du blé hausse, parce que sa production exige plus de travail, cette cause ne fera point

hausser le prix des objets manufacturés dont la fabrication n’exige point de travail additionnel.

Dans ce cas, si les salaires restent les mêmes, les profits ne changeront pas ; mais comme il est

indubitable que les salaires montent par la hausse du blé, les profits alors doivent

nécessairement baisser.

Si un fabricant donnait toujours ses marchandises pour la même somme d’argent, pour 1,000

liv. st., par exemple, ses profits dépendraient du prix du travail nécessaire pour leur fabrication.

Ils seraient moindres avec des salaires de 800 livres qu’avec d’autres de 600 livres. À mesure

donc que les salaires hausseraient, les profits diminueraient[35]. Mais si le prix des produits

agricoles augmente, l’on pourrait demander si du moins le fermier n’aura pas les mêmes

profits, quoiqu’il paie de plus forts salaires. Certainement non ; car non-seulement il aura, ainsi

que le manufacturier, à payer plus de gages à chacun des ouvriers qu’il emploie, mais il sera

obligé de payer une rente, ou d’employer un plus grand nombre d’ouvriers, pour obtenir le

même produit. La hausse des produits agricoles ne sera que proportionnée à cette rente ou au

nombre additionnel des ouvriers employés, et elle ne saurait le dédommager de la hausse des

salaires.

Si le manufacturier et le fermier employaient chacun dix hommes, et si les salaires haussaient

de 24 livres à 25 livres st. par an, pour chaque homme, il leur en coûterait à chacun 250 livres

au lieu de 240 livres par an. Voilà tout ce qu’il en coûtera de plus au manufacturier pour avoir

la même quantité de marchandises ; mais le fermier d’un terrain neuf aura probablement

besoin d’employer un homme de plus, et par conséquent de débourser pour ses gages 25 l. de

plus ; et le fermier d’un vieux fonds de terre sera forcé de payer pour rente précisément cette

même somme additionnelle de 25 liv. : car, sans cette augmentation de travail, le blé n’aurait

pas pu hausser. L’un et l’autre auront à débourser 275 livres ; l’un, uniquement pour payer les

salaires, et l’autre, pour les salaires et la rente ; et chacun d’eux dépensera 25 livres de plus

que le manufacturier. Ils seront remboursés de ces 25 livres par la hausse du prix des produits

de la terre, et, par conséquent, leurs profits seront toujours dans le même rapport avec ceux du

manufacturier. Comme cette proposition est intéressante, je vais tâcher de l’éclaircir davantage.

Nous avons déjà montré que, dans l’enfance de la société, la part qui revient au propriétaire

foncier et au laboureur, sur la valeur totale du produit de la terre, n’est que bien faible, et que

cette part augmente en raison du progrès des richesses et de la difficulté de se procurer de la

nourriture. Nous avons montré également que, quoique la valeur de la part de l’ouvrier doive

augmenter par le haut prix des subsistances, cette part se trouvera réellement diminuée ;

tandis que celle du propriétaire foncier se trouvera augmentée à la fois en valeur et en quantité.

Le surplus du produit de la terre, après que le propriétaire et les travailleurs sont payés,

appartient nécessairement au fermier, et constitue les profits de son capital. Mais, dira-t-on,

quoique, par le développement progressif de la société, la part du fermier soit diminuée, com-

me elle augmente de valeur, il pourra, aussi bien que le propriétaire et l‘ouvrier, recevoir une

plus forte valeur.

On peut dire, par exemple, que lors de la hausse du blé de 4 liv. à 10 livres, les cent quatre-

vingts quarters récoltés sur le meilleur fonds de terre rapporteraient 1,800 liv. au lieu de 720

liv., et que par conséquent, quoiqu’il soit prouvé que le propriétaire et l‘ouvrier reçoivent une

plus forte valeur en fermage et en gages, les profits du fermier peuvent aussi s’accroître. Cela

est cependant impossible, ainsi que je vais essayer de le démontrer.

D’abord le prix du blé ne hausserait qu’en proportion de la plus grande difficulté de la culture

sur un terrain d’une moins bonne qualité.

J’ai déjà fait observer que si le travail de dix hommes, sur une terre d‘une qualité donnée,

rendait cent quatre-vingts quarters de blé, valant 4 livres le quarter, ou 720 liv., et si le travail

de dix hommes de plus ne produisait qu’un surcroît de cent soixante-dix quarters, le blé

devrait hausser de 4 liv. à 4 liv. 4 s. 8 d. ; car 170 : 180 :: 4 liv. : 4 liv. 4 s. 8 d. En d‘autres ter-

mes, puisque, dans un cas, il faut le travail de dix hommes pour avoir cent soixante-dix

quarters de blé, tandis que, dans l’autre , celui de 9.44 suffit, la hausse doit être dans le

rapport de 9.44 à 10, ou dans celui de 4 liv. à 4 liv. 4 s. 8 d. On pourrait démontrer de même

que si le travail de dix autres hommes ne produisait que cent soixante quarters, le prix

hausserait encore à 4 liv. 10 s., s’il ne produisait que cent cinquante, à 4 liv. 16 s., et ainsi de

suite.

Mais lorsque la terre qui ne paie pas de rente donnait cent quatre-vingts quarters à 4 liv.

le quarter, le blé rapportait

l.

720

Et quand la même terre, ne payant pas de rente, donnait cent soixante-dix quarters, le blé

ayant atteint 4 liv. 4 s. 8 d. rapportait

l.

720

De sorte que cent cinquante quarters, à 4 l. 10 s., rapportent l. 720

Et cent cinquante quarters, à 4 l. 16 s., donnent la même

somme de l. 720

Or, il est évident que, sur ces trois valeurs différentes, le fermier étant obligé à une époque de

payer des salaires réglés d’après le prix du blé à 4 liv., et dans d‘autres temps à de plus hauts

prix, le taux de ses profits doit diminuer en proportion de la hausse du prix du blé.

Dans ce cas, il me paraît clairement démontré que toute hausse du prix du blé qui augmente le

salaire en argent de l’ouvrier diminue la valeur en argent des profits du fermier.

La situation du fermier de l’ancien et meilleur fonds de terre sera exactement la même ; il devra

aussi payer de plus forts salaires, et il ne pourra jamais lui rester sur la valeur des produits,

quelque élevé qu’en soit le prix, plus de 720 l., pour être partagées entre lui et le nombre

toujours égal de ses travailleurs. Or, plus ils gagneront, moins il leur en restera.

Quand le prix du blé était à 4 l., la totalité des cent quatre-vingts quarters appartenait au

cultivateur, qui le vendait 720 l. Quand le blé est monté à 4 l. 4 s. 8 d., il s’est trouvé forcé de

payer, sur ces cent quatre-vingts quarters la valeur de dix quarters pour la rente, et par

conséquent les cent soixante-dix restants ne lui ont plus rapporté que 720 l. Quand le blé est

monté à 4 l. 10 s., il a dû payer vingt quarters, ou leur valeur, pour le fermage, et il ne lui est

resté que cent soixante quarters, qui lui rapportaient la somme de 720 l.

C‘est pourquoi, quelle que soit la hausse dans le prix du blé, la nécessité d’employer plus de

travail ou plus de capital pour obtenir un surcroît donné de production, rend cette hausse égale

en valeur à l’augmentation de la rente ou à celle du travail employé ; en sorte que le fermier ne

retire de ce qui reste après le paiement du fermage, que la même valeur réelle, soit qu’il vende

4 l., 4 l. 10 s., ou bien 5 l. 2 s. 10 d. le quarter de blé. Que le produit appartenant au fermier

soit de cent quatre-vingts, cent soixante-dix, cent soixante ou cent cinquante quarters, il n’en

tire jamais que 720 l. ; le prix augmentant en raison inverse de la quantité.

La rente, à ce qu’il parait, retombe donc toujours sur le consommateur, et jamais sur le

fermier ; car si le produit de sa ferme est constamment de cent quatre-vingts quarters, le prix

haussant, il garderait pour lui une moindre valeur et en donnerait une plus forte à son

propriétaire ; mais cette déduction serait toujours telle, qu’elle lui laisserait la même somme de

720 l.

On voit aussi que, dans tous les cas, cette même somme de 720 l. doit se partager entre les

salaires et les profits. Si la valeur du produit brut de la terre s’élève au delà de cette valeur, cet

excédant appartient à la rente, quel qu’en soit le montant. S’il n’y a pas de surplus, il n’y aura

pas de rente. Que les salaires ou les profits éprouvent une hausse ou une baisse, c’est toujours

cette somme de 720 l. qu’il fournira aux deux. D’un côté, jamais les profits ne sauraient

hausser au point d’absorber une si forte portion de ces 720 l. qu’il n’en restât plus assez pour

fournir aux ouvriers de quoi se procurer l’absolu nécessaire, et, de l’autre côté, les salaires ne

sauraient hausser au point de ne rien laisser sur cette somme pour les profits.

C’est ainsi que les profits de l’agriculture, comme ceux des manufactures, sont toujours

diminués par la hausse des matières premières, lorsqu’elle est accompagnée de la hausse des

salaires[36]. Si le fermier n’obtient pas une plus forte valeur pour le blé qui lui reste après le

paiement de la rente, si le manufacturier n’en retire pas une plus forte de ses articles, et s’ils

sont tous deux forcés de payer une plus forte somme en salaires, peut-il y avoir rien de plus

clairement démontré que la baisse infaillible des profits par suite de la hausse des salaires ?

Et cependant le fermier, quoiqu’il ne paie à son propriétaire aucune part de la rente, - celle-ci

étant toujours réglée par le prix des produits, et retombant invariablement sur le

consommateur, - le fermier, dis-je, a toujours un grand intérêt à maintenir la rente, ou plutôt

le prix naturel des produits, à un taux peu élevé. En sa qualité de consommateur des matières

premières et des articles dans la composition desquels il entre de ces matières, il a, ainsi que

tous les autres consommateurs, un intérêt commun à la modicité du prix. Mais le haut prix du

blé, qui influe sur les salaires, le touche de plus près ; car, à chaque hausse, il aura à payer, sur

cette somme invariable de 720 l., une part additionnelle pour les salaires des dix hommes qu’il

emploie constamment, comme nous l’avons supposé. En traitant des salaires, nous avons déjà

vu qu’ils haussaient constamment par suite de la hausse du prix des produits immédiats du sol.

En prenant pour base du calcul celle que nous avons posée page 174, on voit que, le blé étant à

4 l. le quarter, les salaires doivent être à 24 l. par an. Et quand le blé est à les

salaires doivent être à et sur le fonds invariable de 720 liv. qui doit être partagé

entre les ouvriers et les fermiers, quand le blé est à l’ouvrier recevra le

fermier recevra [37]

Si l’on suppose le capital primitif du fermier de 3,000 l., les profits étant, dans le premier cas,

de 480 l., donneraient un taux de 16 pour cent. Quand les profits baissent à 473 l., le taux

descend à 15.7 pour cent.

à 465 l. ........................ 15.5

à 456 l. ........................ 15.2

à 445 l. ........................ 14.8

Mais le taux des profits doit baisser encore davantage ; car le capital du fermier, comme nous

l’avons dit, se compose principalement de matières brutes, telles que ses meules de blé et de

foin, son blé et son orge en gerbes, ses chevaux et ses vaches, qui doivent tous hausser de prix

par le renchérissement des produits. Son produit absolu tombera de 480 l. à 445 l. 15 s. Mais

si, d’après les causes que je viens d‘exposer, son capital augmentait de 3,000 l. à 3,200 l., le

taux de ses profits, le blé étant à 5 1. 2 s. 10 d., serait au-dessous de 14 pour cent.

Si un manufacturier employait de même 3,000 l. sur sa fabrique, il serait forcé, par la hausse

des salaires, d’augmenter son capital pour pouvoir être à même de continuer son commerce. Si

sa marchandise se vendait auparavant 720 l., elle continuerait à rapporter le même prix ; mais

les salaires du travail, qui montaient d’abord à 240 l., hausseront, quand le blé sera à 5 l. 2 s.

10 d., à 274 l. 5 s. Dans le premier cas, il aurait un profit de 480 l. sur 3,000 l. ; dans le

second, ce bénéfice ne monterait qu’à 445 l. 15 s. sur un capital augmenté, et par conséquent

ses profits se rapprocheraient du changement survenu dans ceux du fermier.

Il est peu de denrées qui ne changent plus ou moins de prix par la hausse des matières

premières, parce qu’il entre dans la composition de la plupart des marchandises une certaine

portion des produits bruts du sol. Les étoffes de coton, les toiles et les draps, haussent tous de

prix par la cherté du blé ; mais ils renchérissent en raison de la plus grande quantité de travail

employé à la production des matières premières dont ils sont fabriqués, et non en raison de ce

que le manufacturier a payé plus cher les ouvriers employés à la fabrication de ces étoffes.

Les marchandises haussent toujours parce qu’il faut plus de travail pour leur production, et

jamais en raison de la cherté du travail qu’elles exigent. Les ouvrages de bijouterie, de fer,

d’argenterie et de cuivre, n’éprouveront pas de hausse, attendu qu’il n’entre dans leur

composition aucun produit brut provenant de la culture de la terre.

On dira peut-être que j’ai posé en principe que les salaires en argent doivent hausser par la

cherté des produits bruts du sol, sans qu’il y ait là une conséquence nécessaire ; car l’ouvrier

peut se contenter d’une moindre aisance. Il faut convenir que les salaires peuvent arriver

d‘abord à un taux élevé, pour subir ensuite quelque diminution. Dans ce cas, il n’y aura pas

réduction des profits ; mais il est impossible de concevoir comment le prix en argent des

salaires pourrait baisser ou rester stationnaire pendant que celui des objets de première

nécessité hausserait graduellement. On peut donc regarder comme une chose démontrée que

dans les cas ordinaires il n’arrive point de hausse permanente dans le prix des articles de

première nécessité qui ne cause une hausse des salaires, ou qui ne soit l’effet d’une hausse

survenue auparavant.

L’effet qu’éprouveront les profits sera le même, ou à peu près, s’il y a une hausse quelconque

dans les prix des autres articles de première nécessité que l’ouvrier achète avec ses salaires, -

les aliments exceptés. La nécessité où il se trouverait de les payer plus cher le forcerait à exiger

une plus forte rémunération ; et tout ce qui augmente les salaires réduit les profits. Mais

supposons que le prix des soieries, des velours, des meubles, ou de tout autre article dont

l’ouvrier n’a pas besoin, vienne à hausser par suite de l’excédant de travail nécessaire à la

fabrication de ces objets, les profits ne s’en ressentiraient-ils pas ? Non assurément ; car rien

ne modifie les profits, si ce n’est la hausse des salaires ; et les soieries, les velours n’étant point

consommés par l’ouvrier, le renchérissement de ces articles ne saurait faire hausser les salaires.

Je ne parle que des profits en général. J’ai déjà averti que le prix courant d’une denrée pouvait

surpasser son prix naturel ou absolu ; car cette denrée peut avoir été produite en quantité

moindre que ne l’exige le surcroît de la demande. Cet effet cependant n’est que passager. Les

beaux profits retirés du capital employé à la production de cette denrée porteront bientôt des

capitaux vers cet emploi ; et aussitôt que les fonds seront suffisants, et que la quantité de la

denrée se trouvera assez augmentée, elle baissera de prix, et les profits de ce genre de

commerce se nivelleront avec tous les autres. La baisse du taux général des profits n’est

nullement incompatible avec la hausse partielle des bénéfices d’une branche particulière

d’industrie ; c’est en raison de l’inégalité des profits que les capitaux passent d’un emploi à un

autre. C‘est ainsi que pendant la baisse des profits en général, et pendant qu’ils tendent

graduellement vers un niveau plus bas, par suite de l’augmentation des salaires et de la

difficulté croissante de pourvoir à la subsistance du surcroît de population ; c’est ainsi, dis-je,

que les profits du fermier peuvent se maintenir pendant quelque temps au-dessus de leur

ancien taux. Il peut se faire aussi qu’une branche particulière de commerce étranger et colonial

se trouve à une époque extraordinairement encouragée ; mais ce fait, que nous admettons, ne

saurait invalider la théorie. Il sera toujours vrai que les profits dépendent de la cherté ou du bas

prix des salaires ; que les salaires sont réglés par le prix des denrées de première nécessité, et

que le prix de ces dernières tient principalement à celui des aliments ; car la quantité de toutes

les autres choses peut être augmentée d’une manière presque illimitée.

L’on devrait se rappeler que le prix courant. varie toujours, et varie d’abord par le rapport de

l’offre et la demande. C’est ainsi que du drap qu’on peut donner 40 s. l’aune en prélevant les

profits ordinaires sur le capital, pourrait hausser jusqu’à 60 ou 80 s., en raison des exigences

de la mode, ou par suite de quelque autre cause, qui tout à coup, et sans qu’on s’y attendit, en

augmenterait la demande ou en diminuerait l’approvisionnement. Les fabricants de draps

feront, pendant quelque temps, des profits extraordinaires ; mais les capitaux afflueront vers ce

genre de fabrique jusqu’à ce que l’offre soit au niveau de la demande, et alors le prix du drap

baissera de nouveau à 40 s., qui est son prix naturel et absolu. De même des demandes de blé

plus considérables peuvent en élever le prix assez haut pour que le fermier en retire plus que

les profits ordinaires. S’il y a bon nombre de terrains fertiles, le prix du blé baissera bientôt à

son ancien niveau, après que la quantité nécessaire de capital aura été employée sur ces

terrains, - les profits restant d’ailleurs les mêmes. Mais s’il n’y avait pas assez de terres

fertiles ; et si, pour produire ce surcroît de blé, il fallait plus que la quantité ordinaire de travail

et de capital, le blé ne baisserait plus à son ancien niveau. Son prix naturel s’élèverait, et le

fermier, au lieu d’obtenir constamment de plus grands profits, se verrait forcé de se contenter

du taux diminué qui est la suite inévitable de la hausse de main-d’œuvre, hausse causée par

celle des choses nécessaires.

Les profits tendent naturellement à baisser, parce que, dans le progrès de la société et de la

richesse, le surcroît de subsistances nécessaires exige un travail toujours croissant. Cette

tendance, ou, pour ainsi dire, cette gravitation des profits, est souvent et heureusement arrêtée

par le perfectionnement des machines qui aident à la production des choses nécessaires, ainsi

que par l’effet des découvertes agronomiques, qui nous donnent le moyen d’épargner une

portion de travail, et de diminuer ainsi le prix des articles de première nécessité pour la

consommation de l’ouvrier. Le renchérissement des articles de première nécessite et des

salaires a cependant des bornes ; car aussitôt que les salaires auront monté (comme dans le cas

que nous avons déjà posé) à 720 l., total de la recette du fermier, il ne pourra plus y avoir

d’accumulation, puisque aucun capital ne saurait plus donner de bénéfices ; on n’aura pas

besoin alors d’une augmentation de travail, et la population aura atteint son maximum. Bien

avant ce terme même, la réduction des profits aura arrêté toute accumulation ; et la presque-

totalité des produits du pays, les ouvriers une fois payés, appartiendra aux propriétaires

fonciers et aux collecteurs des dîmes et des autres impôts.

En prenant donc pour base de mon calcul la supposition ci-dessus, très-inexacte d’ailleurs, il

paraîtrait que le blé étant à 20 l. st. le quarter, tout le revenu net du pays sera entre les mains

des propriétaires fonciers ; car, dans ce cas, la même quantité de travail qu’il a fallu employer

primitivement pour produire cent quatre-vingts quarters, deviendrait nécessaire pour n’en

produire que trente-six ; puisque 20 l. : 4 l. : 180 : 36. C’est pourquoi le fermier qui dans

l’origine récoltait cent quatre-vingts quarters (si toutefois il en existait, car les anciens et les

nouveaux capitaux se trouveraient tellement confondus, qu’il n’y aurait plus moyen de les

distinguer), le fermier, disons-nous, vendrait les :

180 quarters à 20 l. le quarter ou l. 3,600

la valeur de 144 muids (payés en fermage au propriétaire, et

constituant la différence entre 36 et 80 muids) l. 2,880

36

l. 720

la valeur de 36 muids payée aux dix ouvriers l. 720

ne laissant, par conséquent, rien pour son profit.

À ce prix de 20 l. les ouvriers continueraient

à consommer chacun trois quarters de blé par an, ou l. 60

et ils dépenseraient sur d‘autres articles l. 12

72 par ouvrier ;

par conséquent dix ouvriers coûteront 720 l. par an.

N’ayant cherché dans tous ces calculs qu’à éclaircir le principe, il est presque inutile de dire que

je suis parti d’une base prise au hasard, uniquement pour servir d‘exemple. Quoique les

résultats aient pu varier en degré, ils seraient restés les mêmes en principe, quelque exactitude

que j’eusse pu mettre en évaluant la différence dans le nombre des ouvriers nécessaires pour

obtenir les quantités successives de blé qu’exige la consommation d’une population croissante.

Mon but a été de simplifier la question ; c’est pourquoi je n’ai point tenu compte du

renchérissement des choses nécessaires, autres que les subsistances. Ce renchérissement, suite

de l’augmentation dans la valeur des matières premières dont ces articles sont fabriqués, ferait

encore baisser. les profits, en faisant hausser davantage les salaires.

J’ai déjà dit que longtemps avant que cet état des prix soit devenu permanent, il n’y aurait plus

de motif pour accumuler ; car on n’accumule qu’en vue de rendre cette accumulation

productive ; et ce n’est que lorsqu’elle est ainsi employée qu’elle a un effet sur les profits. Il ne

saurait y avoir d’accumulation sans motif, et par conséquent un tel état des prix ne peut jamais

persister. Il est aussi impossible au fermier et au manufacturier de vivre sans profits, qu’à

l’ouvrier d’exister sans salaires. Le motif qui les porte à accumuler diminuera à chaque

diminution des profits, et il cessera entièrement quand ils seront tellement minimes qu’ils ne

leur offriront plus un dédommagement suffisant de leur peine, et du risque qu’ils courent

nécessairement en employant leur capital d’une manière productive.

Je dois aussi avertir que le taux des profits devra baisser encore plus rapidement que je ne l’ai

estimé dans mon calcul ; car la valeur des produits étant telle que je l’ai supposée, celle du

capital du fermier augmentera de beaucoup, puisque ce capital se compose en grande partie

des choses nécessaires qui ont haussé de valeur. Avant que le blé ait pu hausser de 4 l. à 12 l.,

le fermier aura probablement doublé la valeur échangeable de son capital qui vaudrait 6,000 l.

au lieu de 3,000 l. Et si son profit était de 180 l. ou de 6 pour cent sur son capital primitif, les

profits ne se trouveraient alors réellement qu’à un taux de 3 pour cent ; car 6,000 l. à 3 pour

cent rendent 180 l. ; et c’est à ces seules conditions qu’un nouveau fermier possédant 6,000 l.

pourrait et voudrait entreprendre la culture des terres.

Plusieurs autres branches d’industrie tireraient de la même source un avantage plus ou moins

grand. Le brasseur, le distillateur, le fabricant de draps et celui de toiles, trouveraient une

compensation d’une partie de la diminution de leurs profits dans l’augmentation de la valeur de

leur capital en matières premières et en articles ouvragés ; mais le fabricant de quincailleries,

de joailleries, et beaucoup d’autres, ainsi que ceux dont le capital serait en argent, verraient

diminuer les profits sans aucune compensation.

On serait aussi porté à croire que, quelle que soit la diminution des profits du capital occa-

sionnée par l’accumulation des capitaux consacrés à la terre, et par la hausse des salaires, la

somme totale des profits doit cependant augmenter. Supposons que par l’accumulation renou-

velée souvent d’un capital de 100,000 l. le taux des profits tombe successivement de 20 à 19, à

18, à 17 pour cent, toujours en diminuant, on croirait que la somme totale des profits retirés

par les possesseurs de ces capitaux successifs, doit toujours être progressive, et qu’elle sera

plus forte lorsque le capital est de 200,000 l. que quand il n’est que de 100,000 l., et plus forte

encore quand il est de 300,000 l., en continuant ainsi à augmenter, quoique dans une

proportion moindre, par suite de toute nouvelle augmentation de capital. Cette progression,

cependant, n’est exacte que pendant un certain temps ; car 19 pour cent sur 200,000 l. sont

plus que 20 pour cent sur 100,000 l. ; et 18 pour cent sur 300,000 l. sont plus que 19 pour

cent sur 200,000 l. Mais lorsqu’une grande somme de capital a été déjà accumulée et que les

profits ont baissé, une nouvelle accumulation diminue la somme totale des profits. Supposons,

par exemple, que l’accumulation soit de 1,000,000 l. et les profits de 7 pour cent, la totalité

des profits montera à 70,000 l. ; qu’on ajoute ensuite à ce million un capital de 100,000 l. et

que les profits baissent à 6 pour cent, les capitalistes ne recevront plus que 66,000 l., c’est-à-

dire 4,000 l. de moins, quoique le capital se trouve porté de l ,000,000 l. à 1,100,000 l.

Tant que le capital donne un profit quelconque il ne peut y avoir aucune accumulation qui ne

soit suivie d’une augmentation dans la quantité et la valeur des profits. Par l’emploi de 100,000

l. de capital additionnel, aucune portion de l’ancien capital ne deviendra moins productive. Les

produits du sol et de l’industrie nationale devront s’accroître, et leur valeur s’élèvera non

seulement en raison de l’augmentation de la quantité des produits, mais aussi en raison de la

nouvelle valeur que donne à tous les anciens produits du sol la difficulté croissante de la

culture sur les dernières qualités de terres, et c’est cette nouvelle valeur qui devient le prix de

la rente. Néanmoins, lorsque l’accumulation des capitaux devient très-considérable, malgré

cette augmentation de valeur, elle se trouve distribuée de telle sorte qu’il en est attribué une

moindre part aux profits et une plus forte part au contraire à la rente et aux salaires. Ainsi, par

l’addition successive de 100,000 l. au capital, le taux des profits baissant de 20 à 19, à 18 et à

17 pour cent, etc., les produits annuels augmenteront eu quantité, et dépasseront la totalité de

la valeur additionnelle que le nouveau capital est susceptible de produire. De 20,000 l. le

produit haussera à plus de 39,000 l., puis à plus de 57,000 l., et quand le capital employé sera

d’un million, ainsi que nous l’avons déjà supposé, si on y ajoute encore 100,000 l., quoique la

totalité des profits soit moindre que par le passé, le revenu national sera cependant augmenté

de plus de 6,000 l. ; mais l’augmentation portera sur cette partie du revenu qui appartient aux

propriétaires fonciers et aux ouvriers : ils obtiendront plus que le produit additionnel, et par

leur position ils pourront même empiéter sur les profits antérieurs du capitaliste. C’est ce que

nous allons voir.

Supposons que le blé soit a 4 l. le quarter, et que par conséquent, ainsi que nous l’avons déjà

calculé, sur les 720 l. qui restent au fermier, la rente payée, il en garde 480 l. pour lui, en

payant 240 l. à ses ouvriers. Si le blé monte à 6 l. le quarter, il sera obligé de donner 300 l. aux

ouvriers, et il n’aura pour profit que 450 l. Supposons maintenant que le capital employé soit

assez fort pour rapporter cent mille fois 720 l. ou 72,000,000 l., le total des profits sera alors

de 48,000,000 l. quand le blé sera à 4 l. ; et si par l’emploi d’un plus grand capital on obtenait

cent cinq mille fois 720 l. le blé étant à 6 l. soit 75,000,000 l., les profits baisseraient alors de

48,000,000 l. à 44,100,000 l., ou à cent cinq mille fois 420 l. ; tandis que le montant des

salaires s’élèverait de 24,000,000 l. à 31,500,000 l. Les salaires doivent monter, parce qu’il

faudra plus d’ouvriers en proportion du capital. Chaque ouvrier recevra plus d’argent ; mais sa

condition, comme nous l’avons déjà montré, sera moins heureuse, en ce qu’il ne pourra plus se

procurer qu’une moindre quantité des produits nationaux. Les propriétaires gagneront à cet

état de choses ; ils recevront de plus fortes rentes, d’abord parce que les produits auront plus

de valeur, et ensuite parce qu’ils recevront une plus grande quantité de ces produits. Quoique

une plus grande valeur soit produite, une plus grande partie de ce qui en reste après le

paiement de la rente, est consommée par les producteurs ; et c’est cette portion seule qui règle

les profits. Pendant que la terre produit abondamment, les salaires peuvent hausser pour un

temps, les producteurs ayant les moyens de consommer plus qu’ils ne faisaient

habituellement ; mais l’encouragement que cela doit donner à la population, forcera bientôt les

ouvriers à s’en tenir à leur ancienne consommation. Toutefois, lorsqu’on commence à défricher

des terrains peu fertiles, ou lorsque plus de capital et de travail sont consacrés aux vieux

terrains avec un moindre retour de produits, cet effet est alors permanent. Une plus grande part

de la portion du produit qui reste, après le paiement de la rente, pour être partagée entre les

propriétaires du capital et les ouvriers, revient alors à ces derniers. Chacun d’eux en a

vraisemblablement une moindre quantité absolue ; mais comme il y a plus d’ouvriers employés

en proportion du produit total gardé par le fermier, les salaires absorbent une part plus grande

sur la valeur du produit total, et par conséquent il en reste moins pour les profits. Les lois de la

nature rendraient ces phénomènes permanents en mettant des bornes à la force productive du

sol.

Nous voilà donc arrivés aux conclusions mêmes que nous avons déjà cherché à établir : - que

dans tous les pays et dans tous les temps, les profits dépendent de la quantité de travail

nécessaire pour fournir les denrées de première nécessité aux ouvriers sur des terres et avec

des capitaux qui ne donnent pas de rente. Les effets de l’accumulation doivent donc être

différents selon les pays, et, surtout, selon la fertilité du sol. Quelque étendu que soit un pays

dont le sol est peu fertile, et où l’importation des subsistances est prohibée, les moindres

accumulations de capital y produiront de grandes réductions dans le taux des profits, et cause-

ront une hausse rapide de la rente. Au contraire, dans un pays peu étendu, mais fertile, il peut y

avoir un grand fonds de capital accumulé sans diminution notable dans le taux des profits, ou

sans une forte hausse de la rente des terres, surtout si la libre importation des vivres y est

permise. Dans le chapitre des Salaires, j’ai essayé de prouver que le prix métallique des denrées

ne saurait hausser par la cherté de la main-d’œuvre, que l’on suppose l’or, - mesure constante

du numéraire, - produit dans le pays, ou tiré de l’étranger. Mais s’il en était autrement et que le

prix des denrées s’élevât constamment par la hausse des salaires, il serait encore exact de dire

que la cherté des salaires atteint constamment les personnes qui emploient des ouvriers, et les

prive d’une portion de leurs profits réels. Que le chapelier, le marchand de bas et le cordonner,

soient obligés de payer chacun 10 l. de plus à leurs ouvriers pour la fabrication d’une quantité

donnée de produits, et que le prix des chapeaux, de bas et des souliers monte assez pour

rembourser les fabricants de ces 10 l., leur condition ne sera pas meilleure qu’avant cette

hausse. Si le marchand de bonneterie vend ses bas 110 l. au lieu de 100 l., il aura exactement

le même profit en argent ; mais comme il aura en échange de cette même somme un dixième

de moins en chapeaux, en souliers, et en autres articles, et comme il pouvait avec le montant

de ses épargnes employer auparavant moins d’ouvriers chèrement payés, et acheter moins de

matières premières à des prix élevés, sa situation ne sera pas meilleure que si, les prix restant

les mêmes, ses profits en argent étaient réellement diminués. J’ai cherché à prouver ainsi, 1°

que la hausse des salaires ne peut faire hausser le prix des denrées, mais qu’elle doit

constamment diminuer les profits ; 2° que, si le prix des denrées pouvait hausser, l’effet sur les

profits serait toujours le même. Le fait est que l’argent seul, mesure des prix et des profits,

pourrait baisser.

Chapitre 7 - Du commerce extérieur

Le commerce extérieur, quelle que soit son importance, ne saurait augmenter tout à coup les

valeurs nationales, quoiqu’il contribue puissamment à accroître la masse des choses utiles, et

par conséquent celle des jouissances. Comme la valeur de toute marchandise étrangère ne

s’estime que par la quantité des produits de notre sol et de notre industrie que nous donnons

en échange, lors même qu’en échange d’une quantité donnée de nos marchandises nous

obtiendrions, dans les marchés nouvellement ouverts, le double en marchandises étrangères,

nous ne recevrions cependant pas une valeur plus considérable. Si, par l’emploi d’une valeur de

1,000 l. st. en marchandises anglaises, un négociant peut obtenir en retour des marchandises

étrangères qui rapportent, en Angleterre, 1,200 l., il gagnera 20 pour cent par cet emploi de

capital ; mais ni son bénéfice, ni la valeur des marchandises importées n’augmenteront ou ne

diminueront par le retour plus ou moins fort en marchandises étrangères. Qu’il importe vingt-

cinq ou cinquante pipes de vin, ses intérêts n’en souffriront nullement, si à deux époques

différentes les vingt-cinq, comme les cinquante pipes, lui rapportent également 1,200 l. Dans

l'un comme dans l’autre cas, il aura un bénéfice de 200 l., ou de 20 pour cent sur son capital, et

une valeur égale aura été importée en Angleterre. S’il tire plus de 1,200 l. de ses cinquante

pipes, ce marchand fera un profit supérieur au taux général, et un commerce aussi lucratif

attirerait bientôt les capitaux, jusqu’à ce que la baisse dans le prix du vin eût tout ramené à

l’ancien niveau.

On a néanmoins prétendu que les gros bénéfices que retirent certains négociants du commerce

étranger, font hausser le taux général des profits dans le pays, et que les capitaux que l’on

détourne d'autres emplois pour les consacrer à cette nouvelle branche lucrative du commerce

extérieur, doit faire hausser les prix, et, par suite, les profits. Les écrivains les plus estimés ont

émis cette opinion : Si, disent-ils, le capital consacré à la culture du blé, à la fabrication du

drap, à celle des chapeaux, des souliers, etc., est diminué, tandis que la demande de ces

articles reste la même, le prix de ces objets haussera tellement, que le fermier, le chapelier, le

fabricant de draps et le cordonnier auront de plus forts profits, ainsi que le négociant qui fait le

commerce étranger[38].

Ceux qui soutiennent cette proposition conviennent avec moi que les profits des divers emplois

de capital tendent à se rapprocher entre eux, à hausser ou à baisser ensemble. Nous ne

différons qu'en ceci : ils prétendent que la hausse générale des profits doit en amener l'égalité ;

et moi, je soutiens que les profits de la branche de commerce favorisée doivent retomber

promptement au niveau général.

Car, d'abord, je n'admets pas qu'il y ait nécessairement moins de capital employé à la culture

du blé, à la fabrication des draps, des chapeaux, des souliers, etc., à moins que la demande de

ces articles n'ait diminué ; et si cela était, ils ne baisseraient point le prix. Pour acheter les

marchandises étrangères, il faudra employer une quantité égale, plus faible ou plus forte des

produits du sol et de l'industrie de l'Angleterre. Si l'on emploie une portion égale, la demande

de draps, de souliers, de blé et de chapeaux, sera la même que par le passé, et la même

quantité de capital sera consacrée à leur production. Si, par suite du meilleur marché des

marchandises étrangères, on consacre à leur achat une moindre portion du produit annuel du

sol et de l'industrie de l'Angleterre, il en restera davantage pour d'autres objets. Si la demande

de chapeaux, de souliers, de blé, etc., devient plus forte, comme cela peut arriver, les

consommateurs des marchandises étrangères ayant une plus grande portion de leur revenu de

disponible, le capital destiné auparavant à acheter les articles de l'étranger lorsqu'ils avaient

une plus forte valeur, deviendra également disponible. Ainsi donc, tandis que la demande de

blé, de souliers, etc., aura augmenté, il y aura en même temps plus de moyens de les payer, et

par conséquent il ne peut y avoir de hausse permanente ni dans les prix, ni dans les profits.

Si une plus forte portion du produit du sol et de l’industrie de l’Angleterre est employée à

l’achat des marchandises étrangères, on ne pourra pas en dépenser autant à d’autres objets, et

par conséquent la demande de chapeaux, de souliers, etc., diminuera ; mais en même temps

qu’on aura détourné des capitaux de la fabrication des chapeaux, des souliers, etc., on en aura

versé davantage dans les manufactures qui fabriquent les articles avec lesquels on achète les

marchandises étrangères. Ainsi donc, la demande des produits étrangers et nationaux réunis

est, quant à la valeur, bornée par le revenu et par le capital de la nation. Si l’un augmente,

l’autre doit diminuer. Si la quantité des vins qu’on importe en échange de la même quantité de

marchandises anglaises est doublée, la nation anglaise pourra, ou consommer deux fois plus de

vin, ou la même quantité de vin jointe à plus de marchandises nationales. Si, ayant 1,000 l. de

revenu, j’achète tous les ans une pipe de vin au prix de 100 l., et que j’emploie 900 l. à l’achat

d’une certaine quantité d’articles du pays, lorsque la pipe de vin ne coûtera que 50 l., je pourrai

employer les 50 l. épargnées à acheter plus de produits anglais. Si j’achetais plus de vin, et que

tout consommateur en fit autant, le commerce extérieur n’éprouverait aucun changement ; on

exporterait la même quantité de produits anglais pour les échanger contre du vin, dont nous

recevrions une double quantité, sans cependant en recevoir une valeur double. Mais si les

autres consommateurs de vin et moi-même nous nous contentions de la même quantité de vin

que par le passé, les exportations de l’Angleterre diminueraient, les buveurs de vin ayant à leur

choix de consommer les produits que l’on exportait auparavant, ou ceux qui leur

conviendraient davantage. Le capital nécessaire à leur production serait fourni par celui qu’on

détournerait du commerce étranger.

Le capital s’accroît de deux manières : par l’augmentation du revenu, ou par l’affaiblissement

de la consommation. Si mes profits s’élèvent de 1,000 l, à 1,200, pendant que ma dépense

reste la même, j’amasse 200 l. par an de plus que je ne le faisais auparavant ; si j’épargne 200

l. sur ma dépense pendant que mes profits sont les mêmes, j’obtiens le même résultat, et

j’ajoute 200 l. par an à mon capital. Le négociant qui importait du vin alors que les profits

s’étaient élevés de 20 à 40 pour cent, au lieu de payer ses marchandises anglaises 1,000 l.,

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