Notes sur les profits - 2° partie, Notes de Management. Université d'Auvergne (Clermont-Ferrand I)
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 January 2014

Notes sur les profits - 2° partie, Notes de Management. Université d'Auvergne (Clermont-Ferrand I)

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Notes de gestion sur les profits - 2° partie Les principaux thèmes abordés sont les suivants: le commerce étranger, un système d‘entière liberté de commerce, les profits, suppositions, augmentation dex prix.
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n’en donnera que 857 l. 2 s. 10 d., et vendra cependant toujours le vin importé 1,200 l. ; ou

bien, s’il payait les marchandises anglaises 1,000 l., il faudrait qu’il vendit son vin 1,400 l. : son

capital lui rapporterait alors 40 au lieu de 20 pour cent. Mais si, en raison du bas prix de tous

les articles auxquels lui, ainsi que les autres consommateurs, employaient tout leur revenu, ils

peuvent épargner 200 l. sur chaque 1,000 l. de leur dépense antérieure, ils augmenteront la

richesse réelle du pays. Dans l’un des deux cas, l’épargne viendrait de l’augmentation du

revenu ; dans l’autre, de la diminution de la dépense.

Si l’introduction des machines opérait une baisse de 30 pour cent dans la valeur de toutes les

marchandises auxquelles mon revenu est employé, j’épargnerais autant que si mon revenu

s’était accru de 20 pour cent ; mais, dans l’un de ces cas, le taux des profits serait resté

stationnaire ; et, dans l’autre, il aurait haussé de 20 pour cent.

Si, par l’introduction de marchandises étrangères a bas prix, je puis épargner 20 pour cent sur

ma dépense, le résultat sera précisément le même que si les frais de production eussent été

diminués au moyen des machines ; mais le taux des profits ne haussera pas.

Ce n’est donc point en raison de l’étendue du débouché que le taux des profits augmente,

quoique cette extension augmente la masse de nos produits, et nous donne le moyen d’aug-

menter les fonds destinés à payer le travail industriel, et à multiplier les matières premières

susceptibles d’être travaillées. Il importe tout autant au bonheur des hommes d’augmenter

leurs jouissances par une meilleure distribution de travail, que de parvenir au même but par un

accroissement dans le taux des profits, et cette distribution est toujours meilleure lorsque

chaque pays produit les choses qui s’accordent le mieux avec son climat, sa situation et ses

autres avantages naturels ou artificiels, et lorsqu’il les échange pour les marchandises des

autres pays.

Dans tout le cours de cet ouvrage, j’ai cherché à prouver que le taux des profits ne peut jamais

hausser qu’en raison d‘une baisse des salaires[39], et que cette baisse ne peut être permanente

qu’autant qu’il y aura une diminution dans le prix des denrées que l’ouvrier achète avec ses

gages. Si, par l’accroissement du commerce étranger, ou par des perfectionnements dans les

machines, on peut fournir aux travailleurs la nourriture et les autres objets de première

nécessité il plus bas prix, les profits hausseront. Si, au lieu de récolter du blé chez nous, et de

fabriquer nous-mêmes l’habillement et les objets nécessaires pour la consommation de

l’ouvrier, nous découvrons un nouveau marché où nous puissions nous procurer ces objets à

meilleur compte, les salaires devront baisser et les profits s’accroître. Mais, si ces choses que

l’on obtient à meilleur compte, soit par l’extension du commerce étranger, soit par le

perfectionnement des machines, ne servent qu’à la consommation des riches, le taux des

profits n’éprouvera pas de changement. Le taux des salaires ne saurait changer, quoique le vin,

les velours, les soieries ; et autres objets de luxe, éprouvent une baisse de 50 pour cent ; et par

conséquent les profits resteront les mêmes[40].

C’est pourquoi le commerce étranger, très-avantageux pour un pays, puisqu’il augmente le

nombre et la variété des objets auxquels on peut employer son revenu, et qu’en répandant avec

abondance les denrées à bon marché, il encourage les économies et favorise l’accumulation des

capitaux, ce commerce, dis-je, ne tend nullement a accroître les profits du capital, à moins que

les articles importés ne soient de la nature de ceux que l’ouvrier consomme.

Ce que je viens de dire du commerce extérieur s’applique également au commerce intérieur. Le

taux des profits n’augmente jamais par une meilleure distribution du travail, ni par l’invention

des machines, l’établissement des routes et des canaux, ou par tout autre moyen d’abréger le

travail, soit dans la fabrication, soit dans le transport des marchandises. Toutes ces causes

influent sur les prix, et sont toujours très-avantageuses au consommateur, à qui elles

permettent de se procurer avec le même travail, ou avec le même produit, une plus grande

quantité de la denrée dont la production a été facilitée par ses perfectionnement ; mais elles

n’exercent aucune influence sur les profits. D’un autre côté, toute diminution dans les salaires

des ouvriers accroît les profits, mais ne produit aucun effet sur le prix des choses. L’un est

avantageux pour tous les membres de la société, car tous sont des consommateurs ; l’autre

n’est utile qu’aux producteurs, qui seuls gagnent davantage, tandis que rien ne change de prix.

Dans le premier cas, ils reçoivent autant que par le passé ; mais tout ce qu’ils consomment a

diminué de valeur échangeable.

Cependant le même principe qui règle la valeur relative des choses dans un pays, ne règle pas

celle des articles échangés entre deux ou plusieurs pays.

Dans un système d‘entière liberté de commerce, chaque pays consacre son capital et son

industrie à tel emploi qui lui paraît le plus utile. Les vues de l’intérêt individuel s’accordent

parfaitement avec le bien universel de toute la société. C’est ainsi qu’en encourageant l’indus-

trie, en récompensant le talent, et en tirant tout le parti possible des bienfaits de la nature, on

parvient à une meilleure distribution et à plus d’économie dans le travail. En même temps

l’accroissement de la masse générale des produits répand partout le bien-être ; l’échange lie

entre elles toutes les nations du monde civilisé par les nœuds communs de l’intérêt, par des

relations amicales, et en fait une seule et grande société. C’est ce principe qui veut qu’on fasse

du vin en France et en Portugal, qu’on cultive du blé en Pologne et aux États-Unis, et qu’on

fasse de la quincaillerie et d’autres articles en Angleterre.

Dans un même pays, les profits sont en général toujours au même niveau, ou ne diffèrent qu’en

raison de ce que le capital peut être consacré à un emploi plus ou moins sûr et agréable. Il n’en

est pas de même d’un pays à l’autre. Si les profits des capitaux employés dans le Yorkshire

surpassaient ceux des capitaux employés à Londres, les fonds passeraient bien vite de Londres

dans le Yorkshire, et les profits se nivelleraient. Mais si le sol de l’Angleterre devenait moins

productif, ou si l’accroissement des capitaux et de la population venait à faire monter les

salaires et à faire baisser les profits, il ne s’ensuivrait pas pour cela que le capital et la

population dussent nécessairement abandonner l’Angleterre, et se porter en Hollande, en

Espagne ou en Russie, où les profits pourraient être plus élevés.

Si le Portugal n’avait aucune relation commerciale avec d‘autres pays, au lieu d’employer son

capital et son industrie à faire du vin, avec lequel il achète aux autres nations le drap et la

quincaillerie nécessaires pour son propre usage, ce pays se trouverait forcé de consacrer une

partie de ce capital à la fabrication de ces articles, qu’il n’obtiendrait plus probablement qu’en

qualité inférieure et en quantité moindre.

La masse de vin que le Portugal doit donner en échange pour le drap anglais n’est pas

déterminée par la quantité respective de travail que la production de chacun de ces deux

articles a coûté ; - ce qui arriverait s’ils étaient tous deux fabriqués en Angleterre ou en

Portugal.

L’Angleterre peut se trouver dans des circonstances telles qu’il lui faille, pour fabriquer le drap,

le travail de cent hommes par an, tandis que, si elle voulait faire du vin, il lui faudrait peut-être

le travail de cent vingt hommes par an : il serait donc de l’intérêt de l’Angleterre d‘importer du

vin, et d’exporter en échange du drap.

En Portugal, la fabrication du vin pourrait ne demander que le travail de quatre-vingts hommes

pendant une année, tandis que la fabrication du drap exigerait le travail de quatre-vingt-dix

hommes. Le Portugal gagnerait donc à exporter du vin en échange pour du drap. Cet échange

pourrait même avoir lieu dans le cas où on fabriquerait en Portugal l’article importé à moins de

frais qu’en Angleterre. Quoique le Portugal pût faire son drap en n’employant que quatre-

vingt-dix hommes, il préférerait le tirer d‘un autre pays où il faudrait cent ouvriers pour le

fabriquer, parce qu’il trouverait plus de profit à employer son capital à la production du vin, en

échange duquel il obtiendrait de l’Angleterre une quantité de drap plus forte que celle qu’il

pourrait produire en détournant une portion de son capital employé à la culture des vignes, et

en l’employant à la fabrication des draps.

Dans ce cas, l’Angleterre donnerait le produit du travail de cent hommes en échange du produit

du travail de quatre-vingts. Un pareil échange ne saurait avoir lieu entre les individus du même

pays.

On ne peut échanger le travail de cent Anglais pour celui de quatre-vingts autres Anglais ; mais

le produit du travail de cent Anglais peut être échangé contre le produit du travail de quatre-

vingts Portugais, de soixante Russes ou de cent vingt Asiatiques. Il est aisé d’expliquer la cause

de la différence qui existe à cet égard entre un pays et plusieurs : cela tient à l’activité avec

laquelle un capital passe constamment, dans le même pays, d’une province à l’autre pour

trouver un emploi plus profitable, et aux obstacles qui en pareil cas s’opposent au déplacement

des capitaux d’un pays à l’autre[41].

Dans la supposition que nous venons de faire, les capitalistes de l’Angleterre et les

consommateurs des deux pays gagneraient sans doute à ce que le vin et le drap fussent l’un et

l’autre faits en Portugal, le capital et l’industrie anglaise passant par conséquent, à cet effet, de

l’Angleterre en Portugal.

Dans le cas supposé, la valeur relative de ces deux objets se réglerait d’après le même principe

que si l’une était une production de l’Yorkshire et l’autre de Londres ; et dans tout autre cas, si

les capitaux affluent librement vers les pays où ils trouvent un emploi plus profitable, il ne

pourra exister dans le taux des profits, et dans le prix réel des choses, de différence autre que

celle qui proviendrait du surcroît de travail nécessaire pour les porter aux différents marchés.

Nous savons cependant, par expérience, que bien des causes s’opposent à la sortie des

capitaux. Telles sont : la crainte bien ou mal fondée de voir s’anéantir au dehors un capital dont

le propriétaire n’est pas le maître absolu, et la répugnance naturelle qu’éprouve tout homme à

quitter sa patrie et ses amis pour aller se confier à un gouvernement étranger, et assujettir des

habitudes anciennes à des mœurs et à des lois nouvelles. Ces sentiments, que je serais fâché

de voir affaiblis, décident la plupart des capitalistes à se contenter d’un taux de profits moins

élevé dans leur propre pays, plutôt que d’aller chercher dans des pays étrangers un emploi plus

lucratif pour leurs fonds.

L’or et l’argent ayant été choisis comme agents de la circulation, la concurrence du commerce

les distribue parmi les différentes nations du monde, dans des proportions qui s’accommodent

au trafic naturel qui aurait eu lieu si de tels métaux n’existaient pas, et si le commerce de pays

à pays se bornait à l’échange de leurs produits respectifs.

C’est pourquoi l’on ne saurait envoyer en Portugal du drap, qu’autant que ce drap y

rapporterait plus d‘or qu’il n’en a coûté dans le pays qui l’expédie ; et, par la même raison, il

faut, pour qu’on puisse importer du vin en Angleterre, que ce vin s’y vende plus cher qu’il n’a

coûté en Portugal. Si ce commerce n’était qu’un pur commerce d’échange, il cesserait du jour

où l’Angleterre ne pourrait plus fabriquer du drap à assez bon compte, pour obtenir,

moyennant une quantité donnée de travail consacré à la fabrication du drap, plus de vin qu’elle

n’en pourrait obtenir en cultivant la vigne. Il cesserait encore du jour où l’industrie des

Portugais ne donnerait plus des résultats inverses.

Supposons maintenant que l’on découvre en Angleterre, pour faire du vin, un procédé tellement

avantageux qu’il fût plus profitable à ce pays de le faire avec son propre raisin que de

l’importer ; dans ce cas, une partie du capital de l’Angleterre serait détournée du commerce

étranger pour être appliquée au commerce intérieur. L’Angleterre cesserait de fabriquer du drap

pour l’exportation, et elle ferait du vin pour sa consommation. Le prix en argent de ces articles

serait réglé en conséquence. Le vin baisserait en Angleterre, pendant que le drap se

maintiendrait à l’ancien prix ; tandis qu’en Portugal il n’y aurait aucun changement dans le prix

de l’un ni de l’autre. On continuerait pendant quelque temps à exporter du drap de l’Angleterre

en Portugal, où son prix se maintiendrait toujours plus élevé qu’en Angleterre ; les Portugais ne

paieraient plus alors en vin, mais en argent, jusqu’à ce que l’abondance de l’argent en

Angleterre et sa rareté à l’étranger eussent influé tellement sur la valeur du drap dans les deux

pays, que son exportation de l’Angleterre cessât d‘être profitable. Si le nouveau procédé pour

faire du vin offrait de très-grands avantages, il pourrait convenir aux deux pays de changer

d’industrie : à l’Angleterre de faire tout le vin, et au Portugal de fabriquer tout le drap pour la

consommation des deux pays. Mais cela ne pourrait avoir lieu sans que, par l’effet d’une

nouvelle distribution des métaux précieux, le prix du drap haussât en Angleterre, tandis qu’il

baisserait en Portugal. Le prix relatif du vin baisserait en Angleterre, par suite des avantages

réels du nouveau procédé pour faire le vin ; c’est-à-dire, que son prix naturel baisserait, et que

le prix relatif du drap hausserait dans ce pays par l’effet de l’abondance de l’argent.

Supposons encore qu’avant la découverte du nouveau procédé pour faire du vin en Angleterre,

le vin s’y vendît 50 l. la pipe, et que le prix d’une quantité déterminée de drap y fût de 45 l. ;

tandis qu’en Portugal la même quantité de vin se vendait 45 l., et la même quantité de drap, 50

l. : le Portugal, dans cette hypothèse, exporterait du vin avec un profit de 5 l., et l’Angleterre,

en exportant du drap, aurait un profit pareil.

Maintenant, supposons qu’après l’introduction du nouveau procédé le vin tombe, en

Angleterre, à 45 l., le drap conservant l’ancien prix. Comme toutes les transactions commer-

ciales n’ont d’autre but que l’intérêt, tant que le négociant pourra acheter en Angleterre du

drap à 45 l. pour le revendre avec les bénéfices ordinaires en Portugal, il continuera à l’exporter

du premier pays dans le second. Pour cela, il n’a simplement qu’à acheter du drap en

Angleterre, qu’il paie avec une lettre de change sur le Portugal, et qu’il achète avec de l’argent

portugais. Ce que son argent devient lui importe peu ; car, en faisant sa remise, il a acquitté sa

dette. Son marché est sans doute réglé par les conditions auxquelles il peut se procurer cette

lettre de change ; mais il les connaît bien lorsqu’il fait ses arrangements, et il s’occupe fort peu

des causes qui peuvent influer sur le prix courant des lettres de change ou sur le cours du

change.

Si les prix, dans les deux marchés, sont favorables à l’exportation des vins du Portugal en

Angleterre, le négociant exportateur sera vendeur d’une lettre de change qui sera achetée, soit

par le négociant qui importe du drap d’Angleterre, soit par la personne qui lui a vendu sa lettre

de change. C’est ainsi que les négociants des deux pays, qui exportent des marchandises, en

touchent le prix sans qu’il soit besoin de faire passer de l’argent d’un pays à l’autre ; et l’argent

que donne, en Portugal, le négociant qui importe le drap, est touché par le négociant portugais

qui exporte le vin, quoiqu’il n’y ait entre eux aucune relation directe d’intérêts. En Angleterre,

de même, par la négociation d’une pareille lettre de change, le négociant qui exporte le drap

est autorisé à en recevoir la valeur du négociant qui importe le vin.

Si, cependant, le prix du vin était tel qu’il ne convînt pas d’en exporter pour l’Angleterre,

l’acheteur du drap, en Portugal, serait toujours forcé de se procurer une lettre de change ; mais

il la paierait plus cher, parce que la personne qui la lui vendrait ne saurait ignorer qu’il n’y a

point dans le marché de contre-lettre moyennant laquelle on puisse définitivement balancer les

transactions entre les deux pays. Il pourrait aussi avoir la certitude qu’il lui faudra faire l’envoi

de l’or ou de l’argent qu’il aurait reçu pour sa lettre de change, à son correspondant

d’Angleterre, afin de lui donner les moyens d’acquitter la somme qu’il aura autorisé une autre

personne à réclamer de lui ; et il en résultera qu’il ajoutera au prix de sa lettre de change les

frais qu’il doit encourir, indépendamment de son bénéfice ordinaire et équitable.

Si l’agio qu’on paie en Portugal, pour une traite sur l’Angleterre, est égal au profit fait sur le

drap importé, toute importation de drap cessera ; mais si l’agio sur la lettre de change n’est

que de 2 pour cent, et si, pour solder une lettre de 100 liv. en Angleterre, il faut donner en

Portugal 102 liv., pendant que le drap qui se vendait 45 liv. en vaut 50, on continuera à

importer ; on achètera pour le payer des traites sur l’Angleterre, et on exportera du numéraire

jusqu’à ce que sa diminution en Portugal, et son accumulation en Angleterre, aient amené les

prix à un chiffre tel qu’il ne soit plus avantageux de se livrer à ce commerce.

Mais la diminution du numéraire dans un pays, et son augmentation dans un autre, n’affectent

pas seulement le prix d’une espèce de marchandises : elles modifient le prix de toutes, et par

conséquent le vin, ainsi que le drap, hausseront de prix en Angleterre, tandis qu’ils baisseront

tous les deux en Portugal. Le drap qui était à 45 liv. en Angleterre, et à 50 liv. en Portugal ,

baissera dans ce dernier pays à 49 liv. ou à 48 liv., et haussera, en Angleterre, à 46 liv. ou à 47

liv. ; et son importation en Portugal ne présentera plus un bénéfice assez fort, l’agio de la lettre

de change payé, pour décider aucun négociant à faire venir du drap d’Angleterre.

C’est ainsi que chaque pays ne possède que la quantité de numéraire nécessaire pour régler les

opérations d‘un commerce avantageux d‘échange. L’Angleterre exportait du drap en échange

pour du vin ; et cette opération rendait son industrie plus productive. Elle avait plus de drap et

plus de vin que si elle eût fabriqué l’un et l’autre uniquement pour sa consommation. Quant au

Portugal, il importait du drap et exportait du vin, parce que l’industrie portugaise trouvait dans

la production du vin un emploi plus avantageux pour les deux pays. Si la production du drap en

Angleterre, ou celle du vin en Portugal, venait à éprouver plus de difficulté ; ou s’il devenait

plus aisé à l’Angleterre de faire du vin, ou au Portugal de fabriquer du drap, ce commerce

cesserait à l’instant même.

Les choses peuvent aussi continuer sur le même pied en Portugal, tandis que l’Angleterre peut

trouver plus de profit à consacrer son industrie à la fabrication des vins ; et le commerce

d’échange entre les deux pays cessera aussitôt. Et non-seulement l’exportation des vins

cessera en Portugal, mais il y aura dans ce pays une nouvelle distribution des métaux précieux,

qui arrêtera les importations de drap.

Les deux pays pourraient peut-être trouver de l’avantage à faire le vin, ainsi que le drap, pour

leur propre consommation ; mais on aboutirait à ce singulier résultat, qu’en Angleterre,

quoique le vin fût à meilleur marché, le drap aurait renchéri, et le consommateur le paierait plus

cher ; tandis qu’en Portugal les consommateurs de drap et ceux de vin pourraient acheter les

draps et le vin à meilleur marché.

Cet avantage n’est cependant qu’apparent pour le Portugal ; car la quantité totale de vin et de

drap fabriqués dans le pays aura diminué, tandis que les produits similaires auront augmenté

en Angleterre. Le numéraire aura sensiblement changé de valeur dans les deux pays : il aura

baissé en Angleterre, et haussé en Portugal. Le revenu total du Portugal, si on l’estime en

argent, aura diminué ; tandis que, d’après le même criterium, le revenu total de l’Angleterre se

trouvera augmenté.

Il paraît donc que l’amélioration des manufactures d‘un pays tend à changer la distribution des

métaux précieux parmi les divers peuples du monde : elle tend à accroître la quantité des

denrées, en même temps qu’elle fait en général hausser les prix dans le pays qui profite de

cette amélioration.

Pour simplifier la question, j’ai supposé jusqu’ici que le commerce entre deux pays se bornait à

deux articles, quoique personne n’ignore combien sont nombreux et variés les objets qui

composent la liste des exportations et des importations. Le numéraire, en sortant d’un pays

pour aller s’accumuler dans un autre, amène un changement dans le prix de toutes les

denrées : cela favorise l’exportation de beaucoup d’articles autres que le numéraire, et rend

bien moins sensible l’effet qui eût été produit autrement sur la valeur de l’argent dans les deux

pays.

Outre les perfectionnements dans les arts et dans les machines, plusieurs autres causes

diverses exercent une influence constante sur le cours naturel du commerce, et dérangent

l’équilibre et la valeur relative du numéraire. Les primes d’exportation ou d’importation, de

nouveaux droits sur les denrées, troublent le commerce naturel des échanges, parfois directe-

ment, parfois indirectement, et rendent nécessaire l’importation ou l’exportation de l’argent,

afin de faire accorder les prix avec la marche naturelle du commerce. Et cet effet a lieu, non-

seulement dans le pays qui est sous l’influence d’une de ces causes perturbatrices, mais encore

d’une manière plus ou moins forte dans toute l’étendue du monde commercial.

Cela explique jusqu’à un certain point la différence dans la valeur de l’argent dans chaque pays,

et nous fait voir pourquoi, dans les pays où les manufactures florissent, les denrées nationales,

surtout les plus volumineuses, sont, indépendamment d’autres causes, plus chères. Supposons

deux pays ayant chacun précisément une population et une étendue semblables, des terres

également fertiles en culture, et possédant une égale connaissance de l’agriculture, les produits

agricoles seront plus chers dans le pays qui emploiera de meilleures machines et qui déploiera

plus d’habileté dans la fabrication des marchandises destinées à l’exportation. Le taux des

profits pourra, dans les deux pays, être à peu près égal ; car les salaires ou la récompense

réelle du travail peuvent être les mêmes ; mais ces salaires, ainsi que les produits agricoles,

seront estimés plus cher en argent dans celui des deux pays qui, en raison de la supériorité de

ses machines, et de la plus grande habileté de ses ouvriers, recevra plus de numéraire en

échange de ses marchandises.

Si chacun de ces pays excellait dans un genre particulier de manufacture, les métaux précieux

ne pourraient affluer vers l’un plutôt que vers l’autre ; - ce qui arriverait infailliblement aussitôt

que l’un des deux aurait sur l’autre une supériorité décidée d’industrie.

Au commencement de cet ouvrage nous avons raisonné dans la supposition que l’argent

conservait toujours une valeur invariable, et maintenant nous cherchons, au contraire, à

prouver qu’outre les variations ordinaires auxquelles l’argent est sujet dans sa valeur, et outre

celles qui sont communes à toutes les industries, il est d’autres variations particulières que

l’argent éprouve dans chaque pays. Dans le fait, l’argent n’a jamais une même valeur dans deux

pays différents, car cette valeur tient aux impôts, à l’industrie, aux manufactures, aux

avantages du climat, aux productions naturelles, et à beaucoup d’autres causes qui n’existent

jamais au même degré dans deux pays.

Mais quoique l’argent soit continuellement soumis à de telles variations, et qu’il en résulte une

grande différence dans le prix des denrées qui sont communes à presque tous les pays,

cependant ni l’abondance ni la rareté du numéraire n’agissent sur le taux des profits. L’abon-

dance de l’agent de la circulation n’augmentera pas le capital national. Si la rente que le fermier

paie à son propriétaire, et les salaires qu’il donne à ses ouvriers, sont, dans un pays, plus

élevés de 20 pour cent que dans l’autre, et si en même temps le capital du fermier a une valeur

nominale de 20 pour cent plus grande, il aura précisément le même taux de profits, quoiqu’il

vende les produits bruts de sa terre 20 pour cent plus cher.

Les profits, on ne saurait trop le répéter, dépendent des salaires, non des salaires en valeur

nominale, mais des salaires réels. Ce n’est pas le nombre de livres sterling que l’on paie

annuellement à l’ouvrier, mais le travail du nombre de jours nécessaires pour acquérir cet

argent, qu’il faut considérer. Les salaires peuvent donc être sur le même pied dans deux pays et

être dans les mêmes rapports avec la rente et avec le produit total des fonds de terre, quoique

le travailleur reçoive dans l’un de ces pays 10 schellings, et dans l’autre 12 schellings par

semaine. Dans l’enfance des sociétés, quand l’industrie et les manufactures sont encore peu

avancées, les produits de tous les pays sont à peu près semblables, et se composent de

denrées volumineuses et d’utilité première. La valeur de l’argent dans chacun de ces pays

tiendra principalement à la distance à laquelle il pourra se trouver des mines d’où l’on tire les

métaux précieux ; mais à mesure que les arts font des progrès, que les améliorations

s’introduisent dans la société, et que certaines nations excellent dans des branches particu-

lières d’industrie, quoique la proximité ou l’éloignement des mines influe sur la valeur des

métaux précieux, c’est néanmoins la supériorité industrielle qui règle principalement cette

valeur.

Supposons que tous les pays produisent du blé, des bestiaux et du drap grossier, et que ce soit

par l’exportation de ces objets qu’ils obtiennent, en retour, de l’or des pays qui le produisent,

ou des pays qui en sont les maîtres. Dans ce cas, l’or vaudra plus en Pologne qu’en Angleterre,

en raison des frais plus considérables que la Pologne aura à supporter pour transporter un

article aussi volumineux que le blé dans un voyage plus long, et en raison aussi des frais plus

considérables qu’il faudra supporter pour porter de l’or en Pologne.

Cette différence dans la valeur de l’or, ou, ce qui revient au même, cette différence des prix du

blé dans les deux pays, subsisterait alors même qu’il serait beaucoup plus aisé de cultiver le blé

en Angleterre qu’en Pologne, soit en raison de la plus grande fertilité du sol, soit par

l’intelligence plus grande de l’ouvrier, ou la supériorité de ses instruments.

Si cependant la Pologne était la première à perfectionner ses manufactures ; si elle parvenait à

fabriquer un article d’un usage général et qui eût une grande valeur sous peu de volume, ou si

la nature lui avait accordé la possession exclusive, de quelque production naturelle d’une utilité

générale, et qu’aucun autre pays ne possédât la Pologne obtiendrait en échange, pour cette

marchandise, une quantité plus forte en or, et cette quantité additionnelle affecterait le prix de

son blé, de ses bestiaux et de ses draps grossiers. Le désavantage des distances serait plus que

compensé par l’avantage de posséder un produit exportable d’une si grande valeur ; et l’or

aurait constamment moins de valeur en Pologne qu’en Angleterre. Si, au contraire, l’avantage

de l’habileté et des machines appartenait à l’Angleterre, ce serait encore une raison de plus

pour que l’or y eût moins de valeur qu’en Pologne, et pour que le blé, les bestiaux et le drap

fussent plus chers en Angleterre.

Voilà, je crois, les deux seules causes qui déterminent la valeur comparative de l’argent dans

les différents pays du monde ; car, quoique les impôts dérangent l’équilibre du numéraire, ils

ne produisent cet effet qu’en privant le pays qui les supporte d’une partie des avantages

attachés à l’habileté, à la dextérité et au climat.

J’ai cherché avec soin à ne pas confondre la valeur dépréciée de l’or avec la valeur élevée du blé,

ou de toute autre marchandise avec laquelle on peut comparer le numéraire. On a généralement

considéré ces deux expressions comme équivalentes ; mais il est clair que quand le blé monte

de 5 schellings à 10 par boisseau, cette hausse peut venir d’une baisse dans la valeur de

l’argent ; ou d’une hausse dans la valeur du blé. Et nous avons déjà vu que le blé acquiert une

valeur plus forte relativement aux autres marchandises, par la nécessité où se trouve un pays

de défricher successivement des terrains plus ingrats pour nourrir une population croissante. Si

la valeur de l’argent se maintient toujours la même, on en donnera davantage en échange pour

du blé ; en d’autres termes, le blé haussera de prix. Tout perfectionnement dans les machines

et dans les manufactures, qui rendra la fabrication des objets manufacturés plus aisée et plus

avantageuse, déterminera dans le prix du blé une hausse analogue ; car il amènera la

surabondance du numéraire, qui, baissant de valeur, s’échangera contre moins de blé.

Mais les effets de la hausse du blé, quand cette hausse provient de l’augmentation de sa valeur

ou de la dépréciation du numéraire, sont entièrement différents. Dans les deux cas, le prix

métallique des salaires s’élèvera ; mais si la hausse vient de la dépréciation du numéraire, non-

seulement les salaires et le blé, mais encore toutes les autres denrées hausseront. Si le

manufacturier paie de plus forts salaires, il retirera plus d’argent de ses objets manufacturés, et

le taux des profits ne variera pas. Mais lorsque le blé hausse de prix, en raison de la difficulté

augmentée de sa production, les profits doivent diminuer ; car le manufacturier sera obligé de

payer de plus forts salaires, sans pouvoir s’en dédommager par l’augmentation du prix de ses

ouvrages manufacturés.

Tout perfectionnement qui facilite l’exploitation des mines, et au moyen duquel on obtient les

métaux précieux avec une économie de travail, doit faire baisser la valeur de l’argent dans tout

pays. Partout on obtiendra en échange d’une quantité donnée d’argent, une moindre quantité

de marchandises ; mais si un pays excelle en industrie manufacturière, et si par conséquent

l’argent y afflue, sa valeur y sera moindre, et les prix du blé et de la main-d’œuvre y seront plus

élevés relativement à tout autre pays.

Cette augmentation dans les prix n’affecte pas le cours du change ; car on peut continuer à

négocier des lettres de change au pair, quoique les prix du blé et de la main-d’œuvre soient

dans un pays 10, 20 ou 30 % plus élevés que dans l’autre. Dans un état de choses tel que nous

le supposons, une pareille différence dans les prix est dans l’ordre naturel des choses ; et pour

que le change reste au pair, il faut qu’il soit introduit une quantité suffisante d’argent dans le

pays qui excelle en manufactures, pour y faire hausser le prix du blé et de la main-d’œuvre. Si

dans les pays étrangers on prohibait l’exportation du numéraire, et que cette loi prohibitive pût

être exactement exécutée, cela pourrait bien empêcher les prix du blé et de la main-d’œuvre de

hausser dans le pays de manufactures ; car la hausse, en l’absence d’un papier-monnaie, ne

peut s’opérer que par l’affluence des métaux précieux ; mais cette prohibition ne saurait

empêcher le change d’être très-défavorable au pays qui l’aurait faite. Si l’Angleterre était le

pays de fabriques , et s’il était possible d’empêcher qu’elle ne reçût de numéraire du dehors,

son change avec la France, la Hollande et l’Espagne pourrait être de 5, de 10 ou de 20 %, contre

tous ces pays.

Toutes les fois que la circulation normale du numéraire est arrêtée par des moyens violents, et

que l’argent ne peut trouver son vrai niveau, il n’y a plus de bornes aux variations du cours du

change ; et il en résulte des effets semblables à ceux qui ont lieu lorsqu’on donne un cours

forcé un papier-monnaie qui n’est point échangeable contre des espèces au gré du porteur. Un

pareil papier-monnaie ne pouvant avoir cours que dans le pays où l’émission en est faite, il ne

saurait se répandre au dehors. Le niveau de la circulation est détruit, et le change doit

inévitablement devenir contraire au pays où cet agent de la circulation se trouve en quantité

excessive. La même chose arrivera si, l’agent de la circulation étant métallique, il était possible,

par des moyens violents, par des lois qu’on ne pût point éluder, de retenir l’argent dans un

pays pendant que le cours du commerce lui donnerait une impulsion vers d’autres.

Quand chaque pays possède précisément la quantité de numéraire qu’il doit avoir, le change

doit se trouver au pair, quoique l’argent n’ait pas, à la vérité, une même valeur dans tous les

pays, et qu’il puisse même exister dans cette valeur une différence de 5, de 10, et même de 20

pour 100, par rapport à plusieurs denrées. Avec 100 l. st., ou l’argent contenu dans 100 l., on

achète une lettre de change de 100 l. qui donne une quantité pareille d’argent en France, en

Espagne ou en Hollande[42].

Quand il est question du change et de la valeur comparative de l’argent entre deux pays, il ne

faut nullement considérer la valeur relative du numéraire, estimée en denrées. Jamais le taux du

change ne peut être déterminé en comparant la valeur de l’argent avec celle du blé, du drap, ou

de tout autre produit. L’échange n’est que la valeur de la monnaie d’un pays comparée à la

valeur de la monnaie d’un autre pays.

On peut encore connaître le taux du change entre deux pays en comparant la valeur de leur

monnaie avec une mesure fixe, et commune aux deux pays. Si, par exemple, avec une traite de

100 l. st. sur l’Angleterre on peut acheter en France ou en Espagne une quantité de mar-

chandise égale à celle qu’on achèterait avec une traite de pareille somme sur Hambourg, c’est

une preuve que le change entre l’Angleterre et Hambourg est au pair ; mais si avec une traite de

130 l. sur l’Angleterre on n’achète pas plus qu’avec une de 100 l. sur Hambourg, le change sera

de 30 pour 100 contre l’Angleterre.

Moyennant 100 l. on peut acheter en Angleterre une lettre de change ou le droit de recevoir

101 l. en Hollande, 102 l. en France, et 105 l. en Espagne. On dit dans ce cas que le change est

de 1 pour 100 contre la Hollande, de 2 contre la France, et de 5 contre l’Espagne. Cela annonce

qu’il y a proportionnellement plus de numéraire dans ce pays qu’il ne devrait y en avoir, et la

valeur comparative du numéraire de chaque pays sera bientôt ramenée au pair si l’on retire

l’argent qui est en excès dans les autres pays, et si on le fait passer en Angleterre.

Ceux qui ont soutenu que la monnaie anglaise était dépréciée pendant les dernières dix années,

quand le cours du change variait de 20 a 30 pour 100 contre ce pays, n’ont jamais prétendu,

comme on les en a accusés, que la monnaie ne pût pas être d’une plus grande valeur dans un

pays que dans un autre, comparée aux diverses marchandises. Ils ont seulement soutenu qu’il

était impossible d’expliquer, sans admettre cette dépréciation, comment l’Angleterre pouvait

retenir 130 l., alors que cette somme, estimée en argent de Hambourg ou de Hollande, ne valait

que 100 l.

En remettant à Hambourg 130 l. en bonnes espèces d’Angleterre, même avec 5 l. de frais, je

recevrais à Hambourg 125 l. ; comment aurais-je donc pu consentir à donner 130 l. pour une

lettre de change qui ne m’aurait produit à Hambourg que 100 l., si mes liv. sterling eussent été

de bonnes espèces ? C’est qu’elles étaient dégradées, c’est que leur valeur intrinsèque était

devenue moindre que celle des livres sterling de Hambourg, et qu’envoyées aux frais de 5 l.,

elles n’y valaient que 100 l. Personne ne nie qu’avec mes 130 l. en espèces métalliques je pusse

avoir 125 l. à Hambourg ; mais avec des livres sterling en papier-monnaie je ne pouvais obtenir

que 100 l. : et l’on voudrait cependant nous faire croire que 130 l. en papier valaient autant que

130 l. en argent ou en or !

D’autres ont soutenu avec plus de raison que 130 l. en papier ne valaient point en effet 130 l.

en espèces métalliques ; mais ils prétendent que c’est le numéraire qui avait changé de valeur

et non le papier-monnaie ; ils veulent n’appliquer le mot dépréciation qu’à une baisse de

valeur, et non à une différence comparative entre la valeur de la monnaie et la mesure type

d’après laquelle cette valeur est réglée par les lois. Cent livres sterling d’argent anglais valaient

autrefois et pouvaient acheter 100 l. en argent de Hambourg ; et dans tout autre pays une lettre

de change de 100 l. sur l’Angleterre ou sur Hambourg, pouvait pareillement acheter

précisément la même quantité de marchandises. Cette même quantité de marchandises, je ne

pouvais, dans les derniers temps, l’acheter que moyennant 130 l. d’argent anglais, tandis que

Hambourg l’obtenait pour 100 l. en argent de Hambourg. Si donc l’argent anglais avait eu la

même valeur qu’auparavant, il faudrait que l’argent de Hambourg eût haussé de valeur ; et

quelle preuve en donne-t-on ? Comment déterminer si c’est l’argent anglais qui avait baissé,

ou l’argent de Hambourg haussé ? Il n’y a point de mesure commune pour décider la question.

C’est une assertion qui n’est point susceptible de preuves ; on ne peut ni l’admettre ni la

combattre d’une manière positive. Tous les peuples de l’univers ont dû s’apercevoir de bonne

heure qu’il n’existait point de mesure fixe dans la nature à laquelle on pût s’en rapporter sans

crainte d’erreur ; c’est pourquoi ils choisirent un agent de circulation, qui, sous bien des

rapports, leur parût moins variable que toutes les autres matières.

Il faut nous conformer à cette mesure des valeurs tant que la loi ne changera pas, et tant qu’on

ne découvrira pas quelque autre matière dont l’usage puisse nous fournir une mesure plus

parfaite que celle que nous avons établie. Tant que l’or sera cette mesure exclusive en

Angleterre, le numéraire y sera déprécié toutes les fois qu’une liv. sterl. ne vaudra pas cinq

gros, trois grains d’or pur, soit que l’or augmente, soit qu’il diminue de valeur.

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