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Passons aux personnages. Dans toutes les versions de Cendrillon ce surnom vient de la cendre, mais Pommerat donne une nouvelle dimension à son personnage ...
Typologie: Notes
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Un conte n’a pas une seule et unique version d’origine puis quelques autres, non, il traverse les âges et les pays et s’adapte aux buts de celui qui le raconte et à ceux qui l’écoutent. Oui, ceux qui l’écoutent, car le conte est à l’origine de nature orale et il n’a que bien plus tard, et pas souvent, été retranscrit. Pommerat associe à la perfection théâtre et conte, puisque les deux passent par la voix.
Perrault et Grimm l’ont aussi écrit, et adapté selon leurs envies, Disney s’en est aussi occupé en s’inspirant grandement de Charles Perrault.
Cendrillon a été pour la première fois retranscrit au IX ème siècle avant Jésus Christ. Il serait né en Chine, on peut le deviner grâce à l’importance des petits pieds de l’héroïne (signe de vertu et d’une extraordinaire beauté).
Bruno Bettelheim explique à travers la Psychanalyse des contes de fées, ce que les contes apportent aux jeunes lecteurs, car loin de les traumatiser, les contes les aident à comprendre le vaste monde qui les entoure. C’est donc grâce à lui que je veux étudier un premier point d’une importance capitale entre les différentes versions du conte de Cendrillon, car Pommerat se démarque complètement des autres en accentuant l’importance de l’histoire sur la mort, l’absence et la culpabilité qu’un enfant peut éprouver, tandis que les autres se concentrent en réalité sur les relations fraternelles ainsi que le complexe d’Œdipe et la culpabilité qui y est liée.
Par la suite je me pencherai sur les personnages eux mêmes car, ici, ils ont bien plus de profondeur et de personnalité qu’ailleurs. Pourtant est-ce que cela ne complique pas les choses en empêchant les lecteurs de s’identifier aux personnages? Car loin d’être des stéréotypes, ils ont une telle personnalité qu’on ne peut jamais se sentir parfaitement semblable. Pommerat aide-t-il donc les jeunes spectateurs à se construire comme le font les autres versions?
Enfin je verrai quels détails Pommerat a décidé de changer, et ce qu’ils apportent.
Lorsqu’un enfant naît, il est le centre de l’attention, son narcissisme est parfaitement normal et il est une étape même de la vie. Dans toutes les versions, autres que celle de Pommerat, la relation entre Cendrillon et ses demi- sœurs est extrêmement importante. Ces dernières sont jalouses de la beauté de Cendrillon, ce modèle de vertu doit donc exécuter des tâches toutes aussi atroces les unes que les autres, elle est réduite à un être inférieur et sans intérêt, le père, lorsqu’il est encore en vie, ne se préoccupe plus de la jeune fille mais seulement de sa nouvelle femme et de sa nouvelle famille. Comme lorsqu’une petite sœur nait, le monde de l’enfant aîné s’écroule, il n’est plus le seul et l’unique et la jalousie apparaît donc! Viennent alors les mauvaises pensées, celles qui naissent de la jalousie, même un enfant unique les ressent face à d’autres enfants car il y aura toujours plus fort que soi. Bref l’enfant a des pensées qu’il estime, lui-même, mauvaises, ce qui l’amène à vouloir se faire justice et donc à se punir. Cendrillon qui se sait plus belle et meilleure que ses demi-sœurs se cache derrière ses corvées de la supériorité qu’elle voit en elle, elle s’estime donc supérieure sans vraiment vouloir le reconnaître et pense donc « mal » de nouveau. Elle pense mériter son calvaire! Et c’est ici que Sandra rejoint les autres Cendrillons, si les autres estiment mériter les punitions car elles pensent du mal des demi- sœurs, Sandra elle pense mériter sa déchéance car elle oublis trop souvent sa mère ou pire elle ne supporte plus d’y penser continuellement. Les tâches ménagères que les Cendrillons exécutent sont donc certes des ordres mais malgré tout elles ne s’en plaignent jamais et recommencent encore et toujours comme si c’était elles-même qui en faisaient le choix.
Dans la mise en scène de Pommerat, Cendrillon réclame même les tâches et remplace finalement la femme de ménage, elle montre donc que si elle pense mériter sa punition, elle n’a donc aucune limite, il n’y a pas de fin possible à moins de ne plus se considérer comme étant mauvaise.
Passons aux personnages.
Dans toutes les versions de Cendrillon ce surnom vient de la cendre, mais Pommerat donne une nouvelle dimension à son personnage car si celui-ci porte le surnom de Cendrillon, il porte avant tout un véritable prénom. Sandra. Immédiatement le lecteur ou spectateur voit une personne plus qu’un personnage, de plus le surnom de Cendrillon n’apparait qu’à la fin et ce de manière méliorative, car c’est par erreur que le jeune prince lui donne ce surnom. Le fait est que dans la mise en scène de Pommerat on se rend compte que lorsque le prince la prénomme ainsi, Sandra est loin d’être choquée mais plutôt flattée car passer de Cendrier à Cendrillon c’est, dans la version de Pommerat, plutôt une amélioration.
Contrairement au dessin animé de Disney, le personnage n’a rien de magnifique, Sandra n’est pas une beauté stéréotypée sans le moindre défaut aux traits absolument vertueux. Non elle est humaine, Déborah Rouach est simple et son apparence physique ne compte pas (à part sa petite taille pour jouer le rôle d’une enfant), seul son caractère et son histoire importent. Pommerat rend par-là l’histoire de Cendrillon plus proche de nous car personne n’est doté de tous les dons à la naissance. On s’identifie donc plus facilement. Mais paradoxal : le spectateur est plus proche d’elle, comme des autres acteurs, car elle est plus réelle qu’imaginaire, pourtant il peut s’en détacher car ses problèmes ne sont pas
buée sur un carreau il s’efface pour disparaître. La fin est pour Sandra et pour lui comme une renaissance, le deuil est passé et ils sont à nouveau une famille, ce qui peut être comparé au tout début de la pièce puisque le père de Sandra veut se remarier afin d’avoir une nouvelle famille, comme s’il avait oublié qu’avec sa fille ils en étaient déjà une.
Enfin la fée. Noémie Carcaud joue à la fois le rôle de la mère et de la fée, ce qui amène à penser clairement que la fée est la représentation que Sandra se fait en quelque sorte d’une mère, car celle-ci l’écoute, la conseille, la fait bouger, en somme elle est là pour elle au moment où elle en a le plus besoin et quand elle ne s’y attend pas. On peut supposer que la fée est un personnage que Sandra se crée à l’image de sa mère car celle-ci lui manque atrocement et au lieu de l’aider elle la détruit, la fée n’existe donc pas forcément, c’est même probablement pour cela que ses tours de magie ne fonctionnent pas, elle n’a aucun pouvoir particulier à part celui d’être à la fois la fée et la mère de Sandra, mais sans craindre la mort mais plutôt l’ennui. Le seul moment où l’on peut supposer sa réelle existence c’est lorsqu’elle emmène Sandra au bal en voiture, même si cela ne reste que des mots sans image associée. Mais la pièce donnant une importance plus que particulière aux mots, je pense que ce détail est un indice que l’on ne peut ignorer.
En somme les personnages sont bien loin de ceux des autres versions, car dans les autres soit le père meurt, soit on n’en entend plus parler (léger lien avec le fait que le père devienne comme invisible). La belle-mère n’est pas aussi complexe, elle est simplement mauvaise, mais pense à sa richesse sans être pour autant une femme niaise. De plus elle veut utiliser ses filles pour parvenir à ses fins tandis que chez Pommerat elle est prête à écraser ses propres enfants. Le personnage de Pommerat est donc beaucoup plus horrible et monstrueux, donc terrifiant et angoissant. La fée, n’a rien d’une fée, elle est là et aide Sandra mais sans utiliser la magie, le merveilleux disparaît donc du conte, mais ce n’est pas plus mal, car Pommerat montre ainsi aux enfants qu’il n’y a pas besoin de magie pour se sortir des situations les plus difficiles, juste de volonté et de patience, car la fée fait preuve d’une infinie patience afin que Sandra s’ouvre à elle. Enfin Sandra est loin d’être une petite fille simplement belle et vertueuse, elle est bien plus que cela, elle a son franc parler et comme tout le monde elle a de mauvaises pensées, elle peut comme tout le monde ne pas vraiment écouter, ne pas comprendre, et comme tout le monde elle peut aussi sortir des situations les plus douloureuses.
Il ne reste que les sœurs qui, elles, ne changent pas et restent des personnages stéréotypés. Ce qui donne une fonction comique évidente et forte au texte et donc à la mise en scène du conte.
La mise en scène de Pommerat est bien loin de tout ce qu’on l’on aurait pu imaginer. Loin des décors merveilleux des autres versions, il a réussi à trouver l’idée parfaite pouvant faire ressentir aux spectateurs toutes sortes d’émotions. Un décor donc étrange pour une pièce étrange.
Les murs étaient recouverts d’écrans sur lesquels des images passaient. Lors du tout début de la pièce, les écrans montraient un ciel bleu clairsemé de nuages. L’effet créé était intemporel, il n’y avait pas de lieu, pas de date, de plus l’acteur sur scène parlait par gestes.
Gestes qui avaient pour chacun des spectateurs une signification personnelle, car si, effectivement, l’homme sur scène était doublé par une voix de femme, les paroles n’avaient pas forcément de lien avec les mouvements. La femme parlant dans la première scène ne sait plus qui elle est, ni où, ni quand. Et même si le spectateur se doute que c’est Sandra ce n’est pas clairement dit. Pommerat laisse donc un doute, une incertitude, planer sans que cela nuise au bon déroulement de la pièce, comme s’il voulait montrer que dans le fond ce qui importe ce n’est pas ce que le personnage a vécu mais plutôt l’effet que son histoire peut avoir sur les spectateurs.
La chambre de Sandra est nue, il n’y a qu’un lit métallique m’évoquant celui d’un asile, une ampoule au plafond et une grande armoire terrifiante. Pour moi il est évident que cette chambre, qui n’est qu’une cave, montre à quel point Sandra ne trouve pas sa place ni qui elle est. Il n’y a aucune trace de sa personnalité, comme si le souvenir de sa mère l’avait totalement effacée. Le souvenir de sa mère qui est morte, d’où la couleur noire.
Lors du bal, on est très loin de l’idée d’un grand bal pompeux et grandiose, en somme de ce qu’imagine la future femme du père de la très jeune fille. C’est une soirée remise au goût du jour, et si le texte ne précise pas à quelle époque l’histoire se déroule on sait que c’est dans notre période (voiture, machine à laver, train, boîte de nuit, téléphones portables…), Pommerat fait donc comme les autres auteurs en adaptant le conte à son époque.
Le merveilleux des contes a donc complètement disparu et même dans les tenues qui sont simples, sauf lorsque la famille de la future femme va à la soirée, mais c’est ridicule pour la situation, Pommerat montre peut être ici qu’il faut être un peu plus réaliste et ne pas se laisser enfermer dans ses rêves merveilleux, mais il dit aussi que l’imagination est nécessaire et vitale, car Sandra se l’interdit et se dépérit, tandis que la belle mère qui se le refuse aussi, nourrit malgré tout des fantasmes ridicules.
Une différence très importante est qu’au tout début lors de la mort de sa mère, Pommerat fait comme Grimm et montre cette scène atroce. Mais il y a entre les deux une différence notable : si dans la version de Grimm les paroles sont bien interprétées, ce n’est pas le cas pour celle de Pommerat et c’est d’ailleurs grâce à cela que l’un des sujets de la pièce est posé : l’incompréhension. Cet événement marquant construit les personnages de Cendrillon, car en fonction des dernières paroles chacune va se créer une personnalité pour y correspondre.
Pommerat a aussi fait des clins d’œil aux autres versions, comme la pantoufle de verre : dans sa mise en scène c’est la maison qui est en verre, évoquant à la place de la rareté et de la délicatesse, le manque d’intimité et de chaleur.
De plus c’est la future belle-mère qui perd sa chaussure en fuyant le château, ici il est évident que Pommerat réalise en quelque sorte le souhait du personnage de vivre un conte de fée puisque après tout c’est ce qu’il se passe dans les autres versions. La belle- mère rêve donc de Cendrillon.
Enfin, ce n’est pas Cendrillon qui donne sa chaussure mais le jeune prince qui lui offre, c’est une manière délicate et simple de créer entre eux un lien d’amitié, et cela a