Notes sur la monnaie et les banques - 2° partie, Notes de Gestion des affaires
Sylvestre_Or
Sylvestre_Or10 janvier 2014

Notes sur la monnaie et les banques - 2° partie, Notes de Gestion des affaires

PDF (210 KB)
10 pages
189Numéro de visites
Description
Notes de gestion sur la monnaie et les banques - 2° partie. Les principaux thèmes abordés sont les suivants: la valeur comparative de l’or, du blé, et la main-d’oeuvre, dans les pays riches et dans les pays pauvres, les...
20points
Points de téléchargement necessaire pour télécharger
ce document
Télécharger le document
Aperçu3 pages / 10
Ceci c'est un aperçu avant impression
3 shown on 10 pages
Télécharger le document
Ceci c'est un aperçu avant impression
3 shown on 10 pages
Télécharger le document
Ceci c'est un aperçu avant impression
3 shown on 10 pages
Télécharger le document
Ceci c'est un aperçu avant impression
3 shown on 10 pages
Télécharger le document

possédait quelque propriété qui lui était inhérente, et moyennant laquelle il réglait à cette

époque, comme il devait régler toujours la valeur de la monnaie d’argent.

À l’époque de la refonte des monnaies d’or, en 1774, une guinée nouvellement frappée à la

Monnaie ne s’échangeait que contre 21 shillings dégradés ; mais sous le roi Guillaume, la

monnaie d’argent étant également dégradée, une guinée nouvellement frappée s’échangeait

contre 30 shillings. Là-dessus M. Buchanan fait l’observation suivante : « Voici donc un fait

très-singulier, et duquel les théories reçues n’offrent aucune explication ; nous voyons à une

époque la guinée s’échangeant contre 30 shillings dégradés (qui était sa valeur intrinsèque), et

plus tard cette même guinée ne s’échangeant plus que contre 21 de ces mêmes schillings

dégradés. Il faut nécessairement qu’il se soit opéré quelque changement remarquable dans

l’état des monnaies entre ces deux époques, changement sur lequel le docteur Smith ne donne

aucun éclaircissement. »

Il me semble que la solution de cette difficulté est très-aisée, si l’on explique la différence dans

la valeur de la guinée aux deux époques mentionnées, par les différentes quantités de monnaie

d’argent dégradée qui se trouvait en circulation. Sous le règne du roi Guillaume, l’or n’était pas

un moyen légal de paiement, il n’avait qu’une valeur de convention. Tous les forts paiements

étaient vraisemblablement faits en monnaie d’argent, surtout en raison de ce que le papier-

monnaie, et les opérations de banque étaient, à cette époque, peu compris. La quantité de cette

monnaie d’argent dégradée excédait la quantité de la monnaie d’argent dégradée qui serait

restée en circulation, si la bonne monnaie avait seule eu cours, et par conséquent elle se

trouvait non-seulement dégradée, mais encore dépréciée. Mais dans la suite, lorsque l’or devint

moyen légal de paiement, et qu’on employa aussi des billets de banque dans les paiements, la

quantité de monnaie dégradée d’argent n’excéda pas la quantité de la bonne monnaie d’argent

nouvellement frappée qui aurait circulé s’il n’y avait pas en de monnaie dégradée d’argent ;

c’est pourquoi, quoique cette monnaie fût altérée, elle ne fut pas dépréciée. L’explication qu’en

donne M. Buchanan est un peu différente ; il croit que la monnaie du métal qui domine dans la

circulation, est sujette à la dépréciation, mais que l’agent subalterne ne l’est pas. Sous le roi

Guillaume, la monnaie principale qui était d’argent, fut par conséquent sujette à être dépréciée.

En 1774, l’argent n’était plus que subsidiaire, et en conséquence il conserva sa valeur. La

dépréciation des monnaies ne dépend cependant pas de ce qu’un des métaux est l’agent

principal de la circulation, et l’autre un agent subsidiaire ; elle ne provient que de ce que la

quantité d’un métal monnayé jeté dans la circulation est excessive[121]. Il n’y a pas grand

inconvénient à établir un droit modéré de monnayage, surtout sur la monnaie destinée au

paiement des petites sommes. Les pièces frappées acquièrent en général un surcroît de valeur

égal au montant du droit, et cet impôt est par conséquent un de ceux qui n’affectent nullement

ceux qui le paient, tant que la quantité de monnaie en circulation n’est pas excessive. Il faut

cependant remarquer que, dans un pays où il y a un papier-monnaie en circulation, quoique

ceux qui l’émettent soient tenus de le rembourser en espèces, si le porteur l’exige, il peut

cependant arriver que ces billets, ainsi que les espèces, soient dépréciés de tout le montant du

droit de monnayage établi sur le métal reconnu comme le seul moyen légal de paiement, et

cela, avant que les règlements tendant à limiter la circulation du papier aient pu opérer. Si le

droit de monnayage sur les pièces d’or était, par exemple, de 5 pour 100, la monnaie courante

pourrait, par une forte émission de billets de banque, se trouver réellement dépréciée de 5 pour

100 avant que les porteurs de ces billets eussent trouvé de l’intérêt à les échanger contre des

espèces pour les fondre en lingots.

Nous ne serions jamais exposés à éprouver une pareille dépréciation, s’il n’existait point de

droit de monnayage ; ou si, malgré l’existence du droit, les porteurs de billets de banque

pouvaient en demander le remboursement en lingots, à 3 l. 17 sh. 10 ½ d., prix de la monnaie,

et non en espèces monnayées. À moins donc que la banque ne soit tenue de rembourser ses

billets en lingots ou en espèces monnayées au gré du porteur, la loi récente qui a établi en

Angleterre un droit de monnayage de 6 pour 100, ou de quatre pence par once d’argent, mais

en ordonnant que l’or sera frappé par la monnaie sans frais, est peut-être la mesure la plus

sage, et la plus efficace pour empêcher toute variation inutile dans les monnaies[122].

Chapitre 28 - De la valeur comparative de l’or, du blé, et de la main-d’œuvre, dans les pays riches et dans les pays pauvres

« L’or et l’argent comme toute autre marchandise, dit Adam Smith, cherchent naturellement le

marché où l’on donne le meilleur prix pour les avoir. Or, pour quelque denrée que ce soit, ce

meilleur prix sera toujours offert par le pays qui est le plus en état de le donner. Le travail,

comme il faut toujours se le rappeler, est le prix qui, en dernière analyse, paie tout, et dans

deux pays ou le travail sera également bien récompensé, le prix du travail en argent sera en

proportion du prix des subsistances. L’or et l’argent s’échangeront donc naturellement contre

une plus grande quantité de subsistances dans un pays riche que dans un pays pauvre, dans un

pays où les subsistances abondent, que dans un pays qui n’en est que médiocrement fourni. »

Mais le blé est une marchandise, ainsi que l’argent et les autres choses ; or, si toutes les

marchandises ont une grande valeur échangeable dans un pays riche, on ne doit pas en

excepter le blé. Il pourrait donc être exact de dire, en ce cas, que le blé s’échange contre une

grande quantité de monnaies, parce qu’il est cher, et que la monnaie s’échange de même

contre une grande quantité de blé, parce qu’elle est chère aussi, ce qui serait affirmer que le blé

est à la fois cher et à bon marché. Il n’y a pas de principe qui puisse être mieux établi en

économie politique que celui par lequel on reconnaît qu’un pays riche, de même qu’un pays

pauvre, est retenu dans l’accroissement de sa population par la difficulté progressive d’obtenir

des subsistances. Cette difficulté doit nécessairement faire hausser le prix relatif des

subsistances et en encourager l’importation. Comment se peut-il que la monnaie d’or ou

d’argent s’échange contre plus de blé dans les pays riches que dans les pays pauvres ? Ce n’est

guère que dans les pays riches où le blé est cher, que les propriétaires fonciers engagent la

législature à prohiber l’importation du blé. A-t-on jamais entendu parler d’une loi en Amérique

ou en Pologne qui défendît l’importation des produits de l’agriculture ? La nature y a mis un

obstacle insurmontable en rendant la production de ces denrées beaucoup plus facile dans ces

pays-là que dans les autres.

Comment donc peut-il être vrai « qu’à l’exception du blé et d’autres substances végétales, qui

sont entièrement le fruit de l’industrie de l’homme, tous les autres produits naturels, le bétail,

la volaille, le gibier, les fossiles et les minéraux utiles, etc., renchérissent naturellement à

mesure que la société fait des progrès ? » L’erreur du docteur Smith, dans tout le cours de son

ouvrage, consiste clans la supposition que le blé a une valeur constante qui ne peut jamais

monter, quoique la valeur de toutes les autres choses puisse augmenter. Selon lui, le blé a

toujours une même valeur, parce qu’il sert toujours à nourrir le même nombre d’individus. On

aurait autant de raison de soutenir que le drap ne change jamais de valeur, parce qu’avec une

quantité donnée, on peut toujours en faire le même nombre d’habits. Qu’y a-t-il de commun

entre la valeur et la propriété de servir à la nourriture et aux vêtements[123] ?

Le blé, comme toute autre marchandise, a dans chaque pays son prix naturel, c’est-à-dire le

prix que sa production exige, et sans lequel on ne pourrait pas le cultiver ; c’est ce prix qui

règle le prix courant, et qui détermine s’il convient d’exporter du blé à l’étranger. Si l’impor-

tation du blé était prohibée en Angleterre, le prix naturel du blé pourrait y monter à 6 l. st. le

quarter, pendant qu’il serait en France à la moitié de ce prix. Si alors on levait la prohibition

d’importer du blé, il tomberait dans le marché anglais, non à un prix moyen entre 6 l. et 3 l.,

mais il y baisserait en définitive, et s’y maintiendrait à son prix naturel en France, c’est-à-dire

au prix auquel il pourrait être porté au marché anglais, en rapportant les profits ordinaires aux

capitaux français, et il se soutiendrait à ce prix - que l’Angleterre en consommât d’ailleurs cent

mille ou un million de quarters. Si la demande de l’Angleterre montait à cet dernier chiffre, il

est vraisemblable que la nécessité où se trouverait la France d’avoir recours à la culture de

terrains moins fertiles pour pouvoir fournir un si fort approvisionnement, ferait hausser en

France le prix naturel du blé, et cela influerait par conséquent sur son prix en Angleterre. Ce

que je prétends, c’est que le prix naturel des choses dans le pays qui exporte, est celui qui

règle en définitive le prix auquel ces choses doivent être vendues, si elles ne sont pas sujettes à

un monopole dans le pays qui importe.

Mais le docteur Smith, qui soutient avec tant de talent la doctrine qui établit que le prix naturel

des choses règle en dernière analyse leur prix courant, a supposé un cas dans lequel il pense

que le prix courant ne serait réglé ni par le prix naturel du pays qui exporte, ni par celui du

pays qui importe. « Diminuez, dit-il, l’opulence réelle de la Hollande ou du territoire de Gênes,

le nombre des habitants y restant toujours le même ; diminuez la faculté qu’ont ces pays de

tirer leurs approvisionnements des pays éloignés, et vous verrez que, bien loin de baisser avec

cette diminution dans la quantité de l’argent, - laquelle, soit comme cause, soit comme effet,

doit nécessairement accompagner cet état de décadence, - le prix du blé s’y élèvera au taux de

famine. »

Je pense qu’il en résulterait précisément le contraire. La diminution des ressources des

Hollandais et des Génois, pour acheter du blé dans les marchés étrangers, pourrait faire baisser

le prix du blé, pendant un certain temps, au-dessous de son prix naturel dans le pays d’où on

l’exportait, aussi bien que dans le pays qui l’importait ; mais il est absolument impossible que

cela pût jamais faire monter le blé au-dessus de son prix naturel. Ce n’est qu’en augmentant

l’opulence des Hollandais ou des Génois que vous pourriez faire augmenter la demande du blé,

et le faire monter au-dessus de l’ancien prix ; et cela n’aurait même lieu que pendant un espace

de temps très-borné, à moins qu’il ne survînt de nouveaux obstacles qui rendissent plus

difficile d’obtenir l’approvisionnement nécessaire.

Le docteur Smith dit encore à ce sujet : « Quand nous venons à manquer des choses

nécessaires, il faut alors renoncer à toutes les choses superflues, dont la valeur, qui, dans les

temps d’opulence et de prospérité ; monte rapidement, baisse de même dans les temps de

pauvreté et de détresse. » Cela est de toute vérité ; mais il ajoute : « Il en est autrement des

choses nécessaires. Leur prix réel, la quantité de travail qu’elles peuvent acheter ou com-

mander, s’é1ève dans les temps de pauvreté et de détresse, et baisse dans les temps d’opu-

lence et de prospérité, qui sont toujours des temps de grande abondance, sans quoi ils ne

seraient pas des temps d’opulence et de prospérité. Le blé est une chose nécessaire ; l’argent

n’est qu’une chose superflue. »

Il y a dans ce raisonnement deux propositions mises en avant, qui n’ont aucune liaison entre

elles : l’une, que, dans les circonstances supposées, le blé pourrait commander plus de travail,

ce que nous admettons ; l’autre, que le blé aurait un plus haut prix en argent, ou s’échangerait

contre une plus grande quantité d’argent métallique. C’est cette seconde proposition que je

crois fausse. Elle pourrait être vraie, si le blé était rare en même temps que cher, si

l’approvisionnement ordinaire avait manqué. Mais, dans le cas supposé, le blé est en

abondance, et on ne prétend pas que l’importation en soit moindre que de coutume, ou qu’il en

faille davantage. Il manque aux Hollandais et aux Génois de l’argent pour acheter du blé, et,

pour avoir cet argent, ils sont obligés de vendre leurs superfluités. C’est la valeur et le prix

courant de ces superfluités qui baissent, et l’argent paraît hausser si on le compare à ces

objets. Mais cela ne fera pas augmenter la demande de blé, ni tomber la valeur de l’argent, qui

sont les deux seules causes qui puissent faire monter le prix du blé. Il peut y avoir une grande

demande d’argent, soit faute de crédit, soit par d’autres causes, et il peut renchérir en

conséquence par rapport au blé ; mais il est impossible d’établir sur aucun principe raisonnable

que, dans de semblables circonstances, l’argent doive être à bon marché, et que par

conséquent le prix du blé doive hausser.

Quand on parle du plus ou moins de valeur de l’or, de l’argent ou de toute autre marchandise

dans différents pays, on devrait toujours choisir une mesure pour estimer cette valeur, si l’on

veut être intelligible. Par exemple, quand on dit que l’or est plus cher en Angleterre qu’en

Espagne, si l’on ne l’estime pas en le comparant à d’autres marchandises, quel peut être le sens

de cette assertion ? Si le blé, les olives, l’huile, le vin et la laine sont à meilleur marché en

Espagne qu’en Angleterre, l’or, estimé au moyen de ces denrées, se trouvera être plus cher en

Espagne. Si, d’un autre côté, la quincaillerie, le sucre, le drap, etc., sont à plus bas prix en

Angleterre qu’en Espagne, dans ce cas, l’or, estimé au moyen de ces articles, sera plus cher en

Angleterre. C’est ainsi que l’or paraîtra cher où à bas prix en Espagne, selon que le caprice du

spéculateur lui fera choisir la mesure d’après laquelle il en estimera la valeur. Adam Smith,

ayant imprimé le caractère de mesure générale de la valeur au blé et au travail, aurait

naturellement estimé la valeur comparative de l’or par la quantité de ces deux objets contre

laquelle on pourrait l’échanger ; et par conséquent, quand il parle de la valeur comparative de

l’or dans deux pays, je dois croire qu’il veut parler de la valeur de l’or estimée en blé et en

travail.

Mais on a déjà vu que l’or, estimé en blé, peut avoir une valeur très-différente dans deux pays.

J’ai déjà tâché de faire voir que l’or, comparé au blé, sera à bas prix dans les pays riches, et

cher dans les pauvres. Adam Smith est d’une opinion différente ; il pense que la valeur de l’or

estimé en blé est plus élevée dans les pays riches. Mais sans nous arrêter davantage à examiner

laquelle de ces deux opinions est la vraie, l’une et l’autre suffisent pour faire voir que l’or n’est

pas nécessairement à plus bas prix dans les pays qui en possèdent des mines, quoique Adam

Smith soutienne cette proposition. Supposons que l’Angleterre soit en possession de mines

d’or, et que l’opinion d’Adam Smith, qui veut que l’or ait plus de valeur dans les pays riches,

soit exacte ; dans ce cas, quoique l’or sortît naturellement de l’Angleterre pour aller s’échanger

dans tous les autres pays contre leurs marchandises, il ne s’ensuivrait pas qu’il se trouvât

nécessairement à plus bas prix en Angleterre, comparé au blé et au travail, que dans les pays

étrangers. Dans un autre endroit, cependant, Adam Smith dit que les métaux précieux sont

nécessairement à plus bas prix en Espagne et en Portugal que dans les autres pays de l’Europe,

parce que ces deux États se trouvent être les possesseurs presque exclusifs des mines qui les

fournissent. « La Pologne, dit-il, qui n’est pas délivrée du système féodal, est encore

aujourd’hui un pays aussi misérable qu’il n’était avant la découverte de l’Amérique. Cependant

le prix du blé a monté en Pologne; la valeur réelle des métaux précieux y a baissé, comme dans

tous les autres endroits de l’Europe. La quantité de ces métaux a donc dû y augmenter comme

ailleurs, et à peu près dans la même proportion, relativement au produit annuel de ses terres et

de son travail. Avec cela, cette augmentation dans la quantité de ces métaux n’a pas, à ce qu’il

semble, augmenté ce produit annuel, n’a pas étendu l’agriculture et les manufactures du pays,

ni amélioré le sort de ses habitants. L’Espagne et le Portugal, qui possèdent les mines, sont

peut-être après la Pologne, les deux pays les plus pauvres de l’Europe ; cependant il faut bien

que la valeur des métaux précieux soit plus basse en Espagne et en Portugal que dans tout

autre endroit de l’Europe, puisque de ces deux pays ils viennent se rendre dans tous les autres,

avec la charge, non-seulement du fret et de l’assurance, mais encore avec la dépense de la

contrebande, leur exportation étant ou prohibée ou soumise à des droits. Leur quantité, par

rapport au produit annuel des terres et du travail, doit donc nécessairement être plus grande

dans ces deux pays qu’en aucun autre endroit de l’Europe ; cependant ces pays sont plus

pauvres que la plupart des autres États de l’Europe. C’est que si le système féodal a été aboli en

Espagne et en Portugal, il y a été remplacé par un système qui ne vaut guère mieux. »

Voici, selon moi, à quoi se réduit le raisonnement du docteur Smith. L’or, estimé en blé, est à

plus bas prix en Espagne que dans les autres pays ; et la preuve en est, que ce n’est pas du blé

que les autres pays donnent à l’Espagne, en échange pour son or, mais bien du drap, du sucre,

des quincailleries, qu’on échange contre ce métal.

Chapitre 29 - Des impôts payés par le producteur

M. Say exagère beaucoup les inconvénients qui résultent des impôts établis sur les produits

manufacturés, surtout lorsqu’ils portent sur la première époque de la fabrication, et avant que

ces produits soient terminés. Les manufacturiers, dit-il, par les mains desquels le produit

manufacturé doit. passer successivement; sont obligés d’employer de plus gros capitaux, par la

nécessité où ils se trouvent de faire l’avance du montant de l’impôt, ce qui est souvent très-

gênant pour des manufacturiers qui n’ont qu’un très-mince capital et un très-faible crédit.

Un autre inconvénient sur lequel il insiste est que, par suite de l’avance de l’impôt, l’intérêt de

cette avance doit être aussi supporté par le consommateur, et que cette addition d’impôt est

une de celles dont le fisc ne profite pas.

Je ne puis pas admettre cette seconde objection de M. Say. Supposons que l’État ait besoin de

lever immédiatement 1000 l. st., et qu’il lève cette somme sur un manufacturier qui ne pourra

la faire payer au consommateur que dans un an, quand les produits seront achevés. Par suite de

ce retard, il est obligé d’augmenter le prix des ouvrages de sa fabrique, non-seulement de

1000 l., montant de l’impôt, mais vraisemblablement de 1100 l., 100 l. étant l’intérêt des 1000

l. qu’il a avancées. Mais, moyennant cette addition de 100 l. payées par le consommateur, le

fabricant a un profit réel, en ce que le paiement de l’impôt que le gouvernement exigeait sans

délai, et qu’il doit payer en définitive, a été ainsi retardé d’un an. Cela met le gouvernement en

état de prêter au manufacturier les 1000 l. dont il a besoin, à 10 pour cent d’intérêt, ou à tout

autre taux dont il soit convenu, - 1100 l. payables à la fin d’un an, l’argent étant à 10 pour

cent, ne valant pas plus, en effet, que 1000 l. payables sur-le-champ. Si le gouvernement

n’exige l’impôt qu’après un an, lorsque la fabrica cation des ouvrages manufacturés se trouvera

terminée, il sera peut-être obligé d’émettre une obligation du trésor portant intérêt, et l’intérêt

lui coûterait autant que ce que le consommateur épargnerait dans le prix, non compris

cependant la partie du prix que le manufacturier pourrait, en vertu de l’impôt, ajouter à son

gain réel. Si le gouvernement avait dû payer cinq pour cent pour l’intérêt de l’obligation du

trésor, il y aura 50 l. d’impôts d’épargnés par la non-émission de l’obligation. Si le

manufacturier emprunte le capital additionnel dont il a besoin pour faire l’avance de l’impôt à 5

pour cent, et s’il le fait payer à 10 pour cent au consommateur, il aura gagné 5 pour cent sur

son avance en sus de ses profits ordinaires ; en sorte que le manufacturier et le gouvernement

gagnent ou épargnent tous deux précisément la somme que le consommateur paie.

M. de Sismondi, dans son excellent livre de la Richesse commerciale, en suivant le

raisonnement de M. Say, a calculé qu’un impôt de 4000 francs, payé dans l’origine par un

manufacturier dont les profits ne seraient qu’au taux modéré de 10 pour cent, si le produit

manufacturé passait seulement par les mains de cinq différentes personnes, reviendrait au

consommateur à la somme de 6734 francs. Ce calcul est fondé sur la supposition que celui qui

le premier a fait l’avance de l’impôt, a dû recevoir du second manufacturier 4400 francs, et ce

dernier du troisième 4840 francs ; en sorte que chaque fois que le produit passerait par les

mains d’un autre manufacturier, il se trouverait chargé de 10 pour cent sur sa valeur. C’est

supposer que la valeur de l’impôt s’accroît selon un taux d’intérêt composé, non au taux de 10

pour cent par an, mais au taux de 10 pour cent chargé à chaque transmission progressive.

L’opinion de M. de Sismondi serait exacte s’il s’était écoulé cinq ans depuis la première avance

de l’impôt jusqu’à la vente du produit imposé au consommateur ; mais si une seule année s’est

écoulée, une rétribution de 400 fr., au lieu de 2734, aura fourni un profit au taux de 10 pour

cent à tous ceux qui auraient contribué à faire l’avance de l’impôt, soit que l’ouvrage

manufacturé eût passé par les mains de cinq ou cinquante manufacturiers.

Chapitre 30 - De l’influence que l’offre et la demande ont sur les prix

Ce sont les frais de production qui règlent en dernière analyse le prix des choses, et non

comme on l’a souvent avancé, le rapport entre l’offre et la demande. Ce rapport, à la vérité,

modifie pour quelque temps la valeur courante d’une chose, selon que la demande peut avoir

augmenté ou diminué et jusqu’à ce que l’approvisionnement en devienne plus ou moins

abondant ; mais cet effet n’aura qu’une durée passagère.

Diminuez les frais de la fabrication des chapeaux, et leur prix finira par tomber à leur nouveau

prix naturel, quoique la demande puisse doubler, tripler, ou quadrupler. Diminuez les frais de

l’entretien des hommes, en diminuant le prix naturel de la nourriture et des vêtements qui

soutiennent la vie, et vous verrez les salaires finir par baisser, quoique la demande de bras ait

pu s’accroître considérablement.

L’opinion que le prix des choses dépend uniquement de la proportion de l’offre avec la

demande, ou de la demande avec l’offre, est devenue presque un axiome en économie

politique, et a été la source de bien des erreurs dans cette science. C’est cette opinion qui a fait

avancer à M. Buchanan que les salaires n’éprouvent aucune influence par la hausse ou par la

baisse dans le prix des vivres, et qu’ils ne sont affectés que par la demande plus ou moins

grande de bras, et qu’un impôt sur les salaires des travailleurs ne ferait point hausser les

salaires, parce qu’il ne dérangerait pas le rapport entre le nombre d’ouvriers qui s’offrent, et la

demande qu’on en fait.

On ne peut pas dire que la demande d’une chose ait augmenté, si l’on n’en achète pas ou si

l’on n’en consomme point une plus grande quantité ; et cependant, dans de telles circons-

tances, sa valeur en argent peut hausser. Si l’argent baissait de valeur, le prix de toutes les

marchandises hausserait, car chacun des concurrents serait disposé à dépenser plus d’argent

qu’auparavant à faire des achats ; mais quoique le prix de toutes les marchandises eût haussé

de 10 ou de 20 pour 100, si l’on n’en achetait pas plus que par le passé, je crois qu’on ne

pourrait pas dire que le changement de prix de la marchandise a été l’effet d’une plus grande

demande ; son prix naturel, ses frais de production en argent, se trouveraient réellement

changés par la différente valeur de l’argent ; et sans aucun surcroît de demande, le prix de la

marchandise s’accommoderait à cette nouvelle valeur.

« Nous avons vu (dit M. Say) que les frais de production déterminent le plus bas prix des

choses, le prix au-dessous duquel elles ne tombent pas d’une manière durable, car alors la

production s’arrête ou diminue. » Liv. II, chap. 4.

Il dit ensuite que la demande de l’or ayant depuis la découverte des mines augmenté dans une

proportion encore plus forte que l’approvisionnement, « le prix de l’or estimé en marchandise,

au lieu de tomber dans la proportion de dix à un, n’a baissé que dans la proportion de quatre à

un ; » c’est-à-dire qu’au lieu de baisser en proportion de la baisse de son prix naturel, il n’est

tombé qu’en suivant la proportion de l’excès de l’approvisionnement par rapport à la

demande[124]. La valeur de chaque chose monte toujours en raison directe de la demande et en

raison inverse de l’offre.

Lord Lauderdale énonce la même opinion :

« Quand aux variations de valeur auxquelles toutes marchandise est exposé, dit-il, si nous

pouvions supposer pour un moment qu’une substance quelconque possédât une valeur

intrinsèque et fixe, de manière qu’une quantité déterminé eût toujours et dans toutes les

circonstances une même valeur, le prix de chaque chose, mesuré par une telle mesure fixe et

constante, varierait suivant le rapport entre sa quantité, et la demande qu’il y en aurait, et

chaque chose serait sujette à varier de valeur par quatre circonstances différentes :

1° Une chose augmenterait de valeur en raison de la diminution de sa quantité ;

2° Elle diminuerait de valeur, par l’augmentation de sa quantité ;

3° Elle pourrait augmenter de valeur en raison d’une plus forte demande ;

4° Elle pourrait diminuer de valeur, faute d’être demandée.

Comme il est cependant aisé de prouver qu’aucune chose ne peut avoir une valeur intrinsèque

et fixe qui puisse la rendre propre à mesurer la valeur des autres denrées, les hommes ont été

conduits à choisir, pour mesure pratique de la valeur, la matière qui parait le moins sujette à

varier de valeur par l’une ou l’autre des quatre causes ci-dessus énoncées, et qui sont les

seules qui fassent changer la valeur des choses.

Quand donc nous exprimons, dans le langage ordinaire, la valeur d’une chose quelconque,

cette valeur peut changer d’un temps à un autre par l’opération de huit causes différentes :

1° Par les quatre déjà énoncées, dans leur rapport avec la chose même dont nous voulons

exprimer la valeur ;

2° Par ces même causes, dans leur rapport avec la chose que nous avons adoptée comme

mesure fixe de la valeur. »

Tout ceci est vrai pour ce qui regarde les monopoles, et même, quant au prix courant de toute

marchandise, pendant un temps borné. Si la demande de chapeaux devient deux fois plus forte,

le prix en montera sur-le-champ ; mais cette hausse ne sera que temporaire, à moins que les

frais de production des chapeaux, ou leur prix naturel ne s’élève en même temps. Si le prix

naturel du pain baissait de 50 pour cent par suite de quelque grande découverte dans la

science de l’agriculture, la demande de pain n’augmenterait pas considérablement, personne

n’en voudrait avoir que ce qui lui suffirait pour satisfaire ses besoins, et la demande

n’augmentant pas, l’approvisionnement n’augmenterait pas non plus ; car il ne suffit pas qu’on

puisse produire une chose pour qu’elle soit produite en effet, il faut encore qu’on la demande.

Voici donc un cas où l’offre et la demande ont à peine varié, ou n’ont augmenté que dans une

même proportion ; et cependant le prix du blé aura baissé de 50 pour cent, et cela pendant que

la valeur de l’argent n’aura point éprouvé de variation.

Des produits dont un particulier ou une compagnie ont le monopole, varient de valeur d’après

la loi que lord Lauderdale a posée ; ils baissent à proportion qu’on les offre en plus grande

quantité, et ils haussent avec le désir que montrent les acheteurs de les acquérir ; leur prix n’a

point de rapport nécessaire avec la valeur naturelle ; mais quant aux choses qui sont sujettes à

la concurrence parmi les vendeurs, et dont la quantité peut s’augmenter dans des bornes

modérées, leur prix dépend en définitive, non de l’état de la demande et de

l’approvisionnement, mais bien dé l’augmentation ou de la diminution des frais de

production[125].

commentaires (0)
Aucun commentaire n'a été pas fait
Écrire ton premier commentaire
Ceci c'est un aperçu avant impression
3 shown on 10 pages
Télécharger le document