Poussière sur la ville - André Langevin : Analisi, Eesej de Littérature française. Alma Mater Studiorum – Università di Bologna

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Analisi di Poussiere sur la ville per il corso di Laurea magistrale Letteratura francofone sul tema del "Ailleurs"
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L’ailleurs littéraire et la figure de l’étranger

Poussière sur la ville

I ) Un ailleurs culturel et littéraire

Poussière sur la ville est un des premiers romans urbains de la littérature québécoise. Prenant le contrepied à une tradition littéraire assez stable, il traite l’ailleurs et l’altérité, thème récurrent de la littérature québécoise, en renversant la perspective.

La sortie de la littérature du terroir : La littérature du terroir met l’accent sur une peur de l’ailleurs et de l’autre. L’idéal campagnard est mis en avant, il y a un désir d’enracinement, de sédentarisation de la culture. L’opposition ville/ campagne est rude, présente les citadins comme des êtres rachitiques, submergé par les problèmes d’argent. La situation géographique et culturelle québécoise au XIXème et XXème pose un certain nombre de problématiques : on cherche à affirmer la culture canadienne française, en défense à l’anglophonie omniprésente. L’exode rural, vers les états unis ou l’ouest du canada ainsi que la rapide croissance industrielle font l’effet d’un déracinement. Le « déserteur de la terre », celui qui quitte la campagne pour la ville ou le voyage, devient la figure de l’altérité, une altérité dangereuse et néfaste. L’unique salvation est alors le retour à la terre, la campagne, l’agriculture. Langevin fait en ce sens un changement radical de paradigme, et le choix d’un narrateur intradiégétique n’est pas anodin. Par le regard peu conventionnelle d’Alain, ce que le roman du terroir présentait comme stable devient stagnant, et laisse place à une ode à la beauté du mouvement. En effet on a une dissociation de l’ailleurs et de l’autre qui était couplé dans la littérature du terroir comme les grands dangers menaçant l’immuable tradition agricole. L’ailleurs devient cet ici découvert par l’Autre, à savoir le jeune citadin découvrant la petite ville minière de Macklin.

Dimension idéologique : L’idéologie que défend Alain de manière passive entre en écho avec un mouvement né en 1950 dans la revue cité libre. C’est un désir d’émancipation d’une société aliénante symbolisée par la dimension moralisatrice du roman du terroir. Les grands piliers de ces romans sont la famille et la religion, mais ces notions sont désormais présenté comme des instrument de domination et de restriction de la liberté. Les années 50 sont pour le Québec des années de conservatisme exacerbé et la grève d’Abestenos, petite ville qui n’est pas sans rappelé celle de Macklin, marque le début de ce mouvement de contestation.

II ) Un ailleurs individuel

Groupe de référence : La petiteville de Macklin est un véritable microcosme social, particulièrement refermé sur lui-même. C’est un hui-clos, « un étau » aux règles très rigides et très conservatrice, symbole de la société patriarcale et du milieu populaire québécois. On a que très peu de référence au monde extérieur, au passé, au futur, et la ville semble être figé éternellement (le présent est d’ailleurs le temps choisi pour la narration). Ancré dans un immuable quotidien, les habitants et le paysage de Macklin se reflètent. C’est un lieu gris, sans joie, sans véritable distraction et qui, surtout, est recouvert de poussière, symbole des mines mais aussi du statique, comme l’était la moisissure chez Ananda Devi « D'une extrémité à l'autre, Macklin se plonge dans une laideur grisâtre ». Le désir de stabilité, le mépris de la migration, l’isolement de Macklin par rapport au reste du monde s’exprime aussi dans sa position « La ville est construite au fond d’une cuvette ». L’ultime choix d’Alain, celui de rester envers et contre tous a Macklin, symbolise le désir de ne pas détruire ou délaisser la société vieillissante mais de l’intégrer et la réformer : « Je les forcerais à m’aimer ». La dernière phrase du livre peut d’ailleurs être vu comme étant annonciatrice du changement.

Madeleine, femme et altérité : Madeleine, personnage qui reçut un accueil mitigé par la critique, est probablement la véritable protagoniste de l’histoire. Et pour cause, la focalisation interne faite sur Alain et l’amour inconditionnel de ce personnage pour son épouse la place au centre de toutes les préoccupations du livre. Et pourtant, on sait très peu de chose d’elle, sinon son irrémédiable élan vers la liberté. Plus qu’un ailleurs en tant que personnage littéraire, c’est un ailleurs en tant que femme. Pour Alain elle est comme la représentation d’un monde qui n’est pas le sien : le prolétariat, évidemment, mais aussi le désordre, l’état de nature. « Elle évitait naturellement les attitudes de convention », « Elle agace comme le cheval sauvage en liberté ». Infidèle, ne se cachant pas de l’être, remettre en cause les principes des villageois semble etre un jeu pour elle. Ambiguïté de ce personnage, qui est à la fois proche par son origine social et opposée par son mode de vie aux habitants du village. Il y a un contraste très clair entre elle et la ville environnante, une série d’opposition : à l’uniformité grise, Madeleine impose sa chevelure rousse, très souvent mentionnée et des habits de couleurs, ou le divan rose qui lui est affilié. A la grande rigidité morale de Macklin, Madeleine oppose sa « souplesse de jeune animal »

Madeleine et le désir d’ailleurs : Madeleine se caractérise par un désir compulsif, presque maladif d’ailleurs, qui la mène vers sa fin dans une course effrénée. Madeleine est le mouvement, n’existe aux yeux d’Alain et du lecteur que part les élans de son être. Elle ne peut être statique, et se lasse d’une chose avant même de l’avoir entre les mains, elle combat la réalité qui lui déplait par une fuite à la fois concrète et introspective, deux notions qui s’embrassent dans son dernier acte désespéré. Alain témoigne après sa mort son dégout pour les photos, dernière trace de Madeleine qui sont comme une négation de son existence. On peut voir son suicide comme l’ultime tentative d’atteindre un ailleurs définitivement, un ailleurs métaphysique qui la libère de « l’étau » de Macklin et comme le dit si bien Alain, elle invite à se joindre à elle l’amant dont elle attendait une forme de rédemption, peut-être la fin de la course. Jusque dans cette démarche Madeleine est mise en échec, puisque son amant survit, et tout le tragique de sa condition est souligné par ce fait.

Alain, le citadin : Il est le mouton noir de Macklin, sous de nombreux point de vue. Il est « l’homme venu d’ailleurs », presque étranger au sens propre puisqu’il est issu du milieu urbain et d’une situation aisé, et l’opposition entre le rural et l’urbain est centrale dans la littérature québécoise. S’il est, pendant une grande partie du livre, persuadé que la ville soutient Madeleine, c’est parce que celle-ci serait toujours une « prolétaire », un enfant d’ouvrier, qui de ce fait devrait être bien plus en phase avec le milieu minier de Macklin. Il est aussi l’homme qui pense différemment. Si l’idéologie d’Alain est exacerbé par la toile de fond très conservatrice de Macklin, c’est qu’elle reflète l’opposition contemporaine entre partisans de Cité libre et catholiques conservateurs. Son ailleurs est un ailleurs de pensée, un dépassement des frontières du politiquement correct vers une compréhension totale de l’humain. Sa position ambiguë à l’égard de la religion, se retranscrit dans son attitude face à sa femme : si la Bible prône l’amour de Dieu à travers l’épouse, Alain n’aime Madeleine que pour elle-même, au détriment de la religion et au sien. Il y a dérivation de la foi religieuse, un changement d’échelle, lorsqu’il compare le travail du prêtre à sa tolérance extrême pour les agissements de Madeleine.

Alain, un homme étranger à lui-même : « Je suis un intrus. Il faudrait que je me passe la main sur les yeux, que je secoue la tête pour découvrir que je n’ai rien à faire ici. Ce bureau n’est pas le mien et la femme qui dort ou lit en haut ne m’appartient pas. J’ai rêvé et, somnambule, je m’éveille dans la maison d’un autre. Je réussis presque à considérer ma nouvelle vie […] comme un étranger ». Au fil du roman, Alain devient peu à peu étranger à lui-même. Il tempère ses émotions par les supercheries de l’alcool, prend le rôle d’observateur objectif, renonce non sans mal à ce qui le caractérise en tant qu’individu. Pour se protéger, il parvient à devenir observateur de sa propre situation. Seul la mort de Madeleine lui permet d’opérer un violent retour à lui- même. Cette dimension confère à l’œuvre de Langevin une portée humaine et universelle, qui ne se limite pas dans les frontières. Il est a la fois héros du tragique et de l’absurde.

Influence de la littérature française ? Tragédie classique, Camus, Sartre, Henri Pierre Roché.

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