Psychologie, littérature et création , Eesej de Psychologie. Université Catholique de Louvain
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alizee_andre1617 juin 2016

Psychologie, littérature et création , Eesej de Psychologie. Université Catholique de Louvain

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« En quoi l’œuvre reflète-t-elle la psychologie intime de l’auteur et en quoi est-elle davantage que son simple prolongement ? »
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LPSP1333– Psychologie, Littérature et Création

Philippe LEKEUCHE

« En quoi l’œuvre reflète-t-elle la

psychologie intime de l’auteur et en

quoi est-elle davantage que son simple

prolongement ? »

Alizée ANDRE ROM12BA- Faculté de

08 juin 2015

Université Catholique de Louvain

Dans le cadre du cours LPSP1333 : Psychologique, Littérature et Création, la question

suivante nous a été posée : « En quoi l’œuvre reflète-t-elle la psychologie intime de l’auteur et

en quoi est-elle davantage que son simple prolongement ? »

Selon moi, de nombreux éléments, aussi bien psychiques, psychologiques et

sociologiques peuvent venir conforter ce questionnement. Mais avant tout nous sommes en

droit de poser et d’éclaircir certains points.

Tout d’abord, il faut savoir que l’œuvre est le résultat d’une création artistique que

l’on retrouve dans différents domaines comme la peinture, la sculpture, la musique, la poésie,

la littérature et bien d’autres.

Il faut également rappeler ce qu’est un auteur. Un auteur peut être une personne

comme vous et moi, artiste ou non. C’est un être humain avec des sentiments, des désirs, des

pulsions. Ce sont ces pulsions (bien souvent sexuelles selon Freud) qui le poussent à la

création. C’est un être qui ressent les choses et le monde qui l’entoure, ce qui peut le rendre

hypersensible. L’auteur, c’est son Moi et son inconscient, mais aussi une structure ou les

autres, les rencontres et les rapports sont compris. C’est grâce à cette structure complexe que

l’on va pouvoir produire une œuvre.

A partir de cela, comment peut-on affirmer que l’œuvre serait le reflet de la

psychologie intime de l’auteur ? A mes yeux, l’art est quelque chose qui nous engage

complètement, totalement ; tellement qu’il en devient vital pour pouvoir s’exprimer, exprimer

son for intérieur, ce que les mots ne peuvent pas toujours traduire. Le Moi peut s’exprimer à travers l’œuvre, il va projeter des choses intimes, des parties de lui-même, ce qui va donner

lieu au mécanisme psychique de la projection. Ainsi, nous pouvons par exemple retrouver

dans l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, de nombreux éléments qui

sont sans aucun doute liés à sa propre vie mais avec la présence d’un narrateur qui n’est pas

Proust mais qui devient son miroir. Par ailleurs, je me suis moi-même adonnée à la littérature

il y a peu et je ne peux nier le fait que lorsque nous écrivons, nous faisons souvent référence

à des choses qui nous ont touchées, qui nous rappellent des moments aussi bien douloureux

que joyeux. Nous créons un monde dans lequel des parties de notre vie, des parcelles de notre

propre univers s’y retrouvent.

Cependant, ce Moi projeté ne peut définir l’œuvre ; il y a également une part

d’inconscient avec laquelle il doit cohabiter. Un journal intime, par exemple, n’étant que la

projection intime du Moi ne pourrait devenir une œuvre. L’auteur doit prendre conscience de

cette part d’inconscient, doit l’analyser avec un œil critique et l’exprimer à travers son

œuvre. Il ne peut refouler cet inconscient dans quel cas la création serait impossible.

Ce qui va permettre à l’auteur de créer, c’est l’enfant qui est en lui. L’enfant va

engager ses sentiments et ses émotions dans son jeu et va pour un temps oublier ses

responsabilités pour se vouer entièrement au jeu qui pour lui mérite tout son attention car il

s’agit de quelque chose de sérieux. Il va par ce biais imaginer et créer un monde, son monde

composé de parties de lui-même mais avec toujours des accrochages à la vie réelle. Cette

imagination, selon Freud, serait pour l’auteur le moyen d’assouvir les instincts et les pulsions qui ne sont pas satisfaits dans le monde réel. Au lieu de refouler ses désirs, l’artiste va les

utiliser pour donner naissance à une œuvre. Dès lors, Freud posera l’œuvre comme étant une

« satisfaction imaginaire » 1 des désirs inconscients de l’auteur l’aidant ainsi à évacuer ses

éventuelles frustrations. Freud va même plus loin en liant la création artistique à la santé. En

effet, celui-ci donne une toute nouvelle définition à la santé : c’est la capacité d’aimer et de

travailler. Mais on ne parle pas réellement d’ « arbeiten » ici mais de « leistung und

genussfäkig », le verbe « leisten » voulant dire travailler mais au sens créatif ce qui contribue

à l’épanouissement et l’accomplissement personnel et utilise le mot « fäkig » qui veut dire

« capable » et donc avoir la capacité de jouir et d’aimer : « genuss ».2

L’art est un avant tout un travail personnel nourrit d’un désir propre. Ce désir va

permettre l’élévation de l’homme, va lui permettre de créer, va le faire rêver et fantasmer.

C’est aussi un désir lié à la pulsion d’existence. Un élément primordial dans la création de

l’œuvre sera de tenter d’y transférer ce désir.

L’auteur doit s’engager à faire ressentir aux autres le désir, l’amour, la satisfaction et

les pulsions qui l’habitent pour qu’ainsi le lecteur ou spectateur se sentent combler leur tour. C’est pourquoi nous pouvons dire que l’art montre l’individualité de l’auteur mais aussi sa

complémentarité par rapport à ceux qui le suivent dans son travail. L’art serait en quelque

sorte porteur de réalité. L’auteur va vouloir pénétrer la vérité psychologique de l’humain et

doit donc emprunter les voies de l’inconscient. Cela va aussi impliquer une lucidité et un désir

de vérité. Il va rediriger ses pulsions créatrices qui l’incitent à créer pour l’aider à investir la

réalité extérieure dans son œuvre afin que celle-ci devienne un objet de communication et de

partage qui répondrait aux demandes des lecteurs ou spectateurs d’être à leur tour satisfaits.

Par ce biais, nous pourrions dire que l’aboutissement artistique va permettre à

l’homme inachevé de se construire en tant qu’individu. L’œuvre ne serait pas que la

représentation de la psychologie intime, elle va dépasser son propre auteur (comme

Baudelaire avec ses Fleurs du Mal). Une définition sociologique de l’œuvre ne suffirait pas,

car la société peut se retrouver « en retard » par rapport à l’œuvre (comme pour les œuvres

d’Hector Berlioz ou encore d’Igor Stravinsky). Celle-ci échappe à la société mais peut aussi

échapper à l’auteur. Si celui-ci se trouve dans la maitrise, il peut également se retrouver

dépassé par ce qui se passe et ce qu’il produit. L’œuvre transcende alors son auteur. L’œuvre

se définit par ce qu’elle est, ce qui lui est intrinsèque et fonctionne selon ses propres lois, ce

qui nous permet de situer l’œuvre, comme l’a fait Kafka, comme un quasi-sujet.

Si nous nous penchons sur le Journal intime de Franz Kafka, celui-ci nous dit que

pour lui la création artistique se déroule en trois étapes. La première rejoignant plus au moins

1 Sigmund, Freud, Ma vie et la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1972. 2 Cfr. Philippe, Lekeuche, LPSP1333: Psychologie, Littérature et Création, cours 2014-2015.

ce que nous avons développé plus haut car Kafka déclare que la pulsion créatrice proviendrait

de la souffrance de l’auteur, ce dernier cherchant une impasse, un salut à travers son œuvre.

Ce qui reflète à nouveau le caractère très intime et personnel que l’œuvre contient.

Cependant, un point qui nous intéresse chez Kafka est la deuxième étape : le saut créateur3

(celui-ci permettra d’arriver à la troisième étape qui est le moment créateur qui va rendre

l’œuvre existante). Quand un auteur décide de se « mettre à l’œuvre », il choisit de

transmettre une part de son être à son œuvre comme nous l’avons vu plus haut. Mais l’œuvre

se différencie de l’objet par le fait que celle-ci se fait en partie d’elle-même, elle vient

d’ailleurs et attend d’être saisie, d’être faite, c’est une chose à venir, qui en soi existe donc

déjà mais reste « l’inconnu ». Pour se mettre à l’œuvre il faut donc passer une étape qu’est le

saut. Ce saut résulte de la décision de l’auteur, c’est le kaïros, moment décisif où l’auteur se

jette en avant de lui-même pour créer en s’arrachant à toutes ses déterminations. Mais comme

tout saut, cela comporte un risque. Cela ne se passe pas toujours bien et nous pouvons mal

retomber comme pour les sauts en longueur, en hauteur ou à la perche par exemple. Le saut créateur est alors valable pour l’art et pour l’existence humaine. L’œuvre va nous permettre

d’aller au-delà de la perfection et de la maîtrise en nous mettant à l’épreuve, en nous mettant

devant un choix dans lequel il faut s’impliquer entièrement. L’œuvre va également travailler

sur l’auteur et peut modifier des choses en lui. Bien entendu, il y aura toujours un risque que

cela rate mais la vie est également faite ainsi. La perfection ne permet pas l’engouement ou le

questionnement pour une œuvre. La création artistique est à l’image de l’homme, elle est

imparfaite, elle comporte des défauts mais ce sont justement ces imperfections qui vont nous

toucher en tant que lecteur ou spectateur et auteur car elles vont également permettre d’en

ressortir grandi et d’avancer en se promettant faire mieux au prochain saut, à la prochaine

décision. C’est cette incomplétude qui va rendre les œuvres « in-finies » et ainsi animer le

désir de l’homme. Nous ne pouvons simplement réduire l’œuvre à une production psychique

de l’auteur, bien qu’elle soit imprégnée d’une part de psychologie elle n’est pas qu’un

symptôme. L’œuvre agit également sur l’auteur, elle est, en quelque sorte, vivante.

A partir de ce constat, nous pourrions considérer l’œuvre comme ayant elle-même des

sentiments, des émotions. En effet, Rilke tend à soutenir cela en disant que l’œuvre serait

comme un être vivant qui attend qu’on vienne à lui et qu’on l’aime. C’est l’amour qui va

pouvoir juger l’œuvre et cet amour ne peut être donné que par le biais de la relation, de la

rencontre. C’est pour cela que l’œuvre laissera toujours une place pour l’autre pour que celui-

ci se rende compte de son potentiel en tant que sujet ou quasi-sujet (selon Rilke ou Kafka).

3 Cfr. Franz, Kafka, Journal intime, Paris, Rivages, 2008, coll. « Rivages Poche/ Petite Bibliothèque ».

L’autre sert à révéler ce qui se trouve dans l’œuvre et elle a donc besoin de cette personne, de

ce lecteur pour lire et trouver sa propre révélation déjà contenue en elle qui n’attend que

d’être perçue. La création artistique va donner naissance a un objet réel qui est destiné aux

autres, destiné à la communication bien que celle-ci contienne quelque chose d’éminemment

intime. L’œuvre deviendra un objet chargé d’imaginaire placé dans une réalité qui se doit

d’être partagée. Nous pouvons surtout le constater dans le domaine de la littérature. Dans une

œuvre littéraire, cette rencontre avec le lecteur doit avoir lieu, il faut qu’il y ait une

identification, un partage. Si le livre est dépourvu de cette place pour l’autre, le lecteur

décroche et ne parviendra pas à révéler le potentiel de l’œuvre. De nombreux écrivains,

théoriciens et philosophes continuent à défendre cette idée de lecteur inhérent à l’oeuvre.En

effet, Sartre énonce que « l’opération d’écrire implique celle de lire4 », Ingarden affirme que

la littérature ne s’effectue et n’aboutit que dans la lecture 5, Riffaterre stipule que le

« phénomène littéraire se situe dans le rapport entre le texte et le lecteur6», Eco ajoute que le

texte a été émis pour que quelqu’un l’aide à fonctionner et à l’actualiser et cette personne c’est le lecteur7, ce qui prouve l’importance du rôle du lecteur dans une œuvre.

Cependant, il faut aussi considérer le fait que l’œuvre peut changer des choses en

l’artiste mais aussi chez le lecteur. Quand l’œuvre nous touche ou donne l’impression de nous

concerner, nous pouvons toujours y trouver une part de nous-même. Comme la création

artistique provient de l’être humain, il est naturel que l’art nous offre une méthode de

connaissance valable sur l’individu et donc l’homme doit pouvoir se retrouver dans chaque

œuvre. Une fois cela fait, l’œuvre peut d’elle-même influencer la vie, les décisions, les

émotions du lecteur en fonction de l’interprétation personnelle de ce dernier. L’œuvre nous

renvoie à ce qu’il y a de plus intime en nous, de plus privé.

A travers ce travail, nous avons pu constater que l’œuvre est une création artistique

d’un auteur qui poussé par ses pulsions et désirs va se mettre à l’œuvre grâce au saut créateur

et va consciemment ou non y introduire des parcelles de lui-même, de sa propre vie et de ses

pensées en osant s’arracher à ses déterminations. Cependant, l’œuvre, si elle reflète la

psychologie intime de l’auteur, peut être considérée comme une entité à part entière, bien plus

significative qu’un simple objet ou que le simple prolongement de l’auteur. Celle-ci existant

déjà dans l’attente d’être captée par l’auteur pour par la suite se présenter comme autonome et

devenir un objet de partage, ayant besoin de l’autre, du lecteur, du spectateur pour qu’elle soit

4 Compagnon, Antoine, Le démon de la théorie. Littérature et sens commun, Paris, Seuil, 1998, coll. « La couleur des idées », pp.170-171. 5 Cfr Compagnon, Antoine, op.cit., p.176. 6 Riffaterre, Michel, La production du texte , Paris, Seuil, 1979, coll. « Poétique », p.89. 7 Cfr Eco, Umberto, Lector in fabula ou la coopération interprétative dans les textes narratifs, trad. par Myriam Bouzaher, Paris, Grasset, 1985, coll. « Figures », p.64.

révélée. Ainsi l’œuvre pourra exister pour ce qu’elle est et sera davantage qu’une production

psychique.

Bibliographie :

• Compagnon, Antoine, Le démon de la théorie. Littérature et sens commun, Paris, Seuil, 1998, coll. « La couleur des idées ».

• Eco, Umberto, Lector in fabula ou la coopération interprétative dans les textes narratifs, trad. par Myriam Bouzaher, Paris, Grasset, 1985, coll. « Figures ».

• Franz, Kafka, Journal intime, Paris, Rivages, , 2008, coll. « Rivages Poche/ Petite Bibliothèque ».

• Philippe, Lekeuche, LPSP1333: Psychologie, Littérature et Création, cours 2014-2015.

• Riffaterre, Michel, La production du texte, Paris, Seuil, 1979, coll. « Poétique ». • Sigmund, Freud, Ma vie et la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1972.

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