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Ce document explore le Nouveau Roman, un mouvement littéraire en réaction aux conventions du roman balzacien. Il examine la contestation du personnage traditionnel, la prééminence de la création langagière, et une nouvelle manière de lire. Le texte met en lumière les influences de Kafka, Virginia Woolf, Stendhal, Flaubert, Camus et Sartre. Il souligne l'importance de la participation accrue du lecteur et la subjectivité dans la perception du monde. Cette analyse approfondie des fondements théoriques et des caractéristiques du Nouveau Roman offre une perspective critique sur son impact littéraire, mettant en évidence la remise en question des normes et l'exploration de nouvelles formes d'expression.
Tipologia: Schemi e mappe concettuali
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Le roman n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture. Jean Ricardou
1956: N. Sarraute, L’ère du soupçon 1957: N. Sarraute, Tropismes A. Robbe-Grillet, La Jalousie Article d’Emile Henriot dans Le Monde , 22 mai 1957: expression “Nouveau Roman”
N. Sarraute, L’Ère du soupçon (éditions de Minuit, 1956) Seule une longue habitude, devenue pour nous une seconde nature, notre soumission à toutes les conventions généralement admises, notre distraction continuelle et notre hâte, et, par- dessus tout, cette avidité qui nous pousse à dévorer les appétissantes nourritures que ces romans nous offrent, nous font accepter de nous laisser prendre aux surfaces trompeuses que cette forme fait miroiter devant nous. […] Mais comment le romancier pourrait-il se délivrer du sujet, des personnages et de l'intrigue?
Influences:
Énigmatique Subjectivisme: étrangeté du monde, soulignée par la minutie des descriptions (« nouveau réalisme »?) Par conséquent: participation accrue du lecteur
Le roman ne cesse de renvoyer à sa propre élaboration, au travail de l’auteur. Le texte renvoie au langage, le seul matériau véritablement constitutif du roman PRÉÉMINENCE DE LA CRÉATION EN TANT QUE TRAVAIL LANGAGIER
Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman Nous en a-t-on assez parlé du « personnage »! Et ça ne semble, hélas, pas près de finir. Cinquante années de maladie, le constat de son décès enregistré à maintes reprises par les plus sérieux essayistes, rien n'a encore réussi à le faire tomber du piédestal où l'avait placé le XIXe siècle. C'est une momie à présent, mais qui trône toujours avec la même majesté quoique postiche au milieu des valeurs que révère la critique traditionnelle. C'est même là qu'elle reconnaît le « vrai » romancier : « il crée des personnages »... Pour justifier le bien-fondé de ce point de vue, on utilise le raisonnement habituel : Balzac nous a laissé Le Père Goriot , Dostoïesvski a donné le jour aux Karamazov , écrire des romans ne peut plus donc être que cela : ajouter quelques figures modernes à la galerie de portraits que constitue notre histoire littéraire.
Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman Un personnage, tout le monde sait ce que le mot signifie. Ce n'est pas un il quelconque, anonyme et translucide, simple sujet de l'action exprimée par le verbe. Un personnage doit avoir un nom propre, double si possible : nom de famille et prénom. Il doit avoir des parents, une hérédité. Il doit avoir une profession. S'il a des biens, cela n'en vaudra que mieux. Enfin il doit posséder un « caractère », un visage qui le reflète, un passé qui a modelé celui-ci et celui-là. Son caractère dicte ses actions, le fait réagir de façon déterminée à chaque événement. Son caractère permet au lecteur de le juger, de l'aimer, de le haïr. C'est grâce à ce caractère qu'il léguera un jour son nom à un type humain, qui attendait, dirait-on, la consécration de ce baptême. Car il faut à la fois que le personnage soit unique et qu'il se hausse à la hauteur d'une catégorie. Il lui faut assez de particularité pour demeurer irremplaçable, et assez de généralité pour devenir universel. […]
Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman Peut-être n'est-ce pas un progrès, mais il est certain que l'époque actuelle est plutôt celle du numéro matricule. Le destin du monde a cessé, pour nous, de s'identifier à l'ascension ou à la chute de quelques hommes, de quelques familles. Le monde lui-même n'est plus cette propriété privée, héréditaire et monnayable, cette sorte de proie, qu'il s'agissait moins de connaître que de conquérir. Avoir un nom, c'était très important sans doute au temps de la bourgeoisie balzacienne. C'était important, un caractère, d'autant plus important qu'il était davantage l'arme d'un corps-à-corps, l'espoir d'une réussite, l'exercice d'une domination. C'était quelque chose d'avoir un visage dans un univers où la personnalité représentait à la fois le moyen et la fin de toute recherche. Notre monde, aujourd'hui, est moins sûr de lui-même, plus modeste peut-être puisqu'il a renoncé à la toute-puissance de la personne, mais plus ambitieux aussi puisqu'il regarde au-delà. Le culte exclusif de « l'humain » a fait place à une prise de conscience plus vaste, moins anthropocentriste. Le roman paraît chanceler, ayant perdu son meilleur soutien d'autrefois, le héros. S'il ne parvient pas à s'en remettre, c'est que sa vie était liée à celle d'une société maintenant révolue. S'il y parvient, au contraire, une nouvelle voie s'ouvre pour lui, avec la promesse de nouvelles découvertes.