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etude linéaire de Les fausses confidence Marivaux dorante,araminte,Dubois
Typology: Lecture notes
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I. Etude linéaire, mode d’emploi C’est la première partie de l’épreuve orale portant sur le descriptif. Qu’est-ce que l’étude linéaire d’un texte? Il s’agit d’une analyse qui suit la progression du texte, ligne par ligne, paragraphe par paragraphe. La démarche se différencie donc d’un commentaire composé ou d’une lecture synthétique ou analytique dans lesquels tu regroupes tes idées dans un plan qui ne suit pas nécessairement le mouvement du texte. C’est une démarche qui suppose d’éviter trois écueils : -L’absence de plan -La paraphrase -Des remarques décousues On peut distinguer cinq étapes de réalisation permettant de réussir l’exercice :
Il faut d’abord intégrer l’objet d’étude ou le parcours en lien dans lequel le texte s’inscrit ainsi que l’auteur et l’œuvre dont il est question.. Une ou deux phrases d’accroche en lien avec le parcours littéraire auquel est rattaché le texte suffisent. Marivaux en ce début de XVIIIème siècle inaugure la comédie dite de conversation centrée sur la psychologie des personnages « Le Marivaudage » : le faux semblant domine les rapports sociaux pour dire ou cacher les secrets du sentiment et les intérêts qu’il sert ou bien
qu’il contredit. Les stratagèmes déployés dévoilent autant qu’ils dissimulent des êtres entravés par l’amour propre et les conventions. Dans Les Fausses confidences, pièce majeure du dramaturge de 1738, le « Marivaudage » amoureux passe par la confidence : s’échafaudent les étapes d’un plan savamment organisé par le valet Dubois pour permettre à son ancien Maître Dorante, jeune homme de bonne famille au physique agréable mais sans le sou, de faire la conquête intéressée de la riche veuve Araminte. Pour ce faire, Dubois a fait embaucher Dorante en tant qu’intendant de la veuve.
On lit le texte de manière convaincante , avec la tonalité choisie en mettant le sens et le mouvement du texte en valeur.
Présenter brièvement Ensuite on évoque la spécificité littéraire du texte (chapitre, partie, scène, acte, genre, forme (deux strophes, alexandrin…), histoire, personnages, enjeux) et ses différentes étapes. (Plan linéaire que l’on reprendra pour l’analyse) La scène 14 de l’acte 1 constitue un passage clé de la pièce puisqu’il s’agit de la première fausse confidence à laquelle se livre Dubois. Dans cet extrait, il révèle à Araminte qu’elle est l’objet de la passion folle de Dorante et se lance dans un récit vivant, quoiqu’en bonne partie inventé et improvisé de ces amours secrètes, ce, afin d’émouvoir la belle veuve sur le sort du triste amoureux. Nous analyserons les différentes manigances de Dubois pour prendre Araminte au piège de l’amour : mettre son maître en valeur en flattant le destinataire; déployer ses qualités de conteur pour l’émouvoir ; et recourir au pathétique pour l’enfermer dans un dilemme difficile.
On énonce ensuite la problématique , fil conducteur de l’analyse (à laquelle on se réfère constamment) en lien avec le mouvement du texte observé précédemment. On énonce ensuite la problématique :
Dorante profite de cette exclamation pour insister par l’affirmative « oui » en répétant l’adverbe de temps « actuellement » : la femme éconduite se dessine et semble digne d’intérêt « grande brune », « piquante » étant accentué par l’adverbe d’intensité « très ». Pour autant la conjonction de coordination « et » prend une valeur d’opposition, introduisant la fuite surprenante du Maître « et qu’il fuit ». Cette fuite est sans appel « pas moyens », « tout » mais c’est Dorante qui s’y enferme « Monsieur refuse » en tant que sujet de ce rejet systématique et catégorique. Ici c’est bien l’aspect entier du caractère du Maître mais aussi la force du désintéressement de l’amour qu’il éprouve qui justifient cette obstination : les valeurs de Dorante se placent au-dessus des intérêts financiers, la force du sentiment a sa préférence… Le discours direct permet d’entendre les propos du Maître et d’en accentuer l’authenticité par la présence de la première personne « je », « mon », « me » : le conditionnel du verbe « tromper » suggère la probité qu’il souhaite conserver face à un sentiment impossible. Cette impossibilité est posée et justifiée par la négation du verbe « pouvoir » « je ne puis » et le verbe de mouvement « partir » au passé composé à valeur d’achevé, de révolu et d’inéluctable qui personnifie ses sentiments « mon cœur est parti ». Dubois donne à ce refus les délicatesses du gentil homme sensible « la larme à l’œil » et la conjonction de coordination « car » stipule qu’il reconnaît ses « torts ». Malgré cette capacité de remise en cause et sa sensibilité « sent », il reste prisonnier d’un amour qui le dépasse et qui le conduit à une indifférence généralisée dont il souffre! Dorante semble bientôt victime d’être bourreau des cœurs éconduits. Araminte compatit rapidement dans une phrase emphatique simple « Cela est fâcheux ». La seconde phrase s’éloigne des conséquences malheureuses de cet amour pour s’intéresser à son origine « avant que…moi » et donc à elle-même « m’, moi » par une question ciblée partielle directe « où m’a-t-il vue …? » révélant les circonstances de la passion. Le nom de Dubois est mis en valeur en fin de phrase même s’il s’agit d’un subalterne que tutoie Araminte « tu ». Cette construction dessine la victoire du manipulateur puisque la curiosité d’Araminte est attisée voire flattée par le portrait élogieux de cet amoureux dont elle relance la présentation en sollicitant des détails auprès du présentateur. C’est peut-être aussi de son portrait à travers le sentiment passionné de Dorante dont elle semble se mettre en quête ici, ce qui trahit peut-être une certaine coquetterie d’Araminte.
Dorante raconte donc la première rencontre au passé simple « fut, sortîtes, perdit, vit, raconta, suivit, demandai » actions soudaines de premier plan qui accentuent le caractère romanesque de la scène en y intégrant les circonstances du réel, circonstance de lieu « de l’Opéra » « jusqu’à votre carrosse », de temps « un vendredi » que Dubois répète afin d’insister sur la pertinence de sa mémoire « je m’en ressouviens » et des confidences reçues « à ce qu’il me raconta »: Dorante voit et suit Araminte objet du coup de foudre « vous » dont il s’informe précédemment du nom « avait demandé » : le sujet perd alors sa liberté comme le montre la proposition relative attributive «qui était comme extasié » qualifiant Dorante « le ». La dernière proposition insiste sur sa paralysie « il ne remuait plus » exprimée
à l’imparfait descriptif mais dont la valeur marque aussi la position durable de Dorante, figé par la rencontre. L’exclamation impressionnée d’Araminte « Quelle aventure! » marque son vif intérêt pour cette romance dont elle est le personnage principal. Cet intérêt cautionne indirectement le sentiment de l’amoureux plus admirable que condamnable d’après la réplique.
Dubois poursuit en développant l’idée du coup de foudre. Malgré les efforts et les cris « j’eus beau » « Monsieur! » destinés à faire réagir Dorante « lui crier », les deux négations métaphoriques « point de nouvelles » « plus personne au logis » montrent l’ampleur du trouble. Si le complément de temps « A la fin » annonce un retour difficile du Maître, le complément circonstanciel de manière « avec un air égaré » confirme le mal et l’errance à venir. D’ailleurs, c’est Dubois qui devient acteur et le Maître objet « je le jetai », afin de le raccompagner « nous retournâmes ». La proposition causale « car je l’aimais » explique l’espérance et la prévenance de Dubois envers son Maître. L’exclamation emphatique « C’est le meilleur Maître! » insiste sur cet attachement lié à la bonté superlative de l’amoureux. Dans la double négation de la phrase qui suit, la première proposition repousse l’espérance d’une guérison quand la seconde en explique la raison « plus de ressources » Ainsi la nature positive de la victime, rappelée avec emphase par Dubois dans l’énumération dithyrambique de ses qualités, elles-mêmes soulignées par les adjectifs mélioratifs « bon, jovial, charmante » : « ce bon sens, cet esprit jovial, cette humeur charmante », a disparu. La cause en est Araminte elle-même, sujet de la proposition juxtaposée à valeur causale dont elle est le sujet « vous aviez tout expédié » Cette causalité sous-entendue marque l’intensité du mal qui dénature la victime et dont elle serait responsable involontaire. L’enchaînement temporel « Et dès le lendemain » marque la promptitude des conséquences sur la vie des deux hommes, l’amoureux comme son serviteur : les négations restrictives « ne fîmes que…rêver, aimer, épier » n’ont de sujet et d’objet qu’Araminte « de vous, vous, où vous » et montrent la folle obsession qu’elle suscite depuis lors à longueur de temps « depuis le matin jusqu’au soir ». Toutes les actions des hommes ne s’intéressent plus qu’à elle : Araminte est devenue une passion effaçant toutes les autres. Araminte marque l’intensité de son étonnement « Tu m’étonnes à un point! ... » Cependant les points de suspension laissent entendre d’autres émotions dont le trouble et le plaisir de se savoir aimée à la folie. Ce portrait pathétique de l’amoureux transi impressionne la Maîtresse de Dubois et peut-être que la force de ses charmes ainsi indirectement révélée tend aussi à redonner une perspective à la veuve en mal d’émotions.
Grammaire : La forme emphatique travaille l’emphase du discours et permet de mettre en relief un mot, une pensée, un argument….
Avec un présentatif Par détachement met en relief un mot (voici, c’est, voilà) suivi de (que dont où) C'est le Cid qui se bat pour l'honneur! Le Cid, il se bat pour l'honneur. L’emphase est une tournure phrastique modifiant l’ordre des éléments de la phrase et permettant de mettre en avant certains éléments de celle-ci, soit par le biais de présentatifs « c’est, voilà », de détachements « ce bon sens… », de reprises « tout » dans « tout expédié ». Comment dans la seconde partie l’emphase du discours de Dubois brosse-t-il en creux le portrait élogieux mais pathétique d’un Maître, devenu victime? L’exclamation emphatique au présent descriptif « C’est le meilleur Maître! » insiste sur la bonté superlative du Maître amoureux dont il s’agit de vanter les mérites. De même, la nature positive de la victime, rappelée avec emphase par Dubois dans l’énumération dithyrambique de ses qualités : « ce bon sens, cet esprit jovial, cette humeur charmante », a disparu « Vous aviez tout expédié ». Par ces mises en valeur, le portrait positif de l’amoureux transparaît encore alors que le caractère pathétique de son amour semble le dénaturer et il devient victime : Araminte, responsable de son trouble de personnalité « vous aviez tout expédié » ne pourra que s’en émouvoir voire s’en culpabiliser. Par l’emphase de son discours, Dubois révèle ses qualités d’orateur et de manipulateur, organisant sa « fausse » confidence dans l’intention d’émouvoir Araminte par un portrait élogieux, en creux destiné à l’émouvoir, aiguiser son intérêt, sa jalousie, la flatter, la culpabiliser, la troubler puis finir par lui faire aimer Dorante. L’ambiguïté des courtes répliques d’Araminte dans ce dialogue qu’il mène montre qu’il y parvient : Araminte est déjà prise au jeu emphatique de la fausse confidence de Dubois… A l’issue de la scène, malgré ou à cause du secret, et en dépit de la fausse supplique de Dubois « Il y aura de la bonté à le renvoyer. » elle semble même disposée à le garder sur des prétextes obscurs « Vraiment, je le renverrais bien ; mais ce n’est pas là ce qui le guérira. (…) et ceci m’embarrasse » Elle semble déjà inconsciemment disposée à s’accommoder de cet amoureux, peut-être en partageant son amour…