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ANNEE ACADEMIQUE 2016-2017
HISTOIRE DE LA
PRESSE
Catherine LANNEAU
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ANNEE ACADEMIQUE 2016-

HISTOIRE DE LA

PRESSE

Catherine LANNEAU

[email protected]

I. HISTOIRE DE L’HISTOIRE DE L’INFORMATION

Pourquoi un cours d’histoire de l’information? Quel est l’état de l’historiographie (càd la façon d’écrire l’histoire) en matière d’histoire de la presse. Dans la naissance d’une curiosité pour l’histoire des journaux, 4 facteurs interviennent et se conjuguent : 1) intérêt pour la littérature : au début du 18e^ siècle, François-Denis CAMUSAT (Besançon 1695-Amsterdam 1732). Fils d’un avocat, il est bibliothécaire et éditeur, passionné d’histoire littéraire. Il fait paraître une vaste Histoire littéraire à Amsterdam, où il est chargé d’acheter des livres. L’oeuvre s’achève par une Histoire critique des journaux , anonyme et posthume (1734)^1. Il faut entendre par là l’histoire des périodiques littéraires ou scientifiques ( Journal des Savants, Mémoires de l’Académie des Inscriptions ). Début 19e, on en sera pratiquement toujours au même point. 2) Intérêt pour le livre : la généralisation de l’imprimerie donne naissance aux 16e^ et 17 e^ siècles à l’essor du livre qui devient un signe d’ascension sociale, de richesse intellectuelle et matérielle. La promotion de la bourgeoisie est liée à l’usage du livre (juristes, commerçants, universitaires). De là, évidemment, naissent de nouvelles passions et de nouvelles sciences, à commencer par la bibliologie [ensemble des disciplines qui ont le livre pour centre d’intérêt], qui comprend aussi bien la bibliophilie [science et amour des livres rares et précieux] que la bibliographie [établissement de catalogues de répertoires de livres, catalogues que l’on rédige d’abord parce que la bibliothèque devient un élément parfois important des héritages]. Sous la Révolution française, la bibliographie connaît un essor certain dans l’atmosphère de prise de pouvoir politique et culturelle de la bourgeoisie, qui confisque les biens du clergé et de la noblesse, dont les livres, qui transforme la « Bibliothèque royale » en « Bibliothèque nationale », avec nécessité d’inventorier les fonds. La 1e^ véritable bibliographie de journaux date de 1829 et est éditée à Paris, chez Barrois l’Aîné, par François-Joseph DESCHIENS (1769-1843), avocat à la Cour royale de Paris, qui répertorie ses propres collections sous le titre : Collection de matériaux pour l’histoire de la Révolution de France depuis 1787 jusqu’à ce jour. Bibliographie des journaux (près de 700 p.)^2. Deschiens s’était constitué une collection à peu près unique de journaux à une

(^1) Accessible via Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) : http://gallica2.bnf.fr/ 2. Accessible via Gallica.

Parmi les 4 premiers grands travaux d’histoire de la presse , deux sont belges. On notera néanmoins un manque de critique et une absence de contextualisation :

  • André WARZEE, Essai historique et critique sur les journaux belges. Journaux politiques , Gand, 1845. Il y décrit sa propre collection. Il avait le même projet pour les journaux littéraires mais n’a pu le concrétiser : son manuscrit est conservé au Mundaneum (Musée international de la presse), à Mons.
  • Ulysse CAPITAINE, Recherches historiques et bibliographiques sur les journaux et les écrits périodiques liégeois, Liège, 1850. Membre de la Société d’Emulation, secrétaire de l’Institut archéologique liégeois, Capitaine fut aussi l’auteur d’un nécrologe liégeois. Il était libéral, donc défenseur des libertés, dont celle de la presse.
  • Eugène HATIN (1809-1893), bibliographe, ancien correcteur d'imprimerie. Il avait fondé le premier journal politique à cinq centimes La Seine et le périodique L'Union littéraire devenu Bulletin des sociétés savantes. On lui doit : * Histoire politique et littéraire de la presse en France. Avec une introduction historique sur les origines du journal et la bibliographie générale des journaux depuis leur origine , 8 t, 1859-1861. Ouvrage réimprimé de façon anastatique chez Slatkine (Genève) en 1967. * Bibliographie historique et critique de la presse périodique française , 1866^1. Poursuivie par Bibliographie de la presse française, politique et d’information générale : 1865-1914 puis 1944 de la Bibliothèque Nationale de France (Institut Français de Presse-IFP) dès 1964.

Notons, par ailleurs, en allemand : Robert PRUTZ (1816-1872), Geschichte des deutschen Journalismus , Hanovre, 1845. Poète et écrivain allemand, docteur en philosophie, libéral (et persécuté).

Dès lors, l’histoire de la presse / de l’information est lancée. Comme le reste de l’historiographie, elle connaît un grand renouvellement dans l’entre-deux-guerres avec l’apparition de la « Nouvelle Histoire », qui entend dépasser l’histoire dite événementielle ou strictement politique et militaire pour s’attacher également à l’histoire sociale, économique puis ensuite à l’histoire culturelle et des mentalités.

  • Le philosophe français Henri BERR (1863-1954) anime, dès 1900, la Revue de Synthèse historique qui entend faire bénéficier l’histoire des apports de toutes les sciences humaines. Y collabore Lucien Febvre, chantre de la Nouvelle Histoire. Après WWI, naissance de la collection Evolution de l’humanité. Bibliothèque de synthèse historique. Joseph VENDRYES, Le langage, introduction linguistique à l’histoire , 1921. Lucien FEBVRE et Georges-Henri MARTIN, L’apparition du livre , 1958. Mais surtout : Georges WEILL, Le journal, origines, évolution et rôle de la presse périodique ,
  • Dans le même ordre d’idées, l’Ecole des Annales , du nom de la revue animée par Marc Bloch et Lucien Febvre. Née en 1929 sous le titre Annales d’histoire économique et sociale ,

(^1) Ces deux œuvres sont accessibles via Gallica.

elle porte aujourd’hui le titre Annales. Histoire, Sciences sociales (ou Annales HSS ). Très vite, des articles portent sur l’histoire de l’information.

Après la WWII , nouvel essor d’une réflexion sur la presse, la liberté d’expression, la déontologie journalistique, qui se matérialise par un renouveau de l’historiographie mais aussi une formation plus professionnelle des journalistes. Il s’agit d’une période charnière :

  • développement exponentiel de nouveaux médias : la radio (dont le rôle pendant la guerre fut crucial), la télévision qui arrive et va constituer bientôt un relais puissant parce que beaucoup plus instantané pour l’information que les actualités filmées, présentées en marge des (ou comme) séance de cinéma avant la guerre.
  • on sort de la WWII et d’une période de censure et de désinformation. On prend conscience de la manière dont les régimes dictatoriaux ont usé des médias, on réfléchit autour de la notion de propagande : comment les démocraties peuvent-elles contrer la propagande totalitaire? existe-t-il une propagande au sens positif (pour faire passer des valeurs, des messages)? comment décrypter une manoeuvre de propagande? La question se pose d’autant plus que l’on entre dans une nouvelle période de manichéisme : la guerre froide.

Avant la WWI, le terme propagande désigne exclusivement une technique utile, que tous sont prêts à utiliser. La connotation positive du mot n’est que partiellement entamée par le conflit et, dans l’entre-deux-guerres, nombre de partis politiques se dotent d’organes de propagande désignés comme tels. C’est l’usage de la propagande par Mussolini, Hitler et Staline, qui va faire basculer le terme dans la catégorie des vocables dépréciés à partir des années cinquante. Le viol des foules par la propagande politique , de Serge Tchakhotine [Ouvrage rédigé en 39 mais publié chez Gallimard en 52], et La propagande politique , un Que Sais-Je signé Jean- Marie Domenach, rédacteur en chef et futur directeur de la revue Esprit [PUF, 50], assimilent purement et simplement la propagande à une manipulation totalitaire. Dès lors, les termes d’ information et de persuasion vont s’imposer pour désigner l’action menée dans et par les démocraties, mais il faut attendre les événements de mai 68 pour voir les partis politiques substituer la communication à la propagande. Voir aussi l’anarchisant chrétien Jacques ELLUL pour Propagandes , Paris, A. Colin, 1962 et Histoire de la propagande , 1967. Plus récemment, on se rappellera des réflexions contestées de Noam Chomsky sur la propagande au sein des démocraties (après le 11 Septembre).

De grands noms en France : Jacques KAYSER (1900-1963) Licencié en droit et en lettres, il collabora très tôt aux journaux radicaux L’Œuvre et La République , dont il devint rédacteur en chef. Actif au sein de la Ligue des Droits de l’Homme, secrétaire général du parti radical, il rejoignit Londres en juillet 1940. Après la WWII, il collabora, entre autres, au Monde et au Midi Libre. Au printemps 1946, il fut exclu du parti radical pour avoir refusé de rompre avec les communistes. Directeur adjoint de l’Institut français de Presse, il enseigna à l’Institut d’Études Politiques et dirigea le Centre de Formation des Journalistes. On lui doit, entre autres :

  • Mort d'une liberté , Paris, Plon, 1955.

Gilles FEYEL , professeur à l’IFP Sa thèse : L'annonce et la nouvelle : la presse d'information en France sous l'Ancien Régime (1630-1788) , Oxford, Voltaire foundation, 2000. Il a également publié : La presse en France des origines à 1944: histoire politique et matérielle , 1999 (2e éd. revue et mise à jour : Paris, Ellipses, 2007). Il dirige, depuis 2005, le Dictionnaire de la presse départementale française pendant la Révolution, 1789-1799 , Ferney-Voltairien Centre international d'étude du XVIIIe siècle.

Christian DELPORTE , né en 1958, professeur à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en Yvelines (UVSQ), président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. Histoire du journalisme et des journalistes en France : du XVIIe siècle à nos jours , Paris : PUF, 1995, QSJ Les journalistes en France, 1880-1950 : naissance et construction d'une profession , Paris, Seuil, 1999. Histoire des médias en France : de la Grande guerre à nos jours , avec Fabrice d'Almeida, Flammarion, 2003, rééd. en 2010. (avec C. Blandin et F. Robinet) Histoire de la presse en France XXe-XXIe s. , coll. U, 2016.

Citons enfin un guide, surtout axé sur la France : L. DEVREUX et Ph. MEZZASALMA (dir.), Des sources pour l'histoire de la presse : guide , Paris, BNF, 2011. Il présente aussi bien les sources utiles en histoire de la presse française (notamment les fonds d’archives et les lieux de conservation des collections de journaux) qu’une bibliographie très complète sur le sujet.

En Belgique , en 1955, création du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine , fondé à l’Université de Gand par le Professeur Jan Dhondt. Il a publié une centaine de cahiers dont la plupart sont des répertoires de la presse belge des origines à 1914, par ville ou par province, parfois par thème (presse de la Libération, presse socialiste et révolutionnaire dans l’entre-deux-guerres...). Chaque journal y a sa fiche d’identité (titre, dates, rédacteurs, renseignements techniques, lieu de conservation...) et, souvent, une monographie complète le volume. Il existe aussi des études sur un seul journal ou revue comme La Meuse ou La Revue Générale.

On citera également, à partir de 1960 environ, de nombreux Courriers du CRISP (Centre de Recherche et d’Information Socio-Politique) sur la presse quotidienne ou périodique, avec tirage, lectorat etc. mais dans un but moins historique. On retiendra notamment le nom d’Evelyne LENTZEN , auteur de plusieurs courriers (politologue de l’ULB, ex-présidente du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et actuellement responsable de la cellule numérisation du patrimoine culturel à la Communauté française).

Un regain d’intérêt coïncide avec la crise de la fin des années 60 – début 70, la disparition de nombreux titres et la concentration des groupes de presse. Voir :

  1. René CAMPÉ, Marthe DUMON et Jean-Jacques JESPERS, Radioscopie de la presse belge , Verviers, Marabout, 1975. En 1972, la RTB radio a créé une émission de ce nom pour passer en revue tous les journaux existants, leur consacrer une émission, avec introduction historique, extraits d’articles, tirage, vie interne... Cela paraît en livre.
  2. Jean GOL, Le monde de la presse en Belgique , Bruxelles, CRISP, 1970.

En 1998, réédité 2001, est paru un instrument qui actualise les précédents : Jean-François DUMONT, Benoît GREVISSE et Gabriel RINGLET, La presse écrite en Belgique , Bruxelles, Kluwer.

Pour la période plus récente, choix de trois noms, certes arbitraires mais représentatifs des centres d’intérêt et des diverses communautés concernant l’histoire de la presse.

  • Gabriel THOVERON (1931-2007) , Breton diplômé de Liège et Bruxelles, qui fut professeur à l’ULB et à Sciences Po Paris, sociologue des médias. Plusieurs de ses cours dispensés à l’ULB ont fait l’objet d’une publication : Systèmes d’information (1979, réédité) ou Sociologie des moyens de communication (depuis 1977, réédité). Parmi ses ouvrages : => Histoire des médias , Mémo Seuil, 1997 ; => Le troisième âge du quatrième pouvoir : où va la presse? , Labor, 1999.
  • Els DE BENS , qui a étudié la philologie germanique et la communication à Gand et dont la thèse en communication portait sur De Belgische dagbladpers onder Duitse censuur (1940- 1944) , 1973. Professeur émérite de l’UGent, elle est surtout connue pour : De pers in België : het verhaal van de Belgische dagbladpers gisteren, vandaag en morgen , 1997, rééd. 2001.
  • Pierre VAN DEN DUNGEN, spécialiste de la presse belge du 19e, ULB, Groupe d’histoire et d’information sur les médias. Il est l’auteur de Milieux de presse et journalistes en Belgique : 1828-1914 , Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 2005.

En termes de bibliographie de presse :

Romain VAN EENOO et Arthur VERMEERSCH, Bibliografisch repertorium van de Belgische pers, 1789-1914 (Centre interuniversitaire d'histoire contemporaine, Cahiers 23 et 74), Louvain - Paris, Nauwelaerts, 1962 et 1973, 2 t.

Remy LEENAERTS, La presse périodique en Belgique. Sources pour l’histoire de la presse périodique en Belgique depuis 1605 à nos jours, Torhout, Flandria Nostra, 1987, 3 parties.

Sabine MATHELART et Eliane GUBIN, Pour l'histoire des médias en Belgique. Bibliographie de 1830 à nos jours , ULB, 1994.

Enfin, citons une personnalité particulière, un journaliste, Lionel BERTELSON , chargé en 1940 de constituer une bibliothèque pour la section bruxelloise de l’AGPB. Elle était destinée à réunir les ouvrages publiés par les journalistes belges, ainsi que les ouvrages et documents se rapportant soit à la presse, soit à l'exercice de la profession de journaliste tant en Belgique qu'à l'étranger. Au décès de Bertelson, en 1981, la bibliothèque compte plus de 7000 titres. Aujourd’hui, une bonne partie de cette bibliothèque (les titres liés à l’histoire de la presse) est conservée à la Réserve précieuse ULB, CEDIC (Centre de l’Edition et de l’Imprimé contemporain). Voir : http://www.ulb.ac.be/philo/cedic/.

=> Lionel BERTELSON, Dictionnaire des journalistes-écrivains de Belgique , Bruxelles, Section de l’Association Générale de la Presse Belge, 1960. => Lionel BERTELSON, La presse d’information. Tableau chronologique des journaux belges , S.l., Institut pour Journalistes de Belgique, 1974, qui permet de retrouver, par titre ou date de parution, de nombreux organes de presse parus en Belgique jusqu’au milieu des années 70.

Pour ce qui concerne la presse récente :

Go Press Academic « permet aux étudiants et aux doctorants de lire des journaux et des magazines de la presse belge, de faire des recherches dans les archives sur base de mots clés et notamment de partager des articles sur les réseaux sociaux. De plus, Gopress est accessible hors de votre campus. Pour s’inscrire sur academic.gopress.be, il faut utiliser votre adresse mail académique et un mot de passe au choix. Go Press donne, entre autres, accès aux titres suivants : Le Soir, La Libre Belgique, La Dernière Heure, L'Echo, L'Avenir, Grenz-Echo, Le Vif L'Express, De Standaard, Knack et Trends » 1. L’ULg offre l’abonnement à ses utilisateurs.

Mentionnons aussi l’asbl Datapress , fondée par un particulier ayant constitué, pour la période 1985-1999, des dossiers de presse sur les sujets les plus divers. Les articles eux- mêmes ne sont pas numérisés mais une recherche pas mots-clés est possible dans la base de données afin de repérer la date et la page des articles pertinents.

(^1) http://lib.ulg.ac.be/fr/eresources/go-press-academic.

II. AUX ORIGINES DE LA PRESSE ECRITE

Le souci d’information est présent depuis la nuit des temps mais il est très longtemps réservé à une élite politique ou économique. L’information peut être transmise

  • par le biais de signaux visuels (ex. : système de feux et fanaux de l’Empereur byzantin au 9e^ s.) ou sonores (ex. : tam-tam africain)
  • par le biais de messagers. Ex : Marathon, victoire grecque sur les Perses en 490 ACN et le messager qui meurt en l’annonçant après avoir parcouru 42,195 km. On peut citer aussi l’ex. de l’Empire inca, sans écriture (sauf les nœuds des quipus) et sans cheval. Les 25.000 km de routes étaient parcourus par des relayeurs par tranche de 20 km à 10km/h. Le cheval fait passer la vitesse à 25 km/h. Autres animaux utiles : les méharis et les pigeons voyageurs, encore largement utilisés durant la WWI. Le codage / cryptage empêche l’interception des messages. Dans ces divers cas, il s’agit bien d’une information de type officiel destinée au seul sommet de l’Etat. Parmi les ancêtres d’une information ayant une destination plus publique, même si ce public reste restreint, on peut citer, dans l’Empire romain, les Acta diurna ou « événements quotidiens » politiques et mondains, sorte de journal sur tablettes de cires placardé dès 59 ACN et lu à Rome et dans les provinces et, chez les Chinois de la dynastie Tang (7e-10es PCN), qui connaissent déjà l’imprimerie, les Ti Pao , sorte de bulletins impériaux officiels. Cette référence à l’imprimerie montre bien à quel point la diffusion de l’information est tributaire des moyens matériels, notamment du support. Dès le 16e^ s ACN, en Egypte, on utilise le papyrus , plante aquatique des bords du Nil, qui restera utilisé jusque tard dans le Moyen Age (supplanté par le papier qui arrive au Proche-Orient aux 8e-10e^ s.) : on retire la moelle de la tige, on obtient un tissu qui est séché, pressé et battu puis encollé avec une bouillie fine de mie de pain et d’eau chaude d’où le côté blanc, souple et imperméable. Le parchemin , quant à lui, apparaît au 2e^ s. ACN (< pergamena , papier de Pergame en Asie mineure) mais il a le grand défaut d’être très coûteux puisqu’il s’agit d’une peau d’animal polie à la pierre ponce (brebis, chèvre, veau, porc). La révolution vient évidemment du papier. Originaire de Chine où il est utilisé dès le 1e^ s. ACN, son secret de fabrication passe aux Arabes mi-8e^ s. (avec la victoire de Samarkand). Il est en Egypte au 10e^ s. => Sicile et Espagne musulmane (12e) puis Europe du Sud (Italie au 13e, sud de la France au 14e) et ensuite Europe du Nord. Le papier est fait de chiffon (feutrage de fibres végétales) et nécessite beaucoup d’eau pour sa fabrication et son transport (c’est pourquoi les papeteries

En quoi consiste l’imprimerie de Gutenberg? C’est l’association d’une presse en bois et de la typographie. Des caractères mobiles en métal fondu sont assemblés à la main par un compositeur. Ces caractères réutilisables sont rangés par type dans des tiroirs = « casses » (grands = capitales ; petits = bas de casse). Ils sont placés sur une règle = « composteur » , pour constituer une ligne. Plusieurs lignes serrées à la ficelle dans un châssis rigide font une page. Cette forme imprimante est alors placée sur le « marbre » , qui est une table horizontale fixe (elle sera mobile sur un plan horizontal dès le 16e^ s.). Cette table est l’une des parties de la presse en bois, inspirée de celle qu’utilisent les vignerons rhénans. L’autre partie est une table horizontale mobile sur plan vertical, la « platine » , qui, au moyen d’une vis à gros pas, s’applique sur le marbre, encré et recouvert d’une feuille de papier humidifiée. Le développement de l’imprimerie est fulgurant. 1470 : à Paris, à la Sorbonne, par trois ouvriers allemands, issus de l’imprimerie typographique de Mayence [Ulrich Gering, Martin Grantz et Michel Friburger]. 1473 : Thierry Martens à Alost 1476 : en Angleterre, William Caxton, un marchand de laine venant souvent à Bruges.

En 1500, l’imprimerie s’est diffusée dans toute l’Europe. Les livres imprimés avant cette date sont appelés des incunables ( incunabulum = berceau). En effet, le besoin d’information explose fin 15e-16e^ parallèlement à celui des techniques dans le contexte de la Renaissance, de la Réforme, des grandes découvertes, du développement du commerce, de la multiplication des guerres et de la montée en puissance des Etats. Ceux-ci entendent d’ailleurs contrôler l’information et être les mieux informés d’où l’attention portée au développement d’une Poste d’Etat. La poste est née sous les Perses achéménides => passée en Grèce, à Rome, aux Byzantins puis au monde musulman mais elle a disparu en Occident du 5e^ au 15e^ s. Elle renaît en France via un édit de Louis XI (1464), en Angleterre en 1478, dans le Saint-Empire germanique en 1502. Dans nos régions, Philippe le Beau confie le monopole à Franz von Tassis ou Taxis (de la famille Tasso de Bergame). Il organise un service international depuis Bruxelles. Les effets conjugués du besoin d’information et de l’ imprimerie donnent naissance à quatre supports ou moyens d’information : 1) Les affiches : visant un large public, elles existent déjà avant l’imprimerie, manuscrites ou tabellaires, près des juridictions ou des foires. Elles se développent avec l’imprimerie, e.a. comme moyen de diffusion des édits, ordonnances... Mais elles peuvent aussi être utilisées comme contre-pouvoir (voir l’affaire des Placards).

2) Les almanachs, calendriers et chronologies , premières publications à périodicité fixe, souvent annuelle. Le 1e^ calendrier est imprimé à Mayence au milieu du 15e^ s. Les almanachs sont de petits livres rassemblant des nouvelles, des dictons, des prières, des conseils aux agriculteurs, des prévisions météo, un calendrier, les annonces pour les foires, etc. Ils apparaissent fin 15e. 3) Recueils de nouvelles annuels ou bisannuels (plus tard, fin 16 e), qui sont un développement des « nouvelles manuscrites » et répercutent des informations politiques, militaires, économiques... Origine : Allemagne, en lien aux foires ( Messerelationen ). Exemples :

  • 1588-98 : Francfort (2 foires par an) : Michel von Aitzing ou Eyzinger, époux d’une Fugger.
  • 1611-43 : Mercure françois 1 annuel des frères Richer qui poursuit la Chronologie novennaire, histoire des guerres de Henri IV de 1589 à 1598 , puis Chronologie septennaire (1598 à 1604) de Pierre Victor Palma Cayet. Il est très contrôlé par le pouvoir, notamment Richelieu, peut-être par son confident le Père Joseph.

4) Feuilles d’actualité, imprimées sur 4 à 16 pages, parfois illustrées, diffusées par des libraires ou des colporteurs, traitant de faits importants mais sans périodicité fixe. 3 types de contenu : a) l’information générale : les Zeitungen , les Gazzettas ou, en France, les Occasionnels relatent, dès fin 15e, les événements militaires, la vie des Cours... b) la presse d’opinion ou de polémique religieuse et politique : les libelles ou placards qui, au 16e, subissent de plus en plus fortement la censure d’Etat (dans le contexte de la Réforme et de la Contre-réforme). c) les faits divers : les Canards , à partir de 1530 environ, traitent d’informations surnaturelles, de crimes, de catastrophes... Ils survivent jusqu’au 19e^ dans les milieux populaires, avant l’apparition de la presse populaire. => information générale, faits divers, presse d’opinion : on a les trois facteurs qui définiront la presse.

(^1) En ligne gratuitement sur http://mercurefrancois.ehess.fr/.

dès 1629, les Weckelijke Tijdinghen , hebdomadaires. Entre-temps, à Amsterdam (Provinces- Unies), en 1618, Caspar VAN HILTEN fait paraître le Corante uyt Italien & Duytslandt. Nous reparlerons plus loin des « gazettes de Hollande ». Citons encore :

  • en 1637, à Anvers, Gazette van Antwerpen et, à Bruges, Nieuwe Tijdinghen uyt verschijde gewesten.
  • en 1649, le Courrier véritable des Pays-Bas , hebdomadaire créé par Jean Mommaerts, repris vers 1670 par les Foppens, avec la volonté d’en faire + ou - l’officieux du pouvoir. Idem après 1741 et la reprise par François Claudinot sous le titre Gazette de Bruxelles (4 fois par semaine), au service de la Reine de Hongrie et de Bohême (Marie-Thérèse, dans le contexte de la Guerre de Succession d’Autriche). Idem pour ses successeurs qui la feront paraître jusqu’en 1791. Dernier titre : Gazette françoise des Pays-Bas.

2) Cas particulier de la Principauté de Liège Le Prince-Evêque y détient un pouvoir à la fois spirituel et temporel donc, selon la personnalité du Prince-Evêque, le contrôle est plus ou moins sévère. La Principauté est aussi un lieu de refuge pour la presse cléricale, notamment fin 18e^ quand celle-ci s’opposera à la politique menée par Joseph II dans les Pays-Bas devenus autrichiens. 1e^ feuilles à paraître à Liège : Recueil des Nouvelles (fin 17e-1724) et Elite des Nouvelles (1717 ?). En 1764, l’éditeur François-Joseph Desoer, Bruxellois arrivé à Liège en 1750, obtient le privilège de publier une Gazette de Liége officielle^1. Sous le régime français, le citoyen Desoer sera maire de Liège. Cette Gazette existait depuis 1756 ou 1759. Elle donne des informations générales, des annonces etc. mais ne peut presque rien dire de la vie à Liège... D’autres journaux liégeois naissent ensuite, surtout sous la Révolution. Mais Liège est un lieu d’impression pour des journaux à plus grandes ambitions : => de 1756 à 1759, Liège est le lieu où s’imprime le Journal Encyclopédique de Pierre Rousseau (de Toulouse), journaliste et dramaturge français ayant obtenu une autorisation de Jean-Théodore de Bavière. Son journal accueille les plus grands noms (abbé Prévost), véhicule les idées des Lumières et relaie les polémiques intellectuelles partout en Europe. Un curé, Gilles Légipont, s’en offusque et rameute contre le Prince-Evêque les théologiens de Louvain. 1759 : retrait de l’autorisation. Rousseau ne peut se fixer longtemps à Bruxelles et part pour 35 ans à Bouillon (principauté indépendante) mais le journal y perd de son intérêt.

(^1) Dès 1811, deviendra le Journal du Département de l’Ourte puis le Journal de la Province de Liège puis le Journal de Liège en 1831.

=> L’Esprit des journaux français et étrangers, compilation d’articles et extraits faisant près de 500 vol. de 1772 à 1818. => de 1785 à 1788, sous Hoensbroeck, autre journal à portée européenne, le Journal général de l’Europe de Pierre Lebrun-Tondu. Né à Noyon, tour à tour ecclésiastique défroqué, soldat déserteur, théoricien physiocratique, journaliste et écrivain, il arrive à Liège en 1781 et rentre en France en 1791 (après un passage à Herve en 1788-90, dans le duché de Limbourg et à Maastricht ; la publication est arrêtée en 1792). Il lance des attaques violentes contre le Prince-Evêque Hoensbroeck, qui interdisait les libelles contre l’Empereur. Lebrun jour un rôle psychologique dans la Révolution liégeoise de

  1. Adepte enthousiaste des idées révolutionnaires, il finira par décrocher en France le poste de ministre des Affaires Etrangères après le 10/8/1792, se fera l’organisateur du Comité des Belges et Liégeois Unis , le chantre de l’annexion, avant d’être expédié à la guillotine. Sa feuille tri-hebdomadaire à pagination continue était destinée à être reliée en volumes trimestriels. Il l’accompagne des volumes de l’éphémère Bibliothèque raisonnée de Littérature et de Sciences (1786-87) et d’ Annonces, articles et avis divers.

Naissance plus minoritaire et plus tardive d’une presse anti-philosophes, en lien à l’interdiction des Jésuites aux Pays-Bas en 1773. Sous Velbrück (1772-1784), se crée le Journal historique et politique des principaux événements des différentes Cours d’Europe (1772-1791), ex- Journal de Genève , de plus en plus pro-religieux car animé par le jésuite Brosius. Mais citons surtout le Journal historique et littéraire , bimensuel du jésuite François- Xavier de Feller, né à Bruxelles, passé à Liège en 1773, année de la suppression des Jésuites, et qui édite son journal de 1774 à 1788 à Luxembourg puis, en 1788-90, à Liège avec un grand succès dans les Pays-Bas, une diffusion en Allemagne et un peu en France.

3) La Grande-Bretagne

Situation anglaise du 17e^ est très instable. Jacques Ier puis Charles Ier Stuart 1603-1649. Ce dernier se heurte au Parlement. Guerre civile de 1642 à 1649. Le Roi est finalement décapité. Victoire d’Oliver Cromwell et « dictature républicaine » 1649-1660 (58 à 60 : « règne » de son fils Richard Cromwell). Restauration des Stuarts 1660-1688, Charles II jusqu’en 1685 puis Jacques II. Le problème de la conversion de ce dernier au catholicisme donne naissance aux 2 grands partis du XVIIIe : Tories, soutien au pouvoir royal, et Whigs, opposants, futurs libéraux. 1688 : appel des anti-catholiques, tories ou whigs, au gendre de Jacques II, Guillaume d’Orange et « glorieuse révolution ». Roi sous le nom de Guillaume III, il accepte la Déclaration des Droits de 1689 qui fixe les bases du régime parlementaire et de la monarchie constitutionnelle (constitution non écrite).

Sous les Stuarts puis les Cromwell , la presse est soumise au monopole, càd à l’autorisation préalable de paraître et à la censure , donc elle est extrêmement surveillée et peu

Arrive ensuite une presse commerciale mais qui saura ensuite s’élargir aux idées :

  • 1730 London Daily Post and General Advertiser , devenu General Advertiser. D’abord informations commerciales et économiques + annonces.
  • Sous les Woodfall , Henry puis son fils Henry Sampson, devient Public Advertiser : la politique et la polémique s’ajoutent aux annonces, notamment avec le polémiste Junius , un whig jamais identifié avec certitude (1769-1772). 1702-35 : 1er^ vrai quotidien au monde : Daily Courant de Edward Mallet mais il faut attendre la fin 18e^ pour voir naître les ancêtres des journaux d’aujourd’hui comme :
  • Daily Universal Register fondé en 1785 par John Walter et devenu Times en 1788.
  • Morning Chronicle (1769-1862, 1e éd.: William Woodfall)
  • Morning Post (1772-1937, repris par le Daily Telegraph ).

Qu’en est-il de la liberté d’expression? En 1771 : on autorise le compte rendu des séances de la Chambre des Communes , car il était impossible de maintenir l’interdiction vu la multiplication des « affaires » et des stratagèmes (ex. : on relatait les débats réels en prétendant rapporter la vie d’un Sénat fictif où chaque véritable élu était dissimulé derrière un pseudonyme transparent). Plus globalement, la bataille pour la liberté de la presse est de plus en plus rude et certains journalistes deviennent de véritables héros populaires en raison des poursuites multiples qu’ils doivent affronter. En 1792 : le Libel Act (concernant les pamphlets / la diffamation) durcit les possibilités de poursuites mais offre en parallèle de vraies garanties de liberté de presse, notamment le jury populaire pour juger le fond des affaires de diffamation.

4) La France Régime de censure, de contrôles stricts et de privilèges (autorisation préalable) + contrôle sur la corporation des imprimeurs. Ex. : les édits de 1764 et 1767 qui interdisent d’évoquer une information ayant rapport aux finances ou à la religion. Cela explique l’importance de la presse littéraire et scientifique d’une part et l’aura que gardent les nouvelles à la main ou les lettres de nouvelles , bien que surveillées par la police. Certains s’y spécialisent, comme :

  1. Louis-François Metra , banquier et correspondant du roi de Prusse Frédéric II. Ruiné, il se réfugia à Neuwied, près de Coblence (ville de réfugiés religieux) où il fit imprimer sa Correspondance littéraire secrète de 1775-1793.
  1. Louis Petit de Bachaumont se lie d’amitié vers 1730 avec Madame Doublet de Persan, née Legendre, anime son salon où l’on collecte les informations le jour pour les redistribuer ensuite comme « nouvelles à la main ». Il en tirera des Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres en France (Paris, 1771, 6 vol.). [Selon les dernières recherches, le véritable rédacteur serait Mathieu-François Pidansat de Mairobert].
  2. Bureau d’adresses parisien de Cabaud de Rambaud : 50 copistes et 230 abonnés. Récolte des informations dans les chancelleries, les cours, les milieux militaires, financiers et littéraires de toute l’Europe. **Parmi la presse officielle, autorisée par le pouvoir royal :
  • Monopole des nouvelles en prose** (intérieures et extérieures) accordé à La Gazette de Théophraste Renaudot , hebdomadaire né en 1631^1. Celle-ci compte 4 puis 8 puis 12 pages fin 17e. Elle se double d’occasionnels, les Extraordinaires et d’une Feuille du Bureau d’adresses pour les annonces. Renaudot est un médecin, protestant converti, très actif auprès des indigents de Paris. Il est appuyé par Richelieu. L’hebdomadaire connaît un déclin fin 17e vu la concurrence des « gazettes de Hollande », des « nouvelles à la main » et des suppléments du Mercure (voir) mais il tire quand même au 18e^ à 6 ou 7000 ex., 12. pendant la Révolution américaine. Dans les années 1760, la Gazette est reprise par le Ministère des Affaires étrangères et devient La Gazette de France. Vers 1785, elle est prise à bail par l’éditeur Charles-Joseph Panckoucke, déjà éditeur du Mercure de France.
  • En ce qui concerne la presse en vers , La Gazette burlesque devient La Muse historique en 1652 et Jean Loret y publie des lettres en vers à Mademoiselle de Longueville. Il obtient alors le monopole. La Muse historique existe jusqu’en 1665.
  • Périodiques scientifiques. Le plus célèbre et imité à l’étranger = Journal des Savants , qui existe toujours actuellement. Fondé en 1665 par Denis de Sallo, conseiller au Parlement de Paris^2 , patronné par Colbert et censuré par la Sorbonne. Hebdomadaire puis mensuel dès 1724, le Journal des Savants a avant tout une vocation bibliographique et de compte rendu mais on y trouve aussi des notices nécrologiques, des descriptions d’inventions et de découvertes, des publications de jugements. Il est l’un des premiers à fonctionner avec un système de relecture et de réécriture. Supprimé en 1792, il est rétabli en 1816. Citons aussi le Mercure galant , feuille littéraire et mondaine fondée en 1672 par Jean Donneau de Visé, écrivain, homme de théâtre et historiographe du Roi, et Thomas Corneille

(^1) En réalité, en janvier 1631, un libraire parisien, Vendosme, avait fait paraître des Nouvelles ordinaires de divers endroits 2 mais vite absorbées, en mai, par La Gazette. Un Parlement est alors une cour de justice.