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ANALYSE TEXTUELLE
Classe : 6e
Durée : 150 minutes
« La course au Chien »
Le Chien a pris la fuite, car Pomme ne s’occupait plus de lui et il se sentait
indésirable. Un jour, il la voit par hasard à la sortie de l’école. Elle l’appelle mais il
s’enfuit, ne montrant pas sa joie. Elle le suit, mais en vain, le long des rues : il avance
toujours…
[…] Elle essaya un dernier truc.
- D’accord, Le Chien, tu as gagné. Si tu ne veux pas me suivre, va où tu voudras;
salut!
Sur quoi elle tourna les talons et s’éloigna d’un pas résolu.
Le Chien la regarda disparaître au coin de la rue. Il restait assis. Il laissa passer trois
secondes, dix, quinze, les yeux fixés sur l’angle de l’immeuble. Au bout d’une minute, la
petite tête rousse réapparut. Mais ce n’était plus du tout le soleil de tout à l’heure. Ou alors
un soleil complètement éteint. Une petite tête lamentable qui se demandait avec angoisse si
Le Chien attendait. Oui, il attendait. Mais qu’attendait-il? Qu’attendait-il? Pomme
cherchait désespérément la réponse. Et lui, là-bas, assis au milieu du trottoir, la tête bien
droite, attendait justement qu’elle le trouve. Ils restèrent très longtemps à se regarder ainsi.
Et puis, soudain, au moment où tous les deux commençaient à désespérer, la chose se
produisit. Pomme s’approcha. Il ne recula pas. Quand elle fut à sa hauteur, elle ne chercha
pas à le prendre. Il ne chercha pas à s’enfuir. Elle tomba assise sur le bord du trottoir. Il
baissa la tête et la regarda par en-dessous. Elle dit :
- C’est vrai, Le Chien, t’as raison, j’ai été méchante, égoïste, idiote, je t’ai fait
souffrir, je t’ai abandonné, c’est vrai. Mais qu’est-ce que tu veux que j’te dise? Je
veux que tu reviennes, tu me manques, j’ai trop pleuré, voilà, je regrette. Bien sûr, je
ne peux pas t’obliger à revenir, ça ne servirait à rien de te dire que je ne le ferai plus,
tu n’es pas forcé de me croire, et pourtant je ne le ferai plus…enfin, je crois…non,
j’en suis sûre, je ne le ferai plus! Je t’aime trop, tu m’as trop manqué, je ne le ferai
plus, je le jure.
Daniel Pennac, Cabot-Caboche (1982), Éditions Nathan