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les exercices de cned sur la technique en philosophie (sequence 2)
Typology: Exercises
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PARTIE 3 : LA TECHNIQUE NOUS REND-ELLE PLUS HUMAINS?
Doc. 1 : Équipement cartographique du brise-glace finlandais Tarmo, 1968. Photo Anonyme/Helsingin Sanomat On peut employer le terme de « technique » comme substantif (nom) et comme adjectif.
Faut-il pour autant dénier à l’animal la capacité d’utiliser des outils? C’est la question que l’on peut se poser. À cet égard, vous visualiserez le document vidéo suivant et répondrez au brouillon à la question qui suit. Vous comparerez votre travail aux éléments de réponse proposés… → Lien : https://www.youtube.com/watch?v=JBsY9gqqInM Question Le vautour percnoptère utilise-t-il un « outil »? Éléments de réponse — Le caillou qu’utilise le vautour pourrait être assimilé à un outil, au sens où il joue le rôle d’un inter- médiaire entre le corps de l’animal et un objet naturel. Cependant, le caillou n’est pas transformé (taillé pour être plus affuté par exemple). — On ne peut pas dire qu’il s’agisse de technique au sens humain, puisque le processus reste très hasardeux et ne fait pas l’objet d’une maîtrise qu’on chercherait à organiser de manière théorique ou pratique. Il n’y a pas de perfectionnement de l’outil, même s’il y a une transmission génétique de ce savoir-faire : l’amélioration des outils et la transmission de leur usage par l’apprentissage restent une spécificité de la technique humaine. Ne faut-il pas voir ici une différence de nature (= une différence que l’on ne peut pas surmonter, parce qu’elle tient à la nature des choses) entre l’intelligence humaine et animale?
Lisez attentivement le texte qui suit et répondez au brouillon à la question posée à sa suite. Vous comparerez votre travail aux éléments de réponse proposés : «Anaxagore prétend que l’homme est le plus intelligent des êtres parce qu’il a des mains ; mais la raison nous dit, tout au contraire, que l’homme n’a des mains que parce qu’il est intelligent. Les mains, en effet, sont un instrument ; et la nature sait toujours, comme le ferait un homme sage, attribuer les choses à qui est capable de s’en servir. N’est-il pas convenable de donner une flûte à qui sait jouer de cet instrument, plutôt que d’imposer à celui qui a un instrument de ce genre d’apprendre à en jouer? La nature a accordé le plus petit au plus grand et au plus fort ; et non point du tout, le plus grand et le plus précieux au plus petit. Si donc cette disposition des choses est meilleure, et si la nature vise toujours à réaliser ce qui est le mieux possible dans des conditions données, il faut en conclure que ce n’est pas Un peu de vocabulaire Différence de degré/Différence de nature : on distingue, en philosophie, la différence de degré de la différence de nature. Si la différence est de nature entre deux choses ou deux êtres, c’est qu’ils sont radicalement différents par nature. Par exemple, le caillou possède une différence de nature avec l’homme, ce que tout le monde peut observer. La différence de degré est une différence simplement quantitative, et non plus qualitative, comme pour la différence de nature. Ainsi, il existe une différence de degré entre la taille d’un adulte et celle d’un enfant, toutefois l’un comme l’autre appartiennent tous deux à la catégorie « homme ». Entre l’homme et l’animal, on s’interroge sur leur différence : est-elle de nature ou de degré? Vous pourrez visionner la conférence/débat : « L’animal est-il un homme comme les autres? » (France Culture) sur Youtube au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=h9l9J20n7rA
parce que l’homme a des mains qu’il a une intelligence supérieure, mais que c’est au contraire parce qu’il est éminemment intelligent qu’il a des mains. C’est en effet le plus intelligent des êtres qui pouvait se bien servir du plus grand nombre d’instruments ; or la main n’est pas un instrument unique ; elle est plusieurs instruments à la fois. Elle est, on peut dire, un instrument qui remplace tous les instruments. C’est donc à l’être qui était en état de pratiquer le plus grand nombre d’arts et d’industries que la nature a concédé la main, qui, de tous les instruments, est applicable au plus grand nombre d’emplois. On a bien tort de croire que l’homme est mal partagé et que sa constitution est inférieure à celle de tous les animaux, parce que, dit-on, l’homme n’est pas aussi bien chaussé qu’eux, parce qu’il est nu, et qu’il est sans armes pour sa défense. «Mais tous les animaux autres que l’homme n’ont jamais qu’une seule et unique ressource pour se défendre ; il ne leur est pas permis d’en changer pour en prendre une autre. Mais il faut nécessairement que, de même que toujours l’animal dort tout chaussé, il fasse aussi tout le reste dans les mêmes conditions ; il ne peut jamais modifier le mode de protection donné à son corps, ni l’arme qu’il peut avoir, quelle qu’elle soit. Tout au contraire, l’homme a pour lui une foule de ressources et de défenses; il peut toujours en changer à son gré, et avoir à sa disposition l’arme qu’il veut et toutes les fois qu’il le veut. La main devient tour à tour griffe, pince, corne, lance, épée, ou toute autre arme et tout autre instrument. Si elle peut être tout cela, c’est qu’elle peut tout saisir et tout retenir. La conformation même de la main a été parfaitement adaptée à sa destination naturelle.» Aristote, Des parties des animaux, Livre IV, Chapitre X, 687b-688b, traduction de Jules Barthélémy Saint-Hilaire, Hachette, 1885 Question Selon Aristote, pourquoi l’homme est-il « l’être le plus intelligent »? Éléments de réponse
Lisez le texte attentivement le texte qui suit et répondez au brouillon à la question posée à sa suite. Vous comparerez votre travail aux éléments de réponse proposés : Doc. 6 : Masque moderne de Jean Pic de la Mirandole,1463- Question Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’homme par rapport aux autres espèces? Italie, Modène, Musée du château de Mirandola - Photo : Renaud Camus / CC BY-SA 2. « Aussi, quand tout fut terminé (comme l’attestent Moïse et Timée), pensa-t-il en dernier lieu à créer l’homme. Or il n’y avait pas dans les archétypes de quoi façonner une nouvelle lignée, ni dans les trésors de quoi offrir au nouveau fils un héritage, ni sur les bancs du monde entier la moindre place où le contemplateur de l’univers pût s’asseoir. Tout était déjà rempli : tout avait été distribué aux ordres supérieurs, intermédiaires et inférieurs. Mais il n’eût pas été digne de la Puissance du Père de faire défaut, comme épuisée dans la dernière phase de l’enfantement ; il n’eût pas été digne de la Sagesse de tergiverser, faute de résolution, dans une affaire nécessaire ; il n’eût pas été digne de l’Amour bienfaisant que l’être appelé à louer la libéralité divine dans les autres créatures fût contraint de la condamner en ce qui le concernait lui-même. En fin de compte, le parfait ouvrier décida qu’à celui qui ne pouvait rien recevoir en propre serait commun tout ce qui avait été donné de particulier à chaque être isolément. Il prit donc l’homme, cette œuvre indistinctement imagée, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui adressa la parole en ces termes : « Si nous ne t’avons donné, Adam, ni une place déterminée, ni un aspect qui te soit propre, ni aucun don particulier, c’est afin que la place, l’aspect, les dons que toi-même aurais souhaités, tu les aies et les possèdes selon ton vœu, à ton idée. Pour les autres, leur nature définie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c’est ton propre jugement, auquel je t’ai confié, qui te permettra de définir ta nature. Si je t’ai mis dans le monde en position intermédiaire, c’est pour que de là tu examines plus à ton aise tout ce qui se trouve dans le monde alentour. Si nous ne t’avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c’est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral * et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, qui sont bestiales ; tu pourras, par décision de ton esprit, te régénérer en formes supérieures, qui sont divines. » […] Qui n’admirerait notre caméléon? » PIC DE LA MIRANDOLE, De la Dignité de l’Homme
Progressivement, une vision mathématique, mais aussi « techniciste » du monde s’impose, donnant lieu à des réalisations qui s’appuient sur ces principes. On peut penser aux fontaines qui ornent le château de Versailles, et qui ont nécessité beaucoup d’innovations techniques fondées sur une meilleure connaissance des éléments naturels (notamment la question de la pression, les techniques de pompage, etc., ce qui a donné lieu au fameux problème des fontainiers de Florence). Doc. 7 : Les trois fontaines, Château de Versailles Photo : koakoo / Wikipedia Mais on peut aussi penser aux automates, qui feront l’objet d’un vif intérêt aux XVI e et XVIII e siècles. Descartes, au début du Traité de l’homme (1648), prendra même modèle sur eux pour expliquer le fonctionnement du corps humain, en supposant que « le corps n’est autre chose qu’une statue ou une machine de terre, que Dieu forme tout exprès, pour la rendre la plus semblable à nous qu’il est possible. ». La machine devient le modèle explicatif du corps naturel : c’est la nature qui imite l’art , plus que ce n’est l’art qui imite la nature, selon l’ancienne formule d’Aristote. Doc. 8 : Automates de Vaucanson Planche tirée de Histoire des jouets de Henri René d’Allemagne, 1902.
Lisez le texte attentivement le texte qui suit et répondez au brouillon aux questions posées à sa suite. Vous comparerez votre travail aux éléments de réponse proposés :
[…] [les notions générales de physique] m’ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu’au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n’est pas seulement à désirer pour l’invention d’une infinité d’artifices, qui feraient qu’on jouirait sans peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie […]. Descartes, Discours de la méthode , 1637 Questions 1) Quelle est la principale utilité des connaissances issues de la physique, selon Descartes? 2) Comment expliqueriez-vous l’expression selon laquelle nous pourrions être « comme maîtres et possesseurs de la nature? Éléments de réponse 1) La physique de Descartes s’appuie sur l’idée que pour connaître la nature, il faut se débarrasser des informations qui proviennent des cinq sens, afin de parvenir à des idées « claires et distinctes ». Selon lui, la « philosophie spéculative », qui provient notamment d’Aristote, n’était pas une science rigoureuse. Il cherche en effet à faire en sorte que les connaissances théoriques sur la nature des choses (le mouvement, la nature des corps, etc.), « soient fort utiles à la vie ». C’est donc l’ enjeu pratique de la connaissance scientifique qui est en jeu ici, et en particulier la « conservation de la santé ». L’on retrouve cette idée dans la préface des Principes de la philosophie (1644) : le but de la philosophie est de nous apprendre à nous conduire dans la vie, ce qui suppose qu’elle nous donne des notions utiles pour « la médecine, la mécanique et la morale ». Soit, dans l’ordre : conserver son corps en en prenant soin, maîtriser des processus naturels pour habiter le monde, et enfin, faire le bien. 2) Pour réaliser cet enjeu pratique il faut donc que nous nous rendions « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Plus nous connaissons la nature, plus nous sommes à même de la maîtriser pour améliorer notre existence, et notamment notre santé. Cependant, le « comme » introduit une concession : nous ne sommes pas les véritables maîtres et possesseurs de la nature. Seul Dieu, qui a créé les lois de la nature, peut être dans cette position. Le propos de Descartes est ambigu : il peut être compris comme une tâche à accomplir, mais aussi comme une preuve de la vanité et des limites de nos connaissances. N’y a-t-il pas, dans la nature, quelque chose qui résiste toujours à nos tentatives de la maîtriser? Ne demeure-t-elle pas imprévisible? Et, enfin, est-il souhaitable de chercher à la maîtriser à tout prix?
La connaissance théorique de la nature, accompagnée de sa maîtrise technique, peut donc être au service d’un progrès social, médical, et même politique. Pour autant, la technique ne produit pas par elle-même les fins qui seraient à même d’en encadrer le développement. En effet, dans le progrès technique, c’est bien souvent l’impératif du possible qui prend le pas sur l’impératif de ce qui devrait être
Un peu de vocabulaire Antropocentré/Anthropocentrisme : L’anthropocentrisme est une conception philosophique qui considère l’humain comme l’entité centrale, le modèle de référence à partir duquel tout doit être pensé et considéré.
Cependant, l’assimilation du corps vivant à la machine, et à une machine qu’on peut manipuler à volonté, s’opère par la rencontre de certaines pratiques. La connaissance et la maîtrise des processus biologiques ont par exemple permis d’améliorer la vie des couples qui rencontraient des problèmes de fécondité. Aujourd’hui, plusieurs procédés médicaux permettent de remédier à cela, ce qui pose dans un second temps une nouvelle série de problèmes éthiques : — L’insémination artificielle : c’est la méthode la plus ancienne en termes de procréation médicale- ment assistée (PMA). Elle permet pour une femme d’avoir des enfants s’il y a des problèmes de fertilité dans le couple. Mais elle repose sur l’anonymat du donneur. Si on supprime cet anonymat, alors le donneur reçoit une responsabilité qu’il ne souhaitait pas : reconnaître et connaître l’enfant. Faut-il que le donneur soit connu? Peut-on à la fois donner des gamètes, et refuser de prendre part à la parenté, à l’éducation de l’enfant, etc…? — Le diagnostic préimplantatoire (DPI) : i l se fait dans le cadre de la fécondation in vitro, sur les embryons, avant la grossesse. Une sélection des embryons peut se faire avant implantation pour éliminer les porteurs d’une maladie génétique. En France, cette technique n’est possible que pour les couples à haut risque. En effet, si tout le monde pouvait s’adonner à une telle sélection, ne risquerait-on pas de tomber dans une forme d’ eugénisme? L’eugénisme désigne un principe de sélection dans le but de conserver les individus les plus forts ou les plus adaptés. S’il est souvent assimilé aux pratiques du régime nazi, il convient de se demander si les pratiques médicales évoquées ci-dessus ne peuvent pas entraîner un nouveau type de sélection, voire un eugénisme qui se présenterait comme légitime. Doc. 9 Écoutez à présent la vidéo de Jacques Testart : pourquoi craint-il des « dérives eugéniques »? https://www.youtube.com/watch?v=VpnglUdL Jacques Testart craint des « dérives eugéniques », car il pense que les techniques de sélection des gamètes devraient être utilisées avant tout dans un but thérapeutique. Or, en les étendant à toutes les personnes qui les demandent, on se retrouve en mesure de laisser ces personnes choisir des enfants « sur mesure ». Il y aurait là un risque d’uniformité menaçant une certaine diversité du genre humain. Cela reviendrait à soumettre chaque individu à une norme de perfection qui reste discutable, mais aussi à leur retirer une forme de liberté , en refusant tout hasard dans le processus (on peut avoir un aperçu de ceci dans le film Bienvenu à Gattaca , d’Andrew Niccol). Un autre argument consiste à dire que la réflexion est collective, dans la mesure où la sécurité sociale peut prendre en charge certains de ces actes : peut-on l’accepter, s’il s’agit d’éviter que son enfant ait un strabisme? Cela ne relève-t-il pas du caprice plus que de la thérapie? Enfin, ces questions se posent davantage aujourd’hui, les couples homosexuels ont également recours aux techniques de PMA : il s’agit là d’un enjeu non seulement éthique, mais aussi social. Photo Courtesy RWJMS IVF Laboratory
Un peu de vocabulaire Thérapeutique : Qui vise à soigner, qui constitue un remède. Uniformité : Le caractère de ce qui est uniforme, c’est-à-dire qui présente partout et toujours la même forme, la même manière d’être. Norme : La règle, la loi à laquelle on se réfère, le standard. CE QUE JE DOIS RETENIR/TRANSITION Les progrès techniques sont donc ambigus au sens où ils améliorent les conditions d’existence des êtres humains, tout en présentant des risques pour la poursuite de cette même existence. Faut-il en conséquence avoir peur de la technique? Il faut plutôt chercher à en encadrer le développement, pour ne pas laisser triompher le principe selon lequel il faut faire ce que l’on peut faire. C’est le rôle des États, et du droit, de permettre un tel encadrement : en France, le Comité Consultatif National d’Ethique joue par exemple un rôle consultatif, en donnant des avis qui sont pris en compte dans l’élaboration des lois.
L’existence humaine ne peut se résoudre à une attitude « technophobe » (= la peur de la technique), car celle-ci fait partie de son milieu ambiant. En effet, l’action humaine doit se comprendre en relation avec la technique, et non contre la technique. Il est difficile de tenir les objets issus de la technique (l’interrupteur, la calculatrice, le portable…) comme des choses qui n’auraient rien à voir avec l’homme, au sens où il est lui-même le producteur de ces objets. On pourrait distinguer deux thèses extrêmes sur cette question :
le transhumanisme, qui se nomme aussi « posthumanisme », consiste à affirmer la nécessité de s’améliorer par le biais de nouvelles technologies, d’implants, de prothèses, etc. À ce titre, diverses sciences collaborent à un tel projet, comme la génétique ou les neurosciences. Le transhumanisme peut être défini ainsi : « Le transhumanisme est un mouvement philosophique et culturel soucieux de promouvoir des modalités responsables d’utilisation des technologies en vue d’améliorer les capacités humaines et d’accroître l’étendue de l’épanouissement humain. » Cité par Gilbert Hottois, dans Le transhumanisme est-il un humanisme? 2014
Faites une petite recherche sur internet pour voir quelles sont les revendications des transhumanistes. Vous pouvez aller jeter un œil sur le site de l’Association Française Transhumaniste : https://transhumanistes.com/immortalite/ L’utilisation de la technologie et des sciences pour « augmenter » l’humain. Les transhumanistes partent du principe que l’homme, en l’état actuel, est faible. Il faudrait alors reconnaître que l’homme « normal » est en réalité malade de son humanité, puisque celle-ci le condamne à subir toutes les misères de l’existence : maladies, limites des connaissances, etc. Cette amélioration des capacités intellectuelles, physiques, et émotionnelles, porte le nom d’ enhancement.
Nous vivons environnés de technique, et nous nous rapportons au monde par le biais d’objets artificiels que nous avons fabriqués. Seulement, on peut distinguer des degrés de technique, qui varient selon le genre de technique que l’on utilise. Il y a des techniques sans outils ni machines, comme ce que le sociologue Marcel Mauss appelait les « techniques du corps » : apprendre à marcher, à se tenir à table, à nager, etc., suppose un « dressage » du corps par la répétition de mouvements. Ensuite, il y a la technique qui mobilise des outils , dont nous avions parlé dans le I, 1). Les machines , contrairement aux outils, possèdent un degré d’autonomie supplémentaire grâce à leur alimentation en énergie qui ne dépend pas de la force musculaire (un tracteur, une perceuse, etc.). Enfin, le dernier degré de technique est celui des robots , dont la présence est devenue quotidienne. Ce dernier degré a pu se développer grâce aux progrès de la cybernétique et de l’informatique. Ceux-ci ont permis de mettre au point des objets qui fonctionnent en réseaux les uns avec les autres (par exemple, le téléphone portable grâce aux technologies internet, Bluetooth, etc.). La dématérialisation des opérations permet de les insérer de manière plus flexible dans des milieux variés. Enfin, le développement des « intelligences artificielles » est un progrès en termes de marge d’autonomie. Les robots sont utilisés dans le but d’assister les personnes ou de perfectionner certains gestes (assistants domotiques, applications médicales pour des opérations délicates, armée, etc.). Le perfectionnement de l’intelligence artificielle progresse à une vitesse telle que l’on peut se demander si le genre de relations que nous entretenons avec les robots ne va pas changer de statut. C’est ce qu’explore par exemple la série Westworld , qui a pour cadre un parc d’aventure géant dans lequel les visiteurs interagissent avec des robots humanoïdes.
Regardez cet extrait de la série Westworld et répondez à la question au brouillon : qu’est-ce que distingue les robots humanoïdes des êtres humains? Lien : https://www.youtube.com/watch?v=zJdBP2OHTlg Éléments de réponse
SYNTHÈSE CONCLUSIVE La technique accroit la puissance d’agir sur le monde et sur soi-même. Elle est donc libératrice, puisqu’elle nous émancipe des lois de la nature. Cependant, elle ne nous donne pas un pouvoir tel que nous y échapperions totalement : l’homme n’est pas une exception dans la nature, même s’il se distingue des autres êtres par sa capacité à inventer des objets artificiels de plus en plus efficaces pour atteindre les buts qu’il s’est fixés. Les échecs de la technique, et le fait que la maîtrise du monde ne sera jamais totale, dévoilent deux choses : d’une part, la nature nous échappe dans l’infinité de ses aspects. D’autre part, l’agir humain ne se réduit pas à la technique : elle n’en est qu’un des modes. En effet, l’homme pense aussi de manière artistique, ou éthique : dans ces cas, il ne s’agit plus de chercher à agir de manière efficace ou rationnelle sur le monde. Pour aller plus loin — Vous pouvez visionner l’émission « Philosophie » d’Arte, stimulante et consacrée à la technique, au lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=eGNntWOfe_ — Également, le film Minority Report de Steven Spielberg, propose une réflexion intéressante sur le progrès scientifique et technique, envisagé dans un futur effrayant… — Un philosophe français contemporain, Bernard Stiegler, spécialiste de la technique, mérite d’être écouté et vu ici : https://www.youtube.com/watch?v=999kzydPHGg