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Introduction à la science politique
Typology: Papers
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0 **UNIVERSITE CADI AYYAD
Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales
Marrakech - Maroc جامعة القاضي عياض
كلية العلوم القانونية و اإلقتصادية واإلجتماعية
المغرب- مراكش**
J’ai toujours pensé, et je continue de le faire encore, que l’étudiant est un être doté de raison, doué de faculté de discernement et d’élan créateur. Aussi, est-il une personne sensible aux idées, ouverte aux principes de l’apprentissage et de l’auto-apprentissage. Bref, il est susceptible de se transformer en subjectivité agissante dans le domaine universitaire. C’est exactement ce postula pédagogique que j’ai appliqué dans le cadre des Travaux Dirigés (les fameux TD) depuis le tout début de ma carrière académique en 1999 comme enseignement-chercheur à la Faculté de Droit Cadi Ayyad de Marrakech. Ensuite, c’est à partir de 2010 que j’ai adoptée la pédagogie interactive américaine et le concept de la classe inversée à l’adresse des étudiants du Semestre 1 en Science Politique. Je veux parler ici du cours interactif que j’ai appris aux Etats-Unis d’Amérique lors de mon séjour académique comme Fulbright à l’Université Georgetown^1 de 2009 à 2010 en un premier temps, et comme intervenant aux différents programmes Semester Abroad à Amideast et IES (Chicago/Rabat). Effectivement, le cours d’" Introduction à la Science Politique" est le fruit de ces efforts entrepris depuis l’adoption de cette matière. Il est en quelque sorte le résultat de la participation des étudiants studieux, qui ont pris soin d’appliquer la pédagogie interactive telle que décrite ci-dessous : Informations Activité Production But pédagogique Cette démarche se fonde sur la lecture de textes relatifs au sujet de la séance avant de venir en cours, ainsi que sur une petite recherche personnelle de la part des étudiants sur le concept politique central de la semaine, sur la conférence du professeur et finalement une discussion marque la fin de la séance. En vue de la préparation de la séance à venir, des orientations sont données aux étudiants pour préparer le thème du cours prochain sanctionné par un support écrit. Les étudiants ont saisi la portée formatrice de cette démarche et certains d’entre eux ont participé de manière volontaire à des travaux de recherche sur différents thèmes tels que ceux de la pédagogie, la didactique, l’épistémologie, l’Etat, la démocratie, la domination, les partis politiques, les mouvements sociaux, les organisations syndicales, etc. (^1) En 2009 j’ai eu l’honneur de recevoir la bourse Fulbright de la Commission Morocco-Américaine (MACECE) qui m’a permis de mener une recherche à Georgetown University à Washington DC sur le thème de : Power and Religion in North Africa (Pouvoir et Religion en Afrique du Nord) en 2010 en collaboration avec professeur John O. Voll. Après mon retour j’ai continué ma collaboration dans le cadre du Semester Abroad Studies à Amideast Rabat et International Education of Students (IES).
des études islamiques dans les Facultés des Lettres. Ceci explique, en partie, l’abondant de la matière "Autorité et Pouvoir en Islam" en faveur de la SP. D’autre part, cette légitimation de la science politique a été limitée car son rapport au Droit constitutionnel est resté dominant et pour cause ce dernier est toujours considéré dans l’esprit des architectes de la pédagogie universitaire comme la matière la plus noble d’entre toutes. Ceci est clairement visible dans, d’une part, les relations entre professeurs de droit constitutionnel et ceux de science politique, et d’autre part, l’association Marocaine de Droit Constitutionnel et l’Association Marocaine de Sciences Politiques qui se sont disputées jusqu’à nos jours, la "parole autorisée" auprès de l’autorité compétente. Ce paragraphe s’inscrit dans le cadre d’un projet ambitieux, celui de tracer l’histoire de l’enseignement de la science politique au Maroc depuis l’indépendance à nos jours, d’une part, et d’en montrer l’évolution historique par rapport aux autres sciences sociales et de rendre compte de sa place dans le champ des savoirs académiques d’autre part.
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Parler de la science politique reviendrait d’abord à localiser cette discipline dans le temps et dans l’espace. Au Maroc, la naissance de cette nouvelle forme de pensée scientifique est controversée à double titre: certains trouvent son origine dans le legs des anciens penseurs musulmans notamment Ibn Khaldun^2 , Al Mawardi^3 en plus d’Ibn Taymiyya^4. D’autres, par contre, font remonter son début à la rupture d’avec la pensée classique des anciens et le début des temps moderne avec Nicolas Machiavel, Thomas Hobbes et Jean Jaques Rousseau, etc. Ce clivage entre les Anciens et les Modernes n’est en fait que le prolongement de l’opposition entre traditionalistes et sécularistes et ne renvoie pas nécessairement à une rupture épistémique dans la perception des phénomènes politiques au sein de la culture ambiante de nature religieuse. D’ailleurs, cette opposition s’est reflétée dans l’enseignement de la science politique non seulement au Maroc mais dans tout le Monde Musulman créant ainsi un "hiatus épistémique" voire une dissociation entre les réalités vécues et observées, d’un côté, et le savoir politique enseigné dans les facultés de droit, de l’autre côté. L’enseignement de la science politique au Maroc est resté pendant longtemps dominé par la tradition française qui a toujours favorisé les travaux des politologues français et les objets majeurs du 19ème^ et 20ème^ siècle. Même les promesses de la décolonisation des sciences sociales n’ont eu raison de cette dépendance épistémique^5. Toutefois, le fait important du développement de la science au Maroc postcolonial est celui de l’influence grandissante qu’ont exercé et continuent de la faire encore les chercheurs américains depuis les années soixante-dix. Ceux-ci ont marqué de leur seau les sciences sociales marocaines et notamment la science politique empirique et quantitative. En ce sens, nous pouvons citer John Waterbury, William Zartman et Clifford Geerts, etc. A ce sujet, il serait important de confronter le contenu de la matière de science politique, son objet, ses thèmes, ses théories et les méthodes appliquées dans les deux approches précitées. Dans ce document, je me limiterai à la définition relativement consensuelle de la science politique quoique discutable^6 , celle qu’en donne la communauté scientifique internationale malgré ses divisions et ses oppositions. (^2) Prolégomènes. (^3) Al Ahkam Sultaniyya (Principes Princiers) (^4) Ibn Jawz Al Qaymiyya Siyyassa Shar’iyya (^5) Hassan Rachik et Rahma Bourqia, La sociologie au Maroc, in Sociologie, Théories et recherches, Open Edition Journals, en ligne depuis le 18 octobre 2011, 3719 (accédé le 8 juin 2020). (^6) Précision du professeur.
6 science et la vérité. Ce qui est tout à fait difficile sinon impossible dans le domaine politique où l’homme est à la fois agent de connaissance et objet d’étude, domaine dans lequel se mêlent opinions, valeurs, jugements et vérité(s). A ce propos je parlerai plutôt de distance que de stricte neutralité. Malgré la diversité des phénomènes politiques, nous adopterons la définition la plus simple et la plus minimaliste afin de se représenter le plus clairement possible l’objet de la science politique à savoir que la science politique est l’étude des phénomènes politiques qui ont traits au pouvoir, à la domination et à la direction des sociétés ainsi que le gouvernement des hommes. A ce sujet, il faut absolument distinguer quelques notions comme celle de la politique qui désigne la vie politique en société, scène de confrontations entre les hommes politiques pour la prise du pouvoir, la politique publique comme programme d’action mis en place par une institution publique pour atteindre des objectifs préalablement définis ou finalement le politique comme agent porteur ou détenteur de pouvoir. Autrement dit, nous utiliserons désormais le qualificatif de "science" politique pour désigner l’étude des phénomènes politiques dans le sens de l’activité humaine tendant vers la gouvernance des hommes et des affaires de leurs cités. C’est dans ce contexte là qu’intervient l’Etat comme une institution de domination et de régulation des conflits entre les différentes puissances politiques se disputant le pouvoir. B- Objet de la science politique: L’objet principale de la science politique est donc celui de l’étude du processus par lequel des groupes et des personnes animées par la volonté ou l’instinct de dominer cherchent à exercer le pouvoir sur les autres hommes que ce soit par des moyens pacifiques (l’influence, la démocratie) ou la contrainte physique (le coup de force). L’État représente l’Institution à l’aide de laquelle les groupes en compétition ou en lutte s’appuient pour assoir leur domination. En ce sens, la science politique et son corollaire la sociologie politique étudient les acteurs, les institutions (les partis, les syndicats, les groupes d’intérêts et les mouvements sociaux), et leurs stratégies de conquête du pouvoir ainsi que leur mode de communication politique.
Dans l’expérience historique européenne antique, le mot politique renvoie au terme grec de Polis et qui signifie la ville ou la Cité-Etat dans la Grèce antique, celle de Socrate, de Platon et d’Aristote par exemple. Ce vocable a évolué à travers le temps pour désigner le sens global de Politikos "civilité" dans le sens de la société d’hommes libres et organisés. Le vocable de Plolitea est aussi usité, quoique limité, pour signifier la constitution et donc la structure et le fonctionnement d'une association d’hommes libres dans le cadre de l’Etat. La politique est donc principalement ce qui a trait à la direction des affaires de la collectivité humaine. Un sens restreint de la notion de Politikè se réfère à l’exercice du pouvoir et à la direction des affaires publiques de la collectivité (Ras Publica). A l’époque moderne, la notion de politique à peu évoluer par rapport à son sens originel, cependant elle s’est enrichie notamment en anglais quant elle est utilisée comme "Politic" (la politique) ou encore comme adjectif "Political" (politique), "Polity" (communauté ou société politique), "Policies" (les politiques). Dans le cas du langage politique français, la politique et le politique diffèrent en usage mais participent au même contenu sémantique. Ainsi, "le politique" renvoie au complexe d’Etat, à la physiologie et aux formes de gouvernement, à la structure du pouvoir et à son exercice entre ses différentes composantes désignées comme institutions politiques: le législatif, l’exécutif, et le judicaire. Les personnes qui vivent "de" et "pour" la politique sont appelées des hommes/femmes politiques car elles se sont professionnalisées dans la vie politique pour réaliser leurs visées partisanes. En clair, la politique désigne l’ensemble des activités, des interactions et des relations de luttes et de coopération qui se développent et se structurent au sein de l’espace autonome de la lutte pour la conquête et l’exercice du pouvoir. Il est possible d’étendre cette définition aussi au terrain d’affrontement des différentes puissances sociales pour la domination. C’est en ce sens que le politologue français Philippe Braud définit la scène politique comme « Le lieu de compétition pacifique autour du pouvoir de monopoliser la coercition, de dire le droit et d’en garantir l’effectivité dans l’ensemble de la société concernée »^9. De son côté, Julien Freund et sur les traces de Max Weber a donné dans son livre "L’Essence du politique" la définition suivante: « (…) Elle est l’activité sociale qui se propose d’assurer par la force, généralement fondée sur le droit, la sécurité extérieure et la concorde intérieure d’une unité politique particulière en garantissant l’ordre au milieu de luttes qui naissent de la diversité et de la divergence des opinions et des intérêts ». (^9) Nay (O.), Lexique de science politique. Vie et institutions politiques, Paris, Dalloz, 2008.
L’apport des Grecques : L’européocentrisme considère la Grèce comme le berceau de la pensée politique et philosophique. Vrai ou faux cela importe peu pour la finalité que nous poursuivons dans ce document. Le plus important est que les grecques ont développé l’héritage des civilisations qui les ont précédés : indienne, persane, chinoise, japonaise et coréenne éthiopienne, etc. En inventant le concept rationnel, la technique d’argumentation et la construction logique de la preuve, les grecques ont apporté ce qui manquait aux systèmes de pensées des civilisations précédentes et par la même occasion ont inauguré une nouvelle forme de "penser le monde". Déjà en leur temps, les sophistes qui ont caractérisé les cinquante dernières années du Vème siècle avant JC n’ont eu de cesse d’examiner les lois des Etats qui gouvernaient leurs cités, enseignèrent une nouvelle justice plus humaine, prêchèrent la démocratie comme mode de gouvernement politique et surtout ont insisté sur la vertu de l’homme politique. Pour eux, un État ne devrait pas invoquer les vieilles traditions et les lois sacrées pour assoir sa légitimité, mais il faut plutôt convaincre les citoyens pour qu’ils acceptent volontairement et librement les lois qui les gouvernent en les discutant préalablement dans l’Agora (l’espace public). Socrate : Le grand philosophe grecque Socrate était un des leurs (sophistes) au début avant de rompre avec leur style de vie extravagant et avec leurs idées faussement démocratiques. Il a fini sa vie intellectuelle en figure philosophique de Martyre après avoir tenu tête aux Tyrans et aux Démocrates en défendant la vérité contre le mensonge et qui a payé de sa vie son attitude de principe selon laquelle la justice naturelle est au dessus de toutes les lois humaines comme il avait aussi invité les hommes politiques à l'étude contemplative et à l'action transformatrice du monde et de la cité. Sa politique était surtout pratique et morale, traitant des devoirs de la vie publique comme de ceux de la vie domestique. La tragédie de Socrate a beaucoup influencé une bonne partie de la jeunesse athénienne de l’époque et a provoqué la formation de nombreux philosophes dont Platon et, indirectement Aristote, ainsi que l’apparition de l’Académie puis le Lycée^10. Ces deux philosophes vont jouer un très grand rôle dans l’évolution de la pensée philosophique et politique de toute l’humanité. En effet, Platon qui est un fervent disciple de Socrate a beaucoup fait pour nous faire connaitre ce dernier à traves ses nombreux dialogues (Le Politique, Le Sophiste, La République, etc.). (^10) Emile Bréhier, Histoire de la philosophie, T1 : Antiquité et Moyen Age, Paris, PUF, 2ème (^) Edition, 1983, p : 79.
10 Platon : Sur les traces de Socrate, Platon croyait fortement en la mission sociale et politique du philosophe à tel point qu’il serait arbitraire de séparer l’aspect politique et social de l’aspect philosophique dans son système de pensée. Cette mission est canonisée dans sa célèbre formule : «…, C’est que les philosophes soient rois dans les cités, ou que les rois et les dynastes soient de bons philosophes, c’est que autorité politique et philosophie coïncident ».^11 Aristote : De son côté, Aristote a apporté un soin particulier à la politique surtout comme objet de réflexion mais pas comme engagement personnel. En fait, Aristote s’est plus intéressé à la logique de raisonnement en politique qu’à la pratique que tout philosophe se doit de s’y engager personnellement. Pour cette raison, il a presque toujours lié la politique comme théorie à la morale comme pratique. Pour preuve, sa collection d’œuvres est tout aussi morale que politique : l’Ethique à Eudème , l’Ethique à Nicomaque et finalement la Politique qui est née de la dernière période d’Aristote dans laquelle il entendait décrire les différentes constitutions d’une centaine de villes grecques dont la fameuse "Constitution d’Athènes". Si, chez Platon, il existe une union intime entre vie individuelle, vie morale et engagement politique, il en est tout autrement chez Aristote qui dissocie toutes ces composantes, c’est-à-dire que chez ce dernier Bien moral ou Bien pratique, atteignables par les actions des hommes, n’ont rien à voir avec l’Idée de Bien que la dialectique platonicienne désigne comme l’ultime but des êtres et surtout des êtres agissant librement et volontairement en vue de la réalisation des fins à l’aide de moyens précis. Pour Aristote, la fin de toute action humaine en politique comme en société c’est le bonheur, mais un bonheur contemplatif et pas actif comme chez le premier philosophe politique : Platon. A vrai dire, Aristote a senti la nécessité de dissocier la vie intellectuelle de la vie pratique, et de la vie sociale. En cela, il est le maitre à penser de Max Weber et sa fameuse neutralité axiologique. (^11) Ibid., page 128.
12 En fin observateur de la vie politique de la République romaine de l’époque, Polybe a qualifié, à juste titre, les institutions de la République de "régime mixte", et pour cause, il a remarqué l’agrégation des trois composantes institutionnels que sont les Assemblées, le Sénat, et les Magistrats). De la sorte, la République de Rome a pu développer les activités commerciales et économiques, et a su surtout pratiquer une politique expansive agressive (Hard power) autour d’elle tout en prêtant attention aux arts et la culture (Soft power). Polybe affirme que le régime de la République peut être considéré comme à la fois monarchique eu égard à l’imperium consulaire, aristocratique en considérant la patrum auctoritas du Sénat et démocratique, si on prend en considération le pouvoir législatif des assemblées du peuple. Ces remarques ont poussé Polybe à considérer le régime politique de la République de Rome comme un véritable « mélange instable et en perpétuelle évolution » de ces trois pouvoirs d’une monarchie discréditée par la tyrannie, elle en garde plusieurs éléments, tels que les magistrats, elle a grandi sous la puissance politique de l’aristocratie qui a la mainmise sur les institutions et la vie publique ; puis, avec l’aboutissement des revendications de la plèbe, conjugué à une rapide expansion, la loi votée par les comices, comme dans toute démocratie l’expression de la volonté du peuple, plutôt que l’instrument d’une élite patricienne. Tout réside dans la notion « d’équilibre entre les trois pouvoirs », celui d’exécuter, celui de légiférer, et celui de juger. Nous sommes ici dans les prémices de la notion de séparation des pouvoirs véritable socle juridique de la « révolution » institutionnelle et politique des Lumières. Cicéron : Contrairement à Polybe qui est un grecque "forcément" latinisé, Cicéron (106- 43 AJ) est un romain "volontairement" hellénisé comme le prouve son œuvre monumentale constituée de discours issus de plaidoiries civiles et politiques, à cela s’ajoute une importante correspondances et ouvrages philosophiques, qui prouvent son attachement pour la culture grecque. Au fond, Cicéron à toujours été plus proche des aristocrates que du Peuple en cela il a trahi sa théorie du Principat qu’il formule durant le premier triumvirat et qui met en avant l’idée selon laquelle, en cas de péril extrême, le gouvernement de la République doit être confié au meilleur de tous ces citoyens, celui qu’il appelle le "Princeps", littéralement le Premier qui doit bénéficier des pleins pouvoirs afin de préserver la République. Pour Cicéron, le Premier est celui qui, en période de paix, veille sur la cité, mais en période de crise ou de guerre, il doit rétablir l’ordre menacé. Ultérieurement cette remarque va constituer le socle de la pensée politique de Nicolo Machiaveli pour qui le prétendant au pouvoir fait l’impossible de le conquérir et quand il y arrive, il fait tout pour le conserver.
La fin du Moyen Âge Européen : Nicolas Machiavel est un florentin (1469-1527) qui a pensé politiquement son siècle. Il a reçu une éducation somme toute classique qui a marqué sa personnalité. En 1502 , N. Machiavel a occupé un premier poste politique en devenant l’homme de confiance de Pierre Soderini et le secrétaire de la « Commission des Dix pour la liberté et pour la paix ». Il est resté pendant quatorze années au service de la République de P. Soderini en faveur de qui il mis sur pied une Milice florentine. En 1512, les Médicis, soutenus par les Espagnols et par le Pape (alors que la République avait la France pour alliée) réussissent à reprendre les rênes du pouvoir. N. Machiavel est emprisonné, puis contraint à «l’exil» dans sa villa de campagne, et c’est entre 1513 et 1514 qu’il s’est attelé à penser et à écrire "Le Prince" en parallèle aux "Discours sur la première décade de Tite-Live". N. Machiavel peut être vu comme le théoricien de l’Etat et du Politique par excellence, il a toujours voulu à travers son expérience politique et sa pensée donner aux détenteurs du pouvoir des conseils pratiques pour conserver leur pouvoir et préserver leurs Etats. Cette pensée est qualifiée de Réalisme Politique par Henry Kissinger (Real Politic) à l’aide de laquelle il a rejeté les illusions de la pensée idéaliste des philosophes politique (Platon notamment) : « Il m’a semblé plus convenable de suivre la vérité effective de la chose que son imagination » disait N. Machiavel. Pour lui, "le Prince ne doit pas chercher à être un homme de bien, car sinon, il court à sa perte, entouré d’hommes qui, eux, ne le sont manifestement pas. Il faut, au contraire, qu’il apprenne à n’être pas bon et d’user de la bonté selon la nécessité". De son point de vue, la bonté n’est pas une qualité naturelle de l’Homme. Les hommes sont, à ses yeux, « cupides, ingrats, changeants, dissimulés, ennemis du danger, avides de gagner (…) Ils oublient plutôt la mort de leur père que la perte de leur patrimoine ». Son anthropologie politique repose sur le fait que tous les hommes sont des tyrans en puissance. Ils en ont tous les vices à la seule différence c’est qu’ils n’ont pas tous les mêmes moyens pour les exprimer dans l’action. Cependant, N. Machiavel en appelle à la qualité de la « virtù » assimilée bien à la fois à la force virile et la magnanimité, qu’à la vertu morale. Dans les faits, c’est la virtuosité qui contribue à affranchir le Prince des valeurs du Bien et du Mal. Selon Machiavel, la nature humaine est bestiale, et tout homme est tantôt violent comme un lion, tantôt rusé comme un renard. En véritable homme d’Etat le Prince doit l’être tout autant. Il se doit de gouverner à l’aide de la loi, mais il doit aussi gouverner par la force et la ruse quand il le faut. En définitif, le Prince devrait maitriser plus l’art de la violence et de la dissimulation, que celui de la législation et de la norme.
1. Thomas Hobbes : (1588- 167 9). Thomas Hobbes est un philosophe Anglais du 17 ème^ siècle, qui a contribué énormément à la théorisation du pouvoir absolu de l'Etat en dans son pays. Il est considéré comme étant le « théoricien de la peur », et de l’absolutisme royal en Europe. A partir de 1625 et, sous le règne de Charles Ier Stuart, Hobbes prend parti pour l'absolutisme royal contre le parlementarisme anglais. C’est l’époque où il a publié son importante œuvre politique : le Léviathan, publié 1651, dans lequel il expose son point de vue sur la théorie de la construction de l’Etat absolu. La peur de la révolution et de la guerre civile a habité l’œuvre politique de Thomas Hobbes. L’idée principale du Léviathan est que la situation incertaine de l’homme à l’Etat de Nature le pousse à s'en dégager, il le fait moyennant l’institution d’un pouvoir, né d'un contrat entre tous, et qui garantit le respect de la paix publique, par la coercition légitime de l'Etat. L’Etat de nature et celui du contrat social chez T. Hobbes sont une fiction philosophique qui rappelle celle de l’"âge d'or" de J.J Rousseau qui pensait que : "Les hommes « naturels » y assouvissent leurs passions, usent de leur bon vouloir pour satisfaire leurs désirs, dans une démarche totalement égoïste et individualiste. Dans ces conditions, où l’homme s’épanouit par l’exercice de sa seule force, peu de choses semblent le distinguer de l’animal". En effet, les hommes sont « égaux par nature », ils ont tous les mêmes désirs, mais également les mêmes aptitudes et la même force pour les assouvir. Cette égalité est la source, selon Hobbes, de toutes les incertitudes de l'Etat de Nature. Elle autorise les uns à s’approprier ce qu’autrui détient, voire à le détruire, les autres à s'opposer à ces atteintes, par la violence, si le moyen leur en est donné. Ce droit, dont chacun dispose, est appelé par Hobbes « droit naturel » mais il est, à la vérité, a-juridique (voire ante-juridique, et fondé exclusivement sur la force) : il s'agit plutôt de la force vitale et l'instinct de survie. A vrai dire, la justice n’existe que si la loi lui préexiste : « là où il n’est pas de loi, il n’est pas d’injustice », nous dit T. Hobbes et par voie de conséquence l’injustice n’existe pas, et donc rien n’est interdit au contraire tout est permis. Il en va de même pour la propriété, qui ne pourrait exister en dehors de garanties légales : « (…) appartient à chacun ce qu’il peut prendre et aussi longtemps qu’il peut le conserver ». Pour traverser l’état de Nature (status naturalis) vers l’état de société (status civilis), il faut que les hommes s’accordent en fixant des règles de conduite et de défense mutuelle, que Hobbes qualifie de « lois de nature », et qu’l est possible de définir : « ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît ». Cette lex naturalis, premier pas d’une téléologie anthropologique détachée de toute loi divine est un accord rationnel entre les hommes, par lequel
16 ils renoncent à exercer « leur droit absolu sur toute chose », en d’autres termes, leur droit de nature. Mais les lois de nature étant dépourvues de mécanismes de sanction, les hommes peuvent ne pas les respecter. Or, l’effectivité d’une règle n’est garantie que par la contrainte. Il faut donc une « puissance coercitive » qui oblige, par la simple peur de la sanction, les hommes à observer le contrat passé. Ainsi, le contrat hobbesien secondaire qui conduit à l’Etat, n’est pas, lui, un pacte naturel comme chez Aristote, puisque ce n'est pas l'instinct qui conduit à s’associer avec ses semblables, mais l'intérêt, le calcul. Ici Hobbes est plus proche de Machiavel : la société que bâtissent les hommes n’est, par essence, pas naturelle ; elle est artificielle, pur « produit de l’art humain ». La particularité de ce deuxième contrat est que les hommes ne se dépouillent pas mutuellement de leur droit de nature car ils le font au profit d’un tiers, l'Etat absolu, qui, recueillant l’ensemble de ces droits, garantit la paix. La formule que Hobbes fait prononcer aux hommes est claire : « j’autorise cette personne et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la même manière ». Ce pacte n’est pas un simple accord (consensio) entre les hommes, mais il établit entre eux une unité nouvelle (unio), et sa validité n’est nullement affectée par le fait qu’il soit conclu sous la contrainte. On distingue alors deux contrats : un pacte horizontal (pactum unionis ou pactum societatis) conclu par les hommes entre eux pour faire naître l'Etat, et un pacte vertical (pactum subjectionis), par lequel la société transfère tous ses pouvoirs à l'Etat, faisant de lui un maître absolu. Cette opération donne ainsi naissance à une autorité qui est à la fois née de la multitude et extérieure à la multitude, et qui a reçu mandat de diriger la société. Mais ce souverain ne participe pas au contrat, et le tour de force de Hobbes est de refuser que la souveraineté repose sur un contrat, dans la mesure où le souverain doit être libre de toute entrave, ainsi que le veut l'absolutisme : le Léviathan n’ayant pas contracté, il n’est pas lié par le contrat. Hobbes touche à l'essence du corps artificiel de la RES PUBLICA moderne qui soumet les hommes au pouvoir absolu des Etats, dans le but d'assurer leur sécurité mais pas la propriété.
2. John Locke (1632- 17 04) Comme Thomas Hobbes, John Locke est aussi un philosophe anglais des Lumières mais plus progressiste que le premier. A cause de ses idées libérales et démocratiques, Il a été contraint à l’exil à Amsterdam en Hollande où plusieurs des penseurs qui prônaient les idées de la liberté et de l’égalité entre les hommes en Europe se sont refugiés. Et c’est à Amsterdam qu’il a écrit Traités sur le gouvernement civil en 1680. A cette époque, l’Angleterre politique a été prise en tenaille entre l’absolutisme royal et la tyrannie de Cromwell. A la suite du vote des deux chambres du
18 « l'Homme naît naturellement bon et heureux, c'est la société qui le corrompt et le rend malheureux ». Il réfute ainsi la notion de péché originel de l’Eglise catholique. Le " Du contrat social " est l’œuvre principale de J-J Rousseau dans laquelle il a analysé les principes fondateurs du droit politique et le fondement de la société ultérieurement démocratique. Pour lui, seule une convention fondamentale peut légitimer l'autorité politique et permettre à la volonté générale du Peuple souverain d'exercer sa pleine souveraineté sur lui même. Comparé à Montesquieu et Voltaire , il a été plus incisif dans la défense de la liberté et de l'égalité entre les hommes. Dans " Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes " de 1755 , il a proposé l’idée d’un ordre naturel qui concilie la liberté individuelle et les exigences de la vie en société. Cependant, c’est le "Contrat social" qui a le plus marqué son siècle en inspirant la Déclaration des Droits de l'Homme et tous les philosophes révolutionnaires. Notamment les philosophes allemands (Emmanuel Kant, Gottlieb Fichte et F. Hegel, Karl Marx...).
Chapitre III : La naissance de la science politique moderne Vers la fin du 19eme et le début du 20eme siècle la science politique se détache graduellement de la " classification des sciences " faite par le sociologue français Auguste Comte (1798-1857). Ce détachement va permettre à la science politique de s’autonomiser ultérieurement par rapport à l'histoire, au droit, à la sociologie et surtout à la philosophie. Cela a été possible à l’aide de certaines ruptures : → La première est d'ordre interne car en effet il a fallu attendre un long moment avant que ne se définisse les problématiques centrales de la science politique, savoir le pouvoir (son essence, son exercice et ses formes), l'État (comme pouvoir politique, comme société juridique et comme une institution durable). L'individu face au pouvoir que la science politique propose d'étudier à travers les mécanismes de la socialisation, à travers l'action collective et le rôle des groupes participants à la compétition pour le pouvoir. → La deuxième est d'ordre institutionnel, car il a fallut voir cette discipline s'imposer dans les institutions d'enseignement et de recherche, notamment universitaires. → La dernière est d'ordre disciplinaire car il a fallut attendre assez longtemps avant que ne se forme une communauté savante propre à la "science" politique. A- Le positivisme Ce courant de pensée a été fondé par Auguste Comte, bien que ses influences et les concepts fondant cette science prennent leurs racines avant le philosophe. La grande ambition du positivisme a été de transposer dans le domaine de la connaissance de la société les principes et les méthodes qui ont assuré la célébrité des sciences dites «exactes»^12. Pour lui et ses fidèles, les faits de la vie sont toujours explicables par la science sous forme d’observation et d’expérience. Selon cette doctrine qu’on appelle aussi scientisme, "l’esprit humain" ne peut atteindre l’essence des choses et doit renoncer à l’absolu: cette conception a eu une influence majeure jusqu’à notre époque. Le scientisme repose en fait grandement sur la philosophie critique d’Emmanuel Kant, qui refuse à l’homme toute prétention métaphysique. Selon Auguste Comte, l’esprit humain a évolué selon une loi connue sous le nom des trois états qui commence par l’état théologique , mode d’explication par des agents détenant une volonté (ex : Zeus exercerait des interventions rendant compte des anomalies apparentes de l’univers), puis par l’état métaphysique , croyance en des entités ou des abstractions. L’état (^12) Introduction a la Science Politique, Jean Baudouin, 9eme édition, 2009.