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Relations économiques internationales
Typology: Summaries
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Éthier
économiques
internationales p. 199-
Les théories de l’économie internationale
Les relations économiques internationales (REI) sont les échanges commerciaux et les mouvements de capitaux impliquant des paiements monétaires entre les personnes privées et morales de la communauté internationale : particuliers, entreprises privées et publiques, gouvernements, ONG et OI. Le domaine d’études des REI englobe également les théories, les politiques, les institutions et les règles de droit qui orientent et réglementent ces transactions. Si ce sont les entreprises privées, et en particulier les FMN^1 , qui réalisent la majorité des échanges commerciaux et financiers internationaux, les gouvernements des États et les organisations économiques internationales gouvernementales (OEI) demeurent les acteurs majeurs des REI puisque ce sont elles qui décident des règles essentielles de leur fonctionnement. Le FMI, la Banque mondiale, l’UE, le G8 et le G20 sont les principaux décideurs des questions économiques ; ils établissent les règles pour l’ensemble des acteurs et utilisent leur pouvoir – qui est considérable – pour influencer les résultats des transactions économiques^2. Ce chapitre s’intéresse principalement à la dimension interétatique des REI. La première section traite de l’évolution des théories de l’économie internationale depuis la création des États-nations ; la deuxième section examine les déterminants et les composantes des échanges interétatiques comptabilisés dans les balances de paiements ; la troisième section analyse les transformations du système économique international depuis l’entre-deux- guerres.
et de la Grèce développèrent un vaste réseau d’échanges avec l’Inde, l’Arménie, le Caucase et les territoires du pourtour de la Méditerranée. C’est à cette époque qu’apparaissent les premières monnaies métalliques (pièces d’or, d’argent, de bronze) et que naît la pratique du prêt avec intérêt. À partir du IIIe^ siècle avant J.-C., le commerce s’étend en volume monétaire et géographique mais il reste borné sensiblement aux mêmes produits. Par contre, on assiste à l’essor des banques et de la spéculation sur la valeur des biens transigés. L’Empire romain (du Ier^ siècle au Ve^ siècle après J.-C.) imposa un modèle d’échanges à sens unique. Les armées impériales pillaient les richesses mobilières (métaux précieux, bijoux) des provinces soumises pendant que les banquiers et commerçants romains importaient de ces dernières les aliments et biens manufacturés nécessaires à la consommation des habitants de Rome. La multiplication des monnaies favorisa l’émergence d’un marché monétaire : achat et vente de devises, spéculation sur la valeur des monnaies, usure, crédit. La chute de l’Empire romain et l’instauration du système féodal, caractérisé par le morcellement du territoire entre fiefs seigneuriaux, l’obligation pour la population de se consacrer à la culture des terres et à la défense militaire des seigneuries, et de fortes restrictions au commerce, au voyage et aux migrations entraînèrent un net ralentissement des échanges en Europe^4. La domination de l’Église catholique, qui condamnait toute activité génératrice de profit, contribua également au recul du commerce. Paradoxalement, ce sont les croisades des chrétiens contre les musulmans qui relancèrent les échanges entre l’Occident et l’Orient aux XIIIe^ et XIVe^ siècles. La constitution de l’Empire ottoman, au XVe^ siècle, ferma la route des Indes, de la Chine et de l’Afrique à l’Europe, obligeant les monarchies européennes à financer des explorations afin de trouver d’autres routes d’accès à ces contrées. La découverte de nouveaux territoires en Amérique, en Asie et en Afrique permirent à plusieurs pays – le Portugal, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Angleterre, la France – de se constituer des empires coloniaux aux XVe, XVIe^ et XVIIe^ siècles^5. C’est dans ce contexte que naquit la théorie du mercantilisme.
Le mercantilisme exprime le nationalisme ou l’aspiration des premiers États-nations à développer leur puissance. Il s’imposa comme théorie économique dominante aux XVIe, XVIIe^ et XVIIIe^ siècles tout en adoptant plusieurs formes : le bullionisme espagnol (Ortiz), le mercantilisme financier et commercial anglais (Thomas M , 1571-1641), le mercantilisme industriel français (Jean-Baptiste C , 1619-1683), le mercantilisme financier allemand ( S ). L’idée centrale du mercantilisme, tel qu’il fut appliqué en Angleterre et en France, est que l’État doit supporter le développement de l’industrie et du commerce afin d’assurer l’augmentation de sa puissance économique, principal support de son pouvoir militaire et politique. Pour ce faire, il doit favoriser la croissance des manufactures par des subventions, des privilèges, des concessions de monopoles et le maintien des salaires à un bas niveau ; encourager la conquête de colonies qui constitueront un marché captif pour l’approvisionnement en matières premières et l’écoulement du surplus de la production manufacturière ; construire une marine marchande puissante afin de favoriser les échanges entre la métropole et ses colonies, d’une part, et barrer la route aux nations rivales, d’autre part. En résumé, le fondement de la richesse d’une nation est la constitution d’un surplus commercial grâce au développement, sous l’égide de l’État, d’une industrie manufacturière exportatrice à l’abri de la concurrence^6. Le mercantilisme est vu comme la pensée économique du réalisme, puisqu’il associe les REI à des rapports de force conflictuels entre États dans le cadre desquels « nul ne gagne que l’autre ne perd^7 », chacun cherchant à accroître sa puissance économique au détriment de celle de ses concurrents afin de préserver ou renforcer sa position militaire et politique au sein de l’arène internationale.
Si le mercantilisme permit à tous les empires coloniaux européens de s’enrichir, c’est uniquement dans les pays qui pratiquèrent un mercantilisme industriel et commercial, tels
services au prix le plus avantageux pour eux, et où les acheteurs cherchent à se procurer les biens qui répondent à leurs besoins au meilleur prix possible. Lorsque le marché est laissé à lui-même, guidé uniquement par la rationalité des vendeurs et des acheteurs, l’offre et la demande tendent à s’équilibrer sur le long terme et les prix des biens coïncident avec les attentes des uns et des autres. Selon les libéraux, l’économie de marché est le système le plus susceptible de permettre une allocation rationnelle et efficace des ressources lorsqu’il n’est pas perturbé par les ingérences des gouvernements : nationalisations, réglementations, subventions, contrôles, etc. Ce sont ces ingérences qui sont responsables d’une mauvaise allocation des ressources (ex. : chômage ou pénurie de main-d’œuvre), des déséquilibres entre l’offre et la demande (surproduction, récession, pénurie), d’une hausse ou d’une baisse excessive des prix (inflation, déflation). L’objectif des libéraux est la croissance équilibrée de la production et des revenus, l’amélioration du bien-être général, mais non la répartition égalitaire de la richesse ou du revenu national entre les individus et les divers groupes de la société. Selon la théorie libérale, l’État a un rôle minimal mais essentiel à jouer. Il doit prendre en charge les politiques d’intérêt général qui sont essentielles au bon fonctionnement de l’économie et que l’entreprise privée ne veut pas assumer en raison de leurs coûts trop élevés ou de leur rentabilité trop faible ou incertaine : la défense et la sécurité, la justice, la santé, l’éducation, les transports et les communications. Il doit également stimuler les investissements et harmoniser les conditions de la concurrence par un allègement du fardeau fiscal, l’élimination des réglementations trop contraignantes ou discriminatoires, la restriction des pratiques monopolistiques, etc. Selon les libéraux, si le travail ou la production crée la valeur, c’est dans l’échange que cette valeur se réalise ou se transforme en capital. La richesse des nations repose donc sur le développement du libre commerce au sein des États et entre eux. Compte tenu que tous les pays ne possèdent pas en abondance les facteurs essentiels à la production – matières premières, main-d’œuvre, capital –, il est
nécessaire que chacun spécialise sa production en fonction de ses avantages comparatifs afin d’abaisser le coût de ses produits, accroître ses exportations et importer les biens dont il a besoin au meilleur prix possible. Compte tenu que les avantages comparatifs d’un pays changent au fur et à mesure qu’il s’industrialise, la spécialisation internationale de la production est une réalité en constante mutation à laquelle chaque économie doit s’adapter si elle veut maintenir sa compétitivité et conserver une balance commerciale excédentaire. À l’instar des marchés nationaux, le marché mondial tend vers l’équilibre de l’offre et de la demande et des prix lorsqu’il n’est pas perturbé par le protectionnisme des États, les contrôles et les réglementations des institutions économiques internationales, les pratiques monopolistiques des entreprises. L’intervention des États et des OEI au sein du marché mondial doit donc être réduite au strict minimum. Les libéraux reconnaissent qu’une économie mondiale fondée sur la libre compétition ne peut assurer une répartition égalitaire de la richesse entre les nations. Mais elle permet à chacune d’améliorer son revenu d’une manière relative, favorise une redistribution permanente de la richesse et accroît le bien-être matériel général de l’humanité. En bref, la dynamique du libre marché est un jeu à somme variable dans le cadre duquel ce ne sont pas toujours les mêmes acteurs qui gagnent plus que d’autres. Le capitalisme libéral a un autre avantage inestimable : il est un gage de paix et de sécurité, puisque plus les nations commercent entre elles et deviennent interdépendantes du point de vue économique, moins elles ont intérêt à se faire la guerre.
Le néomercantilisme du XIXe^ siècle est une réaction au libéralisme triomphant de cette époque. Systématisé initialement par l’homme politique américain Alexander H (1757-1804), dont les vues seront reprises par l’École historique allemande (Friedrich L [1789-1846], Wilhelm R , Gustav S ), il vise à défendre
militaires au XIXe^ siècle, ce qui leur permit d’agrandir leurs territoires au détriment des principales nations rivales^11. Au cours des XIXe^ et XXe^ siècles, plusieurs pays du tiers- monde, une fois leur indépendance acquise, privilégièrent des politiques économiques néomercantilistes au cours des premières phases de leur développement. Entre 1945 et 1975, cependant, le néomercantilisme des PED prit des formes nouvelles sous l’influence du libéralisme hétérodoxe keynésien. La théorie développementiste, les approches non marxistes de l’école de la dépendance et les thèses structuralistes et néostructuralistes promues par les spécialistes du développement des années 1950, 1960 et 1970 sont en effet des modèles éclectiques inspirés principalement du néomercantilisme et du libéralisme hétérodoxe^12. Selon Gilpin, le nationalisme économique de l’Italie fasciste, de l’Allemagne nazie et du Japon militariste des années 1930 et 1940 peut être qualifié de néomercantilisme impérialiste. Afin de favoriser l’expansion de leur puissance industrielle, ces pays annexèrent et occupèrent militairement divers pays et territoires pour se procurer les matières et la main-d’œuvre dont ils avaient besoin et écouler leurs surplus de production. À l’instar des premiers États-nations européens, ils développèrent leur puissance économique grâce à la constitution d’empires coloniaux protégés par des barrières protectionnistes^13.
Au cours de la période 1920-1940, John Maynard K (1883-1944)^14 et plusieurs économistes libéraux, dont James M , Joan R , Piero S et Gunnar M , entreprirent de critiquer le nationalisme, responsable du déclenchement de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale, le libéralisme, à l’origine de la très grave dépression des années 1930, et le marxisme qui, quoique plus apte à assurer le développement économique et la justice sociale, prive les citoyens de leurs libertés politiques. Cette critique déboucha sur la construction d’une nouvelle théorie fondée sur la synthèse de ces trois approches. Cette théorie est néanmoins considérée comme
l’expression d’un libéralisme hétérodoxe parce qu’elle est, dans l’ensemble, plus proche du libéralisme que du nationalisme et du marxisme. Keynes et ses disciples, en effet, sont convaincus de la supériorité du capitalisme sur le socialisme, mais ils croient que le marché laissé à lui-même, loin de tendre vers l’équilibre comme le soutiennent les libéraux orthodoxes, engendre inévitablement des déséquilibres, des inégalités et des crises comme l’affirment les marxistes. La solution à ce problème est la régulation des forces du marché par l’État. En bref, le modèle que propose l’hétérodoxie libérale keynésienne est un capitalisme de type social-démocrate qui allie économie de marché, démocratie politique et intervention de l’État ; un système qui permet non seulement d’assurer une croissance économique équilibrée et durable, mais une répartition équitable des fruits de la croissance et le respect des libertés politiques. Afin d’éviter les crises de surproduction, qui entraînent une augmentation du chômage et un appauvrissement des classes moyennes et ouvrières, tout en renforçant l’attrait pour le communisme, les États doivent stimuler la demande effective ou la consommation, au lieu de laisser l’offre déterminer la demande comme le recommandent les libéraux. L’atteinte de cet objectif implique que les gouvernements encouragent le plein emploi, par le financement de grands travaux publics et l’aide aux industries de biens de consommation – davantage génératrices d’emplois que l’industrie lourde –, tout en améliorant le niveau général des revenus grâce à la syndicalisation de la main-d’œuvre, à l’augmentation des salaires proportionnellement à la productivité du travail et à la création de politiques sociales redistributives – assurance santé, allocations familiales, assurance chômage, régimes de retraite, etc. – sous la gouverne d’un État-providence^15. La réalisation de ce programme suppose une importante augmentation des dépenses publiques, financée par des emprunts qui seront remboursés ultérieurement grâce à la hausse des revenus fiscaux provenant de la croissance de l’économie, de l’emploi et des revenus. C’est sur le plan des politiques monétaires et fiscales que la théorie libérale hétérodoxe se démarque le plus de la théorie libérale
entreprises et des particuliers, lui-même favorisé par les surplus de capitaux disponibles sur le marché mondial et le bas niveau des taux d’intérêt. Au fil du temps, la spirale de l’endettement provoqua une augmentation du niveau général des prix. Dans les Pd, les syndicats réagirent à cette tendance en réclamant une indexation des salaires au coût de la vie, ce qui entraîna, à partir du début des années 1970, une augmentation des coûts de la main-d’œuvre supérieure à la productivité, un infléchissement des taux de profit, une baisse des investissements et un ralentissement de la croissance. Cette situation de stagflation encouragea les grandes entreprises industrielles et bancaires à délocaliser une partie de leurs activités vers certains PED afin de maintenir leurs taux de profits. Les investissements des FMN permirent à plusieurs PED d’accéder au rang de NPI ; les pressions conjuguées de ces deux catégories d’acteurs forcèrent les PD à ouvrir davantage leurs marchés aux produits manufacturés des NPI, ce qui entraîna l’apparition et l’aggravation des déficits commerciaux des pays de l’OCDE vis-à-vis des NPI^16. La décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) d’augmenter les prix de l’or noir, en 1973 et 1979, provoqua une flambée des taux d’inflation et deux récessions – en 1974-1975 et 1979-1983 – qui aggravèrent la crise structurelle du modèle keynésien. C’est cette dernière crise qui fut à l’origine de la transition du libéralisme orthodoxe vers le néolibéralisme.
« Le triomphe du keynésianisme a pu donner l’illusion qu’il occupait toute la scène, que la Théorie générale avait effectivement terrassé la théorie libérale^17. » En réalité, cette dernière, loin de disparaître, s’est développée dans l’ombre du keynésianisme tout en prenant un profil bas. Plusieurs économistes, en effet, ne se sont jamais ralliés au keynésianisme, en particulier Friedrich H (1899-1992) et Milton F (1912-2006), têtes d’affiche de l’École de Chicago. Dès les années 1960 et 1970, aux États-Unis, on assiste à une résurgence du libéralisme sous la forme de nouvelles théories qui trouvent leur inspiration chez les
classiques et les néoclassiques tels Alfred M , Leon W , Paul S et Bertil O . Ce sont ces théories qui forment le corpus du néolibéralisme. Tous les néolibéraux partagent la conviction qu’il faut revenir au libre marché, en confinant l’État à un rôle minimal pour certains, en éliminant toute intervention étatique pour d’autres, tant sur le plan national qu’international. L’originalité du néolibéralisme par rapport au libéralisme tient moins à sa vision dogmatique et radicale du laisser-faire économique (qui n’est pas entérinée par tous les auteurs) qu’aux nouveaux arguments qu’il invoque en faveur de la liberté du marché. Alors que le libéralisme était une réaction au mercantilisme, le néolibéralisme est une critique du keynésianisme. Son objectif est de démontrer que les problèmes de ce modèle, qui deviennent de plus en plus nombreux et importants à partir de la fin des années 1960, sont dus aux interventions de l’État. Trois théories néolibérales ont contribué d’une façon particulièrement importante à la réfutation et au discrédit du keynésianisme : la théorie monétariste, l’économie de l’offre et la théorie du capital humain. Selon la théorie monétariste de Milton Friedman^18 , l’augmentation des prix ou les taux d’inflation de plus en plus élevés que connaissent les pays capitalistes découlent d’une trop forte expansion de la quantité de monnaie en circulation, elle-même due à des taux d’intérêt trop faibles. Ce sont les gouvernements qui sont responsables de cette situation puisqu’ils contrôlent les banques centrales et les incitent à maintenir les taux d’intérêt bas afin de favoriser l’endettement des administrations publiques, des entreprises et des ménages jugé essentiel à la croissance de la consommation. Il faut, soutient Friedman, que les banques centrales soient laissées libres d’établir les politiques monétaires en ne tenant compte que des seules forces du marché. Elles ne pourront alors éviter une hausse des taux d’intérêt, ce qui permettra de réduire la demande de crédit, de restreindre la masse monétaire et de faire baisser l’inflation, tout en forçant les gouvernements à diminuer leur endettement par des coupes dans leurs dépenses publiques. Une telle politique anti-inflationniste débouche
compris un mariage, un divorce, le partage des tâches ménagères, un crime, sont déterminés par une évaluation rationnelle des coûts et des bénéfices, à l’instar des choix purement économiques. Les gouvernements keynésiens sont confrontés à un endettement excessif, à des déficits budgétaires et à des problèmes de stagflation parce qu’ils ont adopté des politiques publiques irrationnelles, non basées sur un calcul de leurs coûts et bénéfices à court et moyen terme. La solution que préconisent les partisans de la théorie du capital humain est moins une diminution de l’intervention de l’État qu’une réorganisation de cette dernière en fonction de la rationalité économique. Dès le tout début des années 1980, les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher en Angleterre et de Ronald Reagan aux États-Unis adopteront les politiques économiques recommandées par les néolibéraux. Cependant, contrairement à une idée répandue, l’abandon du keynésianisme au profit du néolibéralisme fut beaucoup moins un choix idéologique de la droite qu’une décision dictée par la crise structurelle du modèle capitaliste social- démocrate de l’après-guerre. Au cours des décennies postérieures à 1980, la très grande majorité des gouvernements de droite, de gauche ou du centre des PD, NPI, PED et ex-pays communistes adopteront – d’emblée ou avec réticence, rapidement ou progressivement – des politiques économiques néolibérales. Cependant, dans la très grande majorité des cas, celles-ci seront davantage hétérodoxes qu’orthodoxes, i.e. qu’elles combineront les enseignements du keynésianisme et du néolibéralisme^23. Il est toutefois indéniable, néanmoins, que les États-Unis ont fortement contribué, par leur politique économique et leur influence au sein des OEI, à ce changement de modèle économique sur le plan international. La décision de la Banque fédérale américaine de hausser ses taux d’intérêt, en 1983, acculera plusieurs NPI et PED très endettés à une crise financière. Cette conjoncture incitera le FMI, la Banque mondiale et plusieurs autres OEI à conditionner leur aide financière à l’adoption, par les pays emprunteurs, de réformes économiques à caractère néolibéral. Ces réformes, dont l’un des principaux objectifs était la libéralisation des
politiques commerciales, contribuèrent au succès de l’Uruguay Round (1986-1993) du GATT, qui déboucha sur une libéralisation sans précédent des échanges de biens et de services. Elles encouragèrent également l’approfondissement du processus d’intégration européenne (1986-2000) et la multiplication des accords d’intégration économique dans les Amériques, en Afrique et en Asie au cours des années
TABLEAU 4.2. Les composantes de la balance des paiements
« La balance des paiements est un compte qui enregistre toutes les transactions donnant lieu à des règlements monétaires entre les unités résidentes et le reste du monde, pendant une période donnée^25. » Elle est un des principaux indicateurs de la situation économique d’un pays, une source cruciale d’informations, tant pour les décideurs politiques nationaux et étrangers que pour les agents du marché national et mondial. Par exemple, les composantes de la BCC révèlent quels sont les secteurs et les branches de spécialisation de l’économie d’un État, quelle place il occupe dans la division internationale de la production et des échanges, quel est le niveau de sa dépendance commerciale vis-à-vis des autres pays. Les données de la BCA permettent de connaître sa situation financière, en particulier l’importance de ses investissements directs et de portefeuille outre-frontière et le niveau de son endettement privé et public externe. Les avoirs de change sont révélateurs de sa capacité à transiger avec les autres pays et à défendre la valeur de sa monnaie. La balance des paiements est régie par les règles comptables de tout bilan et à ce titre se présente en équilibre. Par construction, on a égalité de la somme de tous les éléments inscrits au passif et à l’actif. En réalité, cependant, la BP est excédentaire si le solde de la BCC + le solde de la BCA > 0 et qu’en conséquence le pays augmente ses créances sur l’étranger. À l’inverse, la BP est déficitaire si le solde de la BCC + le solde de la BCA < 0 et qu’en conséquence le pays est débiteur vis-à-vis de ses partenaires. La BP est équilibrée lorsque le solde de la BCC + le solde de la BCA = 0 ce qui implique que la variation des créances est nulle et qu’il n’est pas nécessaire de régler par des mouvements monétaires les échanges commerciaux^26 (voir tableau 4.3).
Source : Janine Brémond et Alain Geledan, Dictionnaire économique et social (Paris : Hatier, 1981), 137.