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beaudelaire, Apuntes de Literatura Francesa

Asignatura: Historia de la Literatura francesa I, Profesor: , Carrera: Lenguas y Literaturas Modernas, Universidad: USC

Tipo: Apuntes

2015/2016

Subido el 27/10/2016

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LA MODERNITÉ EN MARCHE Avec Baudelaire le concept de modernité entre en poésie. Sefforcant de vivre er P'inventer de nouveaux rapporls entre 'émotion, chére aux romantiques, et le travail du langage, privilégió par les [ormalistes, Pauteur des Fleurs du mal fait de Pespace poétique le champ d'une expérimentaion nouvelle, Son enjeu ne sera plus seulement la représentation du monde ou analyse du moi, mais bien Vintelligence méme des rappurts obscurs, ambigus, et souvent conflictuels qui gouvernent cette co-prósence du moi et du monde, Au prix des pires aliénations, au risque de la marginalité et de la foke, d'autres pousseront plus loin encore cette aventure poétique qui est a la fois culle de Phomme et celle de son langage : Rimbaud avec son acharnement á pótrir, dans la substance du verbe, une nouvelle réalité qui comblerait Pardcur de ses sens et de son esprit, Lautréamont aussi, dont la poésie « déraillante » va 'abandonner 4 tous les fantasmes de li mémoire et du réve, 1. Baudelaire (1821-1867) Ala crolsés des chemins, la modernité Baudelaire, 1'horo de Nadar, x3x" 5, La Fanfarla: Dessin de Ch. Baudelaire, xxs. La MODERNITE EN MARCHE Charles Baudelaire commence 4 écrire vers 1845. Or il est important de prendre en compte cette « situation » chronologique de son écriture, quand on veut considérer le sens méme de sa démarche poétique, car elle est á 10us égards une situation « critique ». Héritier, par ses lectures et ses relations, des romantiques de la générarion de 1830, mais contemporain de ceux qui, sous diverses banniéres, font campagne contre le romantisme, Baudelaire est amené 4 prendre parti dans le grand débat esthétique du tournant du siécle, et sa poélique ne s'affirme qu'au terme d'une double róflcxion critique : sur les excés du romantisme ct sur les risques d'un formalisme trop strict. L'admiration pour Sainte-Beuve (1804-1869) T'auteur des Fleurs du mal n'a jamais cessé d'admirer le romantisme, dont il dira encore en 1859 qu? « il est une bénédiction céleste — ou diabolique — á laquelle nous devons nos éternelles stigmates ». Tout jeune ¡l a révé sur les malhcurs de René ; plus tard il s'est enthousiasmé pour le Hugo des Odes ou des Orientales, et a été marqué profondé- ment par lécriture romanesque et poétique de Sainte-Beuve (voir aussi p- 180) au point de voir dans Vie, poésies et pensées de Josepb Delorme le chef-d'ceuvre du recueil poétique par excellence. Ce recueil de podmes de Charles- Augustin Sainte-Beuve, furur arteur des Lundis, paru en 1829, est composé d'une suite M'élégics, bien dans le goúr du romantisme de 1830, précédées d'une biographie romancée de anteur, Confession désespérée Pun héros « amputé » de sa passion, le Livre vit de Pémotion intime qui le transperce de part en part : < Une main invisible va rewranché du bonheur; Pai comme un signe sur le front, et je ne puis plus ici nlunir avec une áme. » Outre Pingémiositó formelle ou la ¡rruosiré métrique de telle ou telle pisce, Baudelaire a dí particulidrement admirer dans Fouvrage Vexpression Pun écartelement de Péwre entre ses désirs er ses acres, er le chant authentique Pune impuissanes A vivre antrement que sur le mode de la passivité ou de Paliénation. Sous Pautres moss, le « splecn » er le « guignon » sont en effer parfois deja la dans ces vers un peu trop oubliés de Sainte-Benve. Outre son goút nou dissimulé pour le « style » bohéme et débraillé d'un Pétrus Borel par exemple, Baudelaire maniteste encore avec les romantiques une véritable affinité psychologique et ¿motionnelle, Le vague 4 Páme des écrivains de Empire, la révolte ou le mysticisme de ceux de 1830, voilá autant de tralts qui se retrouveront dans le tempérament de l'écrivain de 1845 dont Samuel Cramer, le héros de son unique nouvelle, La Fanfarlo (1847), est une assez juste incarna- tion : « une nature téncbreusc, barioléc de vifs ¿clairs, paresseuse et entreprenante A la fois, féconde en desseins dificiles er en risibles avortements », En: 1857; comme: Les: Fleurs dié tal; Madame. Bovary de. Flaubert passe en correctionnelle er subir le" réquisitoire: du fameux subsuruc Pinard.: Plus chanceux que Baudelaire, Fláu= bert sera. acquitté mais néanmolns. blámé pour nc pas: * s'étre suffisamment: rendu: compte: quil y: a des. limites que: la littérature, móme la plus légére, ne doit pas dépasser.... > 227 TA XIX” SIECLE * B. Delacroii, La Mort de Sardanapale ¿détail), 1828. 228 L'admiration pour les « impeccables poetes » Cela dit, Baudelaire prend la mesure critique du romantisme en dénongant trés tót ses pidges ou ses erreurs. Sil déteste Musset par exemple, C'est qwiil refuse la complaisance dans Vintrospection, le pur épanchement lyrique er les licenees de Part. "Tout naturellement il est ainsi amené, á partir de 1845, 4 Sintéresser aux groupes qui prónent un retour á la rigueur formelle et au sérieux du métier poétique. Ami de Gautier et de Banville, il va ainsi acquérir, auprés de ces « impeccables poetes », unc technique trés súre et prendre une claire conscience de Pimportance des structures formelles de la poésic, qui marquera profondément Varchirecture d'ensemble des Flewrs du mal aussi bien que la composition de chaque poéme. En revanche, plusieurs aspects du formalismo littéraice paraissent vite incompatibles avec son génic. Un certain marérialisme « pañen », sensible dans les professions de 105 des écoles á la mode, hcurte sa spirirualivé er son mysticisme, qui répugnenr aux scules « séductions de Part physigue ». Parcillement, Paspect < naturaliste » Pun mouvement qui privilégie los rableaux et spectacles de la « belle narure » va 4 Pencontre de sa sensibilité, qui se défic des iroubles profondeurs de la nature humaine et se dégoúte des vices et horreurs de la nature tout coutt, Dés 1848, Baudelaire prond ainsi ses distances vis-G-vis de Gautier er de ses amis. Dans le temps méme ou Pauteur 'Emanx er Camées évolue vers un formalisme qui risque d'éure sclérosant, Baudelaire comprend, lui, qu'il ne saurait y avoir de perfection sans émotion, ni de métier sans « tempérament ». Lun sombre, sans le savoir, dans un des dernicrs piéges du classicisme; Vautre, en pleinc lucidité, va inventer la « modernité » poétique. Un romantisme maftrisé Cette modernité dont Baudelaire salue Pévidente émergence chez des artistes contemporains, Delacroix, Constantin Guys, Daumier er plus tard Manet on Cézanne, nait donc de la double legon romantique et formali La Peintres et héros de la vie moderne selon Baudelaire Eugene Delacroix :'< Delacroix était passióonnément amot- reus de la: passion; eb froidement' déterminé: 4" chercher les moyens d'exprimer la passion de la mániére la plus visible. (-.-) Une passion immense, doublés d'une volonté formidable, tel était Phomme. > Édouard Manet : « M. Manet unit (-..) 4 un bon godt décide poúr la: réalité, la rénlitó moderne: cs quí est déjá un bon symptóme-, cette imagination vive et ample'sans laquelle, il fait bién le dire; toutes les meilleurés facultés ne sont que des serviteurs saris maitres, des agents sáns gouvernement, » Richard Wagnér. + « Ce quí me para avant tobié marquer Piña maniére. ¡inóubliable: la múisique: de: ce: mare): c'est. Pintensitó nerveúse;, la violence dans: lá. passion: ee dans la: volonté: + (2] Litinéraire des Eleurs du mal (1857) LA MODERNITE EN MARCHE Loin de nier Pauthenticité romantique ancrée dans le présent de Phistoire et qui reste « l'expression la plus récente, la plus actuclle du beau », la modernité poétique se voudra un romantisme maítrisé, débarrassé de ses conventions et infléchi dans le sens d'une plus grande conscience des pouvoirs de Part. Elle sera cet effort décrit dans Le Peintre de la vie moderne (1863) pour « dégager de la mode ce qu'elle peut contenir de poétique dans l'historique, de tirer Péternel du transitoire, » Six parties distinctes et successives composent Les Flenrs due mal : 1. SPLEFN ET IDÉAL ($5 poémes) : —- Le choix d'une poétique : Correspardances (1V), Los Phares (VD), La E Beanté (XVID, Le Balcon (XXXVD); — Aspects etsymptómes du splesn : L'Albatros (ID), L'Enncmi (X), Le Guignon (XD), La Cloche félée (LXXIV), Spleen (LXXV a LXXVID; --- Réveries et utopies de Pidéal : Élévation (UL), La Vie antérienre 3 (XI), L1déal (XVI; 2 — Premiess paradis acificils : Le Hacon (XI. VIO, Le Poison (XL.IX), La Pipe (LXVID, Les Chats (LXVD); — Le cycle Jeanne Duval : Parfum exotique (XXID), La Chevelure E (XXIID, Sed mom satiata (XXVI), Le Possédó (XXXVI), eto; 2 — Le cycle Mme Sabaricr : Réversibilizó (XLIV), Confession (XLV), LAube spirituelle (XLVI) > — Le cycle Marie Daubrun : Ciel browillé (L), L'Invitation an voyage 4 (LI) er poémes XLIX á LVIL 2. TARLFAUX PARISIENS (16 poémes) : — La quéte urbaine : Paysege (EXXXVI), Le Soleil (XXXVI); — La ville, affrcux miroir : Les Petites Vicilles (XCI), Les Avengles E (ACID); — Réves et mirages A une passante (KCIID, Réve parísicn (CI). 3. LE vin (5 poémes, CIV A CV). 4. FLEURS DU MAL. (9 poémes) : — La volupté satanique : La Destruction (CIX), Femmes damnées a (CID; --- Dérision de Pamour : (CXVD. d 5. REVOLTE (3 poémes, CXVLILA CXX). ha LA MORT (6 poémes) : Une tilogie funébre : La Mort des amants (CXXD), La Mort des pauores (CXXIN), La Mort des artistes (CXXIID) ; -— Lultime pari : Le Voyage (CXXVD). La Béatrice (CIN), Un varage á Cychére Le découpage explicite du livre en 6 parties cache en fait une articulation plus subtile en trois grands mouvements autour desquels s'exprime toute la thématique baudelairienne. Le spleen et Pidéal Le premier, er le plus largement décrit, est' celui du constar angoissant d'une brutale opposition, vécue par le moi, entre les forces de pesanteur et d'enlisement du spleen et les espérances radieuses, mais fragiles, de Pidéal. 229 LE XES SIECLE: Femme nue en buste, Pastel de L. Levy-Dhuemer, xn s 232 Opposera-ton A cela les « petits poémes en prose » du Spleen de Paris, ce recueil disparate et déroutant, congu 4 Pimmtation du Gaspard: de la nuit d' AJoysius Bertrand, qui lui causa tant de soucis P'éabora- tion ? Certes la souplesse de la phrase, la discontinuiré des séquences ct quelques audaces lexicales y servent bien la volonté du créateur de traduire son errance difficile dans le « grand désert d'hommes » du monde moderne. Néanmoins, et méme si Pon excepte le phénoméne des nombreux « doublets », Pécriture de Baudelaire, toin d'inventer dans la prose un espace radicalement nouveau d'expression et P'expéri- mentation langagiére, parait rester en-dega d'elle-méme et souffrir de Pantériorité a la fois chronologique et esthétique du vers. Rares sont pourtant les textes du recueil qui réalisent « Pambition » de la dédicace de 1862 : « Une prose poétique, musicale, sans rythme et rime, assez. souple et assez heuriéc pour s'adapter aux tnouvements lyriques de Páme, aux endulations de la réveric, aux soubresauts de la cunscience. » Les « doublets » des Flewrs du mal ct du Spleen de Paris. Dans leur grande majorité les poémes en vers sont antétieuts:' aux versions en prose, Es Eos Fleurs de mal Le Spleen de Paris == Le Crépuscile de soi? == Le Crépuscule dié sor (Cv) (ID) == L'Invitation du voyage + L Invitatior an voyage (LIH) (XVII “¡La Chevelure (XXUD —ÚÑ* Les Pentes Vieilles (XCI) LE Examen de miiiz. — Un hémisphere dans ne chevelure (XV UT) == Ees Venves (XII) (ájoutée) — A uno heure dee matin (X) 2 Bien loin dias (ajoutés)" 032 La Belle Dororhée (XV) > EHorloge (1-XXXV) —L'Horloge (XVI — Le Voyage (EXXAVI) — Any wbere out of the 0 avorld (XLVIM) Regroupés dans une édition posthume de 1869 sous le titre de Petits Poémes en prose, ces cinquante textes auraient dí sans doute S'intituler Le Spleen de Paris. Tel était en effer le titre auquel Baudelaire songeait pour ecs proses éparses, rédigées entre 1835 et 1862, et qwil n'eut pas le temps d'assembler en un recucil cohérent. Marquercric de nouvelles, de dialo- gues, d'allégories, de scénes de rues, de fictions fantastiques, de réveries 2 Iyriques er de nombreux « doublets » de poémes versibiés des Flemrs du 2 mal, Vensemble paraít trés disparate. Baudelaire y traduit pourtant avce. émotion le quotidien de ce « grand désect d'hommes » ot il est contraint Verrer solitairement, debusquant Vignoble, guettant le grotesque, soup- gonsant le mystéricux et suggérant le sublime. Paradoxalement, c'est moins Voriginalivó de Vinspiration qu'une véritable invention formeile qui manque á ces poémes. Méme s'il parvient 3 éviter les raidenrs du vers blanc et de la « phrase vombreuse » chére 4 Maurice de Guérin, Baudelaire n'entrevolt que trop rarement les possibilitós extraordinalres de la prose. Nous sommes lain encore des « miracles » que Rimbaud, Lautréxmont er plus tard les surréalistes feront « exploser » en elle. Ilustracion pour Le Carbean de Poe. Lithographie de E, Manet, x1x s. Éditions Études Belles Lettres, 1932. 1940. José Ca BaupeLame, Envres complótes, Éd. Yves- Gérard Le Dante et Claude Prertors (2 vol.). Gallimard, (bibl. de la Plérade), 1961-1976. Jean Poxurrr, La Mystique de Baudelaire. Les Georges Biiw, Rawatelaire. Gallimard, 1939. Jean-Paul Sartre, Bandelaire. Gallimard, 1947. Marcel RaymonD, De Baudelaire am sarréalisme. LA MODERNITE EN MARCHE Dans tous les cas, Poriginalité de Baudelaire est aílleurs : dans un subtil travail de Vimaginaire poétique. Pour lui en effet, Pimagination, qui « est la plus scientifique des facultés », ne doit étre ni simple pouvoir d'ornementation ou d'illustration (comme elle le reste par exemple dans la conception romantique du symbole), ni monstrueux ereuser de délires er de fantasmes, mais, comme chez Poe, « construc- tive imagination ». Tour le pari esthétique de Baudelaire est ains ancré dans la certitude du powvoir 4 la fois combinaroire er réconciliateur de Pimaginaire, pari qui ne se justiñie lui-méme qu'en se fondant sur une métaphysique idéaliste, On sait Pintérét porté par le traducteur de Poe aux théories spiritualistes anglo-saxonnes, aux hypotheses de Sweden- borg ou d'Hoffmann. Elles le confirment dans sa conviction qu'il ny a de salut possible que s'il existe quelque part un aifleurs sancrifié 4 reconquérir, qwiil n'y a de sens que s'il existe une essence protégée des ¿tres et du réel, Or Pexistence échoue toujours face á la dérobade de Pessence et du sens. Il faut done les imaginer, c'est-á-dire les « mettre en images », les inscrire dans les piéges du tissu poétique. C'est lá que s'impose la thóoric chére 4 Baudelaire des « correspondances ». On a coutume de distinguer deux mudalités différentes mais complé- mentaires de la théorie des correspondances : 1. Les correspondances horizontales : 'est-3-dire la contbinaison, sur un méme plan, de réalités ou de sensations « séparées » dont le poéte retisse, dans le flux des images, la trame harmonique. Le meilleur exemple en reste le phénoméne des « synesthésics », de la convergence subjective de nos perceptions sensarielles (voir Correspondances, premier tercer). 2. Les correspondances verticales : plus rares mais plus essentielles, elles peuvent s'exprimer, non plus comme lassociarion de a avec b, c ou d sur Vaxe de Pabscisse, mais comme ) « élévación » de a en a? sur celui de: Pordonnée ; antrement dit comme le mouvement méme de dégagement de Pidéalité du réel (voir Correspondances, denxiéme tercet). La finalité de Pimage, qw'elle soit comparaison, métaphóre ou alliance de mats contradictoires, est la « correspondance », c'est-4-dire Pajustement, Paccouplement, et Pharmonisation réussis de ce quí, dans Pordre du vécu ou du réel, reste irrémédiablement fissuré ou disjóltit. T'unicité reconfortante et Pinfaillibilité absolue de Pimage poétique, quelle qu'elle soit, sont les seuls et durables moyens Pexorciser la mulriplicitó disperséc et angoissante du monde, BIBLIOGRAPHIE Jean Paévosr, Baudelaire, essai sur Pinspiration et la création poétiques. Mercure de France, 1953. Charles Mauron, Le Demicr Baudelaire. ] Corti, 1966. Robert Kuuer, Dandies. Baudelaire et Cie. Le Seuil, 1977, Georges Pour, La Poésie éclatée, P.0.5., 1980. Léo Bunsant, Baudelaire et Freud. Le Sevil, 1981. Dominique Rincf, Randelaive et la moderité poétique. v.u.E., 1984. Michel QursveL, Baudelaire solaire et elandestin. Pau. 1987, 233,