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VICTOR HUGO, Apuntes de Idioma Español

Asignatura: Español de america en contexto social, Profesor: Javier Zapatero, Carrera: Filología Hispánica, Universidad: USAL

Tipo: Apuntes

2013/2014

Subido el 10/04/2014

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fhd-10 🇪🇸

4.2

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Victor Hugo (1802-1885), William Shakespeare, III, livre II (1864)
[Consacré au génie de Shakespeare, cet essai finit par dépasser son but initial et
devient un manifeste-testament dans lequel Hugo affirme la nécessité d'une
démocratisation de la littérature : "Quant à nous, nous ne nous figurons la poésie que
les portes toutes grandes ouvertes. L'heure a sonné d'arborer le Tout pour tous. Ce qu'il
faut à la civilisation, grande fille désormais, c'est une littérature de peuple."]
La Révolution a clos un siècle et commencé l'autre. Un ébranlement dans les
intelligences prépare un bouleversement dans les faits; c'est le dix-huitième siècle.
Après quoi la révolution politique faite cherche son expression, et la révolution littéraire
et sociale s'accomplit. C'est le dix-neuvième. Romantisme et socialisme, c'est, on l'a dit
avec hostilité, mais avec justesse, le même fait. Souvent la haine, en voulant injurier,
constate, et, autant qu'il est en elle, consolide.[...] Le triple mouvement littéraire,
philosophique et social du dix-neuvième siècle, qui est un seul mouvement, n'est autre
chose que le courant de la révolution dans les idées. Ce courant, après avoir entraîné les
faits, se continue immense dans les esprits. Ce mot, 93 littéraire, si souvent répété en
1830 contre la littérature contemporaine, n'était pas une insulte autant qu'il voulait l'être.
Il était, certes, aussi injuste de l'employer pour caractériser tout le mouvement littéraire
qu'il est inique de l'employer pour qualifier toute la révolution politique; il y a dans ces
deux phénomènes autre chose que 93. Mais ce mot, 93 littéraire, avait cela de
relativement exact qu'il indiquait, confusément mais réellement, l'origine du
mouvement littéraire propre à notre époque, tout en essayant de le déshonorer. Ici
encore la clairvoyance de la haine était aveugle. Ses barbouillages de boue au front de
la vérité sont dorure, lumière et gloire. La Révolution, tournant climatérique de
l'humanité, se compose de plusieurs années. Chacune de ces années exprime une
période, représente un aspect ou réalise un organe du phénomène. 93, tragique, est une
de ces années colossales. Il faut quelquefois aux bonnes nouvelles une bouche de
bronze. 93 est cette bouche. Écoutez-en sortir l'annonce énorme. Inclinez-vous, et
restez effaré, et soyez attendri. Dieu la première fois a dit lui-même fiat lux, la seconde
fois il l'a fait dire. Par quoi ? Par 93. Donc, nous, hommes du dix-neuvième siècle,
tenons à honneur cette injure : - Vous êtes 93. Mais qu'on ne s'arrête pas là. Nous
sommes 89 aussi bien que 93. La Révolution, toute la Révolution, voilà la source de la
littérature du dix-neuvième siècle. [...] La Révolution a forgé le clairon; le dix-
neuvième siècle le sonne. Ah ! cette affirmation nous convient, et, en vérité, nous ne
reculons pas devant elle; avouons notre gloire, nous sommes des révolutionnaires. Les
penseurs de ce temps, les poètes, les écrivains, les historiens, les orateurs, les
philosophes, tous, tous, tous, dérivent de la Révolution française. Ils viennent d'elle, et
d'elle seule. 89 a démoli la Bastille; 93 a découronné le Louvre. De 89 est sortie la
Délivrance, et de 93 la Victoire. 89 et 93; les hommes du dix-neuvième siècle sortent de
là. C'est leur père et leur mère. Ne leur cherchez pas d'autre filiation, d'autre
inspiration, d'autre insufflation, d'autre origine. Ils sont les démocrates de l'idée,
successeurs des démocrates de l'action. Ils sont les émancipateurs. L'idée Liberté s'est
penchée sur leurs berceaux. Ils ont tous sucé cette grande mamelle; ils ont tous de ce lait
dans les entrailles, de cette moelle dans les os, de cette sève dans la volonté, de cette
révolte dans la raison, de cette flamme dans l'intelligence. [...] Les écrivains et les
poètes du dix-neuvième siècle ont cette admirable fortune de sortir d'une genèse,
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Victor Hugo (1802-1885) , William Shakespeare , III, livre II (1864)

[Consacré au génie de Shakespeare, cet essai finit par dépasser son but initial et

devient un manifeste-testament dans lequel Hugo affirme la nécessité d'une démocratisation de la littérature : " Quant à nous, nous ne nous figurons la poésie que les portes toutes grandes ouvertes. L'heure a sonné d'arborer le Tout pour tous. Ce qu'il faut à la civilisation, grande fille désormais, c'est une littérature de peuple." ]

La Révolution a clos un siècle et commencé l'autre. Un ébranlement dans les intelligences prépare un bouleversement dans les faits; c'est le dix-huitième siècle. Après quoi la révolution politique faite cherche son expression, et la révolution littéraire et sociale s'accomplit. C'est le dix-neuvième. Romantisme et socialisme, c'est, on l'a dit avec hostilité, mais avec justesse, le même fait. Souvent la haine, en voulant injurier, constate, et, autant qu'il est en elle, consolide.[...] Le triple mouvement littéraire, philosophique et social du dix-neuvième siècle, qui est un seul mouvement, n'est autre chose que le courant de la révolution dans les idées. Ce courant, après avoir entraîné les faits, se continue immense dans les esprits. Ce mot, 93 littéraire, si souvent répété en 1830 contre la littérature contemporaine, n'était pas une insulte autant qu'il voulait l'être. Il était, certes, aussi injuste de l'employer pour caractériser tout le mouvement littéraire qu'il est inique de l'employer pour qualifier toute la révolution politique; il y a dans ces deux phénomènes autre chose que 93. Mais ce mot, 93 littéraire, avait cela de relativement exact qu'il indiquait, confusément mais réellement, l'origine du mouvement littéraire propre à notre époque, tout en essayant de le déshonorer. Ici encore la clairvoyance de la haine était aveugle. Ses barbouillages de boue au front de la vérité sont dorure, lumière et gloire. La Révolution, tournant climatérique de l'humanité, se compose de plusieurs années. Chacune de ces années exprime une période, représente un aspect ou réalise un organe du phénomène. 93, tragique, est une de ces années colossales. Il faut quelquefois aux bonnes nouvelles une bouche de bronze. 93 est cette bouche. Écoutez-en sortir l'annonce énorme. Inclinez-vous, et restez effaré, et soyez attendri. Dieu la première fois a dit lui-même fiat lux, la seconde fois il l'a fait dire. Par quoi? Par 93. Donc, nous, hommes du dix-neuvième siècle, tenons à honneur cette injure : - Vous êtes 93. Mais qu'on ne s'arrête pas là. Nous sommes 89 aussi bien que 93. La Révolution, toute la Révolution, voilà la source de la littérature du dix-neuvième siècle. [...] La Révolution a forgé le clairon; le dix- neuvième siècle le sonne. Ah! cette affirmation nous convient, et, en vérité, nous ne reculons pas devant elle; avouons notre gloire, nous sommes des révolutionnaires. Les penseurs de ce temps, les poètes, les écrivains, les historiens, les orateurs, les philosophes, tous, tous, tous, dérivent de la Révolution française. Ils viennent d'elle, et d'elle seule. 89 a démoli la Bastille; 93 a découronné le Louvre. De 89 est sortie la Délivrance, et de 93 la Victoire. 89 et 93; les hommes du dix-neuvième siècle sortent de là. C'est là leur père et leur mère. Ne leur cherchez pas d'autre filiation, d'autre inspiration, d'autre insufflation, d'autre origine. Ils sont les démocrates de l'idée, successeurs des démocrates de l'action. Ils sont les émancipateurs. L'idée Liberté s'est penchée sur leurs berceaux. Ils ont tous sucé cette grande mamelle; ils ont tous de ce lait dans les entrailles, de cette moelle dans les os, de cette sève dans la volonté, de cette révolte dans la raison, de cette flamme dans l'intelligence. [...] Les écrivains et les poètes du dix-neuvième siècle ont cette admirable fortune de sortir d'une genèse,

d'arriver après une fin de monde, d'accompagner une réapparition de lumière, d'être les organes d'un recommencement. Ceci leur impose des devoirs inconnus à leurs devanciers, des devoirs de réformateurs intentionnels et de civilisateurs directs. Ils ne continuent rien; ils refont tout. A temps nouveaux, devoirs nouveaux. La fonction des penseurs aujourd'hui est complexe; penser ne suffit plus, il faut aimer. Penser et aimer ne suffit plus, il faut agir; penser, aimer et agir ne suffit plus, il faut souffrir. Posez la plume, et allez où vous entendrez de la mitraille. [...] Stimuler, presser, gronder, réveiller, suggérer, inspirer, c'est cette onction, remplie de toutes parts par les écrivains, qui imprime à la littérature de ce siècle un si haut caractère de puissance et d'originalité. Rester fidèle à toutes les lois de l'art en les combinant avec la loi du progrès, tel est le problème, victorieusement résolu par tant de nobles et fiers esprits.

POUR PRÉPARER LE TEXTE :

http://www.etudes-litteraires.com/sites-litteraires/Auteurs/Hugo/