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descriptif des activités du baccalauréat francais pour la session 2021. Académie d'Aix-Marseille- Tunisie
Typology: Study notes
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ème
Séquence 1 : La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Séquence 3 : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Séquence 4 : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle
Une Charogne Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d'été si doux : Au détour d'un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux, Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons. Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu'ensemble elle avait joint ; Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s'épanouir. La puanteur était si forte, que sur l'herbe Vous crûtes vous évanouir. Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'où sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons. Tout cela descendait, montait comme une vague Ou s'élançait en pétillant On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, Vivait en se multipliant. Et ce monde rendait une étrange musique, Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van. Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir. Derrière les rochers une chienne inquiète Nous regardait d'un œil fâché, Epiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait lâché.
Séquence 2 : La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, Faisait aux animaux la guerre. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : On n'en voyait point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante vie ; Nul mets n'excitait leur envie ; Ni Loups ni Renards n'épiaient La douce et l'innocente proie. Les Tourterelles se fuyaient ; Plus d'amour, partant plus de joie. Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune ; Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents On fait de pareils dévouements : Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence L'état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons J'ai dévoré force moutons ; Que m'avaient-ils fait? Nulle offense : Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le Berger. Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi Car on doit souhaiter selon toute justice Que le plus coupable périsse. Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse ; Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non non. Vous leur fîtes Seigneur En les croquant beaucoup d'honneur. Et quant au Berger, l'on peut dire Qu'il était digne de tous maux, Étant de ces gens-là qui sur les animaux Se font un chimérique empire. Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances Les moins pardonnables offenses. Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples Mâtins, Au dire de chacun, étaient de petits saints. L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance Qu'en un pré de Moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. A ces mots on cria haro sur le Baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit Animal, Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d’autrui! quel crime abominable! Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir. Jean de La Fontaine, Fables (1679)
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LES OBSÈQUES DE LA LIONNE La femme du Lion mourut : Aussitôt chacun accourut Pour s'acquitter envers le Prince De certains compliments de consolation, Qui sont surcroît d'affliction. Il fit avertir sa Province Que les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu ; ses Prévôts y seraient Pour régler la cérémonie, Et pour placer la compagnie. Jugez si chacun s'y trouva. Le Prince aux cris s'abandonna, Et tout son antre en résonna. Les Lions n'ont point d'autre temple. On entendit à son exemple Rugir en leurs patois messieurs les Courtisans. Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au Prince, ou s'ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paraître, Peuple caméléon, peuple singe du maître ; On dirait qu'un esprit anime mille corps ; C'est bien là que les gens sont de simples ressorts. Pour revenir à notre affaire Le Cerf ne pleura point, comment eût-il pu faire? Cette mort le vengeait ; la Reine avait jadis Étranglé sa femme et son fils. Bref il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire, Et soutint qu'il l'avait vu rire. La colère du Roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du Roi Lion : Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire. Le Monarque lui dit : Chétif hôte des bois Tu ris, tu ne suis pas ces gémissantes voix. Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes Nos sacrés ongles ; venez Loups, Vengez la Reine, immolez tous Ce traître à ses augustes mânes. Le Cerf reprit alors : Sire, le temps de pleurs Est passé ; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié couchée entre des fleurs, Tout près d'ici m'est apparue ; Et je l'ai d'abord reconnue. Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi, Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes. Aux Champs Élysiens j'ai goûté mille charmes, Conversant avec ceux qui sont saints comme moi. Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi. J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose, Qu'on se mit à crier miracle, apothéose. 10 /
Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni. Amusez les Rois par des songes, Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges, Quelque indignation dont leur cœur soit rempli, Es goberont l'appât, vous serez leur ami. Jean de La Fontaine, Fables (1679)
La conquête de la main On s’assit enfin, madame de Rênal à côté de Julien, et madame Derville près de son amie. Préoccupé de ce qu’il allait tenter, Julien ne trouvait rien à dire. La conversation languissait. Serai-je aussi tremblant et malheureux au premier duel qui me viendra? se dit Julien ; car il avait trop de méfiance et de lui et des autres, pour ne pas voir l’état de son âme. Dans sa mortelle angoisse, tous les dangers lui eussent semblé préférables. Que de fois ne désira-t-il pas voir survenir à madame de Rênal quelque affaire qui l’obligeât de rentrer à la maison et de quitter le jardin! La violence que Julien était obligé de se faire, était trop forte pour que sa voix ne fût pas profondément altérée ; bientôt la voix de madame de Rênal devint tremblante aussi, mais Julien ne s’en aperçut point. L’affreux combat que le devoir livrait à la timidité était trop pénible, pour qu’il fût en état de rien observer hors lui-même. Neuf heures trois quarts venaient de sonner à l’horloge du château, sans qu’il eût encore rien osé. Julien, indigné de sa lâcheté, se dit : Au moment précis où dix heures sonneront, j’exécuterai ce que, pendant toute la journée, je me suis promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me brûler la cervelle. Après un dernier moment d’attente et d’anxiété, pendant lequel l’excès de l’émotion mettait Julien comme hors de lui, dix heures sonnèrent à l’horloge qui était au-dessus de sa tête. Chaque coup de cette cloche fatale retentissait dans sa poitrine, et y causait comme un mouvement physique. Enfin, comme le dernier coup de dix heures retentissait encore, il étendit la main, et prit celle de madame de Rênal, qui la retira aussitôt. Julien, sans trop savoir ce qu’il faisait, la saisit de nouveau. Quoique bien ému lui-même, il fut frappé de la froideur glaciale de la main qu’il prenait ; il la serrait avec une force convulsive ; on fit un dernier effort pour la lui ôter, mais enfin cette main lui resta. Stendhal, Le Rouge et le Noir (1830) Excipit Le mauvais air du cachot devenait insupportable à Julien. Par bonheur, le jour où on lui annonça qu'il fallait mourir, un beau soleil réjouissait la nature, et Julien était en veine de courage. Marcher au grand air fut pour lui une sensation délicieuse, comme la promenade à terre pour le navigateur qui longtemps a été à la mer. "Allons, tout va bien, se dit-il, je ne manque point de fermeté." Jamais cette tête n'avait été aussi poétique qu'au moment où elle allait tomber. Les plus doux moments qu'il avait trouvés jadis dans les bois de Vergy se peignaient en foule à sa pensée et avec une extrême énergie. Tout se passa simplement, convenablement, et de sa part sans aucune affectation. L'avant-veille, il avait dit à Fouqué :
Julien avait exigé de Mme de Rênal le serment qu'elle vivrait pour donner des soins au fils de Mathilde.
Séquence 4 : Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle Scène d’exposition (Première partie scène 1) SUZANNE.-C’est Catherine. Elle est Catherine. Catherine c’est Louis. Voilà Louis. Catherine. ANTOINE.-Suzanne, s’il te plaît, tu le laisses avancer, laisse-le avancer. CATHERINE.-Elle est contente. ANTOINE.-On dirait un épagneul. LA MERE.-Ne me dis pas ça, ce que je viens d’entendre, c’est vrai, j’oubliais, ne me dites pas ça, ils ne se connaissent pas. Louis tu ne connais pas Catherine? Tu ne dis pas ça, vous ne vous connaissez pas, jamais rencontrés, jamais? ANTOINE.-Comment veux-tu? Tu sais très bien. LOUIS.-Je suis très content. CATHERINE.-Oui, moi aussi, bien sûr, moi aussi. Catherine. SUZANNE.-Tu lui serres la main, il lui serre la main. Tu ne vas tout de même pas lui serrer la main? Ils ne vont pas se serrer la main, on dirait des étrangers. Il ne change pas, je le voyais tout à fait ainsi, tu ne changes pas, il ne change pas, comme ça que je l’imagine, il ne change pas, Louis, et avec elle, Catherine, elle, tu te trouveras, vous vous trouverez sans problème, elle est la même, vous allez vous trouver. Ne lui serre pas la main, embrasse-la. Catherine. ANTOINE.-Suzanne, ils se voient pour la première fois! LOUIS.-Je vous embrasse, elle a raison, pardon, je suis très heureux, vous permettez? SUZANNE.-Tu vois ce que je disais, il faut leur dire. LA MERE.-En même temps, qui est-ce qui m’a mis une idée pareille en tête, dans la tête? Je le savais. Mais je suis ainsi, jamais je n’aurais pu imaginer qu’ils ne se connaissent, que vous ne vous connaissez pas, que la femme de mon autre fils ne connaisse pas mon fil, cela,je ne l’aurais pas imaginé, cru pensable. Vous vivez d’une drôle de manière. Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde (1990)
La tirade de la mère (Première partie, scène 8) LA MÈRE. - Cela ne me regarde pas, je me mêle souvent de ce qui ne me regarde pas, je ne change pas, j'ai toujours été ainsi. Ils veulent te parler, tout ça, je les ai entendus mais aussi je les connais, je sais, comment est-ce que je ne saurais pas? Je n'aurais pas entendu, je pourrais plus simplement encore deviner, je devinerais de moi-même, cela reviendrait au même. Ils veulent te parler, ils ont su que tu revenais et ils ont pensé qu'ils pourraient te parler, un certain nombre de choses à te dire depuis longtemps et la possibilité enfin. Ils voudront t'expliquer mais ils t'expliqueront mal, car ils ne te connaissent pas, ou mal. Suzanne ne sait pas qui tu es, ce n'est pas connaître, cela, c'est imaginer, toujours elle imagine et ne sait rien de la réalité, et lui, Antoine, Antoine, c'est différent, il te connaît mais à sa manière comme tout et tout le monde, comme il connaît chaque chose ou comme il veut la connaître, s'en faisant une idée et ne voulant plus en démordre. Ils voudront t'expliquer et il est probable qu'ils le feront et maladroitement, ce que je veux dire, car ils auront peur du peu de temps que tu leur donnes, du peu de temps que vous passerez ensemble moi non plus, je ne me fais pas d'illusion, moi aussi je me doute que tu ne vas pas traîner très longtemps auprès de nous, dans ce coin-ci. Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde (1990)