L'Héritage de Saussure : Impact du Cours sur les Sciences Humaines, Study notes of Linguistics

linguistique générale d'aussi Saussure

Typology: Study notes

2018/2019

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Colloque international
Le Cours de Linguistique Générale 1916-2016
Le devenir
Paris, 15-17 juin 2016
Université Sorbonne nouvelle
Institut du Monde Anglophone
5, rue de l’École de Médecine
75006 Paris
Comité d’organisation
Gabriel BERGOUNIOUX, Giuseppe D’OTTAVI, Irène FENOGLIO,
Christian PUECH, Pierre-Yves TESTENOIRE
www.clg2016.org/paris - www.facebook.com/clg2016
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Colloque international

Le Cours de Linguistique Générale 1916-

Le devenir

Paris, 15-17 juin 2016

Université Sorbonne nouvelle Institut du Monde Anglophone 5, rue de l’École de Médecine 75006 Paris

Comité d’organisation Gabriel B ERGOUNIOUX, Giuseppe D’OTTAVI, Irène FENOGLIO, Christian P UECH, Pierre-Yves TESTENOIRE

www.clg2016.org/paris - www.facebook.com/clg

Programme

Mercredi 15 juin 2016 matinée

9h00 Ouverture & accueil

Session 1 La linguistique à partir du CLG : empirie et théorie Responsable : Gabriel B ERGOUNIOUX

Session 2 L’héritage du CLG : Saussure, saussurismes, structuralismes Responsable : Ch. P UECH

Séance présidée par J. C OURSIL Séance présidée par Ch. PUECH

9h30 Bruno C OURBON (Canada)

Quelques conséquences de la linéarité du

langage: choix des signes et

transformation lexicale

Giuseppe D’OTTAVI (France)

Le cours du commentaire

10h00 Lorenzo CIGANA (Belgique)

Théorie et empirie. Rêver le ‘rêve de

Saussure’

Didier S AMAIN (France)

L’invention du seuil saussurien

10h

11h

Conférence plénière 1 Raffaele S IMONE Professeur émérite, Université Roma Tre

L’élaboration des idées-phares de Saussure. Continuation et discontinuité.

11h30 Pause

Séance présidée par G. D’O TTAVI Séance présidée par Ch. PUECH

11h45 Reinier S ALVERDA (Royaume Uni)

‘Montrer au linguiste ce qu’il fait’ -

Revisiting De Saussure from an

experimental perspective on language

play

Claudia S TANCATI (Italie)

Système et structure chez Saussure :

synonymie ou quelle différence?

12h15 Jean-Louis V AXELAIRE (Belgique)

Le CLG et le nom propre : le pharmakon

saussurien

Klaas W ILLEMS (Belgique)

A comparison of the figures representing

the ‘fait linguistique’ in the Cours(1916)

and its sources

12h

13h

Repas

Jeudi 16 juin 2016 matinée

9h

10h

Conférence plénière 3 Jürgen T RABANT Professeur émérite, Institut de philologie romane à l’Université libre de Berlin

Le Coursen quête d’auteur

Session 3 Le CLG au-delà de la linguistique Responsable: Irène F ENOGLIO

Session 2 L’héritage du CLG : Saussure, saussurismes, structuralismes Responsable : Christian PUECH

Séance présidée par G. D’O TTAVI Séance présidée par S. A UROUX

10h30 Héctor-Andrés P EÑA RODRIGUEZ (Colombie)

Être langage, entre semeionet gramme

Anamaria C UREA (Roumanie)

Les ‘linguistiques de l’expression’ à

Genève (Ch. Bally, A. Sechehaye et H.

Frei) : comment expliquer la mouvance de

l’institué

11h00 Ecaterina B ULEA-B RONCKART (Suisse)

Que pourrait être la psychologie du

développement si elle prenait la

linguistique saussurienne au sérieux?

Antonino B ONDÌ (France)

Le thème de la variation et le tournant

géologique en linguistique. Du CLG à la

sémio-pragmatique de Deleuze & Guattari

11h30 Pause

11h45 Emanuele FADDA (Italie)

Saussure’s Coursas an alternative source

for social ontology

Micaela C OELHO (Brésil)

The brazilian preface for the Cours de

linguistique générale

12h15 Beata S TAWARSKA (Etats-Unis d’Amérique)

The structuralist claim to the Cours de

linguistique généraleand a

phenomenological alternative

Marie-José B ÉGUELIN (Suisse)

Saussure face au changement

grammatical : une doctrine sans

héritage?

12h

13h

Repas

Jeudi 16 juin 2016 après-midi

Session 3 Le CLG au-delà de la linguistique Responsable : Irène F ENOGLIO

Session 2 L’héritage du CLG : Saussure, saussurismes, structuralismes Responsable : Christian PUECH

Séance présidée par J.-Cl. COQUET Séance présidée par A. B ONDÌ

14h00 Rosa Attié FIGUEIRA (Brésil)

La langue en mouvement : ce que la

théorisation sur les occurrences

divergentes doit à Saussure

Tomáš KOBLÍŽEK (Tchéquie)

Saussure et Benveniste sur la mutabilité

de la langue

14h30 Gildas S ALMON (France)

Une théorie oppositive de l’identité

culturelle : le CLG au service de la

comparaison anthropologique

Emanuele FADDA (Italie)

Why a Peircean scholar should not stand

against Saussure

15h00 Pause

15h15 Maddalena DI B ENEDETTO (France)

Saussure au miroir d’Italo Calvino

Clemilton P INHEIRO (Brésil)

Les manifestations de la linguistique

saussurienne au Brésil au début du 21 ème

siècle

15h45 Maria Fausta P EREIRA DE CASTRO (Brésil)

Sur Saussure et la portée de sa pensée

David P IOTROWSKI (France)

Morphodynamique du signe saussurien :

construction et perspectives

16h

17 h

Conférence plénière 4 Michel ARRIVÉ Professeur émérite, Université Paris Ouest (Paris 10)

Saussure et l’inconscient

18h00 Assemblée générale duCercle Ferdinand de Saussure

Vendredi 17 juin 2016 après-midi

Session 3 Le CLG au-delà de la linguistique Responsable : Irène F ENOGLIO

Session 2 L’héritage du CLG : Saussure, saussurismes, structuralismes Responsable : Christian PUECH

Séance présidée par I. F ENOGLIO Séance présidée par A. C UREA

14h00 Karen ALVES DA S ILVA (Brésil)

Réflexion sur le sujet parlant entre les

Anagrammeset le Cours de linguistique

générale

Eliane S ILVEIRA (Brésil)

Le statut épistémologique du Cours de

linguistique généraledans les manuels

brésiliens entre 1930 et 1980

14h30 Yamina OUDAI CELSO (Italie)

L’héritage saussurien dans la théorie

psychanalytique du symbolisme onirique

entre Freud et Lacan

Elena S IMONATO (Suisse)

Le CLG au miroir déformé. Les idées

phonologiques de Saussure et leur

réception par les phonologues soviétiques

15h00 Pause

15h15 Anne-Gaëlle T OUTAIN (Suisse)

Le Cours de linguistique généraleet la

psychanalyse

Beata S TAWARSKA (États-Unis d’Amérique)

Derrida’s reception of the Cours de

linguistique générale(1916) : after a

century, a plea for a philosophical

rapprochement

15h45 Pierre-Yves T ESTENOIRE (France)

Lorsque le Cours de linguistique générale

rencontre les anagrammes : 1960-

16h

18h

Table ronde Michel A RRIVÉ , Jean-Claude C OQUET, Jacques C OURSIL, Marie-Christine L ALA, Patrice M ANIGLIER Animé par Daniele G AMBARARA

Clôture du Colloque

Le Cours de Linguistique Générale 1916-

Le devenir. Paris, 15-17 juin 2016

Argumentaires

Argumentaire général

Publié en 1916, leCours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure a été à la fois l’ouvrage

fondateur pour la linguistique générale et une contribution essentielle au renouveau des sciences de l’homme et du langage tout au long du siècle dernier. Très largement traduit, il a traversé toutes les écoles linguistiques de la première moitié du XXème siècle, non seulement à Genève et à Paris, mais aussi de Prague à New York en passant par Copenhague; il a ensuite joué un rôle pilote dans le surgissement du structuralisme européen classique, allant de l’anthropologie culturelle à la sémiologie de la littérature; et, ultérieurement, il a gardé sa fonction de repère pour le poststructuralisme. Source de discussions fertiles, parfois approuvé avec enthousiasme comme un outil théorique indispensable, parfois rejeté comme une idéologie, il n’a jamais cessé d’être invoqué et interprété. En se diffusant au fil du temps, dans les différents pays, et au travers de disciplines diverses, il a ainsi d’abord constitué un cadre théorique et offert une terminologie commune pour l’interaction et l’avancement de l’ensemble des sciences de l’homme et du langage en Europe, et a enfin permis leur fractionnement et leur différenciation.

Au cours des cinquante dernières années, on s’est beaucoup interrogé sur l’établissement du texte, sur ses sources, et même sur son rapport avec la pensée de Saussure, d’autant que de nouveaux écrits inédits du linguiste sont devenus accessibles. En outre, la confrontation de ce texte avec de récentes tendances externes, de la philosophie analytique à la grammaire générative, a ouvert une phase de réexamen. Les anciennes traductions ont fait l’objet de révisions, le texte a été doté de commentaires et relu à la lumière de différents points de vue. Les débats sont actuellement toujours vifs, mais fragmentés et entravés par des interprétations parfois discutables et des particularismes.

Il apparaît donc opportun, au moment du centenaire de la première édition, de permettre à la communauté scientifique de se confronter au double sujet du bilan du siècle passé et de la perspective qui s’ouvre devant nous, pour évaluer, en dépit des différences d’approches, les prémisses partagées et

l’élan théorique qui en dérive, toutes choses que leCours a si longtemps permises.

Les contributions attendues s'inscriront dans les thématiques suivantes :

-Session 1 : La linguistique à partir du CLG : empirie et théorie

-Session 2 : L'héritage du CLG : Saussure, saussurismes, structuralismes

-Session 3 : Le CLG au-delà de la linguistique

2 e^ Session

L’héritage du CLG: Saussure, saussurismes, structuralismes

Organisateur : Christian PUECH

Département de Littérature et Linguistique Françaises et Latines, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

CNRS UMR 7957 Histoire des Théories Linguistiques, Labex EFL

Que doit la linguistique à la publication duCours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure?

L’impertinence de la question tient-elle à ce qu’on ignore la réponse, ou à ce que qu’elle relève pour la

plupart de l’évidence? Cette session centrée sur leCours voudrait justement procéder à un inventaire

qu’on peut orienter dans plusieurs directions :

i. L’évaluation du parcours (étonnant) de ce texte dont Ferdinand de Saussure n’est ni l’auteur, ni le non-auteur demande une attention toujours renouvelée. Tantôt rangé au musée des antiquités de la linguistique, tantôt monumentalisé par des démarches de légitimation du présent, tantôt réinvesti d’enjeux nouveaux depuis la (re-) découvertes de documents de toutes sortes (manuscrits, notes d’auditeurs des cours, etc…), tantôt patrimonialisé ou au contraire dénoncé comme « dépassé », mais le plus souvent ignoré aujourd’hui par la « linguistique en train de se faire », le CLG a bien toutes les caractéristiques d’un héritage multifonctionnel, ou d’un « objet sémiologique ». Peut-on en 2016, avec le recul d’un siècle, lui appliquer la dichotomie du « sanctionné » et du « périmé »? Sur quels objets et sur quels aspects?

ii. Des objets sémiologiques, Saussure disait justement qu’ils n’existent que par circulation et transmission et qu’ils n’existent donc guère que parce qu’ils ont été. Si l’on garde à l’esprit que la représentation que l’on a du Cours aujourd’hui dépend largement de la « référence construite » par les trois Écoles principales des structuralismes linguistiques de manière rétrospective (Prague, Copenhague, New-York), on se rend compte, malgré les efforts de chercheurs/éditeurs comme T. de Mauro, R. Engler et beaucoup d’autres aujourd’hui qu’on ne sait pas encore tout à fait remettre le CLG dans le contexte qui a été le sien. Dans quelle mesure l’historiographie récente, renouvelée des structuralismes linguistiques permet-elle de modifier l’image construite dans les années 50/60 du siècle dernier?

iii. Il existe au moins deux manières de considérer la généalogie de la pensée saussurienne.

La lecture des manuscrits de Saussure, la comparaison avec leCours de linguistique générale, les

tentatives indispensables de restitution de l’itinéraire d’ensemble de Saussure (en particulier, J. Joseph, 2012) permettent d’esquisser ce que pourrait être une généalogie de sa pensée jusqu’à ses derniers cours (voir la Session « Construction du CLG », org. par Daniele Gambarara, Colloque de Genève). Mais on peut entendre aussi par « généalogie » le long processus de formation de la pensée saussurienne dans l’histoire des idées linguistiques. Dans le second cas, c’est de l’itinéraire d’une pensée comme « désappropriée » qu’il s’agit. En effet, qu’on le considère comme un « faux », comme une

« vulgate », ou un « apocryphe »... leCours de linguistique générale est le texte de référence pour la

plupart des courants de la linguistique du XX° siècle. Activement (les structuralismes, mais aussi G. Guillaume ou E. Benveniste) ou réactivement (le générativisme, la sociolinguistique, la linguistique

cognitive...), leCours de linguistique générale constitue un repère majeur de l’histoire contemporaine

des idées linguistiques (et aussi des idées tout court...). Comment peut-on aujourd’hui évaluer la

présence / absence duCours de linguistique générale dans l’horizon de rétrospection des linguistiques

les plus actuelles? Assimilation? Dépassement? Opposition? Ignorance?

Les contributions attendues peuvent s’inscrire dans les thématiques suivantes :

  1. Système et structure chez Saussure, dans le CLG, chez les contemporains et les héritiers ;
  2. Le CLG et la linguistique européenne (Paris, Genève, Moscou, Prague, etc.) ;
  3. Le CLG et la linguistique hors d’Europe ;
  4. Qu’est-ce qu’être anti-saussurien? A-saussurien? Hier? Aujourd’hui?
  5. Le CLG, les structuralismes linguistiques et les post-structuralismes ;
  6. Le CLG et les philosophies du langage.

Conférenciers invités (séances plénières) :

Sylvain AUROUX, Directeur de Recherche émérite, CNRS UMR 7957 Histoire des Théories Linguistiques, LabEx EFL

Que peut dire un historien des sciences sur Saussure?

Jürgen T RABANT, Professeur émérite, Institut de philologie romane à l’Université libre de Berlin

Le Coursen quête d’auteur

Jean-Claude COQUET, Professeur émérite, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis

Au-delà de la sémiologie saussurienne

Résumés des communications

Réflexion sur le sujet parlant entre les anagrammes et le Cours de linguistique générale

Karen ALVES DA S ILVA

Universidade Estadual de Campinas / Uni Anchieta, Brésil

[email protected]

Ce travail examine la notion de locuteur-auditeur que Ferdinand de Saussure emploie dans sa production sur les anagrammes parallèlement à l’idée de sujet parlant retrouvée dans les autres

manuscrits de ce linguiste et dans leCours de linguistique générale – CLG (1916). Entre 1906 et 1909, cet

auteur s’est consacré à l’étude de la poésie classique, notamment latine et grecque. Pour ce qui est des anagrammes, la liaison de sa pensée à la littérature prend toute son importance du point de vue non

pas de la construction d’une théorie littéraire, mais d’une «attention constante portée à l’objet

littéraire » (Testenoire 2012 : 61). Ses incursions dans des œuvres littéraires ont conduit Saussure à

formuler l’hypothèse que, dans les poèmes, fonctionnerait un mécanisme de composition présumé, qu’il

a appeléanagrammes, lequel se baserait sur une perspective strictement phonique : il existerait des

mots-thèmes, généralement des noms de dieux ou de héros, dont le versificateur diluerait des

fragments phoniques dans certains espaces textuels. Alors, quoique liés à la composition du texte écrit, les anagrammes constitueraient à la fois un support mnémonique et thématique pour le déclamateur et un phénomène oral pouvant être perçu par l’assistance. Si, dans les anagrammes, surgit donc un sujet-auditeur, lorsque nous revenons aux leçons de linguistique générale de Saussure, nous y retrouvons le sujet parlant. Ce dernier est non seulement un récepteur du matériau linguistique, mais encore une figure qui, bien que soumise à l’ordre propre du système, est en rapport à la langue à partir

de sesdegrés de conscience et de sonsentiment. Ce sujet parlant apparaît dans différents contextes,

dans les textes saussuriens, mais il est notable que, quand il s’agit de perception acoustique, cette

notion se mélange à celle d’oreille. Dans les manuscrits de Saussure et dans le CLG, l’idée de sujet

parlant est étroitement liée à la discussion sur le concept de parole. Puisque les études sur les

anagrammes ont été pratiquement concomitantes aux élaborations à l’origine du CLG, notre propos est également de penser la production saussurienne sur les anagrammes aussi bien comme une élaboration dans le champ de la poétique que comme un mouvement théorique concernant la langue et le langage. Ainsi, la relation de la pensée de Saussure à la littérature extrapolerait le champ de la théorie linguistique, mais pas au point de s’en détacher.

Références

Engler R.,Cours de linguistique générale − Édition critique, Otto Harrasowitz, Wiesbaden, 1990 [1974].

Engler R.,Cours de linguistique générale − Édition critique, Otto Harrasowitz, Wiesbaden, 1989 [1968].

Saussure de F. « Lettres de Ferdinand de Saussure à Antoine Meillet, publiées par E.

Benveniste »,Cahiers Ferdinand de Saussure, XXI, Droz, 1963, p. 89-125.

Starobinski J.,Les mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure, Lambert-Lucas,

Limoges, 1971.

qui elle prend le nom d’« inconscient descriptif ». Mais la spécificité de l’enseignement freudien est de mettre en place un autre inconscient, qu’il dénomme « inconscient topique ». Cet autre inconscient se fait-il jour chez Saussure?

C’est principalement du côté de la recherche anagrammatique, et spécifiquement dans la réflexion sur la « non-linéarité » qu’il faudra essayer de le chercher.

Références

Komatsu, E. (1993). Ferdinand de Saussure. Cours de linguistique générale. Premier et troisième cours d’après les notes de Riedlinger et Constantin. Tokyo : Université Gakushuin

Saussure, F. de (2002). Écrits de linguistique générale. Texte établi et édité par Simon Bouquet et Rudolf Engler. Paris : Gallimard

Que peut dire un historien des sciences sur Saussure?

Sylvain AUROUX

CNRS UMR 7597 Histoire des théories linguistiques, LabEx EFL, France

[email protected]

Un historien des sciences s’intéresse aux développements des connaissances dans un domaine donné, aux changements de thématiques, aux résultats d’une discipline. Les sciences du langage font incontestablement partie de son domaine. S’agissant d’un auteur comme Saussure, la question se pose d’évaluer les résultats mis au jour et leur place dans l’histoire de la discipline. Si la question des sonantes peut être anecdotique, ce que l’on appellera plus tard les laryngales est une découverte

incontestable et bien documentée. L’apport duCours de linguistique générale est plus complexe à

évaluer. On s’attachera à ce qui paraît l’innovation la plus importante, la notion de valeur. Comment est-elle apparue? Dans quelle mesure peut-elle être considérée comme un acquis définitif de la discipline?

Au-delà du signe simple : Frei vs Bally - échos lointains d’une controverse solitaire

Thomas B EARTH

Département de Linguistique Comparée, Université de Zurich, Suisse

[email protected]

Dans ses dernières années, Henri Frei a posé deux idées-clés porteuses de matière à exploration, fondées dans une double démarche soucieuse d’axiomatisation fidèle aux présupposés du CLG et

motivée par un souci de validation à travers un champ empirique nullement limité aux chemins battus. Souci qui s’est matérialisé dans les thèses soutenues sous sa direction dans les années 1970, parmi elles, deux consacrées à la phrase segmentée, et une à la catène. Je me propose de montrer comment ces deux avancées se situent par rapport (i) à l’exégèse théorique du CLG, (ii) aux terrains d’épreuve auxquels elles ont été soumises, (iii) à l’évolution ultérieure de la théorie linguistique. Que nous

apprend le signe sur la syntaxe? Selon Frei (1962), "les catènes, c’est-à-diredes signes non segmentaux

[...] combinent les unités entre elles pour en faire des syntagmes". Cette notion élargie du signe qui, comme l’a démontré Amacker (1975 : 189), porte les traces de son origine dans le CLG, donne en revanche lieu à des interrogations par rapport aux terrains d’épreuve, portant notamment sur le caténant : (i) son caractère rigoureusement non-segmental (Boakye 1982 : 12) ; (ii) les relations s’établissant entre constituants discontinus, de telle sorte que, dans une séquence A B C D, la construction syntaxique prototypique est AC BD, (Bearth 1971, ch. 9). En inversant les termes de la question, nous la reformulerons : que nous apprend la syntaxe des langues africaines sur le signe? Nous retiendrons pour la catène une valeur heuristique, son potentiel explicatif et descriptif ne se dégageant qu’au prix d’au moins deux dérogations à sa définition chez Frei. Elle trouve cependant un écho lointain dans la mouvance de la Construction Grammar, dont l’axiome est la continuité entre lexique et syntaxe en termes d’unités constituées par la double face, de façon analogue à celle qui définit le signe complexe (Croft 2001, Hoffmann & Trousdale 2013). L’autre champ d’investigation

privilégié de Frei, laphrase segmentée, s’inscrit dans une perspective attribuable à son maître direct,

Charles Bally, plutôt qu’à Saussure, mais son réalignement sur les dichotomies et sa réduction à la dépendance syntaxique, plutôt qu’aux types d’énonciation prônés par ce dernier, révèle chez Frei un

souci d’unité de doctrine fondée sur le CLG. Si l’encyclopédieUniversalis (Ducrot 2013) partage la

paternité de la linguistique de l’énonciation entre Bally et Frei, celle-ci, pour ce qu’elle doit à l’Ecole de Genève, s’en revendiquerait à des titres très divers, voire controversés, notamment en ce qui concerne

le statut de la prosodie (Bally 1965 : 61 vs Frei 1977) –nomen est omen.

Références

Amacker, René. 1975.Linguistique saussurienne, Genève/Paris : Librairie Droz.

Bally, Charles. 1965.Linguistique générale et linguistique française. Berne : A. Francke. (1932 1 )

Bearth, Thomas. 1971.L’énoncé Toura. Norman (Oklahoma): SIL.

Bennett, Thomas J.A. 1973.The segmented sentence in the spoken English of a South-Eastern

Englishmen. Genève : Fornara.

Boakye, Paul. 1982.Syntaxe de l’achanti. Du phonème à la phrase segmentée. Berne : Peter Lang.

Croft, William. 2001.Radical Construction Grammar. Syntactic theory in typological perspective. Oxford:

Oxford University Press.

Ducrot, Oswald. « Énonciation »,Encyclopaedia Universalis. Consultée le 23 juillet 2013.

www.universalis.fr

Frei, Henri. 1962. « L’unité linguistique complexe ».Lingua XI, 128-140.

Frei, Henri. 1967. « Modes et réduction des syntagmes ». Cahiers Ferdinand de Saussure 22, 41-51.

rapport global des termes et des valeurs » (notes pour le Cours III). Sur la base d’analyses concrètes, il

pose pour expliquer le changement grammatical deuxprocédures : la recomposition des unités et la

création analogique, et unprocessus : l’agglutination. Ample dans sa perspective, mais économe au

plan conceptuel, l’approche saussurienne de l’évolution grammaticale demeure, à cent ans de distance, d’une actualité troublante ; elle est de nature à sortir la linguistique diachronique de bien des ornières.

Références

Bronckart, J.-P., Bulea, E. & Bota, C., éds (2010).Le projet de Ferdinand de Saussure. Genève, Droz.

Choi, Y. H. (2002).Le problème du temps chez Ferdinand de Saussure. Paris, L’Harmattan.

Depecker, L. (2009).Comprendre Saussure, d’après les manuscrits. Paris, Armand Colin.

Godel, R. (1957).Les sources manuscrites du Cours de linguistique généralede F. de Saussure. Genève,

Droz (2e tirage, 1969).

La Fauci N. (2011).Relazioni e differenze. Questioni di linguistica razionale, Palermo, Sellerio.

Pétroff, A.-J. (2004).Saussure : la langue, l’ordre et le désordre. Paris, L’Harmattan.

Saussure, F. de ( 1 1916, 2 1922, 3 1931).Cours de linguistique générale, édité par C. Bally & A. Sechehaye.

Édition critique par T. De Mauro (1972). Paris, Payot. Edition critique et synoptique par R. Engler. Tome I (1968) ; Tome II (1974). Wiesbaden, Harrassowitz.

Saussure, F. de (1922).Recueil des publications scientifiques de Ferdinand de Saussure (1922). Édité par

C. Bally & L. Gauthier. Genève : Sonor [réimpression Slatkine, 1984].

Saussure, F. de (2011).Science du langage. De la double essence du langage et autres documents du ms

BGE Arch. de Saussure 372. Édition partielle mais raisonnée et augmentée desÉcrits de linguistique

générale par R. Amacker. Genève : Droz [Publications du Cercle Ferdinand de Saussure VII]

Sofia, E. (2016) (éd.). La «Collation Sechehaye» du Cours de linguistique généralede Ferdinand de

Saussure. Introduction, transcription et notes par Estanislao Sofia. Leuven, Peeters.

Utaker, A. (2002).La philosophie du langage. Une archéologie saussurienne. Paris, PUF.

Vallini, C. (2013).Studi saussuriani. Università degli studi di Napoli, « L’Orientale ».

Le thème de la variation et le tournant géologique en linguistique. Du CLG à la sémio-pragmatique de

Deleuze & Guattari

Antonino B ONDÌ

EHESS, France

[email protected]

L’importance du thème de lavariation dans l’histoire des théories linguistiques émerge si l’on constate

le refoulement de la dimension duflot du parler : variabilité immédiate et spontanée de lavie des

signes et desformes symboliques, ne permettant pas l’édification de disciplines rigoureuses capables

de fournir des descriptions scientifiques des phénomènes langagiers. Ce thème est au cœur des

tensions entrelangue etparole que Ferdinand de Saussure dans leCLG a sans cessé exploité : laparole

relevant du domaine des exécutions à chaque foisirréfutables etsingulières, la langue se présente

comme lelieu théorique de ce qu’il peut être objectivé et identifié commestable etrépétable. En même

temps, lalangue est soumise à lapression du changement historique et social. LeCLG a révélé une

véritable conceptionparadoxale de son objet, en déterminant l’ouverture d’un champ problématique

philosophique et épistémologique constamment repris. Notre communication discutera le

prolongement de cettehistoire paradoxale que le CLG a délivré, en abordant lechiasme entrelangue et

parole du point de vue de sa réception spéculative dans la sémiotique de Hjelmslev et dans les gestes

philosophiques de Merleau-Ponty et de Deleuze et Guattari. Ces trois propositions théoriques ont développé de façon autonome le questionnement autour de la variation. Hjelmslev a élaboré une formalisation de la stratification sémiotique pour faire face à une dynamique des différents niveaux de

constitutions des habitudes langagières (laparole étant décrite comme un entrecroisement simultanée

et non linéaire de normes et usages à la fois collectifs et individuels), reprise par Deleuze et Guattari

qui proposent une conception sémio-pragmatique de l’énonciation et de la parole commeagencement

collectif. D’autre part, Merleau-Ponty a focalisé la structure chiasmatique entre les actes de langage et

l’activité du langage, celle-là étant définie en termes de puissance expressive, qui se produit

constamment dans un contact énonciatif (et corporel) avec le monde et autrui. Ces trois gestes théoriques – gravitant de façon différente et parfois critique à l’égard du structuralisme linguistique et

philosophique européen – nous montrent l’émergence, à partir de cechiasme originaire fondant la

perspective épistémologique du CLG, d’une vision moniste, variationniste et dynamique ayant

caractérisée l’histoire du saussurisme.

Références

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