La Conscience Humaine : Unité de l'Esprit et du Corps, Study notes of Philosophy

Cet texte explore la nature de la conscience humaine, distingueant les aspects moraux et psychologiques. La conscience est décrite comme une capacité réflexive, permettant à l'homme de prendre connaissance de lui-même. La distinction entre la conscience immédiate et réfléchie est également abordée. En outre, la relation entre la conscience et le corps, ainsi que la question de savoir si la conscience est réductible à des phénomènes psychiques et neurologiques, sont examinés.

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Chapitre 2 : Le sujet
Parler de sujet pour parler d’un être humain - Sauf exception, on dira d’une table qu’elle est un
objet ou une chose, plutôt qu’un sujet ou qu’une personne. La notion de sujet semble donc caractériser l’être
humain par rapport aux choses inertes, voire aux autres espèces vivantes connues.
Toutefois, le terme de sujet prend d’autres significations : en grammaire, on parle du sujet d’une
phrase pour désigner le terme qui commande l’action du verbe ; en politique au contraire, le terme de
« sujet » d’un monarque évoque sa soumission. Etonnante opposition sur l’échelle du pouvoir pour un seul et
même mot ! Plus généralement, on parlera d’un sujet d’une conversation, du sujet d’une dissertation.
Etymologiquement, le sujet est sub jectum : ce qui est « jeté sous », c’est-à-dire ce qui sert de support.
En philosophie moderne, parler de l’être humain comme d’un sujet, c’est mettre l’accent sur le fait
qu’il est un individu au fondement de ses actions et de ses représentations, de sa relation au passé et à
l’avenir, aux valeurs auxquelles il croit, aux lois qu’il respecte, etc. Celui qui est sujet, c’est celui qui dit
« Je », qui se considère comme un individu. Pour Emmanuel Kant, c’est « pouvoir dire je ». Être sujet
suppose plusieurs caractéristiques :
-La perception du réel (la perception)
-La conscience du monde qui l’entoure et de nous-même (la conscience)
-L’existence présumée d’une part plus sombre de l’individu et de la complexité des mécanismes
du psychisme (l’inconscient)
-L’interrogation sur le rapport à l’autre (autrui)
-La connaissance de ce qui motive ses actions et nourrit son imaginaire (le désir)
-Se savoir existant dans le temps (le temps)
(Par opposition avec le chapitre 1, l’être humain était pris au sens collectif de l’espèce humaine, ici, on
s’intéresse au niveau individuel : chaque être humain est un individu qui dit « je », qui a une conscience, un
inconscient, des désirs, des envies, etc.)
Première partie : la conscience
Introduction - De l’usage du mot à la notion
Pour commencer : lister des expressions où vous employez le mot « conscience », puis distinguer deux
catégories différentes de l’utilisation du mot.
On distingue deux types de conscience :
-Conscience psychologique, qui a attrait à la connaissance. Être conscient de quelque chose, c’est le savoir
(avoir conscience de ses actes) - consciousness (anglais) ; Bewusstsein (allemand)
-Conscience immédiate : j’ai conscience qu’il y a 27 élèves devant moi ; j’ai conscience d’être en
classe de philosophie, de l’heure qu’il est // être inconscient au sens de perdre connaissance, etc.
[PERCEPTION ; 5 sens]
-Conscience réfléchie : je sais que je sais que nous sommes en cours de philosophie ; je réfléchis
sur moi-même, qui je suis, etc.
-Conscience morale (avoir bonne/mauvaise conscience) : connaissance de ce qui est bien/mal, juste/
injuste - conscience ; Gewissen
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Chapitre 2 : Le sujet

Parler de sujet pour parler d’un être humain - Sauf exception, on dira d’une table qu’elle est un objet ou une chose , plutôt qu’un sujet ou qu’une personne. La notion de sujet semble donc caractériser l’être humain par rapport aux choses inertes, voire aux autres espèces vivantes connues. Toutefois, le terme de sujet prend d’autres significations : en grammaire, on parle du sujet d’une phrase pour désigner le terme qui commande l’action du verbe ; en politique au contraire, le terme de « sujet » d’un monarque évoque sa soumission. Etonnante opposition sur l’échelle du pouvoir pour un seul et même mot! Plus généralement, on parlera d’un sujet d’une conversation, du sujet d’une dissertation. Etymologiquement, le sujet est sub jectum : ce qui est « jeté sous », c’est-à-dire ce qui sert de support. En philosophie moderne, parler de l’être humain comme d’un sujet, c’est mettre l’accent sur le fait qu’il est un individu au fondement de ses actions et de ses représentations, de sa relation au passé et à l’avenir, aux valeurs auxquelles il croit, aux lois qu’il respecte, etc. Celui qui est sujet, c’est celui qui dit « Je », qui se considère comme un individu. Pour Emmanuel Kant, c’est « pouvoir dire je ». Être sujet suppose plusieurs caractéristiques :

  • (^) La perception du réel (la perception) **- La conscience du monde qui l’entoure et de nous-même (la conscience)
  • L’existence présumée d’une part plus sombre de l’individu et de la complexité des mécanismes** du psychisme (l’inconscient)
  • L’interrogation sur le rapport à l’autre (autrui)
  • La connaissance de ce qui motive ses actions et nourrit son imaginaire (le désir) - (^) Se savoir existant dans le temps (le temps) (Par opposition avec le chapitre 1, où l’être humain était pris au sens collectif de l’espèce humaine, ici, on s’intéresse au niveau individuel : chaque être humain est un individu qui dit « je », qui a une conscience, un inconscient, des désirs, des envies, etc.)

Première partie : la conscience

Introduction - De l’usage du mot à la notion

Pour commencer : lister des expressions où vous employez le mot « conscience », puis distinguer deux catégories différentes de l’utilisation du mot. On distingue deux types de conscience :

  • Conscience psychologique , qui a attrait à la connaissance. Être conscient de quelque chose, c’est le savoir (avoir conscience de ses actes) - consciousness (anglais) ; Bewusstsein (allemand) - (^) Conscience immédiate : j’ai conscience qu’il y a 27 élèves devant moi ; j’ai conscience d’être en classe de philosophie, de l’heure qu’il est // être inconscient au sens de perdre connaissance, etc. [PERCEPTION ; 5 sens] - (^) Conscience réfléchie : je sais que je sais que nous sommes en cours de philosophie ; je réfléchis sur moi-même, qui je suis, etc.
  • Conscience morale (avoir bonne/mauvaise conscience) : connaissance de ce qui est bien/mal, juste/ injuste - conscience ; Gewissen

Un peu de vocabulaire Moral : un jugement est « moral » lorsqu’il attribue une valeur (bonne, mauvaise, droite, transgressive, conve- nable, déplacée...) à une conduite humaine. L’adjectif « moral » est formé sur le latin mos, moris , qui signifie « conduite » et « règle de conduite » : telle conduite est-elle conforme à la règle? Psychologique : l’adjectif « psychologique » renvoie au grec ancien psukhê , « l’âme ». Au sens moderne, la psychologie est l’étude de l’esprit. Par conséquent, la conscience « psychologique » baptise le versant « psychique » de la conscience, l’aptitude de notre esprit à la connaissance. La conscience comme un certain savoir ( cum scientia , avec science/connaissance) Médiat / immédiat : est médiat ce à quoi on accède par un intermédiaire ; est immédiat ce à quoi on accède directement. Dans le cas de la conscience réfléchie, il s’agit d’une conscience médiate, c’est-à-dire permis par une détachement et une réflexion (c’est d’ailleurs le sens littéral de la « ré-flexion ») Mettre la conscience au coeur de la pensée philosophique, c’est s’inscrire dans la philosophie moderne, et dans le sillage de René Descartes. De fait, les Grecs n’avaient pas de mots correspondant à ce que la langue française appelle « conscience ». Ce n’est pas tant qu’ils n’étaient pas conscient de leur vie, ou qu’ils n’avaient pas de principes moraux, mais c’est qu’ils ne plaçaient pas l’individu, sa vie intérieure et ses émotions, au coeur de la réflexion philosophique. Chez les Grecs, on trouve bien des « traités de l’âme », mais il s’agit plus d’étudier les fonctions qui animent le corps vivant et non faire de la psychologie (ici, l’âme est un principe de vie, un souffle de vie immatériel, qui met le corps en mouvement). La conscience est donc un concept utilise pour désigner ce mode singulier de présence au monde qui distingue certainement l’être humain des pierres, et peut-être aussi des autres êtres vivants. attention, distinguons :

  • La raison : la capacité de penser universelle
  • La conscience : La pensée propre à chacun de son vécu

B. La conscience, une capacité réflexive

Texte - Hegel, Cours d’esthétique (1818-1829), Tome I, introduction, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Aubier, 1995 « Les choses naturelles ne sont qu’ immédiatement et pour ainsi dire en un seul exemplaire , mais l’homme, en tant qu’esprit, se redouble , car d’abord il est au même titre que les choses naturelles sont , mais ensuite, et tout aussi bien, il est pour soi, se contemple, se représente lui-même, pense et n’est esprit que par cet être-pour-soi actif. L’homme obtient cette conscience de soi-même de deux manières différentes : premièrement de manière théorique , dans la mesure où il est nécessairement amené à se rendre intérieurement conscient à lui-même, où il lui faut contempler et se représenter ce qui s’agite dans la poitrine humaine, ce qui s’active en elle et la travaille souterrainement, se contempler et se représenter lui-même de façon générale, se fixer à son usage ce que la pensée trouve comme étant l’essence, et ne connaître, tant dans ce qu’il a suscité à partir de soi-même que dans ce qu’il a reçu du dehors, que soi- même. – Deuxièmement , l’homme devient pour soi par son activité pratique , dès lors qu’il est instinctivement porté à se produire lui-même au jour tout comme à se reconnaître lui-même dans ce qui lui est donné immédiatement et s’offre à lui extérieurement. Il accomplit cette fin en trans- formant les choses extérieures, auxquelles il appose le sceau de son intériorité et dans lesquelles il retrouve dès lors ses propres déterminations. L’homme agit ainsi pour enlever, en tant que sujet libre, son âpre étrangeté au monde extérieur et ne jouir dans la figure des choses que d’une réalité extérieure de soi-même. La première pulsion de l’enfant porte déjà en elle cette transformation pratique des choses extérieures ; le petit garçon qui jette des cailloux dans la rivière et regarde les ronds formés à la surface de l’eau admire en eux une œuvre qui lui donne à voir ce qui est sien. Ce besoin passe par les manifestations les plus variées et les figures les plus diverses avant d’aboutir à ce mode de production de soi-même dans les choses extérieures tel qu’il se manifeste dans l’œuvre d’art. »

  1. Comment comprenez-vous la distinction entre « être » et « être-pour-soi »?
  2. Que signifie « être-pour-soi »?
  3. Quelle est la thèse de Hegel dans ce texte?
  4. Pourquoi est-il question de l’art? Théorique : le terme « théorique » vient du verbe grec ancien theorein qui signifie « voir ». Une théorie est une manière de « voir » les choses, c’est-à-dire de les expliquer, qui repose sur une « vision » intellectuelle, c’est- à-dire sur l’esprit humain. En tant qu’adjectif, « théorique » désigne le domaine de la connaissance. Pratique : le terme « pratique » vient du verbe grec ancien prattein , « agir ». En tant qu’adjectif, il renvoie notamment au domaine de l’action humaine en sa dimension morale et il se distingue de l’adjectif « poétique », construit sur le grec ancien poiein , « faire », qui qualifie le registre de la production (technique et artistique) et de l’adjectif « théorique » qui a partie liée à l’ordre de la connaissance.

- 1) La distinction entre « être » et « être-pour-soi », opérée dans les premières lignes du texte, permet à Hegel de distinguer les « choses naturelles » de l’homme. Par « chose naturelle », Hegel entend les êtres qui sont soumis aux lois dites de la nature (la loi de la chute des corps par exemple), c’est-à- dire les êtres composés de matière par distinction avec les choses immatérielles comme les idées dans notre esprit. Parce qu’il est constitué de matière, l’homme est aussi soumis aux lois de la nature, et c’est pourquoi il « est » : il est présent dans le monde, contrairement par exemple à une licorne ou un satyre qui sont des êtres inventés présents seulement dans notre imagination. En outre, l’homme est une chose naturelle et un « esprit », et c’est la raison pour laquelle il est également « pour lui- même » : il est capable de prendre connaissance de lui-même. - 2) La formule « être-pour-soi » qualifie la spécificité humaine, c’est-à-dire la conscience de soi. Traditionnellement, on distingue la conscience morale de la conscience psychologique et, au sein de la conscience psychologique, on distingue la conscience « immédiate » de la conscience « réfléchie ». La conscience immédiate est la capacité à prendre connaissance des choses dans le monde et de nos idées dans notre esprit (par exemple, je perçois un arbre, je conçois un triangle rectangle) et la conscience réfléchie consiste en l’aptitude à revenir sur ce qu’on pense ou fait (je sais que je suis en train de percevoir un arbre, je sais que je suis en train de concevoir un triangle rectangle). La conscience réfléchie renvoie à l’étymologie du mot « conscience », lequel provient du latin cum scientia qui signifie « avec science », « accompagné de savoir ». Pour Hegel, la distinction pertinente n’est pas tant celle de la conscience immédiate et de la conscience réfléchie (ce qu’il appelle la « manière théorique » de prendre conscience de soi) que celle de la connaissance des choses naturelles et de la connaissance de notre esprit. La « réflexivité » signifie, non pas revenir sur ce qu’on pense ou fait, mais prendre connaissance de l’esprit qu’on est, par différence avec les choses naturelles. - 3) La thèse de Hegel dans ce texte est que l’homme est dominé par une quête de lui-même, il ne cesse de chercher ce qu’il est. Le « pour-soi » ou la conscience de soi est ce pouvoir de l’esprit qui lui permet de revenir sur lui-même pour se connaître. Il existe deux façons pour l’esprit de faire retour sur lui, deux modes de conscience : la « manière théorique » (ou intérieure), c’est-à-dire la conscience réfléchie, l’aptitude à revenir sur ce qu’on pense et fait ; et la « manière pratique » (ou extérieure), c’est-à-dire la capacité à transformer la nature visible et à pouvoir se rapporter, à partir de cette transformation, à l’esprit transformateur jusque-là invisible et inaperçu. - 4) Le texte est tiré de l’introduction des Cours d’esthétique donnés entre 1818 et 1829. Il s’inscrit donc dans une réflexion sur « l’esthétique », c’est-à-dire sur l’art et la beauté. Pour Hegel, il faut resituer cette interrogation dans un questionnement plus vaste sur la nature de l’homme. C’est parce que l’homme cherche à se connaître, notamment en agissant sur la nature, qu’il fait de l’art. Il en va de l’artiste comme de l’enfant qui trouble le cours de l’eau : l’un comme l’autre modifient les choses naturelles afin de saisir et « d’admirer » dans leur modification l’esprit capable de modifier la nature. Cette conscience dont nous parle Hegel permet donc la définition de soi, c’est-à-dire de son identité.

Un peu de vocabulaire Essentiel / accidentel : Par « essence », on entend en philosophie d’une part la définition d’une chose. L’essence explicite ce que la chose est, indépendamment de savoir si cette chose est. L’essence se distingue de la sorte de « l’existence », mais aussi, d’autre part, de « l’accident ». En effet, l’essence renvoie aux aspects fondamentaux et invariables d’une chose, tandis que les accidents se réfèrent aux aspects secondaires et changeants. Exemple : le chat

  • caractéristiques essentielles : griffe, moustache, carnivore
  • caractéristiques accidentelles : couleur du pelage - 1) Avant de débuter le processus de mise en doute de toutes ses croyances, c’est-à-dire de tout ce qu’il tenait pour vrai, Descartes se concevait (ou concevait l’homme en général) comme un être constitué d’un corps et d’une âme. Le corps est pensé comme ce qui fait de l’homme une matière étendue, dans le monde, et comme une possession (nous « avons » un corps), et l’âme comme ce qui permet à l’homme d’accomplir différentes « actions » dans le monde : se nourrir, se déplacer, percevoir, réfléchir. - 2) On peut être surpris de l’usage que fait Descartes du terme « d’âme » dans ce texte. Pour Descartes, l’âme n’est pas un synonyme de « l’esprit », c’est-à-dire du principe de la pensée, et c’est la raison pour laquelle il prend le soin à la fin du texte d’appeler ce principe de la pensée « un esprit, un entendement ou une raison » et non l’âme. Lorsqu’il invoque la notion « d’âme », Descartes fait implicitement référence à la conception du philosophe Aristote qui considérait que l’âme était un principe commun à tous les vivants, aux plantes, aux animaux et aux hommes, principe qui leur permet de réaliser les différentes fonctions assurant la survie : la nutrition, la reproduction, la perception, le déplacement dans l’espace, la pensée. Dans ce cadre, les plantes possèdent une âme dite « végétative », elles se nourrissent et se reproduisent. Les animaux possèdent une âme « sensitive », qui intègre l’âme végétative : ils se nourrissent, se reproduisent et perçoivent. Les animaux qui peuvent se déplacer dans l’espace possèdent une âme « motrice », qui intègre l’âme sensitive. Les hommes enfin possèdent une âme « intellective », qui intègre l’âme motrice : ils se nourrissent, se reproduisent, perçoivent, se déplacent dans l’espace et pensent. L’esprit n’est donc, du point de vue de la pensée d’Aristote, qu’une partie de l’âme intellective de l’homme. Pour Descartes, il est l’homme même. - 3) Dans la première méditation, Descartes a mis en doute l’existence du monde extérieur, et donc de son corps, en exagérant la portée des illusions des sens et de nos rêves : peut-être que nos sens nous donnent uniquement accès à des apparences illusoires, peut-être que notre vie est un long rêve. Au début de la deuxième méditation, au moment donc où il se pose la question de savoir ce qu’il est, il ne peut faire entrer dans la définition de l’homme la possession d’un corps. Seule subsiste la condition du doute, à savoir la pensée : pour douter de tout, non seulement il faut exister, mais encore il faut penser, puisque le doute est un acte de la pensée. Je suis donc une chose qui pense.

- 4) Au début de la deuxième méditation, Descartes passe immédiatement de la certitude « que je suis » à la question de savoir « ce que je suis ». Or il semble précipité de se poser la question de l’essence de l’homme à un moment où l’existence du monde extérieur, et donc des corps, est mise en doute. L’existence du monde extérieur ne sera rétablie que dans la sixième méditation, après un long détour par la démonstration de l’existence de Dieu (troisième et cinquième méditations), la démonstration de la bonté divine (quatrième méditation) et la démonstration de la vérité des mathématiques (cinquième méditation). Descartes devrait attendre la fin des Méditations métaphysiques pour se questionner sur l’essence de l’homme : or il fait passer la définition provisoire de l’homme (« une chose qui pense ») pour la définition définitive. La conscience semble bien définir l’être humain. Non seulement l’homme a conscience du monde et de lui-même, non seulement il « a » une conscience, mais plus encore il « est » une conscience. On peut donc dire que la conscience constitue l’essence de l’homme. Ainsi, en affirmant que l’homme est une conscience, on ramène du côté des accidents le fait qu’il est un organisme vivant ou qu’il possède un corps.

Transition vers la deuxième partie

À l’issue de cette réflexion, tout porte à croire que la conscience s’impose comme la définition adéquate de l’homme. La conscience apparaît comme le fondement de la grandeur et de la supériorité de l’espèce humaine. Cependant, cette reconduction de l’humanité à la conscience pose deux types de problèmes.

  • (^) Le premier est que faire de la conscience l’essence de l’homme semble revenir à prendre la partie pour le tout. Outre la conscience, n’existe-t-il pas d’autres traits constitutifs de l’homme, à commencer par le fait qu’il possède un corps?
  • (^) Si la conscience n’est pas le centre de l’homme, en est-elle par ailleurs le propre? C’est là le second type de problèmes : faut-il attendre l’humanité pour voir émerger la conscience ou bien la conscience précède-t-elle et excède-t-elle l’espèce humaine? Si la conscience n’est pas proprement humaine, on comprend qu’elle ne peut plus suffire à caractériser l’humanité.

II - La conscience ne suffit pas à caractériser l’ ê humain

A. L’homme est irréductible à une conscience

Certes, la conscience définit l’homme, mais elle ne définit pas tout l’homme. En effet, ce n’est pas parce que l’être humain est conscient qu’il est une conscience. Il est aussi un être vivant pourvu d’un corps et situé parmi les choses. C’est l’une des objections qu’émet Hobbes à l’encontre de Descartes.

manifeste divers degrés de conscience. Un nouveau-né par exemple ne possède pas une conscience du monde aussi différenciée qu’un adulte. Lorsque nous rêvons, nous avons conscience de cela à quoi nous rêvons, mais nous ne sommes pas conscients de rêver. Dans le rêve, la conscience immédiate ne peut s’accompagner de conscience réfléchie : si nous prenons conscience du fait que nous rêvons, nous nous réveillons. Certaines expériences-limites nous font même passer dans des états de conscience extrêmes, que ce soit par la prise de psychotropes (lesquels nous font accéder à un sentiment dit « d’hyperconscience »), ou à la suite de maladies ou d’accidents qui imposent une anesthésie ou conduisent à un coma, c’est-à-dire à une perte totale de conscience. Le problème est donc le suivant : si l’homme se définit par la conscience d’une part et s’il est plus ou moins conscient selon l’âge, selon l’heure, selon son état de santé d’autre part, il semble qu’il faille alors en déduire que l’homme peut s’avérer plus ou moins homme. Il paraît donc problématique de faire de la conscience la définition de l’homme puisqu’il suffirait de s’endormir ou de s’évanouir pour se déshumaniser.

C. La conscience est irréductible à la conscience humaine

En affirmant que la conscience définit l’homme, nous présupposons qu’elle ne définit que l’homme, et donc qu’elle lui est propre. Or c’est là une représentation des choses, héritée de Descartes, qui a fait son temps. En effet, les découvertes scientifiques du siècle dernier ont chassé l’idée que l’homme serait le seul animal doté d’une conscience et qu’il y aurait une rupture ou un saut – un saut conscientiel précisément – du non-humain à l’humain. La biologie de l’évolution, la génétique et l’éthologie ont mis en évidence la profonde continuité des règnes du vivant ainsi que l’inscription de l’homme au sein du buisson évolutif : l’être humain appartient à la famille des grands singes ou des « hominidés » et il ne possède qu’une faible différence génomique avec les bonobos, les chimpanzés, les gorilles et les orangs-outans. De ce fait, la conscience aussi bien psychologique que morale apparaît comme un continuum du vivant plutôt que comme le propre de l’homme (=différence de degré et non de nature). L’éthique animale anglo-saxonne a avancé pour qualifier la conscience des animaux évolués la notion de « sentience », cela de manière à dire que, si ces animaux ont bien une « conscience » (c’est-à-dire un rapport à un milieu environnant), ce rapport est dominé par la « sens ibilité » ou l’affectivité (c’est-à-dire par la relation à soi). Le lézard qui bronze sur une pierre au soleil ne se rapporte pas à la pierre comme un objet possédant des propriétés connaissables, comme une roche ou une matière minérale solide, mais comme une chose qui lui est plaisante. => La conscience (dans son sens le plus général) ne définit donc pas tant l’être humain que l’être vivant.

Transition vers la dernière partie

La conscience ne suffit pas à caractériser l’homme à la fois dans son intégralité, car l’être humain est davantage qu’une conscience, et dans sa spécificité, car la conscience n’est pas l’apanage de l’homme. Si la conscience peut « définir » l’homme, c’est en un autre sens de la définition. En effet, jusqu’à présent, nous avons réduit la signification de la définition à celle de la caractérisation. Or le verbe « définir », construit sur le latin fini, « limite », signifie également « fixer des limites, borner, clôturer ». En ce nouveau sens, si la conscience définit l’homme, ce n’est plus en tant qu’elle le caractérise, mais en tant qu’elle le « limite » dans les connaissances qu’il a du monde et de lui-même et « l’enferme » dans des illusions. Loin d’être le lieu de la grandeur de l’homme, la conscience apparaît davantage comme celui de sa finitude.

III - La conscience limite l’homme dans sa connaissance

de lui-même

A. La conscience nous fait oublier que nous sommes pré-

déterminés

Texte : Spinoza, Éthique , II, scolie de la proposition 35, trad. B. Pautrat « Les hommes se trompent en ce qu’ils se pensent libres, opinion qui consiste seulement en ceci, qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorant des causes qui les déterminent. Donc cette idée qu’ils ont de leur liberté vient de ce qu’ils ne connaissent aucune cause de leurs actions. Car ce qu’ils disent, que les actions humaines dépendent de la volonté, ce sont des mots dont ils n’ont aucune idée. Ce qu’est la volonté, en effet, et de quelle manière elle meut le corps, tous l’ignorent, qui brandissent autre chose et inventent à l’âme des sièges et des demeures, soulevant d’ordinaire le rire ou la nausée. » Questions

  1. Quelle est la thèse de Spinoza dans ce texte?
  2. Quelle est la limite de la position spinoziste?

Se croyant, pour elle, un colosse. Jupin les renvoya s’étant censurés tous, Du reste, contents d’eux ; mais parmi les plus fous Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes, Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes. On se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain. Le Fabricateur souverain Nous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d’aujourd’hui. Il fit pour nos défauts la poche de derrière Et celle de devant pour les défauts d’autrui. » — Interprétons cette fable Jupiter, qui a créé tous les animaux, s’enquiert auprès de ses créatures pour savoir s’il y a à redire sur sa création. Chaque animal considère son espèce et sa constitution physique et psychique (son « composé ») comme parfaites, et les autres espèces comme imparfaites ou inachevées. En particulier l’animal humain : l’homme est le premier à apercevoir les faiblesses des autres, symboliquement des autres espèces animales et réellement des autres hommes ; il est lucide ou « lynx » en ce sens que le lynx est connu pour son « œil », pour sa puissante vision. Mais en contrepartie, l’homme est le dernier à discerner les faiblesses qui sont les siennes ; il est « taupe » ou aveugle vis-à-vis de lui-même. À la faveur de cette fable, La Fontaine veut exprimer le fait que, au moment même où elle pénètre l’esprit d’autrui, la conscience morale limite l’homme dans la connaissance de lui-même en lui masquant ses propres intentions vicieuses. Conclusion Sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes était inscrite la formule « Connais-toi toi-même ». Elle devint la devise du premier philosophe Socrate, puis de la philosophie elle-même. La question « La conscience définit-elle l’homme? » permet d’en préciser et d’en enrichir la signification. L’injonction « Connais-toi toi-même » peut renvoyer d’une part à la connaissance de ce qui nous caractérise et de ce qui constitue notre humanité. De ce point de vue, la conscience entendue comme pouvoir de connaissance et de jugement est apparu comme un aspect fondamental mais très insuffisant pour déterminer la nature de l’homme. L’impératif « Connais-toi toi-même » nous exhorte d’autre part à rediriger notre conscience des choses vers elle-même pour s’examiner. Il devient alors manifeste que la conscience « définit » bien l’homme, en ce qu’elle vient limiter la connaissance qu’il a de lui et l’enfermer dans des illusions, dans l’illusion qu’il est libre, qu’il connaît parfaitement ses désirs, qu’il est un saint...