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Sujet bac 2020---Préparation EAF
Typology: Lecture notes
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Recommanda(ons générales Ce document présente un développement organisé en réponse au sujet proposé. Il ne saurait représenter ce qu’une copie d’élève pourrait produire. Mais un candidat de 1 ère devrait être en mesure d’aborder et de développer quelques-uns de ces éléments, à sa manière et à son niveau. L’harmonisa(on académique appréciera la qualité́ des copies en examinant, d’une part, ce qui relève des aIentes liées à l’exercice (une réflexion organisée et rédigée dans une langue correcte, en réponse à la ques(on posée, fondée sur la connaissance de l’œuvre éclairée par le parcours associé), et, d’autre part, les éléments qui pourraient valoriser le travail du candidat (une finesse d’analyse ; une réflexion par(culièrement nuancée ; la mobilisa(on per(nente d’une culture liIéraire solide). [Entre crochets figurent quelques références et analyses témoignant d’un travail qui peu têtre conduit en classe dans le cadre du parcours associé. Par défini8on ces exemples précis ne peuvent être considérés comme aIendus ; ils cherchent seulement à illustrer l’un des ressorts de l’exercice : la réponse au sujet de disserta8on s’enrichit bien du travail connexe qui aura été́ mené́ autour de l’œuvre inscrite au programme, notamment dans le cadre du parcours associé.] Objet d'étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Œuvre : Stendhal, Le Rouge et le Noir Parcours : Le personnage de roman, esthé(ques et valeurs. Le Rouge et le Noir est-il selon vous un roman de la désillusion? Vous répondrez à ceIe ques(on dans un développement organisé en vous appuyant sur le roman de Stendhal, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle. L’in&tulé du sujet renvoie au roman d’appren&ssage, qui retrace le parcours d’un jeune héros amené́ à perdre les illusions qu’il se faisait sur la société́, l’amour, le monde. Peut-on donc lire Le Rouge et le Noir comme un roman de la désillusion? Mais alors, qui perd ses illusions dans Le Rouge et le Noir? Quelles illusions perd-on à la lecture du Rouge et le Noir? Quels rapports le roman de Stendhal entre&ent-il avec l’illusion? Plusieurs démarches sont donc envisageables pour traiter le sujet : l’élève peut s’intéresser aux illusions et désillusions des personnages du roman, en par&culier à celles de Julien Sorel. Il peut également, du point de vue de la récep&on, réfléchir sur les désillusions du lecteur. Le sujet permet encore de ques&onner l’esthé&que du roman et le rapport qu’entre&ent Stendhal avec l’illusion (ceci en lien avec le parcours associé « Le personnage de roman, esthé&ques et valeurs »). Introduc8on à rédiger
I. Le Rouge et le Noir , un roman qui invente un nouveau type de héros : Julien Sorel, l’homme sans illusions. La désillusion à l’œuvre dans Le Rouge et le Noir passe par un nouveau rapport à l’héroïsme. Stendhal, dans son « Projet d’ar&cle sur Le Rouge et le Noir », insiste sur ce qu’il considère comme l’une de ses innova&ons majeures – avoir traité́ son héros différemment, en inversant les codes stéréotypes du romanesque du moment : « L’auteur ne traite nullement Julien comme un héros de roman de femmes de chambre , il montre tous ses défauts, tous les mauvais mouvements de son âme [...] » A. Un héros désenchanté́. Plus de place pour l’héroïsme donc dans Le Rouge et le Noir. Au début du roman, le jeune Julien Sorel rêve aux beaux dragons de l'armée d’Italie en marche vers la gloire, à la des&née surhumaine de Napoléon et son imagina&on s'exalte en des rêves héroïques. Pour lui, Bonaparte est une icône qu’il aime d’un amour aveugle, le Mémorial est « sa Bible » et la « des&née de Napoléon » informe « le roman » de sa vie : « Le jeune paysan ne voyait rien entre lui et les ac&ons héroïques que le manque d’occasion » (I,12). Mais l’épisode de la visite à Verrières du roi de *** (I,18) amène Julien à une prise de conscience : alors qu’il est fier et heureux de défiler parmi les gardes d’honneur, il réalise en rencontrant le jeune évêque d’Agde que la carrière ecclésias&que lui apportera beaucoup plus d’avantages que la carrière militaire. Dans la deuxième par&e du roman, Julien achève de perdre ses illusions sur Napoléon : la conversa&on qu’il a avec le comte Altamira pendant le bal du duc de Retz lui révèle que son idole fait par&e des « grands voleurs » de l’histoire récente : « ce grand Danton a volé́. Mirabeau aussi s’est vendu. Napoléon avait volé́ des millions en Italie, sans quoi il eût été́ arrêté́ tout court par la pauvreté́, comme Pichegru » (II, 9). Il comprend que pour réussir, plus que de la bravoure il faut avoir de l’argent et être prêt à sacrifier des têtes. [Même remise en cause de l’héroïsme chez Flaubert par exemple, qui met en scène des personnages médiocres, à l’instar de Fréderic Moreau dont les perspec&ves d’avenir sont bouchées et qui n’accomplit rien de glorieux.] Julien Sorel ne se fait guère plus d’illusions sur l’amour. Ce n’est pas poussé par de nobles sen&ments qu’il fait la conquête de Mme de Rênal, mais parce qu’ il se doit à lui-même de devenir son amant, afin qu’elle ne le méprise plus de ne pas être « bien né ». Lorsqu’elle finit par se donner à lui, le jeune homme se trouve déçu, désappointé́ — « Mon Dieu! être heureux, être aimé, n’est-ce que ça? » — il se demande seulement s’il a « bien joué [son] rôle » (I, 15). Même désenchantement lors de l’entreprise de séduc&on de la fière Mathilde de La Mole, dans laquelle Julien se lance par esprit de bravade sociale, pour se prouver à lui-même qu’il est capable de dépasser les barrières les plus infranchissables en devenant l’amant d’une des héri&ères les plus convoitées de la haute société́. La première nuit qu’il passe avec la jeune femme lui semble « singulière plutôt qu’heureuse ». Repoussé par Mathilde, Julien connaît la souffrance amoureuse et la vexa&on profonde d’avoir été́ le jouet d’une aristocrate. Il la conquiert de nouveau en appliquant les conseils du prince Korasoff, mais une fois cepe reconquête achevée, la passion qu’il éprouvait pour la jeune femme semble se tarir ; plus que de l’amour, il ressent surtout la fierté́ d’avoir su se faire aimer « de ce monstre d’orgueil ». Ce n’est qu’en prison, au moment de mourir, qu’il éprouve un amour véritable ; il reconnaît enfin la passion qui l’a lié à Mme de Rênal, et à elle seule. Il réalise alors que le bonheur s’est
temps que la cote de la province ne cesse de grimper. Mme de Rênal finit par l’emporter sur la plus belle des Parisiennes, sur la « reine » du faubourg Saint-Germain, Mathilde de la Mole. Alors qu’à force de compromissions il est parvenu à ses fins et s’apprête à épouser Mathilde, le chevalier « Julien Sorel de La Vernaye », conscient d’avoir égaré́ son âme et trahi sa classe, retourne brutalement et volontairement à la case départ en &rant sur Mme de Rênal. Julien cesse alors d’être une illusion ; il redevient lui- même, le « plébéien », le « fils du charpen&er », un homme à la lucidité́ amère qui a compris que l’injus&ce de classe ne peut être abolie. [C’est là ce qui dis&ngue Julien de Lucien de Rubempré, le héros d’ Illusions perdues de Balzac : si les deux personnages ont été́ « intoxiqués par la quan&té́ de pensée mise en circula&on dans leur siècle » , Julien célèbre finalement « le culte de l’énergie, de la révolte, la haine du mensonge, le souvenir du temps des hommes » et affiche un mépris lucide, tandis que Lucien de Rubempré reste jusqu’au bout ébloui par ses illusions.] II. Le Rouge et le Noir , un roman « désenchanteur ». Le Rouge et le Noir est certes un roman de la désillusion, puisque c’est « la vérité́, l’âpre vérité́ » qu’il choisit de donner à voir, comme le signale l’épigraphe. Balzac, en une formule devenue célèbre, fait de la « Chronique de 1830 » le texte phare d’une « école du désenchantement » : « M. de Stendhal nous arrache le dernier lambeau d’humanité́, de croyance qui nous restait » ( Le Voleur , 9 janvier 1831, LeAres sur Paris ). Romancier de la désillusion, Stendhal met à vif les plaies d’une société́ malade. A. Un texte-symptôme : le tableau d’une société́ en crise. Le Rouge et le Noir s'inscrit dans le courant de désenchantement propre à l’époque qui suivit la Restaura&on de 1815. Stendhal choisit justement pour cadre de son récit la France de la Restaura&on, France désabusée qui voit s’effondrer les espoirs soulevés par la Révolu&on de 1789 et l’empire napoléonien – « la France grave, morale, morose que nous ont léguée les Jésuites, les congréga&ons et le gouvernement des Bourbons de 1814 à 1830 ». La grande réussite du romancier est d’avoir saisi l’esprit de cepe époque : celui d’une crise, d’une fin de règne, « la senteur cadavéreuse d’une société́ qui s’éteint ». La France de 1830 « n’a plus qu’une vie galvanique », « la convulsion d’une agonie ». Ainsi, Le Rouge et le Noir révèle le mal qui ronge le monde social. C’est donc une chronique bien noire que dresse Stendhal à travers Le Rouge et le Noir , roman désespéré́, qui est aussi l’espace d’une violente lupe des classes. La guerre y est générale : Verrières est le lieu d’un affrontement aussi mesquin qu’impitoyable entre M. de Rênal et Valenod, le séminaire est un concentré de coups bas et d’hypocrisies, l’hôtel de La Mole le cadre d’une conspira&on... Pour pouvoir s’en sor&r, il faut être exempt de tout scrupule, et savoir « qui il faut écraser », comme le dit le marquis de La Mole. Toute la société́ dépeinte par Stendhal repose sur l’opposi&on (inscrite dans les deux couleurs contrastées du &tre), sur le conflit permanent : entre les parents et les enfants, entre les amants, entre les libéraux et les ultras, entre les bourgeois et les nobles, etc. Le roman révèle ainsi la « guerre de tous contre tous » à l’œuvre dans la société́ de 1830, en même temps qu’il dénonce l’injus&ce de classe, pointée du doigt par Julien lors de son procès : « Messieurs, je n’ai point l’honneur d’appartenir à votre classe ». Nul progrès, nul espoir possibles dans cepe société́ désenchantée, dans laquelle triomphe l’argent et où l’ennui ronge les jeunes gens « vêtus de noir » : Julien est guillo&né alors que le parvenu
Valenod prend la place de M. de Rênal à la mairie de Verrières (cepe des&tu&on est un signe des temps : le remplacement d’un authen&que aristocrate par un vulgaire « coquin »). [Même triomphe de l’argent et des parvenus dans de nombreux romans de Balzac ( Le Père Goriot , Illusions perdues, César BiroAeau ...), de Zola ( La Curée , Au Bonheur des Dames ...), de Maupassant ( Bel-Ami ).] B. La mise au jour des « odieuses vérités du cœur humain 4 ». Pas de place non plus pour les douces illusions de l’amour dans Le Rouge et le Noir. Stendhal poursuit son travail de désenchantement en montrant que l’amour n’est jamais séparable de la société́, que les rela&ons in&mes entre les hommes et les femmes sont toujours sociales. Comme nous l’avons vu, c’est d’abord par ambi&on que Julien entreprend la conquête de Mme de Rênal : obtenir les faveurs de « la dame », c’est remporter une victoire sociale, se montrer l’égal d’un M. de Rênal. Même si « la passion vraie » de Mme de Rênal finit par rassurer Julien, celui-ci ne pourra toutefois jamais se confier, parce qu’une sincérité́ en&ère est impossible : alors qu’il se laisse aller à faire l’éloge de Napoléon, un « froncement de sourcil » lui fait perdre « l’illusion » d’une entente parfaite : l’amour n’abolit pas les fron&ères sociales. L’amour de Julien est teinté d’orgueil, de vanité́. Au départ, il n’aime pas Mme de Rênal ; il n’aime pas davantage Mathilde. Il commence à considérer cepe dernière quand il réalise qu’elle est la « reine du bal », convoitée par tous les jeunes premiers de la société́ parisienne. Toutefois, le personnage évolue : le Julien qui &re sur Mme de Rênal est un homme qui met d’autres valeurs (une certaine morale, le devoir, l’honneur, le bonheur, la liberté́, la vérité́) au-dessus de la réussite et de la reconnaissance sociales et qui va pouvoir accéder au véritable amour – mais trop tard. [Même pessimisme amoureux dans Madame Bovary ou L’ÉducaKon senKmentale de Flaubert.] C. Le Rouge et le Noir , roman « cruellement exact 5 », impose un douloureux retour au réel et inaugure ainsi une nouvelle esthé(que, le réalisme. Avec sa « chronique de 1830 », Stendhal invente donc une lipérature qui désenchante. La formule nouvelle du roman-chronique entraîne un changement de régime dans les liens du réel et de la fic&on : loin d’en être la contre-épreuve, l’une s’iden&fie parfaitement à l’autre. Ainsi, comme l’a écrit Auerbach, « la conscience moderne de la réalité́ trouva pour la première fois son expression lipéraire chez le Grenoblois Henri Beyle » : Le Rouge et le Noir apparaît comme le premier roman « réaliste ». [Cepe force de rupture du Rouge et le Noir s e retrouve dans de nombreux romans réalistes et naturalistes, qui ont soin de mepre en lumière les misères sociales et les noirceurs de l’âme. On pense par exemple aux réac&ons outrées qu’ont suscitées L’Assommoir ou Nana de Zola]. III. Le Rouge et le Noir , une œuvre qui célèbre l’illusion romanesque : A. Falsifica(ons stendhaliennes : triomphe de l’illusion. Rappelons que l’épigraphe placée au début du Rouge et le Noir – « la vérité́, l’âpre vérité́ », est une espièglerie d’écrivain : ces paroles sont paradoxales, car Danton, que Stendhal désigne comme leur auteur, ne les a jamais prononcées ni écrites. C’est une fausse cita&on. Stendhal signale ainsi que, si le roman vise la vérité́, c’est à travers la fic&on. De la même
Éléments de valorisa(on :