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sommes plus élevées que ce qu’il possédait afin de satisfaire le moindre de ses caprices.
paternelle, elle n’a personne pour la guider, son seul “outil” est son corps et le désir qu’elle procure aux hommes. Preuve de sa marginalité, nous n’avons aucune description physique d’elle, ni son âge. Etant fille du peuple, elle devient importante : elle existe grâce à Des Grieux.
foudre pour Manon l'a mené à sa marginalisation progressive. C’est un homme d’un haut rang social, qui a tout abandonné pour subvenir aux besoins de sa dulcinée.
⇨Cette ambiguïté des personnages romanesques qui touche si profondément le lecteur, est empruntée au tragique. Manon Lescaut offre au lecteur un spectacle qui suscite autant l’effroi que la pitié pour ces jeunes amants victimes de leur destin. →Le caractère tragique de l’œuvre se lit notamment lors de la mort de Manon dans le désert de Louisiane. Alors que le lecteur assiste à la fatalité qui s’abat cruellement sur les deux libertins condamnés à la souffrance et au malheur, l’authenticité de leur amour surgit dans un dernier « souffle sentimental ». Le soin que prend Des Grieux à enterrer avec une solennité religieuse le corps de Manon « pour empêcher le sable de la toucher » est à cet égard, emblématique. = Ce qui rend au lecteur les personnages « si vrais, si sympathiques et si honorables » (Flaubert) malgré leurs vices, c’est donc ce souffle tragique qui en fait des êtres humains profondément réels : ils sont tous aussi coupables que victimes.
⇨ Le genre du roman-mémoires permet d'accréditer le récit et renforce les émotions du lecteur, cette apparence permet au lecteur de plonger davantage dans l’action. →Le marquis de Renoncour reçoit d'emblée la confiance du lecteur puisqu’il est qualifié “d’homme de qualité ”. Il présente son récit comme fidèle à l’histoire entendue en déclarant “ Je dois avertir ici le lecteur que j'écrivis son histoire presque aussitôt après l’avoir entendue, et qu’on peut s’assurer par conséquent, que rien n’est plus exact et plus fidèle que cette narration.” → lorsqu’il retranscrit l’histoire de DG au sein du récit enchâssé, celle-ci a déjà eu lieu, ce qui conduit le narrateur a faire de nombreuses prolepses ( Figure de rhétorique par laquelle on va au-devant des objections ) propres à créer du suspense. il évoque “ l’ascendant de sa destinée qui s'entraînait à sa perte ” et précise sa difficulté à “ achever le récit du plus funeste événement qui fut jamais” ⇨ Aussi, l’auteur attise la curiosité du lecteur à travers ce système de double narration: ce récit enchâssé fait tout le plaisir de lire, et attise de ce fait l'intérêt du lecteur. Cette double narration cherche aussi à donner un caractère véridique au récit de DG puisque Renoncour lui laisse la parole, on ne se lasse alors jamais de suivre les péripéties du chevalier. Gil Blas de Santillane est un jeune homme ignorant, naïf, et vaniteux. Il est alors enlevé par des brigands qui veulent faire de lui l'un des leurs. On y relève les principaux motifs du roman picaresque: errance, rencontre, besoin d'argent, mauvaise fortune… traités dans une tonalité burlesque.
⇒ L’histoire d’amour qui unit Manon et DG est condamnée par la société. Le père de DG est le 1er à s’y opposer,c’est tout d'abord son père qui le fait enlever par ses laquais lorsqu’il a fui pour la 1ere fois avec Manon.Ce sera à nouveau lui qui éloignera les 2 jeunes en favorisant la déportation de Manon en Amérique.
Le lecteur, en quête de divertissemen t est séduit par les deux héros hors du commun, par leurs aventures rocambolesques (mouvementées) et par un puissant « souffle romanesque ». Dans le roman, prévaut le thème de l’amour, qui pousse les deux principaux protagonistes à agir et à se marginaliser. Flaubert commente en ces termes la relation amoureuse : « Ce qu’il y a de fort dans Manon Lescaut, c’est le souffle sentimental ; la naïveté de la passion qui rend les héros si vrais si sympathiques, si honorables, quoiqu’ils soient fripons ».
⇨ Les personnages dans Manon Lescaut se distinguent par leur caractère exceptionnel. S’il ne se conforme pas à l’idéal du héros traditionnel, ils n’en demeurent pas moins hors du commun. →Dès le début du roman, alors que la narration est assurée par M. de Renoncour, le chevalier est immédiatement distingué par le narrateur « je découvris dans ses yeux, dans sa figure, dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. » Manon est, elle aussi immédiatement distinguée par M. de Renoncour sur le pont du Havre : « Parmi les douze filles, il y en avait une dont l’air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu’en tout autre état je l’eusse prise pour une personne du premier rang. »
⇨ Le genre romanesque , dès son origine médiévale, se définit comme le genre amoureux par excellence. Prévost satisfait son lectorat en lui offrant un véritable souffle sentimental, limitant aussi les effets pittoresques propres au roman d’aventures. Manon Lescaut amène ainsi le lecteur à concentrer son attention sur les contradictions du cœur humain. →Ce sont les désirs et les tourments de l’âme de DG qui constituent les sujets principaux. La narration du chevalier s’ouvre sur sa rencontre avec
être cachée voire même oubliée. Aussi, le lecteur découvre-t-il la vie d’une courtisane mais visite les lieux de dépravation ou la prison : le lecteur peut alors assouvir (satisfaire) à bon compte sa curiosité cachée pour les bas-fonds de la société, offrant les deux facettes, celle du plaisir opposée à celle du châtiment par une société de privilèges.
retrouver le centre et de se battre contre des forces qui sont autant d’obstacles à leurs quêtes. L’intrigue du roman de Prévost, faite de fuites, de séparations et de retrouvailles, d’emprisonnement et de libérations, est de ce point de vue très romanesque, suscitant de l’intérêt chez le lecteur.
inaccessible de Manon et, finalement, la tonalité tragique qui imprègne le roman. Comme Flaubert l’a écrit, les personnages aussi « vrais » et « honorables » que « fripons » et manipulateurs fait la force de Manon Lescaut. =Le lecteur se passionne ainsi pour l’ambivalence des personnages à la fois candide et roués : la corruption de l’innocence par le libertinage chez Manon. = C’est précisément ce parcours décadent des personnages qui suscite l’intérêt chez le lecteur.
Sources de plaisir et de divertissement, les personnages en marge suscitent également de l’intérêt en ce qu'ils sont porteurs d’une réflexion critique sur la société. Si l’on interroge les causes de cette marginalisation, ce sont les structures mêmes de la société qui peuvent être remises en question dans la mesure où cette même société produit de nombreuses inégalités économiques et sociales.
Les personnages marginaux et leurs aventures dans un roman peuvent aussi être un moyen pour le romancier de faire une peinture de la société de son époque, à travers le regard subjectif sur cette même société. Dans Manon Lescaut, l’Abbé Prévost souhaite faire un « traité de morale » selon « l’Avis au lecteur » tout en ne condamnant pas explicitement les deux amants dans la conduite de la narration. Pour que cette démarche soit effective, il ancre précisément les aventures de ces jeunes gens dans la société de son temps.
époque et ses travers. Tout d’abord, s’ils peuvent agir comme ils le font, s’enfuir, employer des hommes de main, tricher, c’est parce que ces pratiques sont courantes dans la société de ce début du XVIIIème siècle.
était un jeu de cartes très prisé de la haute société parisienne. De même, l’hôtel de Transylvanie est toujours dans le quartier de Saint-Germain des Prés, faisant partie de ces lieux de divertissement, dont tous ne sont pas légaux.
corps » et des « soldats » pour attaquer le convoi qui emmène Manon, et le concierge de la prison de l’Hôpital est prompt à laisser entrer des visiteurs s’ils sont « hommes de qualité » et ont donc, sans doute, un peu d’argent à lui donner.
Miguel de Cervantès, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche (1605-1615) Picaro et errant, révélateur de leur temps Persuadé d’être un chevalier errant, il pense avoir pour mission de combattre les injustices dans un périple qui va d’échec en échec. Les aventures pitoyables de Don Quichotte sont aussi l'occasion pour l’auteur de procéder à une peinture satirique de la société espagnole de son temps.
entrent dans une maîtrise plus large de la parole, en ce qu’elle manipule, persuade, convainc, par toutes les finesses de la rhétorique : le roman de l’Abbé Prévost est aussi un roman de l’art de la parole et de l’habileté oratoire dans la société du temps. Manon comme DG manient avec une grande habileté le langage.
théologique donné à l’Université au Moyen Âge associant les dogmes chrétiens avec la philosophie d’Aristote) et débat aisément avec son ami Tiberge, jusqu’à utiliser ce que son ami désigne comme un sophisme « d’impiété et d’irréligion » ( c'est-à-dire un raisonnement aux apparences rigoureuses cherchant à justifier une idée contestable).
d’Iphigénie de Racine. Des Grieux lui-même adopte des accents tragiques raciniens quand il exprime son désespoir amoureux, ponctuant ses tirades de l’exclamation « Hélas! »
jeunes gens et du goût de la haute société pour la parole.
des interlocuteurs avec qui DG peut débattre avec force. Et le lecteur lui-même goûte l’art de la parole, par les multiples voix qui résonnent dans le roman, aussi bien du fait de la multiplicité des personnages que du fait des divers tons que Des Grieux lui-même sait adopter en fonction de ses interlocuteurs : il saura se montrer plus subtil ou plus
Quand l’on pense aux propositions que formule Lescaut (prostituer sa soeur pour en retirer un revenu pour eux trois, que Des Grieux lui-même vende ses charmes), il apparaît que Manon Lescaut met en scène des personnages obscurs ou fascinés par l’immoralité. La figure de l’hypocrite, au sens de celui qui porte un masque et qui dissimule demeure récurrente “Quoiqu’il n’y eût pas un seul de nous qui ne portât la trahison dans le coeur, nous nous mîmes à table avec un air de confiance et d’amitié”. D’ailleurs, les protagonistes ne font que trop voir qu’ils sont des êtres de chair et de désir “ Il est certain que je ne l’estimais plus; comment aurais-je estimé la plus volage et la plus perfide de toutes les créatures? Mais son image, ses traits charmants que je portais du fond du coeur, y subsistaient toujours. Je me sentais bien”. “Nous étions si peu réservés dans nos caresses, que nous n’avions pas la patience d’attendre que nous fussions seuls”. L’on voit s’esquisser le roman non plus d’une folle passion de jeunesse mais d’un amour pur terni, corrompu par la société, en réponse aux interrogations du narrateur “ Par quelle fatalité, disais-je, suis-je devenu si criminel? L’amour est une passion innocente; comment s’est-il changé, pour moi, en une source de misères et de désordres?”
L’élément clé demeure le cadre temporel que choisit Prévost pour son roman. Il place toute l’action dans les dernières années du règne de Louis XIV et non dans les années de la Régence qui voient émerger les mobilités sociales et les prémices de changement qui entraîneront aussi bien l’expansion des Lumières que la Révolution de 1789. L’auteur cible ainsi une période marquée par l’ordre moral dont témoigne tout l’arrière-plan du récit. L’entente entre le père du héros et M. de G. M. est des plus significatives tout comme l’aide apportée par M. de T., l’oreille attentive de Renoncour ou du Père supérieur de Saint-Lazare. Tous reconnaissent en Des Grieux un homme du monde, c’est à dire noble: “ je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien”. La libération de Des Grieux (sans l’agression de G. M. à Saint-Lazare, il aurait été libéré deux fois de cette manière), l’argent qui lui est prêté, la déportation de Manon, tout atteste une réaction de la classe supérieure, et pas seulement nobiliaire, en faveur du jeune noble provisoirement égaré et contre la fille du peuple qui le pervertit.
Tandis qu’un personnage héroïque offre un modèle idéal à suivre puisque vertueux, le personnage en marge, en raison de son imperfection , soulève alors des problèmes moraux intéressants. La multiplication des trahisons, l’amour scandaleux d’un prêtre pour une prostituée conduisent le lecteur à réfléchir et à percevoir la portée morale du roman.
libertin sous le règne de Louis XIV, c’est tout d’abord affirmer une liberté de pensée qui s’affranchit des lois de l’Église (ex Dom juan). Le libertin rejette alors l’idée même de fidélité en amour - selon les codes moraux - et envisage sa vie comme une suite de conquêtes. →La friponnerie de Manon qui trompe le chevalier dès les premiers moments de leur idylle oriente en effet le roman vers une lecture morale. D’une part Manon fait venir M. de B… dans leur appartement de la rue V… en l’absence de DG. Malgré ses soupçons, le chevalier écarte cette infidélité : »je craignais de lui faire injure en la soupçonnant. ». D’autre part, alors que le chevalier se repent d’avoir douté de Manon, il est arrêté par les hommes de son père. Lorsqu’il interroge sur l’origine de cette arrestation, le lecteur sait pertinemment que Manon a vendu son amant à son père. = Les trahisons successives de Manon et l’aveuglement forcené de DG se donnent au lecteur comme des contre-exemples d’une conduite sage et rationnelle. →Aussi, le « penchant au plaisir » de Manon mentionné par DG inscrit l’héroïne dans cette perspective de libertine. DG exprime en effet “Manon était passionnée pour le plaisir” À l'inverse, DG prend soin de rappeler son rang aristocratique et son éducation vertueuse. En suivant Manon, il s’engage donc sur le chemin d’une liberté morale et sociale dont découle l’affranchissement à l’égard des lois religieuses.
successivement arrêtés, jetés en prison, exilés en Louisiane puis précipités dans un désert qui achève de les marginaliser.
régénère Manon ; c’est l’amour qui commande la vraie noblesse des actions, mêmes si elles sont basses. (Montesquieu)
moralement inacceptable. →Flaubert emprunte le terme « fripon » au père de DG « Qu’un père est malheureux, lorsque, après avoir aimé tendrement un fils et n’avoir rien épargné pour en faire un honnête homme, il n’y trouve, à la fin, qu’un fripon qui le déshonore! ». C’est en pensant à ce père vertueux que DG constate à sa propre déliquescence : »je jetais les yeux, en soupirant, vers Amiens, vers la maison de mon père, vers Saint-Sulpice et vers tous les lieux où j’avais vécu dans l’innocence (…) Par quelle fatalité suis-je devenu si criminel? » DG est un homme que l’amour transforme radicalement sur le plan psychologique, il devient de plus en plus audacieux et rentre même dans l’illégalité (voir exemple prsn en marge) et ment régulièrement à son fidèle et généreux ami Tiberge et ne regrette à aucun moment le meurtre du gardien de prison de Saint-Lazare.
incarne bien une jeunesse fougueuse et insolente qui se révolte contre tout ce qui fait obstacle à ses désirs, offrant au lecteur un contre-modèle à visée morale.
(ROMAN MORAL) 1. Le personnage de Des Grieux : un exemple à ne pas suivre *Avis au lecteur : le roman veut instruire en faisant de DG un contre-exemple : « Il verra, dans la conduite de M. des Grieux, un exemple terrible de la force des passions. » ; « Il ne reste donc que l’exemple qui puisse servir de règle à quantité de personnes dans l’exercice de la vertu ». Le lecteur est donc averti des enjeux du comportement de DG et sera invité à ne pas les reproduire et celà, à travers le récit d’une forme de condamnation de DG, livré à lui-même. *Renonce à ses études ecclésiastiques auxquelles il avait consacré sa vie. Il était noble, cultivé, instruit, humble et a complètement changé pour n’être réduit qu’à un simple amant ayant pour charge de procurer de l’argent au couple à intérêt pécunier. “J’ai à peindre un jeune aveugle , qui refuse d’être heureux”. il a tout perdu par passion. *Au fil du roman, les réflexions de DG narrateur confirment cette interprétation : avec le recul, lui-même constate son aveuglement et condamne ce qui l’a conduit à la déchéance. Même au cours de son aventure, il a des éclairs de conscience (après échange avec Tiberge). *DG se fera rejeter de sa famille et perdra leur estime. Il tissera un fossé dans leur relation tout celà pour Manon. Il n’aura plus qu’elle et Tiberge à la fin et sera seul au fond
2. L’histoire d’une passion tragique moralement condamnée *Structure : les héros n’accèdent jamais à une situation de bonheur stable, au contraire la passion les entraîne vers une dégradation croissante : 1 re partie = fuite et consommation interdite de leur amour, rupture avec la famille, abandon des vœux religieux, vie de débauche (prostitution =lescaut dont DG profite, triche au jeu=lescaut, escroquerie= m de g m, tromperie=m de b), emprisonnement et évasion, meurtre. Même schéma dans la 2 e partie. *Dénouement moral : le mariage n’est pas permis, grâce à la mort nécessaire de Manon, vue comme un châtiment divin que DG n’a pas fini de subir, même s’il est désormais revenu à une vie réglée. *Dimension morale renforcée par la construction enchâssée : on sait d’emblée que cela va mal finir. > Sorte de « catharsis » tragique censée s’opérer, pour dissuader les lecteurs de se comporter comme les héros... qui toutefois n’ont pas vraiment la grandeur des héros tragiques. L’inégalité sociale :
Si M. de Renoncour s’intéresse au chevalier, lors de leur première rencontre à Pacy, c’est parce qu’il reconnaît en lui un membre de sa caste : l’aristocratie. Des Grieux est lui aussi un aristocrate. Issu d’une vieille famille de la noblesse, il en a adopté les codes et les valeurs. Parmi celles-ci, un très fort sentiment de supériorité par rapport au commun des mortels explique en effet combien sa noblesse se manifeste, en dépit des circonstances : « Il était mis fort simplement ; mais on distingue, au premier coup d’œil, un homme qui a de la naissance et de l’éducation. Je m’approchai de lui. Il se leva ; et je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble , que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. » Ce n’est pas tant la beauté de Manon et le « sentiment de modestie » qu’elle exprime, que l’air noble de Des Grieux qui pousse Renoncour à aider les amants. Il sait qu’ils appartiennent à la même classe. Lorsque DG est menacé par le vieux GM de la potence, Des Grieux réplique avec vivacité : « Infâme! Ce sont tes pareils qu’il faut chercher au gibet. Apprends que je suis d’un sang plus noble et plus pur que le tien » parce que la famille de G… M… est d’une noblesse récemment acquise, bien qu’elle soit beaucoup plus riche que celle de Des Grieux. Or à cette époque, les nobles ne sont pas pendus mais décapités. Et bien qu’en position de faiblesse, le jeune aristocrate garde donc toujours son sentiment de supériorité. De même, le mariage avec Manon créerait une mésalliance que le père refuserait sans doute puisqu’elle n’est pas de son rang. (mésalliance : mariage avec une personne de condition inférieure). Plus tard, lorsque le père de Des Grieux fait envoyer Manon en Amérique, il affirme durement au chevalier : « J’aime mieux te savoir sans vie que sans sagesse et sans honneur. » (p.
1. Des Grieux, un narrateur complaisant *Prévost/Renoncour dénonce DG dans l’Avis au lecteur mais lui laisse la parole dans toute l’œuvre…Il lui laisse le droit de s’exprimer et donc de raconter son histoire comme bon lui semble. On ne sait pas ce qui est faux ou vrai, il peut attendrir les lecteurs car il est maître de l’histoire.On ne peut pas savoir si c’est la stricte vérité *DG rapporte avec légèreté des actions immorales : péripéties de roman d’aventure pour séduire le lecteur → plaisir romanesque (cf. fin 1re partie : emprisonnement, évasions, mort de Lescaut…) - les préoccupations morales passent au 2d plan… parfois même scènes comiques comme le souper avec le
aristocratique, bien que noble lui-même (par ses manières, son refus du travail auquel il préfère le jeu, sa bravoure dans l’attaque du convoi ou contre Synnelet) – même si l’association contre lui de son père (vieil aristocrate) et de M. de GM (financier) est aussi révélatrice des profondes transformations de la société. *Les personnes qu’ils escroquent sont des barbons cupides impatients de passer leur nuit avec des jeunes filles qu’ils achètent par leur argent. Ne faut-il pas condamner ces individus aussi? Le fait qu’ils ne l’ont pas été dans le roman montre leur pouvoir et puissance ainsi que leur supériorité dans les classes sociales de l’époque.
2. Une réflexion moderne sur le bonheur et la passion Les questions soulevées par Prévost dépassent le contexte historique et social : sans apporter de réponses catégoriques, il engage une réflexion sur le bonheur et la passion. Le roman est traversé par des aspirations contradictoires (qui seront aussi les contradictions des Lumières) et concurrentes : raison et sensibilité, vertu et passion, bonheur terrestre et morale chrétienne (retrouvailles à Saint-Sulpice).Du côté de Manon : bonheur terrestre (amour charnel, nature, divertissements, biens matériels, vie sociale). DG affirme que l’homme est porté vers ces plaisirs profanes et valorise la passion même s’il l’associe à la souffrance. *Du côté de Tiberge : l’utopie d’une retraite vertueuse (« aussi peu d’inquiétudes que de désirs »). Tiberge est présent jusqu’au bout lorsque DG revient au Havre pour chercher à obtenir la grâce divine. La fin de sa vie s’annonce en accord avec la morale chrétienne, mais peu heureuse (« pour n’avoir rien à désirer dans la plus charmante solitude, il fallait y être avec Manon. ») > Peut-on concilier la recherche du bonheur sur terre et la recherche de son salut? C’est finalement la question principale du roman, dont la réponse apparaît plutôt négative. La « contradiction » que relève Tiberge entre les « idées » et la « conduite » de DG ne trouve jamais vraiment de résolution : le roman est pessimiste, DG ne parvient pas à concilier amour et vertu, bonheur et morale.
I. La fatalité du destin des personnages Dès le début de Manon Lescaut, l'issue tragique de l'histoire semble inévitable. “Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple. Toute ma vie est destinée à le pleurer.”Le destin de Manon et Des Grieux semble scellé par leurs caractères et leurs circonstances. Manon est une jeune fille d'une beauté extraordinaire, mais aussi d'une grande sensualité et d'un goût prononcé pour le luxe, qui la rendent vulnérable aux tentations de la société et l'incitent à tromper Des Grieux pour satisfaire ses désirs matériels. Son portrait est ambigu : elle est un mélange de charmes et de vices (« charmante et perfide créature »). Elle est paradoxale : « quelque fidèle et quelque attachée qu’elle me fût dans la bonne fortune, il ne fallait pas compter sur elle dans la misère » ; « Lorsqu’il n’est question que du plus ou du moins, je ne la crois pas capable de m’abandonner pour un autre » suivi de « Il n’y aurait que la grandeur des offres qui pût l’éblouir ». On ne sait d’ailleurs limite rien sur elle. Elle est mysterieuse. Des Grieux est un jeune homme d'une grande naïveté et d'une passion débordante pour Manon, qui le pousse à renoncer à tout pour elle, y compris sa morale et son avenir. Il abandonne tout pour celle-ci et pas qu’une fois. Il a toute sa vie prometteuse devant lui mais il choisit de la laisser de côté “J’ai à peindre un jeune aveugle , qui refuse d’être heureux”. Il choisit presque son sort car il peut l’éviter. Il l’aime alors qu’elle lui est néfaste. La fatalité de leur destin est ainsi une première caractéristique tragique de l'œuvre car ils n’ont pas la même destinée. Manon est une roturière qui choisit de se prostituer pour s’offrir tous les plaisirs de la vie tandis que DG est issu d’une bonne famille, est noble et a toute la vie devant lui. DG et Manon sont
marginaux, chacun à leur manière. Ils ne se complètent cependant pas mais leur désir envers l’autre les attire toujours au final. II. L'intensité de leur passion destructrice La relation entre Manon et Des Grieux est marquée par une passion dévorante qui, loin de les unir, les détruit peu à peu. L'amour de Des Grieux pour Manon est si intense qu'il l'aveugle, le rendant incapable de voir ses défauts et le poussant à agir de manière irréfléchie et autodestructrice. De même, l'amour de Manon pour Des Grieux est constamment entravé par sa soif de luxe et son incapacité à résister aux tentations, ce qui la conduit à trahir Des Grieux à plusieurs reprises. Crois-tu qu'on puisse être bien tendre lorsqu'on manque de pain? Manon exprime clairement son infernale envie d’avoir de l’argent tout au long du roman : “je te jure, mon cher chevalier que tu es l’idole de mon cœur (...) mais ne vois-tu pas que dans l’état où nous sommes réduits, c’est une sorte vertu que la fidélité”.“Pendant ce temps-là, notre mauvais génie travaillait à nous perdre. Nous étions dans le délire du plaisir, et le glaive était suspendu sur nos têtes.” Leur destin était scéllé, le glaive n’avait plus qu’à tomber.Cette passion destructrice, qui consume les personnages et les pousse à leur perte, est un deuxième élément tragique de l'histoire. Leur marginalité et leurs différences quant aux normes de la société les détruit peu à peu. Ils ne seront jamais acceptés nulle part. Ni en France, ni en Amérique après avoir révélé qu’ils nétaient pas marié. DG finira par se battre avec le neveu du Gouverneur qu’il vainca. Ils ne seront jamais tranquille, ils auront toujours des péripéties à traverser. Leur vie est destinée à se battre pour survivre, à voler, à tricher, à tuer, à mentir, à s’exiler… III. La chute irréversible des personnages Enfin, Manon Lescaut est une œuvre tragique en raison de la chute spectaculaire et irréversible des personnages. Des Grieux, qui au début du roman est un jeune homme innocent et promis à un avenir brillant, tombe dans la débauche et le crime par amour pour Manon. Manon, quant à elle, passe d'une position convoitée de maîtresse à celle de prostituée, puis de condamnée à l'exil, avant de mourir misérablement dans le désert. Cette chute, tant physique que morale, renforce le caractère tragique de l'histoire. L'auteur en propose tout d'abord une vision négative. Aveuglé par ses sentiments, soumis à la passion, Des Grieux enchaîne les mauvais choix, comme privé de son libre- arbitre. La passion amoureuse est donc, de ce point, destructrice. En effet, Des Grieux, à la fin du roman, a tout perdu : sa bien-aimée, son honneur et sa famille. En effet, même son père mourrut et il ne l’apprit qu’à son retour d’Amérique. La mort de Manon et de son père renforcent le caractère tragique de l’histoire. Il a tout perdu, encore une fois et cette fois-ci de manière définitive .”Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point sans doute assez rigoureusement puni. Il a voulu que j'aie trainé depuis une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à en mener jamais une plus heureuse.” Encore une fois, DG se condamne car il n’a plus Manon. Seul Tiberge est encore là pour lui, symbole d'une amitié indéfectible. Il symbolise le pardon absolu. Soumis à une destinée chaotique, Des Grieux est le personnage qui incarne le caractère tragique de la passion amoureuse. Manon Lescaut est une œuvre tragique en raison de la fatalité du destin des personnages, de l'intensité de leur passion destructrice et de leur chute irréversible. Ces éléments, typiques de la tragédie, se combinent pour créer un