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Un cours sur les notions fondammentales en probabilite
Typology: Lecture notes
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8 Chapitre 1. Introduction au calcul des probabilités
1.1 Espace probabilisable et loi de variable aléa-
toire
Considérons le jeu du lancé d’un dé. Notons Ω l’ensemble de tous les résultats possibles (appelés aussi épreuves ou résultats élémentaires) de cette expérience aléatoire Ω = { 1 , 2 , 3 , 4 , 5 , 6 }.
On note ω = 3 pour signifier que 3 est le résultat de l’épreuve. Dans cette expérience aléatoire, on peut s’intéresser à des événements plus complexes qu’un simple résultat élémentaire. On peut, par exemple, considérer l’événement A = “le résultat est un nombre pair” ou l’événement B = “le résultat est un nombre plus grand que 3”. On note A l’ensemble de ces événements. Notons que l’on a toujours A ⊂ P(Ω), où P(Ω) est l’ensemble des parties de Ω. Notons que l’inclusion précédente peut être stricte. On dit que l’événement A s’est réalisé si le résultat de l’expérience ω est tel que ω ∈ A. Enfin, on peut donner à chaque événement une pondération ou encore une probabilité. Ainsi, si le dé n’est pas pipé, l’intuition nous dit que la probabilité d’avoir l’événement A =“le résultat est un nombre pair” est 1/2, i.e. P (A) =
On peut bien sûr s’intéresser à la probabilité d’un événement C =“le résultat est un nombre pair plus grand ou égal à 4”. Remarquant que l’on a C ⊂ A, il sera alors naturel d’avoir
P (C) ≤ P (A) =
Nous allons maintenant donner un formalisme plus mathématique à ce triplet fondamental (Ω, A, P ) que nous venons d’introduire.
Tout phénomène aléatoire fait appel à deux ensembles de type différent.
10 Chapitre 1. Introduction au calcul des probabilités
Remarque. On montre facilement que ces conditions sont suffisantes pour que toutes celles précitées soient vérifiées. En effet:
et si An appartient à A, pour tout n, alors
⋂
n
An =
n
A^ ¯n
Exemples de tribus.
A = {φ, Ω} est une tribu et est appelée tribu grossière. On ne peut en construire de plus petite.
A = P(Ω) est une tribu. C’est la tribu la plus fine, dans le sens où elle contient toutes les autres tribus sur Ω.
Soit A une partie de Ω. L’ensemble des parties
A = {∅, A, A,¯ Ω}
est une tribu. 3
Définition 1.1.2 Lorsque A est une tribu sur Ω, le couple (Ω, A) est appelé espace probabilisable (ou mesurable).
Théorème 1.1.3 L’image réciproque d’une tribu par une application f est une tribu.
Preuve. Soit f une application de E vers F et F une tribu sur F. Notons
E = f −^1 (F) = {f −^1 (B), pour B ∈ F} = {A ⊂ E tel que f (A) ∈ F}.
1.1. Espace probabilisable et loi de variable aléatoire 11
A = {x ∈ E tel que f (x) ∈ B}.
D’où :
A^ ¯ = {x ∈ E tel que f (x) ∈/ B} = {x ∈ E tel que f (x) ∈ B¯} = f −^1 ( B¯).
Or B¯ appartient à F puisque F est une tribu et A¯ est donc dans E.
n
An = {x ∈ E tel qu’il existe n pour lequel x ∈ An}
= {x ∈ E tel qu’il existe n pour lequel f (x) ∈ Bn} = {x ∈ E tel que f (x) ∈ ∪nBn} = f −^1 (∪nBn) ,
qui appartient à E puisque ∪nBn appartient à F. Ainsi E est bien une tribu. 2
Théorème 1.1.4 Soit (Ω, A) un espace probabilisable et Ω′^ une partie de Ω. L’ensemble {A ∩ Ω′^ : A ∈ A}
est une tribu sur Ω′^ et est appelée trace de la tribu A sur Ω′.
Preuve. Notons
C = {C = A ∩ Ω′^ : A ∈ A}.
D’où: ⋃
n
Cn =
n
(An ∩ Ω′) =
n
An
Ainsi, C est bien une tribu sur Ω′. 2
1.1. Espace probabilisable et loi de variable aléatoire 13
Voyons un exemple particulier de tribu.
Définition 1.1.7 On appelle tribu borélienne sur R, la tribu engendrée par les intervalles ouverts de la forme ] − ∞, x[, pour tout x dans R. On la note BR.
On peut montrer que l’on a le résultat suivant.
Théorème 1.1.8 La tribu borélienne est également engendrée par les inter- valles de la forme ] − ∞, x], [x, +∞[, ]x, +∞[, [x, y], ]x, y[ etc...
Définition 1.1.9 On appelle mesure positive sur l’espace probabilisable (Ω, A) toute application μ de A dans
R
= [0, +∞]
telle que d’une part l’on ait μ(∅) = 0 et que d’autre part pour toute suite (An) d’éléments de A, deux à deux disjoints, on ait :
μ
n
An
n∈N
μ(An).
Le triplet (Ω, A, μ) est appelé espace mesuré.
Définition 1.1.10 Une mesure P sur (Ω, A) telle que P (Ω) = 1 est dite une probabilité. Le triplet (Ω, A, P ) est appelé espace probabilisé.
Proposition 1.1.11 Une probabilité vérifie les assertions suivantes :
(i) ∀A ∈ A, P ( A¯) = 1 − P (A); (ii) P (∅) = 0; (iii) ∀(A, B) ∈ A^2 , P (A ∪ B) = P (A) + P (B) − P (A ∩ B); (iv) Formule de Poincaré : soit A 1 ,... , An des événements de A. On a :
( (^) n ⋃
i=
Ai
∑^ n
i=
P (Ai) −
1 ≤i 1 <i 2 ≤n
P (Ai 1 ∩ Ai 2 )
1 ≤i 1 <i 2 <i 3 ≤n
P (Ai 1 ∩ Ai 2 ∩ Ai 3 )
1 ≤i 1 <···<ik ≤n
P (Ai 1 ∩ · · · ∩ Aik )
14 Chapitre 1. Introduction au calcul des probabilités
(v) Si A et B, deux éléments de A, sont tels que A ⊂ B, on a alors
P (A) ≤ P (B).
(vi) Inégalité de Boole : si A 1 ,... , An sont des événements de A, on a :
( (^) n ⋃
i=
Ai
∑^ n
i=
P (Ai).
Preuve. (i) P (Ω) = 1 = P (A) + P ( A¯) puisque A et A¯ sont disjoints. (ii) P (∅) = 1 − P (Ω) = 0. (iii) On a P (A ∪ B) = P (A ∩ B¯) + P (B).
Or P (A) = P (A ∩ {B ∪ B¯}) = P (A ∩ B) + P (A ∩ B¯).
Ainsi P (A ∩ B¯) = P (A) − P (A ∩ B). D’où P (A ∪ B) = P (A) + P (B) − P (A ∩ B). (iv) Exercice. (v) On a vu que
P (B ∩ A¯) = P (B) − P (A ∩ B).
Or A ⊂ B ⇒ A ∩ B = A.
D’où P (B) − P (A) = P (B ∩ A¯) ≥ 0. (vi) D’après le (iii) la formule est vraie pour n = 2. Supposons la vraie au rang n − 1. On a alors
( (^) n ⋃
i=
Ai
(n− 1 ⋃
i=
Ai
n∑− 1
i=
P (Ai) + P (An) =
∑^ n
i=
P (Ai)
La formule est donc vraie pour tout n, par récurrence. 2
Remarque. Les propriétés (iii), (v) et (vi) restent vraies pour les mesures. La propriété (ii) reste vraie pour une mesure si celle-ci n’est pas dégénérée (i.e. de valeur tout le temps +∞). 3
16 Chapitre 1. Introduction au calcul des probabilités
On appelle mesure de Dirac au point ω 0 de Ω la probabilité discrète δω 0 définie, pour tout A dans A par : { δω 0 (A) = 1 si ω 0 ∈ A δω 0 (A) = 0 sinon.
On a donc δω 0 (A) = 1lA(ω 0 ).
∀n ∈ I, pn ≥ 0 et
n∈I
pn = 1.
Alors, l’application P définie par :
P =
n∈I
pnδωn
est une probabilité discrète sur (Ω, P(Ω)) ou (Ω, A) pour toute tribu A con- tenant tous les singletons. On a ∀n ∈ I : P ({ωn}) = pn
et ∀ ω ∈ Ω \ (ωn)n∈I : P ({ω}) = 0.
On peut ainsi définir, par exemple, l’équiprobabilité sur { 1 , 2 ,... , N }. Repre- nons en effet le jeu du lancé de dé. On a :
Ω = { 1 ,... , 6 } et A = P(Ω).
Si on prend comme probabilité sur Ω, l’équiprobabilité, on aura nécessaire- ment pour tout n = 1,... , 6 :
pn = P ({ωn}) = P (le résultat est n) =
Card Ω
et donc
P =
n=
δωn.
1.1. Espace probabilisable et loi de variable aléatoire 17
Soit alors A une partie de Ω, on a alors :
n=
δωn (A) =
Card A Card Ω
Bien sûr, si on a plus l’équiprobabilité, la formule classique précédente n’est plus vraie. Ainsi, si on prend un dé pipé ayant les probabilités suivantes des résultats élémentaires :
p 1 = p 3 = p 5 =
p 2 = p 4 = p 6 =
La probabilité de l’événement A =”le résultat est un nombre pair” est alors :
n=
δωn (A) = p 2 + p 4 + p 6 =
Card A Card Ω
μ =
n=
δn.
On vérifie aisément qu’il s’agit bien d’une mesure. Elle est discrète sur (N, P(N)) et (R, BR) puisque D = N est dénombrable et μ(R \ N) = 0 dans le deuxième cas. Cette mesure est appelée mesure de comptage. Si on raisonne sur (N, P(N)) et si A ∈ P(N),
μ(A) =
n=
δn(A) = nombre d’éléments de A.
Si on raisonne sur (R, BR), la mesure μ(A) de l’événement A est le nombre d’entiers dans A.
λ(]a, b]) = b − a,
où a < b sont des réels. On vérifie l’existence et l’unicité d’une telle mesure et on a λ(]a, b]) = λ([a, b[) = λ([a, b]) = λ(]a, b[).
1.2. Conditionnement 19
Définition 1.1.17 Soit (Ω, A, P ) un espace probabilisé et (E, B) un espace probabilisable. Une application mesurable X de (Ω, A, P ) vers (E, B) est appelée variable aléatoire.
Tous les résultats sur les fonctions mesurables restent donc vrais pour les variables aléatoires. Ainsi, on pourra parler du supremum sur une famille infinie de variables aléatoires et de limite de variables aléatoires. On sera assuré qu’il s’agit encore de variables aléatoires.
Notations. Si (E, B) = (R, BR), l’application X est dite variable aléatoire réelle (v.a.r.) ou unidimensionnelle ou univariée. Si (E, B) = (Rn, BRn^ ), l’application X est dite vecteur aléatoire ou variable aléatoire multidimensionnelle ou multivariée. Si (E, B) est tout, ou une partie, de (Z, BZ), l’application X est dite v.a. discrète.
Soit X une variable aléatoire de (Ω, A, P ) vers (E, B). Définissons une application PX de B vers [0, 1] par :
∀B ∈ B, PX (B) = P
= P [{ω : X(ω) ∈ B}].
La définition précédente a bien un sens puisque l’on a X−^1 (B) ∈ A, par mesurabilité de X. On peut donc prendre la probabilité de cet événement.
Définition 1.1.18 PX est appelée probabilité image de P par X ou encore loi de probabilité de la variable aléatoire X. On note PX (B) = P (X ∈ B).
Ainsi, tout événement lié à X est connu dès que l’on connaît la loi PX de X. On oubliera donc souvent dans la suite le détail de l’application ω 7 → X(ω) et on ne se préoccupera pas de ce qu’est exactement (Ω, A, P ). On raisonnera uniquement sur (E, B) et PX. Notons par ailleurs que tous les résultats obtenus pour X et PX seront alors aussi valables pour toute variable aléatoire Y de même loi que X.
1.2 Conditionnement
Supposons que l’on joue au lancer de dé avec un dé dont les faces paires sont de couleur blanche et les faces impaires de couleur noire. Si de loin on
20 Chapitre 1. Introduction au calcul des probabilités
peut seulement distinguer la couleur blanche de la face obtenue, on modifiera naturellement les probabilités des événements. Ainsi on donnera la probabi- lité 1/3 pour chaque face paire et la probabilité 0 pour chaque face impaire, plutôt que l’équirépartition initiale de probabilité 1/6 pour chaque résultat élémentaire. On constate donc que la connaissance de la parité du résultat modifie les probabilités que l’on donne à chaque événement. On dit que l’on raisonne conditionnellement à l’événement “le résultat est pair”.
Soit (Ω, A, P ) et B un événement de A de probabilité non nulle. Si on sait que l’événement B s’est réalisé, donc que ω ∈ B, pour tout événement A de A on a : ω ∈ A ⇔ ω ∈ A ∩ B. Cela nous conduit à considérer l’application :
μ :
L’application μ est une mesure sur A mais n’est en général pas une probabilité car μ(Ω) = P (Ω ∩ B) = P (B)
et n’est donc pas forcément égal à 1. On considère alors l’application
P B^ = μ P (B)
qui, elle, est bien une probabilité sur (Ω, A).
Définition 1.2.1 Pour tout événement B de probabilité non nulle, on ap- pelle probabilité conditionnelle à B, la probabilité sur (Ω, A)
P B^ : A → [0, 1] A 7 → P B^ (A) =
P B^ (A) s’appelle probabilité conditionnelle à B de A (ou encore probabilité de A sachant B). On note aussi
P B^ (A) = P (A/B).
Remarquons que l’on peut aussi voir cette probabilité comme une pro- babilité sur la tribu trace de A sur B.