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Asignatura: frances I, Profesor: Mª Esclavitud Rey Pereira, Carrera: Lenguas Modernas y sus Literaturas, Universidad: UCM
Tipo: Apuntes
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Cette pièce a été représentée pour la première fois à Paris, à la Comédie des Champs-Élysées, le 15 décembre 1923, sous la direction de JacquesHéberlot, avec la mise en scène et les décors de Louis Jouvet. Les rôles étaient tenus par M
mes^ Coutant-Lambert, Irma Perrot, Iza Reyner, Mag. Bérubet, J. Tisserand ; et par MM. Louis Jouvet, A. Héraut, Evséeff, Gaultier, Ben Danou, Salis, Mamy, Saint-Isles.
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 2a^ Scène I KNOCK, LE DOCTEUR PARPALAID, MME PARPALAID, JEAN LE DOCTEUR PARPALAID Tous vos bagages sont là, mon cher confrère? KNOCK Tous, docteur Parpalaid. LE DOCTEUR Jean les casera près de lui. Nous tiendrons très bien tous les trois àl’arrière de la voiture. La carrosserie est si spacieuse, les strapontins siconfortables! Ah! ce n’est pas la construction étriquée de maintenant! KNOCK , à Jean au moment où il passe la caisse. Je vous recommande cette caisse. J’y ai logé quelques appareils, quisont si fragiles. Jean commence à empiler les bagages de Knock. MADAME PARPALAID Voilà une torpédo que je regretterais longtemps si nous faisions lasottise de la vendre. Knock regarde le véhicule avec surprise. LE DOCTEUR Car c’est, en somme, une torpédo, avec les avantages de l’anciendouble-phaéton. KNOCK Oui, oui. Toute la banquette d’avant disparaît sous l’amas. LE DOCTEUR
Voyez comme vos valises se logent facilement! Jean ne sera pas gênédu tout! Il est même dommage que vous n’en ayez pas plus. Vous vousseriez mieux rendu compte des commodités de ma voiture. KNOCK Saint-Maurice est loin? LE DOCTEUR Onze^ kilomètres.^ Notez^ que^ cette
distance^ du^ chemin^ de^ fer^ est excellente pour la fidélité de la clientèle. Les malades ne bous jouentpas le tour d’aller consulter au chef-lieu. KNOCK Il n’y a donc pas de diligence? LE DOCTEUR Une guimbarde si lamentable qu’elle donne envie de faire le chemin àpied. MADAME PARPALAID Ici l’on ne peut guère se passer d’automobile. LE DOCTEUR Surtout dans la profession. Knock reste courtois et impassible. JEAN ,^ au docteur. Je mets en marche? LE DOCTEUR Oui, commencez à mettre en marche, mon ami. Jean entreprend toute une série de manœuvres : ouverture du capot,dévissage des bougies, injection d’essence, etc. MADAME PARPALAID ,^ à Knock.
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 3a^ Sur le parcours le paysage est délicieux. Zénaïde Fleuriot l’a décrit dansl’un de ses plus beaux romans, dont j’ai oublié le titre.
(Elle monte en voiture. À son mari.)^ Tu prends le strapontin, n’est-ce pas? Le docteurKnock se placera près de moi pour bien jouir de la vue… me^ Knock s’assied à la gauche de M
Parpalaid. LE DOCTEUR La carrosserie est assez vaste pour que trois personnes se sentent àl’aise sur la banquette d’arrière. Mais il faut pouvoir s’étaler lorsqu’oncontemple un panorama.^ (Il^ s’approche de Jean.)
Tout^ va^ bien? L’injection d’essence est terminée? Dans les deux cylindres? Avez-vous pensé à essuyer un peu les bougies? C’eût été prudent après uneétape de onze kilomètres. Enveloppez bien le carburateur. Un vieuxfoulard vaudrait mieux que ce chiffon.
(Pendant qu’il revient vers l’arrière.)^ Parfait! parfait!^ (Il monte en voiture.)
Je m’assois – pardon, cher confrère- je m’assois sur ce large strapontin, qui est plutôt unfauteuil pliant. MADAME PARPALAID La route ne cesse de s’élever jusqu’à Saint-Maurice. À pied, avec tousces bagages, le trajet serait terrible. En auto, c’est un enchantement. LE DOCTEUR Jadis, mon cher confrère, il m’arrivait de taquinait la muse. J’avaiscomposé un sonnet, de quatorze vers, sur les magnificences naturellesqui^ vont^ s’offrit^ à^ nous.^ Du^ diable
si^ je^ me^ le^ rappelle^ encore. « Profondeurs des vallons, retraites pastorales… » Jean tourne désespérément la manivelle. MADAME PARPALAID Albert, depuis quelques années, tu t’obstines à dire « Profondeurs ».C’est « Abîmes des vallons » qu’il y avait dans les premiers temps. LE DOCTEUR
Juste! Juste^!^ (On entend une explosion.)
Ecoutez, mon cher confrère, comme le moteur part bien. À peine quelques tours de manivelle pourappeler les gaz, et tenez… une explosion… une autre… voilà! voilà !...Nous marchons. Jean s’installe. Le véhicule s’ébranle. Le paysage peu à peu se déroule. LE DOCTEUR ,^ après quelques instants de silence. Croyez-m’en, mon cher successeur!
(Il donne une tape à Knock.)^ Car vous êtes dès cet instant mon successeur! Vous avez fait une bonneaffaire. Oui, dès cet instant ma clientèle est à vous. Si même, le long dela route, quelque patient, me reconnaissant au passage, malgré lavitesse, réclame l’assistance de mon art, je m’efface en déclarant :« Vous^ vous^ trompez,^ monsieur.
Voici^ le^ médecin^ du^ pays. »^ (Il désigne Knock.)^ Et je ne ressors de mon trou
(pétarades du moteur)^ que si^ vous^ m’invitez^ formellement^
à^ une^ consultation^ contradictoire. (Pétarades.)^ Mais vous avez eu de la chance de tomber sur un hommequi voulait s’offrit un coup de tête. MADAME PARPALAID Mon mari s’était juré de finir sa carrière dans une grande ville. LE DOCTEUR Lancer mon chant du cygne sur un vaste théâtre! Vanité un peuridicule, n’est-ce pas? Je rêvais de Paris, je me contenterais de Lyon. MADAME PARPALAID Au lieu d’achever tranquillement de faire fortune ici! Knock, tour à tour, les observe, médite, donne un coup d’œil aupaysage. LE DOCTEUR Ne vous moquez pas trop de moi, mon cher confrère. C’est grâce à cettetoquade que vous avez ma clientèle pour un morceau de pain. KNOCK
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 5a^ Regardez, docteur, comme le point de vue est ravissant. On se croiraiten Suisse. Pétarades accentuées. JEAN ,^ à l’oreille du docteur Parpalaid. Monsieur, monsieur. Il y a quelque chose qui ne marche pas. Il faut queje démonte le tuyau d’essence. LE DOCTEUR ,^ à Jean. Bien, bien !...^ (Aux autres.)^ Précisément, je voulais vous proposer unpetit arrêt ici. MADAME PARPALAID Pourquoi? LE DOCTEUR,^ lui faisant des regards expressifs. Le panorama… hum !... n’en vaut-il pas la peine? MADAME PARPALAID Mais, si tu veux t’arrêter, c’est encore plus joli un peu plus haut. me^ La voiture stoppe. MParpalaid comprend. LE DOCTEUR Eh bien! nous arrêterons aussi un peu plus haut. Nous nous arrêteronsdeux fois, trois, quatre fois, si le cœur nous en dit. Dieu merci, nous nesommes pas des chauffards.^ (À Knock.)
Observez, mon cher confrère, avec quelle douceur cette voiture vient de stopper. Et comme là-dessusvous restez constamment maître de votre vitesse. Point capital dans unpays montagneux.^ (Pendant qu’ils descendent.)
Vous vous convertirez à la traction mécanique, mon cher confrère, et plus tôt que vous ne lepensez. Mais gardez-vous de la camelote actuelle. Les aciers, les aciers,je vous le demande, montrez-nous vos aciers. KNOCK
Ce n’est pas en soignant les morts subites que vous avez pu fairefortune? LE DOCTEUR Evidemment.^ (Il cherche.)^ Il nous reste… d’abord la grippe. Pas lagrippe banale, qui ne les inquiète en aucune façon, et qu’ils accueillentmême avec faveur parce qu’ils prétendent qu’elle fait sortir les humeursviciées. Non, je pense aux grandes épidémies mondiales de grippe. KNOCK Mais ça, dites donc, c’est comme le vin de la comète. S’il faut quej’attende la prochaine épidémie mondiale !... LE DOCTEUR Moi qui vous parle, j’en ai vu deux : celle de 89-90 et celle et 1918. MADAME PARPALAID En 1918, nous avons eu ici une très grosse mortalité, plus, relativement,que dans les grandes villes.^ (À son mari.)
N’est-ce pas? Tu avais comparé les chiffres. LE DOCTEUR Avec notre pourcentage nous laissions derrière nous quatre-vingt-troisdépartements. KNOCK Ils s’étaient fait soigner? LE DOCTEUR Oui, surtout vers la fin. MADAME PARPALAID Et nous avons eu de très belles rentrées à la Saint-Michel. Jean se couche sous la voiture.
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 6a^ KNOCK Plaît-il? MADAME PARPALAID Ici, les clients vous payent à la Saint-Michel. KNOCK Mais… quel est le sens de cette expression? Est-ce
un équivalent des calendes grecques, ou de la Saint-Glinglin? LE DOCTEUR ,^ de temps en temps il surveille du coin de l’œil letravail du chauffeur. Qu’allez-vous penser, mon cher confrère? La Saint-Michel est une desdates les plus connues du calendrier. Elle correspond à la fin septembre. KNOCK ,^ changeant de ton. Et nous sommes au début octobre. Ouais! Vous, au moins, vous avezsu choisir votre moment pour vendre.
(Il fait quelques pas, réfléchi.) Mais^ voyons!^ si^ quelqu’un^ vient
vous^ trouver^ pour^ une^ simple consultation, il vous paye bien séance tenante? LE DOCTEUR Non, à la Saint-Michel !... C’est l’usage. KNOCK Mais s’il ne vient que pour une consultation seule et unique! Si vous nele revoyez plus de toute l’année? LE DOCTEUR À la Saint-Michel. MADAME PARPALAID À la Saint-Michel. Knock les regarde. Silence.
MADAME PARPALAID D’ailleurs,^ les^ gens^ viennent^ presque
toujours^ pour^ une^ seule consultation. KNOCK Hein? MADAME PARPALAID Mais oui. Le docteur Parpalaid prend des airs distraits. KNOCK Alors, qu’est-ce que vous faites des clients réguliers? MADAME PARPALAID Quels clients réguliers? KNOCK Eh bien! ceux qu’on visite plusieurs fois par semaine, ou plusieurs foispar mois? MADAME PARPALAID ,^ à son mari. Tu entends ce que dit le docteur? Des clients comme en a le boulangerou le boucher? Le docteur est comme tous les débutants. Il se fait desillusions. LE DOCTEUR ,^ mettant la main sur le bras de Knock. Croyez-moi, mon cher confrère. Vous avez ici le meilleur type declientèle : celle qui vous laisse indépendant. KNOCK Indépendant? Vous en avez de bonnes! LE DOCTEUR
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 8a^ KNOCK Aucune. Je vis de mon travail. Ou plutôt, j’ai hâte d’en vivre. Et jedéplore d’autant plus le caractère mythique de la clientèle que vous mevendez, que je comptais lui appliquer des méthodes entièrement neuves. (Après un temps de réflexion et comme à part lui.)
Il est vrai que le problème ne fait que changer d’aspect. LE DOCTEUR En ce cas, mon cher confrère, vous seriez deux fois coupable de vousabandonner à un découragement prématuré, qui n’est que la rançon devotre inexpérience. Certes, la médecine est un riche terroir. Mais lesmoissons n’y lèvent pas toutes seules. Vos rêves de jeunesse vous ontun peu leurré. KNOCK Votre propos, mon cher confrère, fourmille d’inexactitudes. D’abord,j’ai quarante ans. Mes rêves, si j’en ai, ne sont pas des rêves dejeunesse. LE DOCTEUR Soit. Mais vous n’avez jamais exercé. KNOCK Autre erreur. LE DOCTEUR Comment? Ne m’avez-vous pas dit que vous veniez de passer votrethèse l’été dernier? KNOCK Oui, trente-deux pages in-octavo : sur les prétendus états de santé, aveccette épigraphe, que j’ai attribuée à Claude Bernard : « Les gens bienportant sont des malades qui s’ignorent. »
LE DOCTEUR Nous sommes d’accord, mon cher confrère. KNOCK Sur le fond de ma théorie? LE DOCTEUR Non, sur le fait que vous êtes un débutant. KNOCK Pardon! Mes études sont, en effet, toutes récentes. Mais mon débutdans la pratique de la médecine date de vingt ans. LE DOCTEUR Quoi! Vous étier officier de santé? Depuis le temps qu’il n’en resteplus! KNOCK Non, j’étais bachelier. MADAME PARPALAID Il n’y a jamais eu de bacheliers de santé. KNOCK Bachelier ès lettre, madame. LE DOCTEUR Vous avez pratiqué sans titres et clandestinement? KNOCK À la face du monde, au contraire, et non pas dans un trou de province,mais sur un espace d’environ sept mille kilomètres. LE DOCTEUR Je ne vous comprends pas.
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 9a^ KNOCK C’est pourtant simple. Il y a une vingtaine d’années, ayant dû renoncerà l’étude des langues romanes, j’étais vendeur aux « Dames de France »de^ Marseille,^ rayon^ des^ cravates.
Je^ perds^ mon^ emploi.^ En^ me promenant sur le port, je vois annoncé qu’un vapeur de 1 700 tonnes àdestination des Indes demande un médecin, le grade de docteur n’étantpas exigé. Qu’auriez vous fait à ma place? LE DOCTEUR Mais… rien, sans doute. KNOCK Oui, vous, vous n’aviez pas la vocation. Moi, je me suis présenté.Comme j’ai horreur des situations fausses, j’ai déclaré en entrant :« Messieurs, je pourrais vous dire que je suis docteur, mais je ne suispas docteur. Et je vous avouerais même quelque chose de plus grave :je ne sais pas encore quel sera le sujet de ma thèse. » Ils me répondentqu’ils^ ne^ tiennent^ pas^ au^ titre^
de^ docteur^ et^ qu’ils^ se^ fichent complètement de mon sujet de thèse. Je réplique aussitôt : « Bien quen’étant pas docteur, je désire, pour des raisons de prestige et dediscipline, qu’on m’appelle docteur à bord. » Ils me disent que c’esttout naturel. Mais je n’en continue pas moins à leur expliquer pendantun quart d’heure les raisons qui me font vaincre mes scrupules etréclamer cette appellation de docteur à laquelle, en conscience, je n’aipas droit. Si bien qu’il nous est resté à peine trois minutes pour régler laquestion des honoraires. LE DOCTEUR Mais vous n’aviez réellement aucune connaissance? KNOCK Entendons-nous! Depuis mon enfance, j’ai toujours lu avec passion lesannonces médicales et pharmaceutiques des journaux, ainsi que lesprospectus intitulés « mode d’emploi » que je trouvais enroulés autour
des boîtes de pilules et des flacons de sirop qu’achetaient mes parents.Dès l’âge de neuf ans, je savais par cœur des tirades entières surl’exonération imparfaite du constipé. Et encore aujourd’hui, je puisvous réciter une lettre admirable, adressée en 1897 par la veuve P… deBourges, à la tisane américaine des Shakers. Voulez-vous? LE DOCTEUR Merci, je vous crois. KNOCK Ces textes m’ont rendu familier de bonne heure avec le style de laprofession. Mais surtout ils m’ont laissé transparaître le véritable espritet la véritable destination de la médecine, que l’enseignement desFacultés dissimule sous le fatras scientifique. Je puis dire qu’à douzeans j’avais déjà un sentiment médical correct. Ma méthode actuelle enest sortie. LE DOCTEUR Vous avez une méthode? Je serais curieux de la connaître. KNOCK Je ne fais pas de propagande. D’ailleurs, il n’y a que les résultats quicomptent. Aujourd’hui, de votre propre aveu, vous me livrez uneclientèle nulle. LE DOCTEUR Nulle… pardon! pardon! KNOCK Revenez^ voir dans^ un^ an ce que j’en aurai
fait.^ La preuve sera péremptoire. En m’obligeant à partir de zéro, vous accroissez l’intérêtde l’expérience. JEAN
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 11a^ Je suis bien réellement et bien doctoralement docteur. Quand j’ai vumes méthodes confirmées par l’expérience, je n’ai eu qu’une hâte, c’estde les appliquer sur la terre ferme, et en grand. Je n’ignorais pas que ledoctorat est une formalité indispensable. MADAME PARPALAID Mais vous nous disiez que vos études étaient toutes récentes? KNOCK Je n’ai pas pu les commencer dès ce moment-là. Pour vivre, j’ai dûm’occuper quelque temps du commerce des arachides. MADAME PARPALAID Qu’est-ce c’est? KNOCK L’arachide^ s’appelle^ aussi^ cacahuète.
me^ (MParpalaid^ fait^ un mouvement.)^ Oh! madame, j’e n’ai jamais été marchand au panier.J’avais^ créé^ un^ office^ central
où^ les^ revendeurs^ venaient s’approvisionner. Je serais millionnaire si j’avais continue cela dix ans.Mais^ c’était^ très^ fastidieux.^ D’ailleurs,
presque^ tous^ les^ métiers sécrètent l’ennui à la longue, comme je m’en suis rendu compte parmoi-même. Il n’y a de vrai, décidément, que la médecine, peut-êtreaussi la politique, la finance et le sacerdoce que je n’ai pas encoreessayés. MADAME PARPALAID Et vous pensez appliquer vos méthodes ici? KNOCK Si je ne le pensais pas, madame, je prendrais mes jambes à mon cou, etvous ne me rattraperiez jamais. Evidemment je préférerais une grandeville. MADAME PARPALAID ,^ à son mari.
Toi qui va à Lyon, ne pourrais-tu pas demander au docteur quelquesrenseignements sur la méthode? Cela n’engage à rien. LE DOCTEUR Mais le docteur Knock ne semble pas tenir à la divulguer. KNOCK ,^ au docteur Parpalaid, après un temps de réflexion. Pour vous être agréable, je puis vous proposer l’arrangement suivant :au lieu de vous payer, Dieu sait quand, en espèces, je vous paye ennature : c’est-à-dire que je vous prends huit jours avec moi, et vousinitie à mes procédés. LE DOCTEUR ,^ piqué. Vous plaisantez, mon cher confrère. C’est peut-être vous qui m’écrirezdans huit jours pour me demander conseil. KNOCK Je n’attendrai pas jusque-là. Je compte bien obtenir de vous aujourd’huimême plusieurs indications très utiles. LE DOCTEUR Disposez de moi, mon cher confrère. KNOCK Est-ce qu’il y a un tambour de ville, là-haut? LE DOCTEUR Vous voulez dire un homme qui joue du tambour et qui fait desannonces au public? KNOCK Parfaitement. LE DOCTEUR
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 12a^ Il y a un tambour de ville. La municipalité le charge de certains avis.Les seuls particuliers qui recourent à lui sont les gens qui ont perdu leurporte-monnaie,^ ou^ encore^ quelque
marchand^ forain^ qui^ solde^ un déballage de faïence et de porcelaine. KNOCK Bon. Saint-Maurice a combien d’habitants? LE DOCTEUR Trois mille cinq cents dans l’agglomération, je crois, et près de sixmille dans la commune. KNOCK Et l’ensemble du canton? LE DOCTEUR Le double, au moins. KNOCK La population est pauvre? MADAME PARPALAID Très à l’aise, au contraire, et même riche. Il y a de grosses fermes.Beaucoup^ de^ gens^ vivent^ de^ leurs
rentes^ ou^ du^ revenu^ de^ leurs domaines. LE DOCTEUR Terriblement avares, d’ailleurs. KNOCK Il y a de l’industrie? LE DOCTEUR Fort peu.
KNOCK Du commerce? MADAME PARPALAID Ce ne sont pas les boutiques qui manquent. KNOCK Les commerçants sont-ils très absorbés par leurs affaires? LE DOCTEUR Ma foi non! Pour la plupart, ce n’est qu’un supplément de revenus, etsurtout une façon d’utiliser les loisirs. MADAME PARPALAID D’ailleurs,^ pendant^ que^ la^ femme
garde^ la^ boutique,^ le^ mari^ se promène. LE DOCTEUR Ou réciproquement. MADAME PARPALAID Tu avoueras que c’est plutôt le mari. D’abord, les femmes ne sauraientguère où aller. Tandis que pour les hommes, il y a la chasse, la pêche,les parties de quilles ; en hiver le café. KNOCK Les femmes sont-elles très pieuses
?^ (Le docteur Parpalaid se met à rire.)^ La question a pour moi son importance. MADAME PARPALAID Beaucoup vont à la messe. KNOCK Mais^ Dieu^ tient-il^ une^ place^
considérable^ dans^ leurs^ pensées quotidiennes?
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 14a^ Autrefois, peut-être, mais plus maintenant. KNOCK ,^ il paraît agité, se frotte les paumes, et, tout en marchant : En somme l’âge médical peut commencer.
(Il s’approche de la voiture.) Mon cher confrère, serait-il inhumain de demander
ce véhicule un nouvel effort? J’ai une hâte incroyable d’être à Saint-Maurice. MADAME PARPALAID Cela vous vient bien brusquement. KNOCK Je vous en prie, arrivons là-haut. LE DOCTEUR Qu’est-ce donc, de si puissant, qui vous attire? KNOCK ,^ il fait quelques allées et venues en silence, puis : Mon cher confrère, j’ai le sentiment que vous avez gâché là-haut, unesituation magnifique, et, pour parler votre style, fait laborieusementpousser des chardons là où voulait croître un verger plantureux. C’estcouvert d’or que vous deviez repartir, les fesses calées sur un matelasd’obligations ; vous, madame, avec trois rangs de perles au cou, tousdeux à l’intérieur d’une étincelante limousine
(il montre la guimbarde) et non point sur ce monument des premiers efforts du génie moderne. MADAME PARPALAID Vous plaisantez, docteur? KNOCK La plaisanterie serait cruelle, madame. MADAME PARPALAID Mais alors, c’est affreux! Tu entends, Albert? LE DOCTEUR
J’entends que le docteur Knock est un chimérique et, de plus, uncyclothymique. Il est le jouet d’impressions extrêmes. Tantôt le postene valait pas deux sous. Maintenant, c’est un Pactole. Il hausse les épaules. MADAME PARPALAID Toi aussi, tu es trop sûr de toi. Ne t’ai-je pas souvent dit qu’à Saint-Maurice, en sachant s’y prendre, on pouvait mieux faire que végéter? LE DOCTEUR Bon,^ bon,^ bon!^ Je^ reviendrai^ dans
trois^ mois^ pour^ la^ première échéance. Nous verrons où en est le docteur Knock. KNOCK C’est cela. Revenez dans trois mois. Nous aurons le temps de causer.Mais je vous en supplie, partons tout de suite. LE DOCTEUR ,^ à Jean, timidement. Vous êtes prêt? JEAN ,^ à mi-voix. Oh! moi, je serais bien prêt. Mais cette fois-ci, je ne crois pas que nousarriverons tout seuls à la mettre en marche. LE DOCTEUR ,^ même jeu. Comment cela? JEAN ,^ hochant la tête. Il faudrait des hommes plus forts. LE DOCTEUR Et si on essayait de la pousser? JEAN ,^ sans conviction. Peut-être.
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Acte I – Scène I^ Knock^
Acte I - Scène I
Page 15a^ LE DOCTEUR Mais oui. Il y a vingt mètres en plaine. Je prendrai le volant. Vouspousserez. JEAN Oui. LE DOCTEUR Et ensuite, vous tâcherez de sauter sur le marchepied au bon moment,n’est-ce pas?^ (Le docteur revient vers les autres.)
Donc, en voiture, mon cher confrère, en voiture. C’est moi qui vais conduire. Jean, qui estun hercule, veut s’amuser à nous mettre en marche sans le secours de lamanivelle,^ par^ une^ espèce^ de^
démarrage^ qu’on^ pourrait^ appeler automatique… bien que l’énergie électrique y soit remplacée par celledes muscles, qui est un peu de même nature, il est vrai.
(Jean s’arc- boute contre la caisse de la voiture.)^ RIDEAU
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Acte II – Scène I^ Knock^
Acte II - Scène I
Page 17a^ Scène I KNOCK, LE TAMBOUR DE VILLE KNOCK , assis, regarde la pièce et écrit. C’est vous le tambour de ville? LE TAMBOUR , debout. Oui, monsieur. KNOCK Appelez-moi docteur. Répondez-moi^ « oui,^ docteur »,^ ou^ « non,docteur ». LE TAMBOUR Oui, docteur. KNOCK Et quand vous avez l’occasion de parler de moi au-dehors, ne manquezjamais de vous exprimer ainsi : « Le docteur a dit », « le docteur afait »… J’y attache de l’importance. Quand vous parliez entre vous dudocteur Parpalaid, de quels termes vous serviez-vous? LE TAMBOUR Nous disions : « C’est un brave homme, mais il n’est pas très fort. » KNOCK Ce n’est pas ce que je vous demande. Disiez-vous « le docteur »? LE TAMBOUR Non. « M. Parpalaid », ou « le médecin », ou encore « Ravachol ». KNOCK Pourquoi « Ravachol »? LE TAMBOUR
C’est un surnom qu’il avait. Mais je n’ai jamais su pourquoi. KNOCK Et vous ne le jugiez pas très fort? LE TAMBOUR Oh! pour moi, il était bien assez fort. Pour d’autres, il paraît que non. KNOCK Tiens! LE TAMBOUR Quand on allait le voir, il ne trouvait pas. KNOCK Qu’est-ce qu’il ne trouvait pas? LE TAMBOUR Ce que vous aviez. Neuf fois sur dix, il vous renvoyait en vous disant :« Ce n’est rien du tout. Vous serez sur pied demain, mon ami. » KNOCK Vraiment! LE TAMBOUR Ou bien il vous écoutait à peine, en faisant « oui, oui », « oui, oui », etil dépêchait de parler d’autre chose, pendant une heure, par exemple deson automobile. KNOCK Comme si l’on venait pour ça! LE TAMBOUR Et puis il vous indiquait des remèdes de quatre sous ; quelquefois unesimple tisane. Vous pensez bien que les gens qui payent huit francs
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Acte II – Scène I^ Knock^
Acte II - Scène I
Page 18a^ pour une consultation n’aiment pas trop qu’on leur indique un remèdede quatre sous. Et le plus bête n’a pas besoin du médecin pour boire unecamomille. KNOCK Ce que vous m’apprenez me fait réellement de la peine. Mais je vous aiappelé pour un renseignement. Quel prix demandiez-vous au docteurParpalaid quand il vous chargeait d’une annonce? LE TAMBOUR ,^ avec amertume. Il ne me chargeait jamais d’une annonce. KNOCK Oh! Qu’est-ce que vous me dites? Depuis trente ans qu’il était là? LE TAMBOUR Pas une seule annonce en trente ans, je vous jure. KNOCK ,^ se relevant, un papier à la main. Vous devez avoir oublié. Je ne puis pas vous croire. Bref, quels sontvos tarifs? LE TAMBOUR Trois francs le petit tour et cinq francs le grand tour. Ça vous paraîtpeut-être^ cher.^ Mais^ il^ y^ a^ du^
travail.^ D’ailleurs,^ je^ conseille^ à monsieur… KNOCK « Au docteur. » LE TAMBOUR Je conseille au docteur, s’il n’en est pas à deux francs près, de prendrele grand tour, qui est beaucoup plus avantageux. KNOCK
Quelle différence y a-t-il? LE TAMBOUR Avec le petit tour, je m’arrête cinq fois : devant la Mairie, devant laPoste, devant l’Hôtel de la Clef, au Carrefour des Voleurs, et au coin dela Halle. Avec le grand tour, je m’arrête onze fois, c’est à savoir… KNOCK Bien, je prends le grand tour. Vous êtes disponible, ce matin? LE TAMBOUR Tout de suite si vous voulez… KNOCK Voici donc le texte de l’annonce. Il lui remet le papier. LE TAMBOUR ,^ regarde le texte. Je suis habitué aux écritures. Mais je préfère que vous me le lisiez unepremière fois. KNOCK ,^ lentement. Le Tambour écoute d’une oreille professionnelle. « Le docteur Knock, successeur du docteur Parpalaid, présente sescompliments à la population de la ville et du canton de Saint-Maurice,et a l’honneur de lui faire connaître que, dans un esprit philanthropique,et pour enrayer le progrès inquiétant des maladies de toutes sortes quienvahissent^ depuis^ quelques^ années
nos^ régions^ si^ salubres autrefois… » LE TAMBOUR Ça, c’est rudement vrai! KNOCK « …il donnera tous les lundis matin, de neuf heures trente à onze heurestrente, une consultation entièrement gratuite, réservée aux habitants du