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Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants : 1 - Commentaire de texte (20 points) Objet d’étude : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle Francis Carco, « Au pied des tours de Notre-Dame », Mortefontaine , 1947. Ecrivain, poète et auteur de chansons, Francis Carco nous offre dans ce texte quelques vues de Paris. Au pied des tours de Notre-Dame, La Seine coule entre les quais. Ah! le gai, le muguet coquet! Qui n'a pas son petit bouquet? 5 Allons, fleurissez‐vous, mesdames! Mais c'était toi que j'évoquais Sur le parvis de Notre-Dame ; N'y reviendras‐tu donc jamais? Voici le joli mois de mai... 10 Je me souviens du bel été, Des bateaux‐mouches sur le fleuve Et de nos nuits de la Cité. Hélas! qu'il vente, grêle ou pleuve, Ma peine est toujours toute neuve : 15 Elle chemine à mon côté... Dans le jardin du Luxembourg Les feuilles tombent par centaines Et j´entends battre le tambour Tout en courant la prétentaine^1 20 Parmi les ombres incertaines Qui me rappellent nos amours. De ma chambre du Quai aux Fleurs, Je vois s'en aller, sous leurs bâches, Les chalands^2 aux vives couleurs 25 Tandis qu'un petit remorqueur Halète, tire, peine et crache En remontant, à contre-cœur, L'eau saumâtre^3 de ma douleur... Vous proposerez un commentaire du poème de Francis Carco. Vous pourrez vous inspirer du parcours de lecture suivant :
surtout, on génère un réchauffement climatique et une crise de la biodiversité qui menacent concrètement les conditions d’habitabilité de la Terre pour les humains. Le paradoxe donc, c’est qu’à un certain degré, il y a un confort appréciable dans l’art des modernes de se libérer de l’attention exigée par le milieu et ceux qui le peuplent, mais 40 que, dès qu’il dépasse un certain seuil ou prend une certaine forme, il devient pire qu’inconfortable : il rend le monde invivable. Le problème devient : quel est ce seuil et quelles sont ces formes, précisément, sérieusement? Comment hériter intelligemment de la modernité, faire la part des choses dans nos legs^6 historiques entre les émancipations à chérir et protéger, et les errances toxiques? C’est une des grandes questions de ce siècle. 45 C’est la question-boussole pour naviguer, en tenant ferme le cap, dans la houle entre les deux positions manichéennes^7 que sont, d’un côté, les envolées antimodernes qui condamnent en bloc toute la « modernité », mal incarné, tout en jouissant de ses produits ; de l’autre, les attitudes hypermodernes, qui veulent accélérer sur le même vecteur du Progrès dont on sait désormais qu’il est un cap au pire, en défendant une doctrine odieuse 50 du TINA (« There Is No Alternative »)^8 qui permet de ne pas réfléchir, militer, ni remettre en cause ce qui est toxique dans notre héritage. ( 734 mots) Vous résumerez ce texte en 184 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 166 et au plus 202 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu’elle comporte. Essai Pensez-vous que la modernité soit compatible avec la nécessité de faire attention aux autres vivants avec qui nous partageons cette planète? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le chapitre « Des Cannibales » des Essais de Montaigne, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l’année dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle. (^6) Legs : héritages. (^7) Manichéennes : qui expriment une manière de voir ou de juger simplificatrice, sans nuance, en opposant le bien au mal. (^8) Il n’y a pas d’alternative.
B - Œuvre : Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX) - Parcours : Imagination et pensée au XVIIe siècle. Gianni Rodari, Grammaire de l’imagination, introduction à l’art d’inventer des histoires, 1973, traduit de l’italien par Roger Salomon. La fonction créatrice de l'imagination appartient à tous : à l'homme de la rue, au savant, au technicien ; elle est indispensable aux découvertes scientifiques tout comme à la naissance de l'œuvre d'art ; elle est même une condition nécessaire de la vie quotidienne... Des germes d'imagination créatrice […] se manifestent dans les jeux des animaux : à 5 plus forte raison se manifestent-ils dans la vie enfantine. Le jeu n'est pas qu'une simple reproduction d'impressions vécues, mais une réélaboration créatrice de celles-ci, un processus à travers lequel l'enfant combine les données de l'expérience pour construire une nouvelle réalité répondant à ses curiosités et à ses besoins. Mais, justement parce que l'imagination ne construit qu'avec des matériaux pris dans la réalité (ce qui explique que, 10 chez l'adulte, elle peut construire en plus grand), il faut que l'enfant, pour nourrir son imagination en l'appliquant à des tâches susceptibles d'en renforcer les structures et d'en élargir les horizons, puisse grandir dans un milieu riche en impulsions et en stimulations, dans toutes les directions. La présente Grammaire de l'imagination — le moment me semble venu de le préciser 15 définitivement — n'est ni une théorie de l'imagination enfantine (loin de moi une telle prétention...), ni un recueil de recettes, un Brillat-Savarin^1 des contes, mais simplement une proposition destinée à aller rejoindre toutes celles qui tendent à enrichir d'expériences stimulantes le milieu (maison ou école, peu importe) dans lequel grandit l'enfant. L'esprit forme un tout. Sa créativité doit être cultivée dans toutes les directions. Les 20 contes (écoutés ou inventés) ne représentent certes pas la panacée^2 universelle dans l'éducation de l'enfant. Le libre usage de toutes les possibilités du langage ne constitue qu'une des directions dans lesquelles il peut s'épanouir. Mais tout se tient. L'imagination de l'enfant, stimulée pour inventer des mots, appliquera ses instruments à tous les domaines de l'expérience qui provoqueront son intervention créative. Les contes servent à la 25 mathématique comme la mathématique sert aux contes. Ils servent à la poésie, à la musique, à l'utopie, à l'engagement politique ; bref, à l'homme tout entier, et pas seulement au rêveur. Ils servent justement parce qu'en apparence ils ne servent à rien : comme la poésie et la musique, comme le théâtre et le sport (tant que tout cela ne devient pas une affaire commerciale). 30 Ils servent à l'homme complet. Si une société basée sur le mythe de la productivité (et sur la réalité du profit) a besoin d'hommes à moitié — exécutants fidèles, reproducteurs zélés, instruments dociles sans volonté propre —, cela signifie qu'elle est mal faite et qu'il faut la changer. Pour la changer, il faut des hommes créatifs, qui sachent utiliser à plein leur imagination. Bien entendu, même la société que je viens d'évoquer a besoin d'hommes 35 créatifs, pour maintenir son emprise. Cropley écrit candidement, dans son livre La créativité , que l'étude de la pensée divergente se situe dans le cadre de l’« utilisation maxima^3 de toutes les ressources intellectuelles des peuples », et qu'elle est nécessaire pour « maintenir (^1) Brillat-Savarin est magistrat (1755-1826) grand amateur de cuisine, dont l’essai Physiologie du goût rencontra un immense succès. G. Rodari utilise le nom de cet auteur pour désigner un ouvrage qui fait référence. (^2) Panacée : remède. (^3) Utilisation maxima : à comprendre au sens de « utilisation maximale ».
C - Œuvre : Voltaire, L’Ingénu - Parcours : Voltaire, esprit des Lumières. Axel Kahn, L’Homme, ce roseau pensant , 2007. L’analyse selon laquelle le rire peut être déclenché par tout écart entre le fil de l’histoire ou du réel, d’une part, ce qui est prévu et jugé convenable, d’autre part, explique pourquoi il est en effet « le propre de l’homme »^1 , seul animal à avoir développé à ce point la capacité de juger de l’action de ses semblables à l’aune de ce qu’il en attend et de l’idée qu’il s’en 5 fait. L’inadéquation entre la pensée, l’aspect ou la conduite d’une personne et ce que son entourage considère être probable, rationnel, adéquat et correct, lorsqu’elle ne conduit pas à une franche hostilité, peut entraîner des moqueries culminant en dérision. En tant qu’elles excluent autrui, ou au moins certaines de ses manifestations, du cercle de la raison et des 10 standards admis, les railleries possèdent bien sûr une potentialité agressive comparable à celle du mépris. De la réflexion ironique incitant quelqu’un à prendre conscience de certains de ses travers et rigidités au ridicule jeté sur son action ou sur son personnage, il existe toute une gamme de mises en cause des personnes par le moyen du rire. Pour qui en est victime, il s’agit sans doute du degré le plus douloureux du rejet par 15 l’autre puisqu’il ne manifeste de sa part aucune considération et ne laisse pas même place au doute qui accompagne l’indifférence. N’être pas pris au sérieux, se trouver tourné en ridicule, revient à être nié dans sa capacité à raisonner de façon logique et cohérente, c’est- à-dire à se comporter en authentique homme sage, Homo sapiens, un stade avant le racisme avéré. Nul ne s’étonne par conséquent de la fureur qu’un tel regard provoque chez 20 ceux qui se sentent par là d’autant plus gravement bafoués dans leur dignité que la dérision s’accompagne d’une vacuité émotionnelle^2 insultante pour qui se voit de la sorte notifier son insignifiance. Le potentiel séditieux^3 du rire vis-à-vis de toute autorité et de tout pouvoir découle des caractéristiques que je viens d’évoquer, sa capacité à dissiper les émotions paralysantes, à 25 dessiller les yeux du public sur les ridicules et les absurdités des grands de ce monde, à contester leur sérieux et leur valeur. La déférence, la peur, l’attachement passionnel, voire l’adoration, ne résistent pas à l’éclat de rire, faisant de la dérision une arme contestatrice efficace et crainte. On dit d’un humour qu’il est décapant, ravageur, qu’il ne respecte rien. Toute l’intrigue du Nom de la rose d’Umberto Eco est fondée sur les efforts déployés par un 30 religieux mystique pour éviter que les moines ne prennent connaissance d’un ouvrage d’Aristote sur le rire, et ne soient incités par là à se détourner de la magnificence divine qui implique le sérieux et la dévotion. […] Même d’un niveau plus léger, le rire libère ou préserve de la sujétion^4. Être capable de se moquer de la pédanterie de l’académicien, des tics du capitaine, des discours pontifiants 35 et des clichés de l’homme politique, de la posture martiale du patron, du style pompeux du sous-préfet, du pathos dégoulinant des propos de l’expert en bien-pensance ou des déclarations enflammées du galant protège des interférences nuisibles entre la lucidité et l’émotion ou l’adhésion a priori , permet de se trouver fortifié dans l’affirmation de soi. Il est en effet toujours valorisant de railler quelqu’un, c’est-à-dire de se positionner, au moins 40 quant à l’objet des moqueries, au-dessus de lui. Cet aspect appliqué à plus faible que soi contribue à le disqualifier, à l’exclure, et l’agresse avec violence, nous l’avons dit. Aussi est-il dénoncé avec force par Hobbes^5 dans le Léviathan (1651) : « La soudaine glorification de soi est la passion qui produit ces (^1) « Le rire est le propre de l’homme » est une célèbre citation issue de Gargantua, roman de Rabelais. (^2) Vacuité émotionnelle : absence totale d’émotions. (^3) Potentiel séditieux : capacité à se révolter contre l’autorité légale. (^4) Sujétion : soumission à une autorité, un pouvoir. (^5) Hobbes : philosophe anglais à l’origine d’une réflexion politique sur le contrat social.
grimaces qu’on appelle le rire ; elle naît quand on accomplit soudainement quelque action, 45 dont on tire plaisir, ou quand on aperçoit chez autrui quelque disgrâce en comparaison de quoi on s’applaudit soudain soi-même. Elle atteint surtout ceux qui sont conscients de posséder le moins d’aptitudes, et qui sont obligés pour continuer à s’estimer de remarquer les imperfections des autres hommes. C’est pourquoi rire beaucoup des défauts des autres est un signe de petitesse d’esprit. En effet, une des tâches propres aux grandes âmes, c’est 50 de soulager et libérer les autres du mépris, et de se comparer seulement aux meilleurs. » En revanche, quelle redoutable arme entre les mains des faibles pour se libérer de la pesante influence des puissants! (782 mots) Vous résumerez ce texte en 196 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 176 et au plus 216 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu’elle comporte. Essai Suffit-il de rire pour se libérer de la soumission au pouvoir? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L’Ingénu de Voltaire, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l’année dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.