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traduction frances espanol, Apuntes de Traducción

Asignatura: traduction, Profesor: , Carrera: Lenguas y Literaturas Modernas: Francés-Inglés, Universidad: UCLM

Tipo: Apuntes

2015/2016

Subido el 24/05/2016

anna_chizhikova
anna_chizhikova 🇪🇸

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Ciudad Real, terminal fantôme
LE MONDE | 26.06.10 | 14h08 * Mis à jour le 26.06.10 | 15h.36
Ciudad Real Envoyé spécial
Fermin et Carmen Delgado peuvent dormir tranquilles. La sieste de ces deux octogénaires ne sera
pas troublée par le vrombissement des avions. Leur village, Villar del Pozo, est pourtant situé à 400
mètres à vol d'oiseau de l'aéroport international de Ciudad Real, dans la région de Castille-La
Manche. Comme tous les riverains, ils en redoutaient les nuisances sonores : "Un peu plus, ils nous
faisaient la piste au milieu de la place", pestait le couple à la veille de l'inauguration, en décembre
2008.
Les maires des trois communes les plus proches avaient même négocié des indemnités avec le
propriétaire de ce premier aéroport privé d'Espagne, destiné à devenir, à moins de cinquante
minutes de Madrid par le TGV, la seconde plateforme de la capitale consacrée au prometteur trafic
des compagnies aériennes à bas coût.
L'imposante aérogare, posée au bord d'une piste de 4 kilomètres - l'une des plus longues d'Europe,
capable d'accueillir des Airbus A380 -, est dimensionnée pour recevoir 2,5 millions de passagers à
l'année. Lors de l'ouverture, c'était l'objectif affiché pour fin 2011. Aucun risque de saturation,
assuraient les promoteurs du projet, puisque les 1.234 hectares autorisent une extension quasi
infinie avec, notamment, la possibilité d'ouvrir deux autres terminaux identiques. Dans les années
1990, lorsque est née l'idée de cette infrastructure, l'Espagne voyait les choses en grand et l'avenir
en rose.
Aujourd'hui, un silence de cathédrale règne dans l'immense hall des départs, où l'alignement des 24
postes d'enregistrement est totalement désert. Ce matin-là, au tableau lumineux du hall des départs,
un seul vol est affiché : Londres, 20h.30. La journée sera longue. Au comptoir de La Barrila, le
barman est aux petits soins pour ses clients, qu'il appelle par leur prénom. Ce sont quelques-uns des
91 employés de l'aéroport et des 200 collaborateurs des entreprises présentes sur le site. Parfois, des
passagers rompent sa routine. Les jours il y a un vol, c'est-à-dire les mardis, vendredis et
dimanches, il sert "jusqu'à 500 cafés".
Loin des 750.000 passagers attendus la première année, Ciudad Real Central a comptabilisé 53.557
voyageurs en 2009. La fréquentation s'est effondrée en 2010. La compagnie Air Berlin a plié
bagages fin mai. Restée seule, Ryanair a failli en faire autant début juin, lorsque le tribunal de
commerce a placé la société gestionnaire de l'aéroport en liquidation judiciaire. Une subvention
publique a convaincu in extremis la compagnie irlandaise de maintenir ses trois vols
hebdomadaires, et d'entretenir, par la même occasion, un filet de vie dans cet aéroport moribond
bien que flambant neuf. Avec ses 75.000 habitants, Ciudad Real avait-elle besoin d'un tel
équipement, qui a nécessité un investissement de 500 millions d'euros ? La ville, essentiellement
administrative et résidentielle, somnole doucement sous le soleil de Castille-La Manche.
Un aérodrome plus modeste aurait suffi pour recevoir la noria d'avions privés qui, à la saison de la
chasse, fait converger de toute l'Espagne, voire d'Europe, les plus fines gâchettes vers les propriétés
giboyeuses de la région. Quand la chambre de commerce locale, la députation et la mairie de
Ciudad Real ont esquissé le projet, il était question d'un aéroport essentiellement consacré au fret,
les grands espaces déserts de la Castille, au centre du pays, permettant d'établir une gigantesque
plate-forme logistique à la croisée des principaux axes ferroviaires et autoroutes. Les années de
croissance espagnole étaient en route, le crédit facile. Dans l'euphorie, personne n'a contesté la
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Ciudad Real, terminal fantôme

LE MONDE | 26.06.10 | 14h08 * Mis à jour le 26.06.10 | 15h. 36 Ciudad Real Envoyé spécial Fermin et Carmen Delgado peuvent dormir tranquilles. La sieste de ces deux octogénaires ne sera pas troublée par le vrombissement des avions. Leur village, Villar del Pozo, est pourtant situé à 400 mètres à vol d'oiseau de l'aéroport international de Ciudad Real, dans la région de Castille-La Manche. Comme tous les riverains, ils en redoutaient les nuisances sonores : "Un peu plus, ils nous faisaient la piste au milieu de la place", pestait le couple à la veille de l'inauguration, en décembre

Les maires des trois communes les plus proches avaient même négocié des indemnités avec le propriétaire de ce premier aéroport privé d'Espagne, destiné à devenir, à moins de cinquante minutes de Madrid par le TGV, la seconde plateforme de la capitale consacrée au prometteur trafic des compagnies aériennes à bas coût. L'imposante aérogare, posée au bord d'une piste de 4 kilomètres - l'une des plus longues d'Europe, capable d'accueillir des Airbus A380 - , est dimensionnée pour recevoir 2,5 millions de passagers à l'année. Lors de l'ouverture, c'était l'objectif affiché pour fin 2011. Aucun risque de saturation, assuraient les promoteurs du projet, puisque les 1.234 hectares autorisent une extension quasi infinie avec, notamment, la possibilité d'ouvrir deux autres terminaux identiques. Dans les années 1990, lorsque est née l'idée de cette infrastructure, l'Espagne voyait les choses en grand et l'avenir en rose. Aujourd'hui, un silence de cathédrale règne dans l'immense hall des départs, où l'alignement des 24 postes d'enregistrement est totalement désert. Ce matin-là, au tableau lumineux du hall des départs, un seul vol est affiché : Londres, 20h.30. La journée sera longue. Au comptoir de La Barrila, le barman est aux petits soins pour ses clients, qu'il appelle par leur prénom. Ce sont quelques-uns des 91 employés de l'aéroport et des 200 collaborateurs des entreprises présentes sur le site. Parfois, des passagers rompent sa routine. Les jours où il y a un vol, c'est-à-dire les mardis, vendredis et dimanches, il sert "jusqu'à 500 cafés". Loin des 750.000 passagers attendus la première année, Ciudad Real Central a comptabilisé 53. 557 voyageurs en 2009. La fréquentation s'est effondrée en 2010. La compagnie Air Berlin a plié bagages fin mai. Restée seule, Ryanair a failli en faire autant début juin, lorsque le tribunal de commerce a placé la société gestionnaire de l'aéroport en liquidation judiciaire. Une subvention publique a convaincu in extremis la compagnie irlandaise de maintenir ses trois vols hebdomadaires, et d'entretenir, par la même occasion, un filet de vie dans cet aéroport moribond bien que flambant neuf. Avec ses 75.000 habitants, Ciudad Real avait-elle besoin d'un tel équipement, qui a nécessité un investissement de 500 millions d'euros? La ville, essentiellement administrative et résidentielle, somnole doucement sous le soleil de Castille-La Manche. Un aérodrome plus modeste aurait suffi pour recevoir la noria d'avions privés qui, à la saison de la chasse, fait converger de toute l'Espagne, voire d'Europe, les plus fines gâchettes vers les propriétés giboyeuses de la région. Quand la chambre de commerce locale, la députation et la mairie de Ciudad Real ont esquissé le projet, il était question d'un aéroport essentiellement consacré au fret, les grands espaces déserts de la Castille, au centre du pays, permettant d'établir une gigantesque plate-forme logistique à la croisée des principaux axes ferroviaires et autoroutes. Les années de croissance espagnole étaient en route, le crédit facile. Dans l'euphorie, personne n'a contesté la

modification du projet de départ vers une infrastructure consacrée au voyage aérien bon marché, qui devait désengorger l'aéroport madrilène de Barajas. L'aéroport Central, qui rêvait de devenir "Madrid Sud", imaginait son destin comme celui de Gérone, deuxième aéroport de Barcelone. Mais, à force de retards bureaucratiques et d'embûches politiques, "il a ouvert au plus mauvais moment, au terme d'un processus tortueux", regrette Francisco Canizares, l'adjoint à l'urbanisme de Ciudad Real. La société propriétaire, CR Aeropuertos, a accumulé 290 millions de dettes. La Caisse d'épargne de Castille-La Manche (CCM), qui a financé l'opération à 40 %, a été placée en 2009 sous tutelle de la Banque d'Espagne après avoir frôlé la banqueroute. Le fiasco d'un tel équipement privé était-il évitable dans un pays où les aéroports à l'équilibre se comptent sur les doigts d'une main? Après la nomination d'administrateurs judiciaires, le président socialiste de Castille-La Manche, José Maria Barreda, a rappelé le soutien de la région "quels que soient les interlocuteurs". Une société publique, créée en catastrophe pour "promouvoir et contribuer à la viabilité des infrastructures aéroportuaires de Castille-La Manche", a mis 140 millions d'euros à disposition de l'équipement privé, dont les coûts fixes continuent de grever le résultat : "Il serait dommage de laisser pousser l'herbe sur la piste", a assuré M. Barreda, pour qui l'infrastructure est "génératrice de richesse et d'emplois" et demeure "un facteur dynamisant de l'économie locale qui en a bien besoin". L'aéroport fantôme sera un enjeu des élections régionales prévues en mai 201 1. Dans cette communauté autonome gouvernée historiquement par les socialistes, le Parti populaire (PP, droite) est donné favori. "Le PP estime qu'il faut faire cesser l'hypocrisie consistant à financer un équipement privé par de l'argent public", affirme Francisco Canizares, en rappelant que ni CCM ni CR Aeropuertos ne sont plus en mesure de faire face à leurs obligations. L'argent injecté par la région est, aux yeux des conservateurs, un pis-aller "en attendant qu'un repreneur miracle se manifeste". Or les rumeurs menant à un groupe du golfe Persique puis à un fonds de pension américain se sont évanouies. Le PP prône l'expropriation pure et simple, puis la mise en concession de cet équipement devenu public à une société spécialisée. "Si le monde ne s'écroule pas, l'aéroport a forcément un avenir", veut croire un représentant du Reino de Don Quijote (le Royaume de Don Quichotte). Cette entreprise promeut depuis le début des années 2000 un projet de "complexe résidentiel, de loisirs et d'affaires", à 16 kilomètres au sud de l'aéroport. Sur 400 hectares, le projet est colossal, puisque 4 .000 chambres d'hôtel, un casino, plusieurs parcours de golf, un centre commercial et de congrès, une salle de spectacles et quelque 9.000 logements sont censés attirer à terme quelque deux millions de visiteurs à l'année et doubler la population de Ciudad Real. Plus de 160 millions d'euros ont déjà été dépensés en études et infrastructures. L'investissement final flirterait avec les 6 milliards d'euros. Les promoteurs reconnaissent toutefois que le Royaume de Don Quichotte restera un mirage, sans un aéroport international à proximité. Celui de Ciudad Real n'avait pas pu prendre le nom du héros de Cervantès. Bien que baptisé officiellement Central, une grande stèle en acier placée à l'entrée de l'aérogare souhaite pourtant la bienvenue à l'"aéroport Don Quichotte". Au pays de l'ingénieux hidalgo, on ne renonce pas si vite à ses chimères. Jean-Jacques Bozonnet Article paru dans l'édition du 27.06.